RSE et Gestion du Risque

22 juillet 2010

On n’a pas l’habitude de voir la RSE associĂ©e Ă  la Gestion du Risque, laquelle permet Ă  une entreprise de s’assurer qu’elle connaĂ®t et comprend les menaces auxquelles elle s’expose, de les recenser de façon claire et structurĂ©e  et de mettre en Ĺ“uvre un dispositif visant, au mieux Ă  prĂ©venir les sinistres, au pire Ă  en rĂ©duire l’incidence.

On imagine, par conséquent, notre étonnement à la lecture des résultats de la  3ème édition de l’étude « Business Risk Report 2010 » publiée le 13.07.10. portant sur les risques les plus importants auxquels font face les entreprises internationales, et conduite par le Cabinet Ernst & Young auprès d’un panel de plus de 70 cadres dirigeants et analystes de 14 secteurs industriels.

Car, divine surprise, que n’y trouve-t-on pas à la 9ème position du TOP 10, sinon la RSE !

La RSE a pour finalité le Développement Durable des entreprises ; et les raisons pour lesquelles la RSE est, selon les experts, non seulement utile mais incontournable sont nombreuses : parce que, entre autres, les consommateurs, les clients et les investisseurs,  la demandent voire l’exigent ; la RSE construit le capital de la marque ; la RSE permet d’attirer et de fidéliser les talents ; la RSE a du sens au plan financier ; ou parce que la RSE est l’une des réponses à la crise.

On a, jusqu’à prĂ©sent, Ă  notre connaissance, fait rĂ©fĂ©rence Ă  la RSE qu’en termes d’enjeux ou de dĂ©fis ; or, la voici maintenant Ă©levĂ©e au statut de risque.

Les entreprises sont amenĂ©es Ă  se doter d’une stratĂ©gie de gestion du risque pour de nombreuses raisons, depuis la multiplication des poursuites en justice, jusqu’à la prise en compte des limites d’assurance Ă©levĂ©es, en passant par les rĂ©glementations diverses auxquelles elles sont soumises ; quant aux avantages qu’elles peuvent en tirer, ils sont tout aussi nombreux, dont leur rĂ©putation et la valorisation de leur image, ou l’amĂ©lioration de leur capacitĂ© Ă  s’adapter Ă  un environnement de plus en plus changeant, et Ă©galement cela va sans dans dire les gains Ă©conomiques et financiers.

Selon Dominique Pageaud, associé Ernst & Young, et responsable de l’étude « Business Risk Report 2010 »  en France  « Dans le contexte de crise, les problématiques de gestion de l’image se sont aiguisées et les entreprises, observées de près par l’opinion publique, sont d’autant plus attentives aux risques sociaux et environnementaux qu’elles sont conscientes que garder (ou regagner) la confiance du public est désormais vital ».

La RSE faisant son entrée dans le TOP 10 des risques majeurs des entreprises, voilà bien en effet une nouvelle réjouissante.  La gestion du risque appliquée à la RSE est, de facto, élevée au rang d’élément déterminant pour protéger la création de valeur durable.

La RSE « ne cesse  de gagner en importance aux yeux des décideurs depuis une décennie », a-t-on entendu dire. Soit. Sans vouloir à tout prix bouder notre plaisir, ni faire un procès d’intention, on est en droit de se poser la question de la signification et portée réelle de cette soudaine promotion.

Mais osons la question suivante : La RSE considérée comme un risque majeur par les entreprises, est-ce vraiment une nouvelle ?

L’engagement volontaire des entreprises dans la responsabilité sociale a montré ses insuffisances, la crise et ses conséquences peuvent en témoigner.  On constate par ailleurs que cet engagement des entreprises s’accompagne de leur part d’un lobbying aussi intense qu’efficace, afin d’éviter l’arrivée de nouvelles contraintes et règlementations.

Les entreprises auront fort à faire afin de lever la suspicion qui pèse sur elles, tant qu’elles ne voudront pas,  notamment,  jouer le jeu de la transparence de leurs activités et des informations qu’elles communiquent,  et tant qu’elles chercheront à se présenter à tout prix, sous leur meilleur jour -  quitte à faire ici des impasses, là des omissions volontaires, et à éviter les sujets qui fâchent. Le Rapport Développement Durable,  pour lequel elles ont su acquérir un savoir-faire indéniable, au point que certains observateurs parlent de « normalisation » ou « d’homogénéisation » des données, en est un parfait exemple.

Les critiques dont elles sont l’objet sont nombreuses. L’une des plus pertinentes, selon nous, est celle développée par la philosophe et sociologue Anne Salmon, professeur d’université, auteur de « Moraliser le capitalisme, est-ce possible ? ».

Dans son ouvrage, Anne Salmon semble douter que  le phénomène de « production de valeurs », et d’« offres éthiques » des entreprises puisse être capable de moraliser le capitalisme.  Ne serait-il pas, se demande-t-elle, plutôt une tentative à peine déguisée de fonder une « économisation » de l’éthique, soit un simple outil de gestion et d’orientation managériale visant à restaurer la confiance et la motivation tant des salariés que des consommateurs dans un contexte de crise, de perte de sens, et de scandale moral ?  Le risque d’une pareille tentative si d’aventure elle réussissait,  serait la transformation – la transmutation ajouterions-nous - des valeurs éthiques en biens de consommation appropriables par l’individu, pour son seul bien-être.

« Les offres éthiques des entrepreneurs (charte, code, accords de responsabilité sociale) apparaissent comme des instruments d’une adhésion à l’ordre économique, destinés à se libérer des ordres tutélaires (spiritualité, morale) tout en assurant un contrôle sur les conduites individuelles pour les conformer aux exigences du système » écrit-elle.

« L’économisation de l’éthique »  chercherait-elle à  s’émanciper de toute autorité extérieure à elle-même ?

Que signifierait, dans ce cas, l’affirmation partout entendue, selon laquelle il faut « mettre l’humain au centre de l’économie », sinon comme le suggère le Prix Nobel d’Economie, Joseph Stiglitz, d’Ĺ“uvrer afin de substituer un jour au PIB (Produit IntĂ©rieur Brut), le BIN (Bonheur Individuel  brut) ?

Nous voulons souscrire avec enthousiasme à cette séduisante proposition.

DD & RSE : Les Dirigeants et Managers de Demain

12 juillet 2010

Il faut saluer comme un événement les conclusions de la récente étude intitulée « A New Era of Sustainability : UN Global Compact-Accenture CEO Study 2010 »,  menée par le Pacte Mondial des Nations Unies et le Cabinet de Conseil Accenture, selon lesquelles les chefs d’entreprises à une très large majorité (93%) considèrent le Développement Durable, d’une part comme une composante clef de leur succès, et, d’autre part, qu’il pourrait faire partie intégrante du cœur de métier des entreprises d’ici moins de dix ans.

Menée auprès de 766 dirigeants d’entreprises à travers le monde, l’enquête vient opposer un démenti formel au scepticisme ambiant, voire le ras-le-bol exprimé par de nombreux consommateurs, salariés, acteurs de la société, et autres experts, qui tendent à penser que le Développement Durable (DD) et la Responsabilité Sociale des entreprises (RSE) ne sont au pire qu’une idéologie ou une opération de propagande, au mieux que le nouvel habit du capitalisme.

Se pourrait-il que les dirigeants prennent le DD au sérieux ? Se pourrait-il aussi que la crise et la récession aient pu jouer un rôle de révélateur et de catalyseur ? On serait tenté de le croire. Car,  s’ils sont aujourd’hui 81% à affirmer que le DD doit tout naturellement trouver sa place au cœur de la stratégie de l’entreprise, en 2007 -  soit une année avant le début de la crise -  ils n’étaient guère que 50 % à le penser.

Développer la marque d’entreprise et, par voie de conséquence, la marque employeur, retrouver la confiance, valoriser l’image, tels sont les objectifs que les dirigeants déclarent vouloir se fixer en 2010.

Parmi les cinq actions prioritaires que ces derniers ont dĂ©finies, selon le Site cdurable, afin de se donner les moyens d’atteindre ces objectifs, il y en a une en particulier qui doit attirer toute notre attention, c’est celle qui consiste Ă  assurer la formation des managers et des collaborateurs de demain, et favoriser l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants socialement responsable et consciente de la nĂ©cessitĂ© de rĂ©flĂ©chir Ă  des solutions collectives, visant Ă  faire face Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© de la planète et Ă  l’urgence dans la mise en Ĺ“uvre d’un comportement Ă©thique de l’entreprise.

Voilà qui est, sans nul doute, mûrement réfléchi. Mais il ne faudrait pas s’arrêter à ce seul constat, ni surtout sous-estimer la tâche à entreprendre.

Ayons l’honnêteté d’admettre que, jusqu’à présent, les démarches DD et RSE des entreprises se sont résumées – les nombreuses enquêtes et études semblent l’attester - d’une part à un discours et une communication construits autour de l’exercice obligé du Reporting, et, d’autre part, sur des actions centrées sur la thématique environnementale, au détriment des enjeux sociaux et sociétaux.

Dès lors que l’on se donne la noble et grande ambition de former une nouvelle gĂ©nĂ©ration de managers, et de favoriser l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants, il est fort Ă  parier qu’il faudra dans ces conditions Ă©galement penser Ă  changer de paradigme, en l’occurrence passer d’un mode de Management «de» la RSE Ă  celui d’un mode de Management « par » la RSE.

Soit l’intégration du DD et de la RSE de manière transversale dans toute la gestion de l’entreprise, ainsi que la mobilisation autour de leurs objectifs des hommes, des femmes et des ressources.

L’efficacitĂ© d’un mode de Management par la RSE supposerait, en outre, la mise en place d’une organisation spĂ©cifique, visant Ă  favoriser la rĂ©alisation des diffĂ©rents projets, tout en assurant la pĂ©rennitĂ© de l’entreprise. Le Management par la RSE dĂ©finit les modalitĂ©s de cohabitation, d’association entre une organisation verticale par services et une organisation transversale par projets.

La mise en place d’un tel mode d’organisation et de management projetterait, à coup sûr, les entreprises bien au-delà des codes, principes, chartes, labels, et autres certifications sur lesquels elles ont bâti leur stratégie DD et RSE. Ces différents outils leur ont certes permis de s’initier aux démarches du DD et de la RSE, et de valoriser leur image et leur légitimité tant en regard des agences de notation que des consommateurs, leurs cibles privilégiées. Mais ces outils n’ont-ils pas, dans une certaine mesure, montrés leurs limites?

L’organisation centrĂ©e sur le Management  par la RSE amènerait les entreprises Ă  tout mettre en Ĺ“uvre, Ă  commencer par l’intelligence collective, afin de conjuguer deux logiques diffĂ©rentes, sinon apparemment  contradictoires, la logique du mĂ©tier qui conduit Ă  penser en termes de rentabilitĂ© et de performance,  et celle qui conduit Ă  penser en termes de responsabilitĂ© et d’éthique.

Quant à la formation des dirigeants et managers de demain, les dirigeants actuels auraient tort de se faire du souci. Elle est déjà en train de s’accomplir sous nos yeux. Pour ne parler que de la France,  dès septembre 2006, une campagne de mobilisation et d’engagement des Grandes Ecoles et des Universités françaises a été lancée autour d’un objectif : « inciter et aider les établissements qui forment les dirigeants de demain à intégrer progressivement le développement durable à leurs programmes. »

Depuis, le nombre d’établissements d’enseignement du supérieur ayant initié des projets DD a augmenté. Mais le Grenelle de l’Environnement rend désormais cette démarche obligatoire pour toutes les Universités et les Grandes Ecoles qui devront mettre en place un « plan vert ».

L’article 55 de la loi Grenelle 1 du 3 aoĂ»t 2009 indique, en effet, que « les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur Ă©laboreront, pour la rentrĂ©e 2009, un « Plan vert » pour les campus. Les universitĂ©s et grandes Ă©coles pourront solliciter une labellisation sur le fondement de critères de dĂ©veloppement durable ».  Des universitĂ©s ont dĂ©jĂ  mis en place des stratĂ©gies DD et certaines pratiques exemplaires ont vu le jour. De nombreuses associations Ă©tudiantes militent activement pour l’environnement et le DD sur leurs universitĂ©s.

L’offre de formation des dirigeants et managers responsables de demain est pléthorique et la qualité de l’enseignement ne cesse de s’améliorer. Les Masters spécialisés se multiplient.  Seule ombre au tableau, on constate que l’offre est en décalage avec la réalité du marché du travail à peine émergent du DD et de la RSE.

Les dirigeants, managers et autres chefs de projet de demain répondent présents à l’appel. Ils sont passionnés par le DD et la RSE. Ils bouillonnent d’impatience. Ils ne demandent qu’une seule chose, c’est que les entreprises veuillent bien s’intéresser à eux, leur accorder une chance de prouver leur talent, et leur confier leurs premières missions. En bref, les recruter.

Qu’est-ce que les dirigeants actuels attendent ?

La longue marche de l’Egalité Femmes/Hommes

4 juillet 2010

La rĂ©cente Ă©tude coordonnĂ©e par l’Observatoire sur la responsabilitĂ© sociĂ©tale en entreprise (ORSE), intitulĂ©e « Les pères  dans la publicitĂ© : Une analyse des stĂ©rĂ©otypes Ă  l’œuvre », rĂ©alisĂ©e par le sociologie Eric MassĂ©, qui porte sur la  « mise en scène » de l’univers des hommes et du culte des valeurs masculines, met en Ă©vidence la triste rĂ©alitĂ© des reprĂ©sentations discriminatoires dont sont victimes les femmes.

Pour Eric MassĂ©, il ne fait pas de doute que la publicitĂ© reflète « un monde post-fĂ©ministe». « C’est l’anti-fĂ©minisme qui a gagnĂ© », dĂ©clare-t-il. Il apparaĂ®t, selon cette Ă©tude, que les messages publicitaires vĂ©hiculent majoritairement les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes classiques, soit d’un cĂ´tĂ© la femme au foyer,  et, de l’autre, l’homme au travail dĂ©connectĂ© des affaires familiales.

Le constat du sociologue rejoint en cela d’autres du mĂŞme genre, notamment celui de Brigitte Gresy Membre de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales, auteure en Juillet 2009 d’un « Rapport prĂ©paratoire Ă  la concertation avec les partenaires sociaux sur l’Ă©galitĂ© professionnelle entre les femmes et les hommes » ;  le rapport relève les stĂ©rĂ©otypes associant la lĂ©gitimitĂ© de l’homme Ă  la sphère publique, et celle de la femme Ă  la sphère privĂ©e ; et Brigitte Gresy d’affirmer que c’est surtout aux politiques publiques de jouer un rĂ´le. Selon elle, le rééquilibrage des sphères ne saurait advenir « tant que les questions de modes de garde des enfants, de partage du congĂ© parental ou de temps partiel imposĂ© n’auront pas Ă©tĂ© prises Ă  bras-le-corps par les Ă©lu(e) s. »

Les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes  sont enracinĂ©s dans notre vĂ©cu et notre Ă©motionnel. Les chercheurs en sciences humaines et sociales le savent fort bien, qui nous font observer que les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes  structurent nos reprĂ©sentations collectives et l’imaginaire populaire. Les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes sont une catĂ©gorisation pouvant donner lieu Ă  des discriminations, lesquelles Ă  leur tour gĂ©nèrent des inĂ©galitĂ©s.

Les études montrent que les préjugés et stéréotypes sont, en vérité, des croyances apprises très tôt,  dès la tendre enfance.  Dès lors, on ne peut que s’inquiéter, en prenant connaissance des conclusions de l’étude que La HALDE a fait réaliser, de juin 2007 à mars 2008, sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Car, qu’y apprend-t-on, s’agissant des représentations hommes/femmes ?

Entre autres, que l’image des hommes et des femmes est traitée différemment ; que les hommes sont plus représentés que les femmes; que, concernant les illustrations du milieu professionnel, 1046 présentent des hommes et 341 des femmes. Plus d’un homme sur quatre est présenté en position supérieure (un patron/une secrétaire) ou occupant la figure la plus prestigieuse d’un secteur d’activité (un chirurgien/une gynécologue) ; et également, que les femmes sont peu représentées dans le monde économique et politique. Elles apparaissent essentiellement comme « icône » ou «emblème » - Marianne, déesses grecques ou romaines - ou comme « fille de » ou « femme de »  - Joséphine de Beauharnais - ou «mère de »  - par exemple Létizia, mère de Napoléon - ou bien encore entourées d’enfants, en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices.

Mais le pire n’est pas là. Le pire, selon nous, le voici : plus de la moitié des enseignants interrogés, toujours selon cette étude, estime que les manuels scolaires n’offrent pas une position réellement dévalorisante aux femmes, même s’ils s’accordent à reconnaître la récurrence de quelques stéréotypes telle que les femmes de ménage, les femmes actives aux petits métiers dévalorisés, les femmes fragiles ou soumises, et autres femmes « gentilles », ou « idiotes » ou « objet du désir masculin ».

Or, la réalité des discriminations des femmes dépasse la fiction, ce n’est pas que de la pub ou du cinéma. Selon l’Observatoire des Inégalités, le temps des loisirs est réparti de façon inégalitaire entre le père et la mère ; après une naissance 6 mois après une naissance, 29 % des femmes n’ont plus du tout d’activité associative contre 17 % des hommes. En moyenne, les femmes consacrent près de 3h30 par jour aux tâches domestiques contre 2 heures pour les hommes. Si le taux de chômage des femmes est équivalent à celui des hommes, par contre leurs conditions d’emploi sont loin d’être identiques ; 5,5 % des actifs sont en temps partiel et souhaiteraient travailler plus, essentiellement des femmes. Le plafond de verre reste une réalité en France : seules 17 % des entreprises françaises sont dirigées par une femme, avec des disparités en fonction du secteur d’activité ou de la taille de l’entreprise ;

Le taux de pauvreté féminin était de 7,4 % en 2007, tous âges confondus, contre 6,9 % pour les hommes. Cet écart est encore plus marqué chez les plus jeunes et les plus âgés. Les femmes gagnent 27 % de moins que les hommes. L’écart est de 19 % pour des temps complets et 10 % à poste et expérience équivalents ;

Dans le secteur de l’éducation, un quart des diplômés des écoles d’ingénieurs sont des femmes. En revanche, elles représentent 70% des étudiants en lettres et sciences humaines. En politique, dix ans après la Loi sur la Parité, on ne compte que 18,5% de femmes à l’Assemblée et 21,8 % au Sénat. Dans les Arts et Lettres, sur 630 prix littéraires décernés depuis le début du 20ème siècle, 15 % ont été attribués à des écrivains femmes.

Dans ce même registre, l’étude de l’Insee 2008 intitulée « Femmes et hommes - Regards sur la parité » dont l’objectif est de faire le point sur la situation des hommes et des femmes dans la société française en matière de démographie, famille, santé, éducation, activité, revenus, loisirs, met en évidence la « persistance d’inégalités ».

Mais n’allez pas croire pour autant qu’il faille dĂ©sespĂ©rer de tout. Bien au contraire. L’Histoire est faite de luttes sans fin pour l’obtention des Droits Humains, et l’EgalitĂ© des Genres n’échappe pas Ă  la règle. Il suffit pour s’en convaincre de visiter le Site de l’Unesco et d’apprendre, entre autres, que la Division pour l’EgalitĂ© des Genres assure la mise en Ĺ“uvre du « Plan d’Action PrioritĂ© EgalitĂ© des Genres », l’une des deux prioritĂ©s mondiales de l’Organisation pour 2008-2013.

Ou de lire  l’ouvrage de Sylvie Schweitzer «  Femmes de pouvoir, Une histoire de l’Ă©galitĂ© professionnelle en Europe (XIXème-XXIème siècles) », Ă©d. Payot, dans lequel on apprend que les avancĂ©es des droits des femmes sont liĂ©es aux mutations Ă©conomiques et sociales, et que les luttes des femmes ont Ă©tĂ©, plus souvent qu’on ne l’imagine, soutenues par des hommes «fĂ©ministes ».

Ce qui laisserait Ă  penser que l’EgalitĂ© des Genres ne se fera pas contre les hommes, mais avec eux. C’est une bonne nouvelle.

La Diversité Enfant Pauvre de la RSE

19 juin 2010

On a trop tendance à oublier que la Diversité est l’une des composantes de la mise en place d’une démarche RSE, dans sa thématique Citoyenne, dont l’approche centrée autour du concept de Communauté accorde une importance capitale à la non discrimination.

Tant la communication des directions financières, relayée par les médias, qui porte en priorité son attention sur les questions environnementales, est propice aux effets d’annonces, aux prises de position emblématiques, et se prête à la séduction des messages publicitaires.

La Charte des Droits Fondamentaux de l’Union europĂ©enne stipule Ă  l’article 21 : « Est interdite, toute discrimination fondĂ©e notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance Ă  une minoritĂ© nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. »

En France, la Charte de la Diversité, lancée en octobre 2004, qui vise à inciter les entreprises à garantir la promotion et le respect de la Diversité dans leurs effectifs, compte plus de 2750 signataires. Le Label Diversité lancé en décembre 2008, en revanche, instauré à l’initiative de l’ANDRH et de l’Afnor, afin de concrétiser les démarches des entreprises qui se sont engagées dans la Charte de la Diversité, marque le pas. On ne compterait à ce jour que 90 entreprises Labellisées.

Non pas que les candidatures n’aient pas été nombreuses, bien au contraire ; mais la plupart d’entre-elles a été recalée. Beaucoup d’entreprises, parmi les plus prestigieuses, ont eu la naïveté de penser que l’obtention du Label Diversité ne serait qu’une simple formalité. Bien mal leur en a pris.

Le Label Diversité est en effet extrêmement contraignant, il exige des actions concrètes, ainsi que des objectifs précis et mesurables. Il s’agit bien, en l’occurrence, de la définition et de la mise en œuvre d’une Politique Diversité, pour laquelle la nomination d’une personne « chargé de la Diversité » n’ayant en vérité aucune compétence sur le sujet, ni aucune délégation d’autorité, ne saurait suffire.

Rappelons que le cahier des charges sur lequel les entreprises candidates sont auditées afin d’obtenir le Label Diversité, repose sur cinq critères : Dresser un état des lieux de la diversité ; Engager concrètement un dialogue social sur ce sujet ; Communiquer en interne, former et sensibiliser tous les salariés ; Prendre en compte la diversité dans tous les processus RH – du recrutement à la gestion des carrières – et l’évaluer.

Dans un billet publié le 30.03.10 par Novethic, Rodolphe Héderlé écrivait : (…) « beaucoup d’entreprises, notamment parmi les grandes, n’ont pas mis en place les processus de gestion des ressources humaines nécessaires pour garantir l’égalité des chances. La formalisation, et donc la traçabilité de ces processus, n’est pas suffisante. Dans les grandes entreprises, elle peut poser des problèmes informatiques et d’organisation pour récupérer et consolider toutes les données nécessaires au suivi des processus. Autre difficulté, la méconnaissance du cadre juridique. Certaines entreprises ont ainsi présenté des fichiers sur les origines ethno-raciales de leurs salariés à l’Afnor, une pratique proscrite par la loi. Malgré le débat médiatique sur la question, « cette interdiction n’est pas toujours connue », confirme Thierry Geoffroy. »

De fait, le Conseil de l’Europe s’est rĂ©cemment inquiĂ©tĂ©, dans un rapport publiĂ© le 15.06.10, de la persistance des discriminations raciales en France. Bien qu’il salue le travail de la Halde et celui effectuĂ© par la CitĂ© Nationale de l’Histoire de l’Immigration, le Conseil de l’Europe constate que les discriminations Ă  l’embauche demeurent « insuffisamment dissuasives ». VoilĂ  qui est joliment dit. Dans notre belle langue française, dans la catĂ©gorie « figures de style », on appelle cela un euphĂ©misme.

Sur le front de l’EgalitĂ© hommes femmes, dans le champ spĂ©cifique  de l’éducation, la situation ne semble pas avancer pas non plus, et ce dans tous les pays europĂ©ens. La Commission europĂ©enne a prĂ©sentĂ© le 07.06.10 une Ă©tude sur la manière dont les pays europĂ©ens abordent les inĂ©galitĂ©s entre les hommes et les femmes dans l’Ă©ducation. D’oĂą il ressort que « des diffĂ©rences liĂ©es au sexe persistent tant dans le choix des Ă©tudes que dans le niveau d’instruction atteint ».

Selon la Commission europĂ©enne, l’obstacle majeur de ces diffĂ©rences est liĂ© Ă  la persistance des rĂ´les et stĂ©rĂ©otypes fĂ©minins et masculins. « Hormis quelques exceptions, tous les pays d’Europe appliquent ou prĂ©voient d’appliquer une politique Ă©galitaire entre les hommes et les femmes dans le domaine de l’Ă©ducation. L’objectif premier est de battre en brèche les stĂ©rĂ©otypes et le partage traditionnel des rĂ´les masculins et fĂ©minins, mais il s’agit aussi de renforcer la reprĂ©sentation des femmes dans les instances de dĂ©cision, de contrecarrer les schĂ©mas classiques concernant le niveau d’instruction atteint par les garçons et les filles, ou encore de lutter contre le harcèlement liĂ© au sexe en milieu scolaire » peut-on ainsi lire sur le Site FenĂŞtre sur l’Europe.

La Commission fait le constat selon lequel les États prennent peu d’initiatives pour informer les parents sur les questions d’Ă©galitĂ© entre les sexes et les associer plus Ă©troitement Ă  la promotion de l’Ă©galitĂ© hommes femmes dans l’Ă©ducation. On touche sans doute lĂ  au cĹ“ur de la problĂ©matique de la promotion de la DiversitĂ©. Qu’il s’agisse de l’égalitĂ© hommes femmes, des personnes en situation de handicap, des seniors, des minoritĂ©s ethniques et culturelles, ou de toute autre forme de discrimination, il semble bien dĂ©cidemment que l’éducation soit l’action prioritaire Ă  mener afin de lutter efficacement contre l’exclusion sociale et pour l’égalitĂ© des chances.

En France, si l’on en juge par la publication, en 2008, des résultats de l’étude intitulée « Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires », réalisée pour le compte de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE), par  l’Université  Paul  Verlaine de  METZ, sous la direction de Pascal Tisserant et Anne-Lorraine Wagner, force est de constater que la partie n’est pas gagnée. Autre euphémisme.

Commentant les résultats édifiants de cette étude, Louis Schweitzer le président de la Halde, n’avait-il pas alors déclaré : « Les programmes ne mettent pas la Lutte contre les Discriminations au centre de l’éducation » ? - précisant que les manuels scolaires n’étaient ni racistes, ni sexistes, mais « qu’ils reflétaient la société d’hier plutôt que la société d’aujourd’hui ou celle de demain. »

On aimerait croire que les nouvelles Ă©ditions des manuels scolaires ont pris en compte ces remarques, suggestions, et critiques. Est-ce trop demander Ă  l’Éducation Nationale que de faire un effort afin d’ĂŞtre en phase avec la sociĂ©tĂ© de son temps ?

Economie Sociale et Solidaire vs RSE

29 mai 2010

« Emplois verts », mythe ou réalité ? Alors qu’en France la crise de l’emploi ne cesse d’augmenter, touchant notamment les jeunes, les seniors, et les chômeurs de longue durée, peut-on sérieusement croire que la « croissance verte » est susceptible de créer 600 000 emplois d’ici 2020 ?

Force est de constater, qu’ils sont nombreux,  parmi les analystes, ceux qui semblent en douter. Le Monde datĂ© du 25.05.10 Ă©crit que « dans une Ă©tude prĂ©sentĂ©e le 4 mai, Comment dynamiser la croissance verte, le cabinet de conseil Roland Berger en Ă©value les freins : absence de rĂ©elle filière, manque de coordination entre les activitĂ©s, rĂ©glementation “complexe et peu prĂ©visible”, surcoĂ»t des solutions vertes... ».

Le rapport intérimaire de la Stratégie pour une croissance verte, intitulé « Concrétiser notre engagement en faveur d’un avenir durable », élaboré au niveau ministériel par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques), énonce des «constatations préliminaires concernant un certain nombre de problèmes importants auxquels sont confrontés les décideurs désireux de promouvoir une croissance verte.»

Dans son avant-propos, le rapport de l’OCDE déclare : «La plus grave crise économique qu’il nous ait jamais été donné de connaître est en train de s’estomper, mais un retour à la normale n’est pas à l’ordre du jour. Partout dans le monde, les gouvernements sont confrontés à un triple défi des plus délicats, à savoir des niveaux de chômage record, des déficits budgétaires non viables et une croissance atone, et ce dans un contexte où les préoccupations environnementales et climatiques revêtent une importance grandissante dans la politique économique.»

Comment favoriser la création de richesses et d’emplois, ainsi que le développement des entreprises, est également la question posée par le rapport du député Francis Vercamer «L’Economie Sociale et Solidaire, entreprendre autrement pour la croissance et l’emploi» rendu public le 28 Avril 2010.

Faisant le triple constat selon lequel l’Economie Sociale et Solidaire (l’ESS) reprĂ©sente un secteur d’une grande diversitĂ©, mais aussi d’une rĂ©elle unitĂ© qui se considère insuffisamment reconnu ; que l’ESS aspire Ă  ce que ses spĂ©cificitĂ©s et ses prĂ©occupations soient mieux prises en compte par les pouvoirs publics ; qu’elle possède des atouts et des potentialitĂ©s insuffisamment pris en compte, et qu’elle appelle Ă  des approches renouvelĂ©es, ce rapport propose des orientations visant Ă  mettre en place des actions avec la volontĂ© de voir l’Economie Sociale et Solidaire,  «contribuer pleinement Ă  la croissance de notre pays et Ă  la crĂ©ation d’emplois.»

L’ESS semble donc avoir le vent en poupe; et devenir un Entrepreneur Social une solution alternative en ces temps de crise, afin d’une part d’être acteur de l’économie et, d’autre part, de remettre en question le système capitaliste.

Tant et si bien, que de très nombreuses écoles de commerce proposent désormais des formations d’Entreprenariat Social.

Se pourrait-il qu’en matière de création d’emplois le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire damne le pion à « l’or vert » promis par le gouvernement et le ministère du développement durable ?

Bien qu’il s’avère que l’ESS ne s’est pas autant développée en France que chez certains de nos amis européens, ne compte–t-elle pas aujourd’hui en France 200 000 entreprises et 2 millions de salariés ?

Selon certains experts, on estime Ă  500 000 le nombre de crĂ©ation d’emplois dans le secteur de l’ESS d’ici 2020. Selon l’Insee, en 2008, l’ESS reprĂ©sentait  près de 10 % du PIB.

Pour ne prendre qu’un seul exemple du dynamisme et de la crĂ©ativitĂ© de l’ESS, selon une Ă©tude portant sur le premier trimestre 2009 par l’association Recherches et solidaritĂ©s, en partenariat avec l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale, l’emploi dans les associations qui reprĂ©sente comme on le sait une grande partie des salariĂ©s de l’ESS, a progressĂ© de 2,8%. A la mĂŞme pĂ©riode, l’emploi dans le secteur privĂ©, quant Ă  lui, a chutĂ© de 1,6%.

Quelles sont-elles donc ces entreprises de l’ESS ? Ce sont des coopĂ©ratives, des mutuelles, des associations et des fondations. La banque, l’assurance, la santĂ©, l’agriculture, et la distribution sont les secteurs les mieux reprĂ©sentĂ©s. Selon l’Insee, l’ESS reprĂ©sente 64% des emplois dans le champ du social, 21,4% dans celui de la culture et l’audiovisuel, 24,7% dans le sport et les loisirs. En revanche, on observe aucune activitĂ© dans le secteur industriel.

Mais il s’agit maintenant de favoriser l’émergence de nouvelles entreprises et de nouvelles activités, ainsi que des nouveaux projets susceptibles de s’intégrer à l’économie nationale ou locale ; et il s’agit également d’améliorer l’environnement dans lequel les entreprises de l’ESS devront évoluer.

D’autant que les acteurs de l’ESS, secteur mal identifiĂ©, Ă  cheval entre l’économique et le social, ne disposent pas d’un interlocuteur officiel auprès du gouvernement.

Quoiqu’il en soit, preuve s’il en est de l’engouement pour l’ESS, et de sa vitalitĂ©, notons qu’a lieu du 4 au 6 Juin 2010 la 3ème Ă©dition du « Salon des SolidaritĂ©s : le rendez-vous des acteurs de la solidaritĂ© internationale » Ă  Paris-Porte de Versailles.

Selon une Ă©tude de Kelly Services parue en novembre 2009, 50 % des Français se dĂ©clareraient prĂŞts Ă  accepter un salaire infĂ©rieur pour travailler dans une «entreprise Ă©thique», et 78 % souhaiteraient exercer un emploi intĂ©grant une dimension morale, un souci de l’environnement et une politique socialement responsable.

Les métiers et les emplois de l’ESS ont un avenir. Qu’on se le dise. Vous en voulez une preuve supplémentaire ? La voici :

On prĂ©tend que la RSE est jalouse de ses succès et de son attractivitĂ© auprès des jeunes notamment. On dit que les acteurs de la RSE lorgnent du cĂ´tĂ© de l’ESS, ses rĂ©ussites et ses mĂ©thodes, et qu’ils cherchent Ă  s’en inspirer, voire Ă  l’imiter.

Certains s’en inquiètent mĂŞme. Ils affirment que la RSE n’est qu’un piège, un habit de façade, de la poudre aux yeux, et que l’auto-rĂ©gulation des entreprises n’est qu’un leurre;

Ils affirment Ă©galement que l’ESS est un modèle qui repose, quant Ă  lui, non pas sur la recherche du profit quel qu’en soit le prix, en termes humains, mais au contraire sur le lien social, des valeurs, des comportements et des pratiques qui s’inscrivent dans une longue histoire et tradition, tant au niveau national que local.

Va t-on assister Ă  une concurrence, voire une rivalitĂ©, l’ESS vs RSE?

L’Industrie du Luxe et la RSE

8 mai 2010

Luxe et RSE, deux termes apparemment incompatibles tant, dans l’imaginaire populaire, le Luxe renvoie immanquablement aux images de l’argent et du superflu, des inégalités sociales et de la pauvreté. Sans compter celle de la dégradation de l’environnement; on songe, par exemple, aux effets dévastateurs sur les sols, les cours d’eau et les écosystèmes de l’extraction de l’or dans les mines à ciel ouvert de Guyane.

La rĂ©alitĂ© semble pourtant plus complexe, sinon plus nuancĂ©e. Alors que se dĂ©roule Ă  Paris, du 7 au 10 mai 2010, le 2ème Salon Annuel du Luxe Durable (sustainable luxury Fair), Ă©vĂ©nement Ă  la fois commercial et artistique comme il se doit, soutenu par le Ministère de la Culture et l’Organisation Mondiale de DĂ©fense de l’Environnement WWF, il n’est pas inutile de faire sur ce sujet le point sur l’engagement et les enjeux de l’Industrie du Luxe et, chemin faisant, tordre le coup Ă  certaines idĂ©es reçues.

Dans une interview publiée par le quotidien La Tribune du 6 mai, Jean-Noël Kapferer, Professeur à HEC Paris et titulaire de la Chaire Pernod-Ricard sur les marques de Prestige, affirme que le Luxe et le Développement Durable sont très proches.

Il déclare notamment : « Par essence, rappelons-le, le luxe est plus conforme à l’idéal du développement durable que les produits de grande consommation. On se trompe donc de cible en visant le luxe. Certes le luxe c’est l’inutile, mais c’est un inutile comme l’art, qui élève l’homme car il est rare. Le drame du développement durable trouve sa source ailleurs : dans l’impulsion frénétique d’achats inutiles, dans la société de consommation des biens bon marché, destinés à être jetés après usage . Le luxe est aux antipodes de cela. »

On se souvient peut-être que, vers la fin de l’année 2007, WWF avait dans une étude intitulée « Deeper Luxury », parue en Grande- Bretagne, pointé du doigt le Secteur du Luxe accusé de figurer parmi les moins responsables. L’ONG cherchait surtout à prouver aux Maisons du Luxe qu’elles avaient tout intérêt à adopter et à s’engager dans des stratégies socialement responsables, car la prise de conscience des consommateurs, fussent-ils riches et même très riches, ainsi que leurs comportements d’achat, avaient beaucoup évolué.

On pouvait notamment lire ceci : « L’Ă©lite utilise le luxe comme symbole de sa rĂ©ussite; or la dĂ©finition mĂŞme de la rĂ©ussite a changĂ©. Les clients privilĂ©giĂ©s exigent que les marques reflètent leurs aspirations Ă  un monde meilleur, en particulier en ce qui concerne les questions environnementales».

Dans un article publié le 07/05/2010 sur Novethic, Véronique Smée écrit :
«  Or l’étude, qui notait les plus grandes marques sous cet angle, rĂ©vĂ©lait de grandes faiblesses : Sur les dix grands noms passĂ©s au crible par le WWF, pas un ne dĂ©passait la note de C+ (soit 6/12). Trois des quatre groupes français Ă©valuĂ©s (L’OrĂ©al, Hermès et LVMH) obtenaient la meilleure note, tandis que les groupes italiens Bulgari et Tods Ă©taient lanternes rouges du classement. Tiffany & Co, Swatch et PPR obtiennent un D, signe extĂ©rieur d’une responsabilitĂ© sociale et environnementale dĂ©gradĂ©e. Au final, les entreprises se limitaient encore, selon les analyses et les observations de WWF, Ă  des opĂ©rations de philanthropie et de mĂ©cĂ©nat « paillettes ». »

Ajoutons, toujours selon cette étude WWF, que Tiffany & Co, Swatch et PPR ont obtenu un D, signe extérieur d’une responsabilité sociale et environnementale dégradée.

Alors, qu’en est-il aujourd’hui de la responsabilitĂ© des Maisons de Luxe? A-t-on notĂ© des progrès notables ? Car, de l’emballage Ă  la boutique en passant par les transports, le CO2 Ă©mis lors de la fabrication des produits ou de leur transport, les  locaux, ainsi que la sous-traitance s’agissant notamment du secteur de la joaillerie, les Maisons de Luxe ont du pain sur la planche.

Il semble par conséquent difficile de prendre la mesure des avancées, d’autant que les leurs activités  sont multiples, parmi lesquelles : cosmétiques, textiles, accessoires, parfums, joaillerie, hôtellerie, ou champagne.

Il est clair, en tout Ă©tat de cause, que les Maisons de Luxe ne peuvent plus faire l’impasse sur les impacts Ă©thiques, sociaux, et environnementaux de leurs activitĂ©s. Comme le fait remarquer, avec justesse, VĂ©ronique SmĂ©e, « les remises en question touchent toute la chaĂ®ne »;

Si l’Industrie du Luxe ne semble pas subir de plein fouet la crise économique et financière de nature mondiale et systémique, qui sévit depuis 2008, et qui n’en finit pas de connaître moult soubresauts et contrecoups, comme on peut de nouveau le constater avec les situations de la Grèce en perdition et de la monnaie européenne sévèrement attaquée,  elle doit en revanche faire face à d’autres menaces : contrefaçons, mouvements anti-consommation, défis de l’expansion sur les marchés émergents, démocratisation de la clientèle; d’autant que les risques du secteur en termes d’image sont considérables.

N’entendons-nous pas dire, de plus en plus, que les clients, y compris les plus fortunés, sont exigeants en matière d’enjeux éthiques et environnementaux, et qu’ils les considèrent comme des valeurs à propos desquelles aucun compromis n’est acceptable ? Selon le Luxury Institute’s Wealth, situé à New York, 57 % des riches américains seraient prêts à payer plus cher des produits d’une marque, si celle-ci engageait sa responsabilité sociale et environnementale.

Quant Ă  WWF, qu’on se rassure. On pourrait lĂ©gitimement s’inquiĂ©ter de la voir s’acoquiner avec l’Industrie du Luxe, et se demander qu’est-ce qu’une ONG environnementale aussi respectĂ©e et respectueuse pourrait bien gagner Ă  ĂŞtre lĂ , prĂ©sente Ă  ce 2ème Salon, au point de devenir partenaire – vous avez dit complice ? - de sa stratĂ©gie marketing et communication.

La raison est des plus complexes, mais également des plus simples. WWF ambitionne de faire en sorte que l’Industrie du Luxe devienne l’un de ses alliés les plus précieux afin de promouvoir et diffuser les concepts et principes du développement durable.

Les Achats dans l’Industrie du Luxe représentent, rappelons-le, plus de 110 milliards d’euros environ.

Lorsqu’on connaît le degré d’exigence des Maisons de Luxe en matière de savoir-faire et de recherche d’excellence, et qu’on mesure l’immense prestige dont leurs marques jouissent auprès des pays émergents, en particulier, il est tentant de croire que leur engagement dans les champs du Développement Durable et de la Responsabilité Sociale vont exercer une influence, tant sur les consommateurs et les autres secteurs, que sur les marchés financiers.

Le rĂŞve, comme le luxe, n’a pas de prix …

8 mai 2010

Greenwashing et RSE

25 avril 2010

Les agences de communication n’ont pas leur pareil quand il s’agit de capter l’air du temps, d’être en phase avec son époque, de s’adapter aux mutations économiques, sociétales, technologiques, voire les anticiper, et d’accompagner les évolutions des mentalités.

Tout leur savoir-faire réside en cela qu’elles manipulent avec un art consommé nos valeurs, symboles et représentations collectives. D’où leur pouvoir de séduction, clef de leur succès.

On ne sera  surpris, par conséquent, d’apprendre qu’elles ont su, mieux que quiconque, appréhender le formidable potentiel et la manne du Développement Durable,  en termes d’investissements publicitaires, et d’investir ce créneau stratégique  hautement profitable. Le Greenwashing était né.

Le terme Greenwashing est apparu pour la première fois au début des années 1990. Il  qualifie la politique de communication des entreprises en faveur du Développement Durable, laquelle, selon les groupes de pression environnementaux, ne s’accompagne pas de véritables actions.  On oppose, généralement, au concept de Greenwashing, celui de publicité éthique.

En  France, le nombre de communications publicitaires liées à l’Environnement aurait plus que quintuplé entre 2006 et 2009. L’ARPP (Organisme de régulation professionnelle de la publicité en France), très critiqué par les ONG, qui s’engage à « mener toute action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine, dans l’intérêt des consommateurs, du public et des professionnels de la publicité », a été dans l’obligation sous la pression de ces dernières d’édicter de nouvelles règles déontologiques.

Selon l’ARPP «  les publicités incitant à un comportement non éco-responsable ou dénigrant des pratiques environnementales, ainsi que les visuels induisant en erreur le consommateur » ne sont pas « conformes ».  3% des messages publicitaires auraient ainsi reçu un avis défavorable en 2009.

Pour autant, les ONG sont nombreuses qui remettent en question la légitimité de l’ARPP, laquelle, ne l’oublions pas, est  un organisme privé rassemblant les professionnels du secteur. Quelle est sa réelle marge de manœuvre ? Jusqu’où peut-elle exercer son autorité ? Peut-on être juge et partie ? Le conflit d’intérêt est patent.

Mais le business du Greenwashing, comme les dérives et les catastrophes environnementales, ne sont pas des phénomènes spécifiquement français.

C’est de ce constat  qu’est née le 22 mars 2006 « l’Alliance pour la Planète », dans laquelle est regroupée la plupart des ONG environnementales, mais également juridiques, sociales, humanitaires, scientifiques, les associations de consommateurs, d’agriculteurs, les syndicats, soit 82 membres au total.  Notons que sont exclus les organismes d’Etat, les entreprises et les partis politiques.

Le Manifeste de Alliance pour la Planète affirme, en préambule, comme un cri d’alerte:

« Nous ne pouvons plus nous voiler la face, le diagnostic de la communauté scientifique est clair : la situation environnementale de la Terre est désastreuse, et les dégâts causés à la planète touchent en premier lieu les plus démunis. Il est urgent de mettre en oeuvre au plus vite des mesures lucides et courageuses afin d’assurer la survie de notre planète et de ses espèces, y compris celle de notre propre espèce. »

C’est dans ce contexte de mondialisation qu’il convient, selon nous, de replacer les conclusions de la récente étude « Les Français et la communication responsable » publiée par le cabinet de conseil en marketing durable Ethicity et TNS Media Intelligence.

Une bonne partie des consommateurs serait, nous dit-on, lassé des arguments publicitaires liés au Développement Durable. Plus d’un français sur deux considèrerait que la communication publicitaire sur la consommation durable est envahissante. 43% d’entre eux déclarent qu’ils ne la supportent plus. La confiance dans les entreprises qui usent et abusent du Greenwashing semble s’éroder, et les consommateurs portent un regard de plus en plus sceptique sur les certifications sociales et environnementales des produits qu’ils achètent.

Or, apprend-t-on, on n’en est déjà plus là. Les temps changent si vite ! Se pourrait-il que le Greenwashing appartienne au passé ?

Tout laisse à penser que le recours argumentaire massif au Développement Durable aux seules fins de valoriser son image arrive à son terme.  Les entreprises n’ont-elles pas  intégré les enjeux environnementaux comme une nécessité tant stratégique qu’opérationnelle, au point qu’ils ne constituent plus, en termes de concurrence, des facteurs de différentiation ?

D’autres batailles se préparent et d’autres stratégies se mettent en place dans les conseils d’administration et les ateliers de créativité des agences de communication. Les stratégies certes, mais aussi les contre-stratégies.

Une étude UJJEF Communication et Entreprise - Inférences Conseil apporte un éclairage nouveau dans la mesure où elle s’est focalisée sur la sémantique utilisée dans les rapports annuels publiés en 2009. Des sémiologues ont analysé 25 chapitres « développement durable »  de rapports annuels généraux, et 23 rapports spécifiquement dédiés au Développement Durable ; Ils ont également analysé le contenu des rubriques « développement durable » de 33 sites Internet.

Il ressort notamment de cette étude, que lorsque les entreprises parlent de Développement Durable, c’est au travers d’un « discours minimal, épuré de toute aspérité, de toute tension contradictoire susceptible de faire débat ». Il semble que le message publicitaire prenne une tour « politique ». C’est désormais par la promotion du débat public que les entreprises ont l’intention de crédibiliser leur démarche Développement Durable. On parle de Greenspeaking …

Quant aux agences de communication, vont-elles exploiter les immenses gisements offerts par les avancées de la neuropsychologie, discipline scientifique et clinique qui étudie les fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales ?

Du côté des contre-stratégies, il ne faudra pas manquer de suivre attentivement les avancées de l’éco-psychologie, née aux Etats-Unis de la réflexion de chercheurs venus de diverses disciplines, entre autres biologie, écologie, psychologie, psychanalyse.

« L’Ă©co-psychologie a dĂ©veloppĂ© des outils permettant de rĂ©flĂ©chir Ă  la façon dont on peut responsabiliser les individus Ă  la crise environnementale, sans les culpabiliser ou les infantiliser », explique Jean-Pierre Le Danff, Ă©co-psychologue, et ChargĂ© de Mission Ă  la Fondation Nicolas Hulot, dans une interview Ă  l’Express dans son Ă©dition du 12 Avril 2010.

Gageons que les agences de communication s’intĂ©ressent dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©co-psychologie.

Gestion des Talents et RSE

3 avril 2010

L’adéquation entre les compétences actuelles et celles de demain est une nécessité hautement stratégique pour l’entreprise, d’autant plus si cette dernière souhaite s’engager dans une démarche RSE.

Évaluer l’ensemble des compĂ©tences indispensables pour assurer sa prospĂ©ritĂ© et sa pĂ©rennitĂ©, ainsi que les compĂ©tences issues de la nouvelle Ă©conomie centrĂ©e sur la durabilitĂ©, c’est-Ă -dire une Ă©conomie de plus en plus mondialisĂ©e, et confrontĂ©e d’une part  Ă  des pĂ©nuries de ressources et d’Ă©nergie, et, d’autre part, Ă  des contraintes de normes et de sĂ©curitĂ© au plan social, sociĂ©tal et environnemental, ainsi qu’aux attentes des Parties Prenantes, c’est tout le dĂ©fi ce ce qu’il est convenu d’appeler la Gestion des Talents.

Selon les conclusions d’une Ă©tude internationale rĂ©alisĂ©e, fin 2009, par The Economist Intelligence Unit (EIU), pour le compte du Cabinet StepStone Solutions, portant sur 400 dirigeants de grands Groupes, la reprise Ă©conomique qui en dĂ©pit des Cassandre et des sceptiques semble pointer Ă  l’horizon, risque de se heurter Ă  une pĂ©nurie de talents.

Et selon Matthew Parker, Directeur Général de StepStone Solutions: « Les entreprises se trouvent à un carrefour en matière de Gestion des Talents. C’est aujourd’hui qu’elles doivent choisir de mettre en place les actions qui s’imposent pour créer, maintenir et développer leurs viviers de talents à l’échelle internationale. Si elles choisissent de ne rien faire, il est certain que cela entraînera une fuite progressive de leurs ressources clés et une baisse inévitable de leur performance ».

Une autre étude, réalisée en Europe par SD Worx,  en 2009, montre que près de 75% des entreprises françaises interrogées affirment avoir formalisé une « Stratégie de gestion des talents » ou « prévoient » de le faire dans les deux années à venir. 52% des DRH français jugent, par ailleurs, la Gestion des Talents « essentielle » pour la réussite de l’entreprise.

Le Boston Consulting Group et la Fédération mondiale des Associations de Direction du Personnel (WFPMA) avaient pour leur part, publié les résultats d’une étude menée entre janvier et novembre 2007, auprès de 4 700 cadres dirigeants dans 83 pays.

Selon celle-ci, dans neuf pays, la capacité des entreprises à recruter des hauts potentiels - managers, spécialistes ou techniciens – est considérée comme une priorité. Il s’avére que les DRH américains et chinois sont les plus impliqués dans la Gestion des Talents.

Autre fait marquant de cette étude, dans 10 pays l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est considéré comme l’un des principaux défis en matière RH, voire une nécessité incontournable pour les entreprises souhaitant fidéliser les talents, en l’occurrence celles et ceux affirmant que le salaire n’est pas leur seule motivation ou leur motivation principale.

L’étude publiĂ©e mi-avril 2009 par Krauthammer est, en revanche, la seule Ă  notre connaissance, Ă  s’inscrire en faux avec  cette tendance gĂ©nĂ©rale, puisque leurs auteurs ont affirmĂ© : « Nous avons observĂ© que la RSE jouait un rĂ´le mineur dans le recrutement et la fidĂ©lisation ».

Ceci précisé, on aurait tort, selon nous, de penser que la Gestion des Talents ne concerne que les jeunes diplômés  et les Hauts potentiels. En réalité, elle concerne l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise.

On profitera de l’occasion pour affirmer que nous ne saurions souscrire Ă  l’idĂ©e d’une « Guerre » des talents. Nous prĂ©fĂ©rerions  plutĂ´t parler de « Gestion Dynamique des Talents », un intitulĂ© qui nous semble de surcroĂ®t possĂ©der l’avantage d’être plus en cohĂ©rence avec les valeurs vĂ©hiculĂ©es par les concepts et dĂ©marches de la ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises.

Soit le double constat suivant : Les salariés préfèrent travailler dans des organisations dont les valeurs correspondent aux leurs, ou qui leur semblent proches, d’une part ;

L’intĂ©gration de la RSE Ă  l’image de marque permet d’amĂ©liorer le recrutement et la fidĂ©lisation des collaborateurs, mais Ă©galement le maintien dans l’emploi, notamment dans les marchĂ©s oĂą la main-d’oeuvre et les compĂ©tences se font rares, d’autre part.

On ne sera pas Ă©tonnĂ©, par consĂ©quent, d’observer que les entreprises qui dominent le marchĂ© en matière de RSE ont dĂ©veloppĂ© une forte image de marque d’employeur, et ont intĂ©grĂ© leurs concepts et dĂ©marches RSE Ă  leurs offres de recrutement, de fidĂ©lisation, ou de maintien dans l’emploi, en termes de valeur ajoutĂ©e.

En mettant en avant leur dĂ©marche de responsabilitĂ© Sociale dans leur image de marque de recrutement, ainsi que dans leur communication, et en faisant la promotion des avantages Ă  tirer lorsqu’on intègre et travaille au sein d’une culture fondĂ©e sur le comportement Ă©thique et les valeurs partagĂ©es, ces entreprises font le pari de l’attractivitĂ© de leur offre.

Les projets de bénévolat ou de mécénat de compétences, par exemple, peuvent exercer sur les salariés une forte attractivité.

Ces entreprises affichent un engagement RSE, entretiennent une culture RSE, intègrent pleinement la RSE Ă  l’ensemble de leurs activitĂ©s, rĂ©compensent les dĂ©cisions prises dans le champ de la RSE, et valorisent les initiatives relatives Ă  la RSE.

C’est dire aussi que le recrutement et la fidélisation des nouveaux arrivants ne sont que les premières étapes d’un dispositif de Gestion des Talents centré sur la RSE.

Les salariĂ©s Ă©tant parmi les personnes clĂ©s de l’Ă©laboration d’une stratĂ©gie RSE, il s’agit d’instaurer avec eux un dialogue, de les consulter, de les faire participer Ă  la recherche et au dĂ©veloppement de nouveaux projets ou de nouvelles approches.

Certaines entreprises n’hĂ©sitent pas Ă  consulter leurs salariĂ©s afin de les impliquer dans l’Ă©laboration et la mise en Ĺ“uvre de leur engagement communautaire ou de leur projet de bienfaisance ou de philanthropie.

D’autant que, du point de vue de la Conduite du Changement gĂ©nĂ©rĂ© par l’Ă©mergence de la RSE, il existerait trois catĂ©gories de salariĂ©s : ceux qui ont les valeurs et le comportement Ă©thique ; ceux qui ont les valeurs, mais n’ont pas le comportement; et enfin, ceux qui n’ont ni les valeurs ni le comportement.

Mais ça c’est une autre histoire.

Stress, Risques Psychosociaux et RSE

20 mars 2010

Concept inventé pour la première fois par le  médecin endocrinologue autrichien Hans Selye (1907-1982), lequel le qualifie de « réponse non spécifique de l’organisme face à une demande », le stress est devenu l’un des termes les plus populaires et les plus employés de la vie quotidienne. Triste renommée.

Chacun en convient, les conséquences du stress au travail ne pèsent pas seulement sur les personnes, en l’occurrence les salariés d’une entreprise, mais sur toute l’organisation.

Si la souffrance et le préjudice pour la santé des personnes sont largement reconnus, force est de constater que les répercussions organisationnelles et économiques pour l’entreprise d’une part, et le coût pour la communauté et la société dans leur ensemble d’autre part, le sont beaucoup moins.

Le stress est à l’origine de ce que l’on nomme le « syndrome général d’adaptation », soit les réactions successives et croissantes de l’organisme face à une situation stressante : Alarme, Résistance, Epuisement.

D’importantes recherches ont prolongé, enrichi et complété les travaux  du médecin précurseur autrichien; elles ont notamment démontré que la réponse au stress n’était pas seulement déterminée par nos réactions physiologiques ; on sait désormais, que toute situation stressante à laquelle un individu est confronté, ainsi que les réactions biologiques que celle-ci a générées, sont imprimés dans sa  mémoire pour le restant de sa vie.

Il est de bon ton de dire qu’il faut savoir distinguer le « bon » du « mauvais » stress. Or, outre que cette subtilité rhétorique laisse parfois la porte ouverte à bien des manipulations, et certaines pratiques managériales douteuses, pour ne pas dire violentes,  elle ne possède aucun fondement scientifique.

Il est utile et important, en revanche, d’établir une distinction entre deux notions : le stress aigu et le stress chronique. Parce que ces deux états ont des effets différents sur la santé.

L’état de stress chronique qui nous occupe plus particulièrement ici, dans le cadre des Risques Psychosociaux en entreprise, est lié à une situation qui s’installe dans la durée, lorsqu’une personne est soumise de manière continue et permanente à un travail qui excède largement ses capacités.

Le stress est aujourd’hui considĂ©rĂ© comme l’un des risques majeurs auquel les entreprises doivent faire face. Le Site de l’INRS (Institut Nationale de Recherche et de SĂ©curitĂ© sur la PrĂ©vention des Accidents du Travail et des Maladies Professionnelles), prĂ©cise qu’un salariĂ© europĂ©en sur cinq dĂ©clare souffrir de troubles de santĂ© liĂ©s au stress au travail.

Selon l’INRS, « les moyens de prĂ©venir le stress au travail existent. La dĂ©marche de prĂ©vention collective est Ă  privilĂ©gier car elle est plus efficace dans le temps. Elle consiste Ă  rĂ©duire les sources de stress dans l’entreprise en agissant directement sur l’organisation, les conditions de travail, les relations sociales de travail et/ou le poste de travail. »

Mais qui veut bien entendre ce message d’alerte ? La question peut être posée autrement : Pourquoi ne peut-on pas, ou ne veut-on pas l’entendre ?

D’aucuns blâment la surcharge de travail, la  financiarisation de l’Ă©conomie, la gestion court-termiste de certains dirigeants, ou la culture du reporting permanent. Voire.

Les cas et les situations de stress sont trop souvent niés et, dans le cas contraire, attribués à la fragilité ou à l’inadaptation au poste de certains salariés.

S’assurer de la santĂ© et du bien-ĂŞtre de ses salariĂ©s constitue pourtant une obligation  rĂ©glementaire pour les dirigeants.

La loi (article L. 4121-1 du Code du travail) dĂ©finit une obligation gĂ©nĂ©rale de sĂ©curitĂ© qui incombe au chef d’Ă©tablissement. Celui-ci doit Ă©valuer les risques, y compris psychosociaux, et prendre les mesures nĂ©cessaires pour assurer et protĂ©ger la santĂ© physique et mentale ainsi que la sĂ©curitĂ© de ses salariĂ©s.

Le dirigeant a même, selon la Loi, une obligation de résultat ; et les pathologies engendrées par le stress chronique - physiques, intellectuelles, émotionnelles, et comportementales – sont fort connues et documentées.

Si un dirigeant venait à reconnaître que l’état de stress chronique de ses salariés n’est pas que la conséquence d’une situation personnelle ou familiale, où le révélateur d’une fragilité intrinsèque des individus concernés, ne serait-il pas du même coup amené à reconnaître qu’il est une évidente manifestation de dysfonctionnements internes, au sein de sa propre entreprise ?

Et, dans  ce cas, le dirigeant ne prendrait-il pas le risque de s’exposer à des poursuites au Conseil des Prud’hommes ?

Comment la démarche RSE pourrait-elle permettre de contourner cet obstacle et de proposer une nouvelle approche du Stress et des Risques psychosociaux ?

Par exemple, répondent certains, en intégrant la performance sociale dans la part variable des dirigeants.

Ce serait une pratique déjà mise en œuvre dans de nombreuses entreprises, selon des experts et observateurs, notamment chez Schneider Electric et Danone. A les écouter,  elle tendrait à se propager comme un feu de brousse.

Le croirait-on ? On prĂ©tend que le PDG de France Telecom aurait proposĂ© que la part variable des Cadres Dirigeants du groupe soit, pour près d’un tiers, dès 2010, indexĂ©e sur la performance sociale de l’entreprise …