RSE et SOCIAL BUSINESS
8 mars 2010Sortir de la crise, tout le monde en rĂȘve. Moraliser le capitalisme, personne nâose vraiment y croire. Et pourtant, on assiste ici et lĂ Ă des initiatives et des dĂ©marches innovantes qui laisseraient Ă penser que lâĂ©conomie sociale et lâentreprise privĂ©e pourraient, en dĂ©finitive, apprendre Ă cohabiter.
Soit le Social Business ou Business Social, ou encore entreprise sociale.
Concept Ă la croisĂ©e des chemins entre lâĂ©conomie sociale et lâentreprise privĂ©e, le Social Business a acquis en France ses lettres de noblesse en 2008, lorsque lâĂcole HEC a annoncĂ© le lancement dâune chaire « entreprise et pauvretĂ© », avec lâĂ©conomiste, entrepreneur, et professeur bangladais Muhammad Yunus, et Martin Hirsch lâancien PrĂ©sident dâEmmaĂŒs France, et Haut Commissaire aux SolidaritĂ©s contre la pauvretĂ©, Haut Commissaire Ă la Jeunesse, comme co-prĂ©sidents.
SurnommĂ© Ă juste titre le « banquier des pauvres », pour avoir fondĂ© la premiĂšre Institution de MicrocrĂ©dit, en 1977, Muhammad Yunus - Banquier ĂŽ combien atypique ! - et sa Grameen Bank ne prĂȘtent pas aux riches, seulement aux pauvres. Du jamais vu !
Plus de 30 ans plus tard, le rĂ©sultat est impressionnant, puisque la Grameen Bank compte aujourdâhui, environ, 1400 succursales, et a prĂȘtĂ© prĂšs de 5 milliards de dollars Ă des femmes essentiellement, afin de leur permettre de crĂ©er leur entreprise.
On sait que la Grameen Bank a fait des émules et des petits, partout dans le monde, jusque dans notre hexagone.
Câest encore et toujours Muhammad Yunus, lequel a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006, qui est Ă lâorigine de la crĂ©ation du concept de Social Business.
Le Social Business est, comme nâimporte quelle autre structure commerciale, une entreprise Ă but lucratif ; la diffĂ©rence Ă©tant que sa finalitĂ© est la rĂ©solution dâun problĂšme social, Ă©cologique, ou autre, au sein d’une communautĂ©.
Reposant sur un modĂšle Ă©conomique dont lâimpact a prouvĂ© qu’il pouvait ĂȘtre dâune portĂ©e considĂ©rable, le Social Business s’assure que les bĂ©nĂ©fices gĂ©nĂ©rĂ©s ne reviennent pas aux actionnaires, mais visent Ă pĂ©renniser lâactivitĂ© de lâentreprise afin d’ĂȘtre au service de la vie sociale et de sa communautĂ©.
La stratĂ©gie du Social Business est fondĂ©e sur la recherche de lâefficacitĂ© et de la rentabilitĂ© maximales, afin de servir la cause pour laquelle elle a Ă©tĂ© fondĂ©e.
Muhammad Yunus nâest pas quâun Ă©conomiste remarquable, câest aussi et surtout un homme dâune stature humaniste authentique, c’est-Ă -dire qui a foi au genre humain et au progrĂšs humain; l’homme est dotĂ©, de surcroĂźt, dâune rare perception et connaissance de lâĂąme de ses contemporains.
Auteur de lâouvrage « Vers un nouveau capitalisme », dans lequel il thĂ©orise le modĂšle Ă©conomique que reprĂ©sente le Social Business, Muhammad Yunus ne dĂ©clare-t-il pas, en effet, dans une interview exclusive publiĂ©e sur Rue89, en date du 13.08.09 :
« Les dirigeants des grandes entreprises internationales ne sont pas des monstres assoiffĂ©s de profits. Ils se comportent ainsi parce que câest la mission quâon leur a confiĂ©e. Câest le challenge quâils relĂšvent. Si on leur disait dâutiliser les moyens et les technologies de leurs entreprises pour changer le monde, ils le feraient. » ?
Il existe, selon Muhammad Yunus, Ă mi-chemin, entre les entreprises commerciales de type classique et les structures Ă vocation sociale telles les organismes de charitĂ©, les ONG, ou les Fondations, une place pour un nouveau modĂšle de structure quâil nomme Social Business.
Câest ainsi que fut créée le 8 novembre 2006, conjointement par Danone et la Grameen Bank, la premiĂšre Social Business, en lâoccurrence une usine de fabrication de yaourt nutritif Ă destination des enfants bangladais, dont la raison sociale est Grameen Danone Foods.
Afin de financer ce modĂšle Ă©conomique dâun nouveau genre, Danone qui a créé Ă lâoccasion un fond dĂ©diĂ© au financement de projets identiques, « Danone Communities », sâest vu contraint de bousculer les rĂšgles traditionnelles de lâentreprenariat ; quant Ă Â ses managers, ils ont dĂ» revisiter leurs prĂ©supposĂ©s thĂ©oriques.
Le Social Business ouvre une nouvelle voie dans le champ de la RSE, Ă coup sĂ»r lĂ oĂč on ne lâattendait pas.
LâidĂ©e mĂȘme, en soi utopique, que deux termes, deux concepts, en rĂ©alitĂ© deux conceptions du monde aussi opposĂ©es que « entreprise » et « social », puissent ĂȘtre associĂ©s, et que son modĂšle puisse devenir une rĂ©ussite Ă©conomique, bouleversent toutes nos idĂ©es reçues
Au-delĂ des Codes, Principes, Labels, Certifications, et autres Normes, la rĂ©ussite du Social Business tend Ă dĂ©montrer, dâune part que la mise en Ćuvre de la RSE nâest pas tant une affaire de dĂ©marche que dâĂ©tat dâesprit, et, dâautre part, que lâheure de la rĂ©conciliation de lâentreprise avec la sociĂ©tĂ© est peut-ĂȘtre venue.
