RSE et SOCIAL BUSINESS

8 mars 2010

Sortir de la crise, tout le monde en rĂȘve. Moraliser le capitalisme, personne n’ose vraiment y croire. Et pourtant, on assiste ici et lĂ  Ă  des initiatives et des dĂ©marches innovantes qui laisseraient Ă  penser que l’économie sociale et l’entreprise privĂ©e pourraient, en dĂ©finitive, apprendre Ă  cohabiter.

Soit le Social Business ou Business Social, ou encore entreprise sociale.

Concept Ă  la croisĂ©e des chemins entre l’économie sociale et  l’entreprise privĂ©e, le Social Business a acquis en France ses lettres de noblesse en 2008, lorsque l’École HEC a annoncĂ© le lancement d’une chaire « entreprise et pauvretĂ© », avec l’économiste, entrepreneur, et professeur bangladais Muhammad Yunus, et Martin Hirsch l’ancien PrĂ©sident d’EmmaĂŒs France, et Haut Commissaire aux SolidaritĂ©s contre la pauvretĂ©, Haut Commissaire Ă  la Jeunesse, comme co-prĂ©sidents.

SurnommĂ© Ă  juste titre le « banquier des pauvres », pour avoir fondĂ© la premiĂšre Institution de MicrocrĂ©dit, en 1977,  Muhammad Yunus -  Banquier ĂŽ combien atypique ! - et sa Grameen Bank ne prĂȘtent pas aux riches, seulement aux pauvres. Du jamais vu !

Plus de 30 ans plus tard, le rĂ©sultat est impressionnant, puisque la Grameen Bank compte aujourd’hui, environ, 1400 succursales, et a prĂȘtĂ© prĂšs de 5 milliards de dollars Ă  des femmes essentiellement, afin de leur permettre de crĂ©er leur entreprise.

On sait que la Grameen Bank a fait des émules et des petits, partout dans le monde,  jusque dans notre hexagone.

C’est encore et toujours Muhammad Yunus, lequel a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006, qui est Ă  l’origine de la crĂ©ation du concept de Social Business.

Le Social Business est, comme n’importe quelle autre structure commerciale, une entreprise Ă  but lucratif ; la diffĂ©rence Ă©tant que sa finalitĂ© est la rĂ©solution d’un problĂšme social, Ă©cologique, ou autre, au sein d’une communautĂ©.

Reposant sur un modĂšle Ă©conomique dont l’impact a prouvĂ© qu’il pouvait ĂȘtre d’une portĂ©e considĂ©rable, le Social Business s’assure que les bĂ©nĂ©fices gĂ©nĂ©rĂ©s ne reviennent pas aux actionnaires, mais visent Ă  pĂ©renniser l’activitĂ© de l’entreprise afin d’ĂȘtre au service  de la vie sociale et de sa communautĂ©.

La stratĂ©gie du Social Business est fondĂ©e sur la recherche de l’efficacitĂ© et de la rentabilitĂ© maximales, afin de servir la cause pour laquelle elle a Ă©tĂ© fondĂ©e.

Muhammad Yunus n’est pas qu’un Ă©conomiste remarquable, c’est aussi et surtout un homme d’une stature humaniste authentique, c’est-Ă -dire qui a foi au genre humain et au progrĂšs humain; l’homme est dotĂ©, de surcroĂźt, d’une rare perception et connaissance de l’ñme de ses contemporains.

Auteur de l’ouvrage « Vers un nouveau capitalisme », dans lequel il thĂ©orise le modĂšle Ă©conomique que reprĂ©sente le Social Business, Muhammad Yunus ne dĂ©clare-t-il pas, en effet, dans une interview exclusive publiĂ©e sur Rue89, en date du 13.08.09 :

«  Les dirigeants des grandes entreprises internationales ne sont pas des monstres assoiffĂ©s de profits. Ils se comportent ainsi parce que c’est la mission qu’on leur a confiĂ©e. C’est le challenge qu’ils relĂšvent. Si on leur disait d’utiliser les moyens et les technologies de leurs entreprises pour changer le monde, ils le feraient. » ?

Il existe, selon Muhammad Yunus, Ă  mi-chemin, entre les entreprises commerciales de type classique et les structures Ă  vocation sociale telles les organismes de charitĂ©, les ONG, ou les Fondations, une place pour un nouveau modĂšle de structure qu’il nomme Social Business.

C’est ainsi que fut créée le 8 novembre 2006, conjointement par Danone et la Grameen Bank, la premiĂšre Social Business, en l’occurrence une usine de fabrication de yaourt nutritif Ă  destination des enfants bangladais, dont la raison sociale est Grameen Danone Foods.

Afin de financer ce modĂšle Ă©conomique d’un nouveau genre, Danone qui a créé Ă  l’occasion un fond dĂ©diĂ© au financement de projets identiques, « Danone Communities », s’est vu contraint de bousculer les rĂšgles traditionnelles de l’entreprenariat ; quant à  ses managers, ils ont dĂ» revisiter leurs prĂ©supposĂ©s thĂ©oriques.

Le Social Business ouvre une nouvelle voie dans le champ de la RSE, Ă  coup sĂ»r lĂ  oĂč on ne l’attendait pas.

L’idĂ©e mĂȘme, en soi utopique, que deux termes, deux concepts, en rĂ©alitĂ© deux conceptions du monde aussi opposĂ©es que « entreprise » et « social », puissent ĂȘtre associĂ©s, et que son modĂšle puisse devenir une rĂ©ussite Ă©conomique, bouleversent toutes nos idĂ©es reçues

Au-delĂ  des Codes, Principes, Labels, Certifications, et autres Normes, la rĂ©ussite du Social Business tend Ă  dĂ©montrer, d’une part que la mise en Ɠuvre de la RSE n’est pas tant une affaire de dĂ©marche que d’état d’esprit, et, d’autre part, que l’heure de la rĂ©conciliation de l’entreprise avec la sociĂ©tĂ© est peut-ĂȘtre venue.

RSE et Entreprises Transnationales

21 février 2010

Dans son récent ouvrage « Face aux crimes du marché, quelles armes juridiques pour les citoyens ? »  William Bourdon porte un regard critique et pessimiste sur les activités des entreprises ou firmes transnationales (FTN), leur formidable puissance, ainsi que sur leur démarche et engagement RSE.

On nomme multinationale ou transnationale une entreprise constituĂ©e de groupe d’entreprises, implantĂ©e dans de nombreux pays par le biais de trĂšs nombreuses filiales.

William Bourdon fut, rappelons-le, l’avocat qui s’est rendu cĂ©lĂšbre pour avoir contraint Total Ă  indemniser des victimes de travail forcĂ© en Birmanie.

Dans l’entretien qu’il a accordĂ© Ă  Novethic,  publiĂ© le 19 fĂ©vrier 2010, il dĂ©clare notamment : (
) « les multinationales dĂ©veloppent une puissance Ă©conomique et financiĂšre exceptionnelle qui leur permet le chantage Ă  la dĂ©localisation, Ă  l’emploi. Elles Ă©rigent des Murailles de Chine qui rendent difficile, voire improbable leur mise en cause judiciaire par des Etats souverains trĂšs faibles ».

Et ceci : (
) « la responsabilitĂ© juridique des entreprises n’a jamais Ă©tĂ© aussi dissĂ©minĂ©e, dans l’opacitĂ© et la sophistication des liens financiers et capitalistiques entre la Maison-MĂšre, la filiale, la sous-filiale, en passant par des paradis fiscaux. »

Chacun sait que la puissance des FTN est immense, et que les avantages et bĂ©nĂ©fices qu’elles tirent de leurs activitĂ©s leur confĂšrent un pouvoir sans partage qui dĂ©passe l’entendement, dĂ©passant le seul domaine Ă©conomique, pour influencer et dominer l’ensemble de la vie civile, sociale, et politique des pays dans lesquels elles sont implantĂ©es.

On considĂšre que les Ă©changes entre filiales des FTN reprĂ©sentent un tiers du commerce mondial ; et les Ă©changes entre les Maisons MĂšre et leurs filiales, un deuxiĂšme tiers. Plus prĂ©cisĂ©ment, les plus grandes 10 FTN de la planĂšte contrĂŽlent Ă  elles seules 67 % du marchĂ© des graines, 89 % du marchĂ© mondial d’agrochimiques, 26 % des ventes globales au consommateur,  55 % du marchĂ© pharmaceutique, 63 % de la pharmacienne vĂ©tĂ©rinaire et 66 % de l’industrie biotechnologique.

La production internationale repose de plus en plus sur le rĂŽle des FTN qui, selon les statistiques de 2002, sont environ 65 000 ; elles contrĂŽlent directement, d’une part  850 000 filiales Ă©trangĂšres rĂ©parties sur l’ensemble de la planĂšte, et, d’autre part 60% de la production industrielle du Canada et la moitiĂ© de celles du BrĂ©sil ou de la Colombie.

L’ensemble des FTN rĂ©alise environ la moitiĂ© du PNB mondial. Pour ne donner qu’un seul exemple, propre Ă  donner le vertige, WalMart la plus colossale entreprise de distribution, mais Ă©galement la plus grande entreprise du monde, est la 26Ăšme parmi les 100 plus grandes Ă©conomies de la planĂšte, beaucoup plus grande que le PIB de pays entiers comme le Danemark, le Portugal, le Venezuela ou  Singapour.

Les États et les Organisations internationales ont tentĂ©, ces derniĂšres annĂ©es, d’étendre la codification des lois internationales en matiĂšre de droits humains, sans pour autant rĂ©ussir Ă  rĂ©guler, encore moins Ă  faire plier la formidable puissance des FTN, Ă  bien des Ă©gards supĂ©rieure Ă  celles des États.

Ainsi,  en 2003, la sous-commission des Nations Unies à la promotion et protection des droits humains, a adopté par résolution le seul instrument international à valeur contraignante, les Normes sur la responsabilité des FTN et autres entreprises en regard des droits humains.

Selon la sous-commission Ă  la promotion et Ă  la protection des droits humains, « les crimes corporatifs reposent le plus souvent sur un fait de complicitĂ©, de soutien, de partenariat, d’assistance directe ou indirecte Ă  la violation des droits humains commise par un autre acteur, lequel se trouve souvent Ă  ĂȘtre le gouvernement d’accueil. »

S’agissant du comportement Ă©thique des FTN, William Bourdon est pour le moins sceptique, dĂ©clarant : « D’abord il y a une multiplicitĂ© d’offres d’engagements volontaires qu’il faut dĂ©coder, dĂ©crypter, hiĂ©rarchiser. Et derriĂšre tout ça, il y a une vaste bataille idĂ©ologique. Le marchĂ© ne se sent jamais aussi bien que lorsqu’il y a moins de lois, de normes et de juges. L’intĂ©gration de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral par les entreprises a toujours Ă©tĂ© faite sous la contrainte : le droit syndical, le travail des enfants au XIXe siĂšcle, le droit des femmes… Or aujourd’hui, les entreprises tentent de nous faire croire qu’elles sont tombĂ©es dans un tonneau magique et qu’elles sont les mieux qualifiĂ©es pour changer le monde Ă  coup d’engagements volontaires. »

Selon MichĂšle Rioux du DĂ©partement de science politique de l’UQAM (L’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al) :

« La montĂ©e en puissance des FTN nous oblige Ă  repenser les rapports entre les États et les marchĂ©s ainsi que ceux des institutions envers les cadres normatifs du systĂšme Ă©conomique mondial. Leur Ă©volution sera dĂ©terminĂ©e par les relations internationales, les relations entre les firmes et les États, les relations entre les FTN, mais Ă©galement par les mouvements sociaux. Les idĂ©es qui fournissent parfois des rĂ©ponses et sont Ă  l’origine de nouvelles trajectoires. En thĂ©orie, ces idĂ©es ne manquent pas, mais encore faut-il qu’elles soient pragmatiques et qu’elles soient acceptables et appliquĂ©es. Gouverner la mondialisation, du moins Ă  court terme, ne sera pas un travail de technocrate ni de rĂ©volutionnaire, mais un art faisant appel Ă  de vrais architectes d’institutions adaptĂ©es Ă  un capitalisme mondial et Ă  des sociĂ©tĂ©s construites sur l’individualisme, la dĂ©mocratie, les droits de la personne et la justice sociale. Il ne reste plus qu’à trouver les principes organisateurs de ce carrĂ© magique, ou la quadrature du cercle. »


BUSINESS GAME et RSE

13 février 2010

A l’heure oĂč les entreprises se concurrencent sur le marchĂ© de l’emploi afin de recruter et fidĂ©liser les Jeunes DiplĂŽmĂ©s des Grandes Ecoles et UniversitĂ©s,  une denrĂ©e de plus en plus rare au regard des enjeux Ă©conomiques, le BUSINESS GAME - ou Jeu d’Entreprise – semble avoir le vent en poupe.

Outil informatisĂ© utilisant une pĂ©dagogie basĂ©e sur l’implication des participants - interactivitĂ©, Ă©mulation, apprentissage inductif et accĂ©lĂ©rĂ© -, le Business Game est un concept permettant aux entreprises de confier une mission fictive Ă  un groupe d’étudiants pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et Ă  ces derniers de faire montre de leur talent.

Tant pour les Ă©tudiants que pour l’entreprise les enjeux sont de taille puisque, Ă  l’issue de la mission, le recruteur doit au regard de leurs rĂ©sultats Ă©lire les meilleurs d’entre-deux.

CentrĂ© sur les champs du marketing, de la stratĂ©gie ou de la technique, le Business Game constitue un test rĂ©aliste, pragmatique, presque grandeur nature, c’est Ă  dire  proche des activitĂ©s de l’entreprise ; il  permet ainsi aux Ă©tudiants de dĂ©couvrir l’entreprise de l’intĂ©rieur. Comme si on y Ă©tait.

Qu’il s’agisse de gĂ©rer une entreprise, de crĂ©er un produit, ou de conduire un projet, les Ă©tudiants candidats Ă  l’embauche sont notamment appelĂ©s Ă  dĂ©montrer leurs capacitĂ©s Ă  prendre des dĂ©cisions, et Ă  mettre en Ă©vidence leur sens de l’organisation et leurs aptitudes Ă  travailler en Ă©quipe.

On n’est pas surpris d’apprendre qu’un nombre croissant de grandes entreprises s’y intĂ©ressent ; et on estime Ă  une cinquantaine environ le nombre de Business Game, aujourd’hui, en France.

Comparé au process de recrutement classique, le Business Game permet aux étudiants de valoriser leurs potentialités, ainsi que leurs compétences originales et transverses, parfois atypiques.

Outre leur aspect ludique attractif, et leur Ă©tat d’esprit convivial, il n’est pas surprenant, dans ces conditions, que les Business Game jouissent d’une immense faveur auprĂšs des Ă©tudiants des Grandes Ecoles et des UniversitĂ©s.

Pour ne mentionner que  le secteur bancaire, BNP Paribas et la Société Générale ont développé chacune leur Business Game.

La premiĂšre a lancĂ© ACE MANAGER destinĂ© Ă  renforcer sa notoriĂ©tĂ© dans les universitĂ©s mondiales, un jeu international accessible Ă  tous les Ă©tudiants de l’enseignement supĂ©rieur, niveau Bachelors  et Masters de moins de 26 ans. L’ambition de BNP Paribas Ă©tant de devenir une des marques employeurs privilĂ©giĂ©es des Ă©tudiants Ă  travers le monde.

Mais c’est surtout, du point de vue de la RSE, le Business Game dĂ©veloppĂ© par la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, sur lequel il nous parait intĂ©ressant de nous attarder.

La SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale a mis, avec CITIZEN ACT, les Ă©tudiants au dĂ©fi «d’inventer la Banque de Demain ».

CITIZEN ACT a dĂ©jĂ  rĂ©ussi a mobiliser plus de 600 Ă©tudiants d’une trentaine de pays diffĂ©rents, dont les Etats-Unis, la Chine, le BrĂ©sil, et la Russie, et cela sur cinq continents en 2008.

La quatriĂšme Ă©dition, CITIZEN ACT IV, s’ouvre maintenant Ă  de nouveaux pays, parmi lesquels le Cameroun et la CĂŽte d’Ivoire.

CITIZEN ACT a été distingué par la Fondation EFMD (European Foundation for Management Development), qui compte dans ses rangs plus de 700 organisations membres issues des milieux universitaires, des affaires, de services publics ou de consultants,  représentant 82 pays.

BasĂ©e Ă  Bruxelles, EFMD est un forum d’Information, de  Recherche, de RĂ©seautage et de dĂ©bat sur l’innovation et les meilleures pratiques en matiĂšre de perfectionnement des cadres.

CITIZEN ACT ambitionne d’ĂȘtre un incubateur d’idĂ©es. Remarquons, qu’il a notamment permis de lancer des programmes de Cartes Co-BrandĂ©es, d’Eco-crĂ©dit, ou encore de crĂ©er une fondation pour les jeunes dĂ©favorisĂ©s.

C’est l’équipe française de HEC qui a gagnĂ© la finale de CITIZEN III, avec son projet de microcrĂ©dit ; elle a imaginĂ© un Site Internet afin de dĂ©velopper le microcrĂ©dit sur le modĂšle « peer to peer » ; l’idĂ©e Ă©tant de permettre aux clients de la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale de choisir et d’investir dans des projets  de micro-entrepreneuriat.

Le deuxiĂšme prix a Ă©tĂ© remportĂ© par l’Ă©quipe chinoise de Tsinghua University, rĂ©compensant son projet Ă©coresponsable; elle a proposĂ© d’installer un logiciel dans les distributeurs de billets, afin de permettre aux particuliers de faire des dons de faible montant au bĂ©nĂ©fice de projets Ă  but non lucratif.

Le troisiĂšme prix est allĂ© aux Ă©tudiants algĂ©riens de l’Ecole SupĂ©rieure de Banque ; ils ont proposĂ© la mise en place d’un Ă©colabel afin de rĂ©compenser les entreprises Ă©coresponsables selon des critĂšres qualitatifs et quantitatifs ; l’entreprise qui est bien notĂ©e pourrait emprunter Ă  des taux prĂ©fĂ©rentiels.

La RSE n’est ni un concept, ni une dĂ©marche figĂ©, bien au contraire.

L’Innovation sous toutes ses formes, technologique, managĂ©riale, organisationnelle, culturelle, ou financiĂšre, est au cƓur de ses pratiques.

Les étudiants des Grandes Ecoles et des Universités, notamment, en France et par le monde, sont là pour le prouver.

La Fonction Développement Durable, les Jeunes, et les DRH

10 février 2010

Si l’on en juge par les rĂ©sultats de l’Étude intitulĂ©e « 2Ăšme BaromĂštre de la Fonction DĂ©veloppement Durable dans les Entreprises du SBF 120 », rĂ©alisĂ©e par Adecco et l’IAE Gustave Eiffel, publiĂ©e en fĂ©vrier 2010, il semble bien que les jeunes et les DRH ont quelque souci Ă  se faire.

Précisons, entre parenthÚses, que le terme SBF (Société des Bourses Françaises) 120, est un indice boursier sur la Place de Paris.

Les premiers, parce que selon cette étude, les postes de développement durable dans les grandes entreprises restent majoritairement pourvus par le biais de la mobilité interne; les deuxiÚmes, parce que la fonction développement durable et, surtout, les thématiques RSE qui leur sont rattachées leur échappent inexorablement.

Les jeunes tout d’abord. L’on constate que les jeunes diplĂŽmĂ©s sont de plus en plus nombreux Ă  s’enthousiasmer pour le DĂ©veloppement Durable et la RSE, Ă  s’y investir, et Ă  mener avec dĂ©termination une recherche d’emploi auprĂšs des  Directions des entreprises.

Or, 44/% des Directeurs DĂ©veloppement Durable sont en en poste depuis la crĂ©ation de la fonction, et, parmi eux, plus de 50% ont une anciennetĂ© supĂ©rieure Ă  10 ans ; leur moyenne d’ñge est de 46 ans.

Les rĂ©sultats de cette Étude sont d’autant plus dĂ©solants que, paradoxalement, chaque annĂ©e de nouvelles vagues de jeunes diplĂŽmĂ©s des UniversitĂ©s et des Grandes Écoles ayant suivi une formation dĂ©diĂ©e au DĂ©veloppement Durable, se prĂ©sentent sur le marchĂ© de l’emploi.

Maigre consolation, l’Étude rĂ©alisĂ©e par Boston Consulting Group, commanditĂ©e par le MinistĂšre de DĂ©veloppement Durable, publiĂ©e en juin 2009, nous apprend que les FiliĂšres Vertes pourraient constituer, en France, un vivier de 600 000 Emplois Ă  crĂ©er d’ici 2020.

Ces Emplois Verts concerneraient les domaines du recyclage, de l’agriculture et des activitĂ©s de service.

Cette Étude prospective du Boston Consulting Group suppose, il est vrai, afin d’atteindre cet objectif, la rĂ©alisation des programmes du Grenelle devant permettre une rĂ©duction de 25% des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre de la France d’ici 2020, laquelle, nous dit-on, serait susceptible de gĂ©nĂ©rer 450 milliards d’euros d’activitĂ© sur douze ans.

Remarquons, toutefois, que ces chiffres sont revus Ă  la baisse par certains analystes qui les jugent trop optimistes.

Les DRH ensuite. LĂ , les chiffres sont encore plus alarmants, puisque l’on apprend que la fonction DĂ©veloppement Durable ne serait plus rattachĂ©e Ă  la Direction des Ressources Humaines, qu’à 2%, alors qu’elle Ă©tait Ă  21% selon le 1er BaromĂštre.

Et il semble bien, en effet, que les Directions des Ressources Humaines se fassent, lentement mais sûrement, déposséder des problématiques du Développement Durable et de la Responsabilité Sociale des Entreprises, au profit de celles des Directions FinanciÚre et de la Communication.

En rĂ©alitĂ©, l’on constate que les Directions DĂ©veloppement Durable sont de plus en plus rattachĂ©es aux Directions de la Communication, dans la mesure notamment oĂč le Rapport ResponsabilitĂ© Sociale et Environnementale constitue un enjeu considĂ©rable en termes d’image.

A preuve, selon la rĂ©cente Étude de l’Agence de Notation Sociale Vigeo, consacrĂ©e Ă  l’analyse du Reporting de plus de 700 entreprises europĂ©ennes sur l’exercice de leur responsabilitĂ© sociale, « lorsqu’elles communiquent sur leurs pratiques de responsabilitĂ© sociale, les entreprises cotĂ©es s’adressent en prioritĂ© Ă  leurs actionnaires et aux marchĂ©s financiers. »

Soit dit en passant, cette situation nous vaut de constater quelques perles rares, s’agissant de l’information qui est savamment distillĂ©e par les Directions de la Communication, lorsqu’on analyse les Rapports DĂ©veloppement Durable de l’annĂ©e 2008.

Telle, par exemple, la 2Ăšme position occupĂ©e par France Telecom  pour « la qualitĂ© de son Reporting Social et Environnemental » - vous avez bien entendu ! - selon le classement Ă©tabli par le Centre d’Information sur les Entreprises (CFIE-Conseil). Sans commentaire.

Quoiqu’il en soit, dommage pour les DRH, serions-nous tentĂ©s de dire, car leur mise Ă  l’écart, en partie due Ă  leur dĂ©ficit d’investissement dans les champs du DĂ©veloppement Durable en gĂ©nĂ©ral, et de la RSE en particulier, pourrait leur coĂ»ter fort cher. Le risque pour eux serait de se voir progressivement marginaliser.

Les DRH semblent laisser passer la chance historique qui leur est offerte, au vu des enjeux du DĂ©veloppement Durable et de la RSE, au plan local, rĂ©gional, national, et international, d’ĂȘtre associĂ©s aux dĂ©cisions stratĂ©giques des entreprises.

Les jeunes diplĂŽmĂ©s ont des ressources, des idĂ©es, et de l’Ă©nergie Ă  revendre. On peut leur faire confiance. Leur avenir ne paraĂźt pas trop sombre, dans la mesure ou de nouvelles opportunitĂ©s se pointent Ă  l’horizon, notamment dans les mĂ©tiers de Consultant ChargĂ© de mission par exemple.

On est moins optimiste s’agissant des DRH.

Se pourrait-il, en définitive, que les DRH soient les grands perdants de ce « Business Game » DD et RSE, grandeur nature, qui se joue sous nos yeux ?


La Communication RSE sur la Sellette

21 janvier 2010

On le constate tous les jours, la communication demeure un exercice plus difficile qu’il n’y paraĂźt Ă  premiĂšre vue, d’autant que les entreprises sont aujourd’hui surexposĂ©es.

L’action conjuguĂ©e des technologies de l’information et de la communication, d’une part, et de la mondialisation d’autre part, fragilise la lĂ©gitimitĂ© de leur discours.

La communication sur le développement Durable et la RSE, en particulier, est soumise à la critique impitoyable de la blogosphÚre, des medias, des ONG, et des organisations syndicales.

L’éthique, considĂ©rĂ©e comme l’une des thĂ©matiques de la dĂ©marche de ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises (RSE), est un thĂšme rĂ©current dans la volĂ©e de bois vert contre certaines entreprises, suspectĂ©es de maquiller et de masquer la rĂ©alitĂ© de leurs pratiques, quand elles ne sont pas carrĂ©ment accusĂ©es de tricher.

Dans un article daté du 7 janvier 2010, intitulé « Entreprises, la foire aux vanités », paru dans le Nouvel Observateur, Jacqueline de Linares affirme que « la frénésie des grosses boßtes à vanter leurs bonnes actions finit par se retourner contre elles ».

Jacqueline de Linares écrit par exemple :

« Ce n’est pas une blague. France TĂ©lĂ©com a reçu en 2009 un prix rĂ©compensant les entreprises « qui proposent Ă  leurs salariĂ©s les meilleures pratiques RH, leur permettant de s’Ă©panouir personnellement et professionnellement au travail ». Elle faisait partie des 20 laurĂ©ats 2009 du palmarĂšs Top Employeurs France dĂ©cernĂ© par un cabinet nĂ©erlandais, l’Institut CRF A la rubrique « conditions de travail », l’entreprise, plutĂŽt citĂ©e ces temps-ci pour les suicides de ses salariĂ©s, a mĂȘme obtenu cinq Ă©toiles ! C’est ce que rapportait le mensuel «Liaisons sociales» en dĂ©cembre dernier relatant la frĂ©nĂ©sie d’autoglorification des entreprises en matiĂšre sociale. »

Stéphane Richard, le numéro deux de France Télécom, et ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, désigné Manager 2008 par la Station de Radio BFM, affirme vouloir «  reconstruire un pacte social »

Tandis que sur le Site National de la CFE-CGC UNSA France Telecom on dĂ©nonce « le grand guignol des prix et labels » dĂ©cernĂ©s Ă  France TĂ©lĂ©com, aprĂšs la remise d’un « TrophĂ©e de l’engagement durable » , créé par le club Oras (Observatoire rĂ©munĂ©rations et avantages sociaux), composĂ© de 140 DRH et managers, qui rĂ©compense un projet en matiĂšre de rĂ©munĂ©ration ou d’avantage sociaux. »

Jacqueline de Linares  rappelle que les Amis de la Terre ont créé en 2008  le prix Pinocchio  afin « d’illustrer et dĂ©noncer les impacts nĂ©gatifs de certaines entreprises françaises, en totale contradiction avec le concept de dĂ©veloppement durable qu’elles utilisent abondamment ».

«  Le pire, rajoute-t-elle, c’est que certaines mĂšnent rĂ©ellement des activitĂ©s de responsabilitĂ© sociale. Mais comment savoir qui dit vrai quand tout le monde se vante ?

Nous voilĂ  bien au cƓur du dĂ©bat. Il existe Ă  n’en pas douter un faisceau de suspicions s’agissant de la communication RSE, donnant lieu Ă  des actions et rĂ©actions de mieux en mieux structurĂ©es et de plus en plus organisĂ©es et concertĂ©es, et dont les entreprises auraient tort de sous-estimer la capacitĂ© de nuisance.

Le n° 41 Alternatives Économiques de novembre 2009, numĂ©ro spĂ©cial « La ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises Françaises », remarquable par l’état des lieux objectif qu’il propose, ainsi que par son regard distanciĂ© et critique, aborde dans le chapitre intitulĂ© fort Ă©loquemment « Les Rapports DĂ©veloppement Durable ou l’Art de Communiquer » l’épineuse question de la communication RSE, dans lequel on peut notamment lire :

« Nombreux sont les responsables développement durable qui sont rattachés aux directions de la communication. Les entreprises cherchent évidemment à se présenter sous leur meilleur jour. »

Martial Cozette (Directeur de CFIE-Conseil) dit regretter « l’autosatisfaction » qui caractĂ©rise, selon lui, la communication DĂ©veloppement Durable et RSE :

« Il y a une vraie constance Ă  fournir des Ă©lĂ©ments sortis de leur contexte (
). Par exemple, si l’activitĂ© a fortement diminuĂ©, cela peut expliquer la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, mais cela n’est pas prĂ©cisĂ© … Le minimum serait de fournir des informations Ă  pĂ©rimĂštre constant (comme cela est le cas dans les rapports financiers) ».

Communication contre Communication, Communiqué contre Communiqué, Rapport contre Rapport.

Il n’est pas sĂ»r, Ă  ce petit jeu, que les entreprises françaises sortent Ă  tous les coups gagnant.

Copenhague et la Norme RSE ISO 26000 : Entre Espoir et Déception

26 décembre 2009

La publication de la premiĂšre norme ISO 26000 sur la ResponsabilitĂ© Sociale est prĂ©vue pour septembre 2010. Va-t-elle subir le mĂȘme sort que l’accord sur le climat et les gaz Ă  effet de serre rĂ©cemment, et hĂątivement, bouclĂ© – vous avez dit bĂąclĂ© ? -  Ă  Copenhague ?

A entendre certains observateurs, toutefois, la confĂ©rence de Copenhague ne fut, en dĂ©finitive, ni une rĂ©ussite ni un Ă©chec. Cette prestigieuse et largement mĂ©diatisĂ©e rĂ©union des dirigeants de la planĂšte n’aura pourtant accouchĂ© que d’un timide plan d’action,  peu contraignant, visant Ă  rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre.

Bien que, selon le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Ban Ki-Moon, l’accord obtenu au forceps dans la soirĂ©e du 19 novembre 2009, «marque une avancĂ©e importante dans les nĂ©gociations et constitue le premier accord rĂ©ellement mondial qui peut permettre de limiter et rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, soutenir les mesures d’adaptation en ce qui concerne les plus vulnĂ©rables et favoriser la crĂ©ation d’une nouvelle Ăšre de croissance durable en terme d’environnement », force est de constater qu’il est dĂ©jĂ  contestĂ© de toutes parts.

On est en droit de se demander si, Ă  l’instar de la confĂ©rence de Copenhague sur le climat qui avait suscitĂ© des attentes considĂ©rables, la norme  RSE 26000 ne va pas pareillement gĂ©nĂ©rer des commentaires critiques.

On se souvient peut-ĂȘtre, qu’en janvier 2005 l’Organisme de Normalisation International  (ISO) s’Ă©tait engagĂ© dans l’atteinte d’un « consensus international » - cela ne vous rappelle–t-il rien ? - sur la dĂ©finition du concept de responsabilitĂ© sociĂ©tale dans ses dimensions sociale, Ă©conomique et environnementale.

Quatre ans plus tard, Ă  l’issue de moult dĂ©bats et de plusieurs rĂ©unions internationales, on Ă©tait prĂȘt Ă  bondir de joie Ă  l’annonce que la norme ISO 26000 Ă©tait enfin, et heureusement, en voie de finalisation.

Mais, premiĂšre dĂ©ception, on append que contrairement Ă  la norme ISO 9001 portant sur la qualitĂ©, et la norme ISO 14001 portant sur l’environnement, la tant attendue norme ISO 26000 patiemment concoctĂ©e par plus de 500 experts reprĂ©sentant 90 pays et une quarantaine d’organisations internationales, parmi lesquelles l’Organisation internationale du travail (OIT), le Pacte Mondial, l’Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE), ou le Global Reporting Initiative (GRI), ne pourra pas faire l’objet d’une labellisation et d’une certification.

Car, au grand dam de ceux qui espĂ©raient beaucoup - trop peut-ĂȘtre comme Ă  Copenhague -,  il s’agit pour cette norme RSE 26000 de ne dĂ©finir rien d’autre, et rien de plus, que des lignes directrices sur la responsabilitĂ© sociĂ©tale et non pas un systĂšme de management.

DeuxiĂšme dĂ©ception, bien plus grande encore, de l’avis de nombreux analystes et experts, la norme 26000 dont le texte est en cours de rĂ©daction finale,  reprĂ©sente un « compromis » dit-on - tiens, tiens, ça nous rappelle dĂ©cidĂ©ment quelque chose 
 - entre les diffĂ©rentes perceptions et conceptions Ă©thiques et morales des acteurs en prĂ©sence.

Il semble que les spĂ©cificitĂ©s culturelles des diffĂ©rents pays et rĂ©gions du monde rendent impossible, malgrĂ© des dĂ©bats parfois houleux, l’Ă©laboration d’une norme RSE internationale.

LĂ  encore, comme Ă  Copenhague, et comme pour les Droits de L’Homme bafouĂ©s au quotidien par de nombreux pays, l’élaboration de valeurs universelles se heurte Ă  des difficultĂ©s insurmontables.

D’aucuns ne manqueront pas de regretter, par exemple, que la norme 26000 « n’est pas destinĂ©e Ă  servir de base Ă  une action en justice, une plainte ou tout autre revendication dans des procĂ©dures nationales ou internationales ou autre. Elle n’est pas destinĂ©e Ă  ĂȘtre citĂ©e comme une preuve d’une rĂšgle internationale coutumiĂšre ».

Texte peu contraignant en vue, par consĂ©quent, comme Ă  Copenhague encore, et qui risque de laisser beaucoup d’entre nous sur leur faim.

Il y des jours comme ça, oĂč l’on se dit, qu’à Copenhague comme ailleurs, il n’y aurait rien de tel qu’un bon sĂ©minaire de mĂ©diation interculturelle - dĂ©marche interdisciplinaire Ă  la confluence des thĂ©ories de la communication, de la psychologie, de la pĂ©dagogie, de l’anthropologie, de la linguistique, et de la culture – afin de dĂ©cadenasser les cƓurs et les esprits, et de dĂ©gager de nouveaux horizons insoupçonnĂ©s Ă  la table de nĂ©gociation.

Attendons septembre 2010 pour la publication de la norme ISO 26000,  afin de juger vraiment, en toute connaissance de cause ; et attendons Mexico cette mĂȘme annĂ©e 2010, oĂč se dĂ©roulera le prochain sommet sur le climat et les gaz Ă  effet de serre.

D’ici lĂ , on vous souhaite une Bonne AnnĂ©e placĂ©e, nous l’espĂ©rons, sous le double signe du DĂ©veloppement Humain Durable et de la ResponsabilitĂ© Sociale.

La Mondialisation de la RSE … en Chine!

12 décembre 2009

Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine (CCIFC) a consacrĂ© un grand dossier  sur la responsabilitĂ© sociale des entreprises en Chine : «Connexions n°51, juillet septembre 2009, La responsabilitĂ© sociale des entreprises en Chine».

L’étude fort exhaustive disponible sur le Site www.connexions.ccifc.org dĂ©taille l’engagement de la Chine dans la dĂ©marche RSE, alors que l’Empire du Milieu est mis sur la sellette, par les ONG,  pour ses mauvaises pratiques en matiĂšre d’éthique des affaires.

Elle est articulĂ©e avec un brin de complaisance et, Ă©galement, comme on peut s’y attendre, un soupçon d’habilitĂ© diplomatique, autour d’enquĂȘtes, d’interviews et de reportages.

Le dossier du magazine Connexions sur la RSE en Chine est composé de deux parties :

La premiĂšre explique comment la RSE est vĂ©cue et pratiquĂ©e en Chine, l’évolution de l’éthique des affaires, les bonnes pratiques de grandes compagnies comme Stategrid ou China Mobile, et propose un Ă©tat des lieux en Afrique oĂč, dans les mines, certaines pratiques chinoises sont trĂšs controversĂ©es ;

La deuxiÚme, est consacrée à des exemples de stratégie RSE par des entreprises multinationales françaises ou européennes.

Les entreprises françaises implantĂ©es en Chine, Accor (« Faire preuve d’Ethique ») -  Total (« Etre Ă  l’écoute ») - l’OrĂ©al (« Encourager les Jeunes ») - PSA (« Enrichir son Image »), entre autres, y tĂ©moignent.

Extraits :

« La responsabilitĂ© sociale d’entreprise (RSE) — qiyeshihuizeren äŒäžšç€ŸäŒšèŽŁä»» en chinois, corporate social responsibility en anglais, — n’est pas un concept nouveau. »

« En Chine, sous les Ming, les marchands lettrés du Huizhou débattaient déjà de leur rÎle et de leur éthique des affaires. »

« De plus en plus de Chinois rĂ©clament des amĂ©liorations qualitatives de leurs conditions de vie et le gouvernement est conscient que des entreprises peu respectueuses de la loi peuvent perturber l’ordre social. »

« Mais la tĂąche qui pĂšse sur les entreprises est lourde et celles-ci sont mal prĂ©parĂ©es. Une enquĂȘte menĂ©e en 2006 montre que, pour la plupart des entreprises chinoises, RSE voulait encore dire activitĂ©s philanthropiques. »

« Elles voyaient la RSE comme une charge, mĂȘme si un nombre croissant de compagnies se disaient prĂȘtes Ă  coopĂ©rer avec des ONG pour rĂ©gler certains problĂšmes, et si un nombre croissant d’entre elles rĂ©digeaient des rapports sociaux. »

« Mais, ces toutes derniĂšres annĂ©es, monte trĂšs rapidement une prise de conscience, notamment sous la pression internationale, des dĂ©gĂąts collectifs occasionnĂ©s par de mauvaises conduites individuelles. D’autre part, le besoin de retenir la main-d’Ɠuvre, notamment la plus qualifiĂ©e, encourage un meilleur traitement de son personnel. Enfin, la nĂ©cessitĂ© de monter sur la chaĂźne des valeurs et l’ampleur des dĂ©gĂąts environnementaux obligent le pays Ă  opĂ©rer ce tournant volontariste pour lequel il a besoin — et il le demande — de la collaboration des entreprises Ă©trangĂšres implantĂ©es en Chine. »

Or, une campagne de l’ONG Peuples Solidaires vient de rĂ©vĂ©ler Ă  travers des enquĂȘtes et des analyses, chiffres Ă  l’appui, les dessous de l’industrie du jouet. La bien nommĂ©e campagne intitulĂ©e « C’est pas du jeu ! » vise Ă  aborder avec force et renouveau la douloureuse question des conditions de travail dans les usines de jouets chinoises.

Comme chacun le sait, l’industrie du jouet est aujourd’hui fortement mondialisĂ©e. Elle repose, en outre, sur des chaĂźnes de production complexes reliant de nombreux pays.

S’agissant des conditions de travail dans les usines de jouets en Chine, Peuples Solidaires Ă©crit :

« 4 jouets sur 5, que reçoit n’importe quel enfant aujourd’hui, sont produits dans le Sud de la Chine dans l’une des 8 000 usines de jouets de la province de Guangdong, dans le Delta de la riviĂšre des Perles. 3 Ă  5 millions d’ouvriers chinois y sont employĂ©s. La plupart sont des femmes ĂągĂ©es de 15 Ă  30 ans, qui viennent des rĂ©gions pauvres et rurales de l’intĂ©rieur des terres. Du fait des salaires extrĂȘmement faibles, elles n’ont pas d’autre choix que d’accepter les dortoirs et la nourriture proposĂ©s par les usines, moyennant une bonne partie de leur maigre salaire. La qualitĂ© de la nourriture et du logement y est si misĂ©rable que l’on peut parler de conditions inhumaines. En Chine, un seul syndicat officiel (celui du parti) est autorisĂ©. »

On peut également lire ceci :

« TrĂšs souvent, quelques annĂ©es suffisent pour dĂ©truire le rĂȘve des ouvriers d’une vie meilleure. Ils rentrent dans leurs villages, dĂ©senchantĂ©s et Ă©puisĂ©s, voire handicapĂ©s physiquement. La rĂ©alitĂ© des usines chinoises est difficile Ă  supporter : Longues heures de travail (jusqu’à 400 heures par mois) ; semaines de 7 jours, surtout pendant la pĂ©riode de NoĂ«l » ;

« Salaires infĂ©rieurs au minimum lĂ©gal, dont le niveau ne permet pas lui-mĂȘme d’assurer un revenu de subsistance - Salaires retenus pendant une pĂ©riode allant jusqu’à 45 jours (ainsi les ouvriers ne peuvent pas dĂ©missionner facilement) ;Mesures de sĂ©curitĂ© et de santĂ© inadĂ©quates ; Absence de contrat de travail ; Absence d’avantages sociaux tels que congĂ©s maternitĂ©, assurance santĂ© ou retraite ; Amendes illĂ©gales et disproportionnĂ©es (pour des « infractions » telles que retard, ne pas ĂȘtre en possession de sa carte d’identification, ou pour avoir parlĂ©, etc.) et feuilles de paye peu claires ; Absence de protection contre les licenciement (abusifs) ; Conditions d’hĂ©bergement insalubres et malnutrition (
) ».

On n’a pas manquĂ© de remarquer, que le dossier du magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine consacrĂ© Ă  la RSE en Chine n’aborde pas franchement, c’est le moins que l’on puisse dire, l’embarrassante question pour les autoritĂ©s chinoises des conditions de travail dans les usines de jouet.

On se demande bien pourquoi. Bizarre, bizarre 


A moins qu’on se soit gardĂ© de ne blesser, d’aucune maniĂšre, la susceptibilitĂ© de nos amis europĂ©ens et amĂ©ricains, puisque l’industrie du Jouet est dominĂ©e par eux.

Ni Mattel, Hasbro, Toys “R” us, Nitendo, Lego, Playmobil, ou Ravensburger, en effet, ne sont français. Soit dit en passant, l’honneur est sauf.

On peut pourtant, quoique de façon elliptique, y lire ceci :

« Le dĂ©fi de la RSE, notamment en ce qui concerne les entreprises sous-traitantes, vient souvent de ce que les coĂ»ts de la RSE sont perçus immĂ©diatement alors que les bĂ©nĂ©fices potentiels n’apparaissent — Ă©ventuellement — qu’Ă  long terme, les entreprises manquant encore de systĂšmes pour suivre les coĂ»ts et les bĂ©nĂ©fices d’investissements socialement responsables. »

Ah, bon !

Ce n’est certes pas du chinois (encore que …), mais voilĂ  tout de mĂȘme qui explique bien des choses.

Ne vous a-t-on pas dit, plus haut,  qu’en Chine, sous la dynastie Ming (qui rĂ©gna de 1368 Ă  1644), les marchands lettrĂ©s du Huizhou dĂ©battaient dĂ©jĂ  de leur rĂŽle et de leur Ă©thique des affaires ?

On vous souhaite à tous un Joyeux Noël !

La RSE et l’ISR Ă  l’École de la DiversitĂ©

29 novembre 2009

Au fur et Ă  mesure qu’elle s’installe partout, en majestĂ©, dans les dĂ©bats, quoique plus lentement dans les pratiques, la RSE ne cesse de se dĂ©velopper et de s’enrichir  de nouveaux concepts, dĂ©marches, et thĂ©matiques. C’est ainsi que la DiversitĂ© vient de faire une entrĂ©e triomphale sur la scĂšne de la RSE.

L’annonce de la crĂ©ation du Label Diversum par l’agence de notation du mĂȘme nom, filiale de Diversum, Association française indĂ©pendante, fondĂ©e en 2006, en vue de contribuer Ă  la prise en compte des langues et des cultures dans les politiques de dĂ©veloppement durable, fera sans nul doute date.

Selon l’agence de notation Diversum, il s’agit de garantir Ă  un Ă©pargnant qu’une partie de son portefeuille va servir au financement d’entreprises et de collectivitĂ©s favorisant la diversitĂ© des cultures, par le biais d’actions telles, par exemple, que la formation du personnel ou le mĂ©cĂ©nat.

PrĂ©cisons, que pour ĂȘtre Ă©ligible Ă  l’obtention de ce Label, les fonds doivent investir au moins 25 % de l’actif net dans des titres d’Ă©metteurs ayant un impact favorable sur l’environnement culturel.

Sept critĂšres d’évaluation ont ainsi Ă©tĂ© dĂ©finis par Diversum, concernant la communication, la publicitĂ©, les ressources humaines ou la gouvernance.

Lors de la remise des Labels, le 12 novembre 2009, au Palais du Luxembourg, Ă  Paris, on a pu entendre ces mots : « La culture prise dans sa diversitĂ©, c’est-Ă -dire l’environnement culturel de l’homme, est reconnue depuis 2005 par les Nations Unies comme un pilier du dĂ©veloppement durable, au mĂȘme titre que les questions Ă©cologiques, sociales et de gouvernance ».

Voici donc, qu’avec les trois piliers inĂ©branlables que reprĂ©sentent l’Environnement, la ResponsabilitĂ© Sociale, et la Gouvernance,  s’impose maintenant la prise en compte de la diversitĂ© culturelle dans les problĂ©matiques du dĂ©veloppement durable.

Mieux encore, car  selon MĂ©dia Terre qui a saluĂ© l’évĂ©nement : «  La dimension culturelle s’affirmant Ă  la fois comme un pilier autonome et comme un sujet transversal, aucun des trois autres piliers ne pouvant s’affranchir de la composante culturelle, il devenait urgent que la communautĂ© financiĂšre intĂšgre ce nouvel enjeu en utilisant les leviers de l’investissement responsable ».

A l’instar de l’empreinte carbone, « l’empreinte culturelle » comme la nomme joliment l’Association, pourrait rapidement devenir quasi incontournable.

On revient de loin, car la prise en compte de la diversité culturelle est un combat de longue date.

Rappelons notamment ici La DĂ©claration de Fribourg sur les Droits Culturels, « ces parents pauvres des Droits de L’Homme »,  de l’institut interdisciplinaire d’éthique et des Droits de L’Homme de Fribourg, en Allemagne, autrement nommĂ© le «Groupe de Fribourg» qui, associant entre autres les contributions de philosophes et de juristes, a lancĂ© voilĂ  plus de 20 ans, Ă  travers une sĂ©rie de colloques, une rĂ©flexion puissante, gĂ©nĂ©reuse, et originale sur la nature des Droits de L’Homme, la relation Ă  l’Autre, ainsi que la place de la personne dans la communautĂ©.

Rappelons Ă©galement la DĂ©claration universelle de l’Unesco sur la DiversitĂ© Culturelle, adoptĂ©e par la 31e Session de la ConfĂ©rence GĂ©nĂ©rale de l’Unesco, le 2 novembre 2002, Ă  Paris. Cette dĂ©claration Ă©tant un instrument normatif reconnaissant, pour la premiĂšre fois, la diversitĂ© culturelle comme « hĂ©ritage commun de l’humanitĂ© » et considĂ©rant sa « sauvegarde » comme Ă©tant un «impĂ©ratif concret et Ă©thique» insĂ©parable du respect de la dignitĂ© humaine.

Rappelons, enfin, qu’à l’initiative de la France et des pays francophones, on commence Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  l’évaluation des pratiques des entreprises relatives au respect de la diversitĂ© culturelle et linguistique. La France et les pays francophones militent pour que ce critĂšre soit intĂ©grĂ© Ă  leur politique RSE.

Les entreprises du CAC 40 pratiquent gĂ©nĂ©ralement deux langues, le français et l’anglais ; 11,6% d’entre elles en pratiquent trois ou quatre.

Six entreprises du CAC 40 Ă©voluent dans ce qu’il est convenu d’appeler un « environnement multiculturel » ; cela signifie notamment que ces entreprises publient des contenus stratĂ©giques en plusieurs langues.

Mais c’est une entreprise suisse, en l’occurrence Swatch Group, qui s’est vue dĂ©cerner  en 2008 le CybertrophĂ©e de Linguo-responsable pour son site entiĂšrement accessible en quatre langues.

Alors que l’on constate que de nombreuses entreprises, confrontĂ©es Ă  la diversitĂ© culturelle, choisissent la solution de facilitĂ© consistant Ă  privilĂ©gier la langue anglaise comme Ă©tant le plus petit dĂ©nominateur commun, au risque de gĂ©nĂ©rer un sentiment de discrimination, voire une rĂ©elle perte de crĂ©ativitĂ© en termes concurrentiels.

Notons, entre parenthĂšses, pour faire Ă©cho Ă  un dĂ©bat franco-français d’aujourd’hui, qu’en prĂ©ambule de la DĂ©claration Universelle sur la DiversitĂ© Culturelle de l’Unesco, on peut notamment lire ceci:

« Constatant que la culture se trouve au coeur des dĂ©bats contemporains sur l’identitĂ©, la cohĂ©sion sociale et le dĂ©veloppement d’une Ă©conomie fondĂ©e sur le savoir » 


ETAT DES LIEUX DE LA RSE EN FRANCE

12 novembre 2009

Dans un rapport, intitulĂ© « La responsabilitĂ© sociale des entreprises : l’engagement de la France », publiĂ© le 24 avril 2009 par le MinistĂšre des Affaires ÉtrangĂšres, alors que notre pays prĂ©sidait l’Union EuropĂ©enne, on pouvait, en prĂ©ambule, lire ceci :

« La responsabilitĂ© sociale et environnementale des entreprises (RSE) est devenue un thĂšme essentiel dans les rĂ©flexions sur la rĂ©gulation de la mondialisation et a donnĂ© lieu Ă  de multiples initiatives rĂ©centes. La crise Ă©conomique actuelle renforce d’autant plus ce dĂ©bat.   L’engagement de la France dans la RSE se caractĂ©rise Ă  la fois par sa pleine participation Ă  de nombreuses nĂ©gociations internationales, par une intervention de l’Etat au plan lĂ©gislatif et en tant qu’initiateur d’une dynamique pluri-acteurs, ainsi que par le foisonnement des initiatives prises par les acteurs Ă©conomiques et sociaux. »

Et dans le premier chapitre intitulĂ© « Qu’est-ce que la RSE pour la France? », on pouvait Ă©galement lire ceci :

« État membre de nombreuses organisations internationales, la France a participĂ© Ă  l’élaboration de dĂ©finitions dans lesquelles elle se reconnaĂźt. C’est aussi pour elle un concept stratĂ©gique. »

Plus loin, voilà ce qui est écrit :

« La France ne joue pas seulement un rĂŽle actif au plan diplomatique. Des initiatives nationales multiples ont affirmĂ© une identitĂ© particuliĂšre dessinant une capacitĂ© conceptuelle reconnue. Elle s’est affirmĂ©e innovatrice au plan lĂ©gislatif avec notamment la loi sur les nouvelles rĂ©gulations Ă©conomiques (NRE, 2001). Elle l’est aussi dans la promotion de l’investissement responsable selon des dispositifs variĂ©s, et l’amĂ©lioration de la transparence grĂące Ă  une politique de labels. Enfin, les initiatives des acteurs privĂ©s manifestent l’engagement de la sociĂ©tĂ© française dans la RSE. »

VoilĂ  pour les dĂ©clarations d’intentions de la France. Bonne note est prise.

Mais qu’en est-il vraiment de la RSE dans les entreprises françaises? Qu’en est-il  de leur engagement, c’est-Ă -dire de leurs actions sur le terrain ?

Comment rendre compte de la réalité complexe de la RSE dans les entreprises françaises ? Comment faire la part des choses entre déclarations et pratiques ? Comment se retrouver dans le dédale des principes, référentiels ou normes, lois, recommandations, émanant de différentes institutions publiques ou privées, quelles soient françaises ou internationales ?

C’est Ă  ces questions, et Ă  bien d’autres, que tente de rĂ©pondre l’excellent Hors SĂ©rie n°41, Novembre 2009, publiĂ© par Alternatives Économiques, intitulĂ© « La ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises Françaises ».

D’entrĂ©e de jeu, Ă  la lecture de l’éditorial qui titre « le chemin est encore long 
 », on comprend que l’affaire est sĂ©rieuse, sinon grave, et que l’analyse et l’investigation de ce Hors SĂ©rie – Ă  lire absolument - se veulent sans concessions.

Qu’il s’agisse des rapports sociaux et environnementaux des entreprises du CAC 40  - ah, les fameux rapports dĂ©veloppement durable ! - considĂ©rĂ©s par ces derniĂšres d’abord et avant tout comme des outils de communication, et dans lesquels elles veillent coquettement Ă  prĂ©senter leur meilleur profil, quitte Ă  faire quelques judicieuses impasses et distorsions sur certaines formes de leurs activitĂ©s ;

Qu’il s’agisse aussi des paradis fiscaux : « les entreprises françaises du CAC 40, quelles soient bancaires ou industrielles, sont trĂšs prĂ©sentes dans les territoires offshore, principalement au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Suisse. » ;

Qu’il s’agisse encore des dĂ©rives et autres dĂ©rapages de la publicitĂ© dite « Ă©cologique » visant Ă  induire en erreur le consommateur ;

Ou de la fiscalitĂ© : « seules quatre entreprises du CAC 40 ont payĂ© un impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s qui corresponde aux taux officiel en France », avec la palme d’or dĂ©cernĂ©e Ă  l’unanimitĂ© du jury Ă  Unibail-Rodamco, la sociĂ©tĂ© immobiliĂšre, « qui a rĂ©ussi l’exploit de ne consacrer que 1% des bĂ©nĂ©fices cumulĂ©s sur 2006-2008 Ă  l’impĂŽt »!

Rien, absolument rien, ne nous est épargné des vices et turpitudes de la RSE.

Heureusement, les ONG veillent au grain, les consommateurs se mobilisent, ainsi que les investisseurs ; les salariĂ©s prennent lentement conscience que la RSE peut Ă©galement ĂȘtre leur outil ; les jeunes dĂ©veloppent un esprit de plus en plus critique ; les organisations syndicales rĂ©alisent que la RSE est un moyen unique leur permettant d’enrichir le dialogue social.

Les entreprises vont-elles sont la pression conjuguée des uns et des autres, devenir vraiment, enfin, responsables ?

Avec en filigrane, la question lancinante de savoir s’il faut continuer Ă  laisser les entreprises s’engager volontairement dans la dĂ©marche RSE, ou s’il faut les y contraindre et lĂ©gifĂ©rer.

DÉVELOPPEMENT DURABLE vs RSE

3 novembre 2009

Selon un fort intéressant et instructif article signé Jean-Marc Le Gall, professeur associé au Celsa et conseil en stratégies sociales, publié par le quotidien La Tribune le 02/11/09, dans le Rapport Responsabilité Sociale publié en juin 2009 par le Groupe France Télécom-Orange, on pouvait notamment lire ceci :

“Le groupe s’engage Ă  agir en permanence comme un employeur responsable”.

Et le professeur Jean-Marc Le Gall de faire le commentaire suivant : « (
) confrontĂ© Ă  la dramatique actualitĂ© sociale de cette entreprise, il est difficile de prendre cet engagement au sĂ©rieux. »

Ce n’est pas la premiĂšre fois - et cela n’est, hĂ©las, pas non plus la derniĂšre fois - que l’on observe un dĂ©calage entre les discours et les pratiques des entreprises.

Le Rapport Développement Durable est devenu, chacun peut le constater, quasi incontournable. Il est un levier stratégique de communication.

Plus qu’un effet de mode, ou qu’une danseuse, il paraĂźt selon les analystes que les problĂ©matiques liĂ©es au dĂ©veloppement Durable et la RSE sont rĂ©guliĂšrement dĂ©battues au sein des ComitĂ©s de Direction.

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Selon la rĂ©cente Ă©tude publiĂ©e par l’Observatoire de la communication et du marketing responsables, et rĂ©alisĂ©e auprĂšs de 129 entreprises parmi lesquelles 27% sont cotĂ©es, par Limelight consulting, 90% des entreprises affirment avoir une stratĂ©gie de dĂ©veloppement durable contre 76% en 2008.

VoilĂ  qui est fort bien.

Pourtant, l’engagement DĂ©veloppement Durable ne saurait se limiter  aux seuls critĂšres environnementaux.

Il se doit pour ĂȘtre complet, entendons satisfaisant, d’intĂ©grer Ă©galement, outre les critĂšres sociĂ©taux et financiers (investissement responsable), les critĂšres liĂ©s Ă  la responsabilitĂ© sociale des entreprises (RSE).

Or, selon l’étude de Limelight Consulting, si 77% des entreprises consultĂ©es dĂ©clarent s’ĂȘtre engagĂ©es sur les aspects environnementaux, elles sont par contre moins de 40%  Ă  l’avoir fait sur les aspects sociaux.

Notons, entre parenthĂšses, que le Grenelle 2 prĂ©voit l’obligation  pour les entreprises de plus de 500 salariĂ©s de publier un bilan social et environnemental.

Dans son article, Jean-Marc Le Gall rappelle, à bon escient, que le PDG de Danone, Frank Riboud, a décidé quant à lui que le bonus des dirigeants de son entreprise devait porter à part égale sur la Responsabilité Sociale et sur les résultats économiques. Fifty-fifty.

Qui dit mieux ?