La récente publication des résultats de l’étude intitulée « Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires », réalisée pour le compte de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE), par l’Université Paul Verlaine de METZ, sous la direction de Pascal Tisserant et Anne-Lorraine Wagner, est un pavé dans la marre.
Comme le précisent leurs auteurs, de telles études dans le contexte français sont d’une part rares et se limitent, dans la plupart des cas, au critère de sexe, ou au critère d’origine, et, d’autre part, portent exclusivement sur les manuels d’une discipline ou deux.
Par ailleurs, les études ne cherchent pas à comparer la problématique des stéréotypes d’une matière à l’autre, et sur un grand nombre de niveaux d’études.

En comparaison, cette remarquable étude exhaustive expose les résultats liés à la représentation des femmes, des minorités visibles, des personnes en situation de handicap, des personnes homosexuelles et des seniors, dans les manuels scolaires.
Soit 29 manuels allant de la 6ème à la terminale, à partir d’une triple démarche méthodologique : cognitive, juridique, et psycho sociologique.
Alors, quels en sont les résultats ? Eh bien, ils sont tout simplement édifiants.
“Les programmes ne mettent pas la Lutte contre les Discriminations au centre de l’Ă©ducation”, a dĂ©clarĂ© Louis Schweitzer, le prĂ©sident de la Halde. Il a prĂ©cisĂ© que les manuels scolaires n’étaient ni racistes, ni sexistes, mais qu’ils reflĂ©taient la sociĂ©tĂ© d’hier plutĂ´t que la sociĂ©tĂ© d’aujourd’hui ou celle de demain.
Voilà bien résumée la triste banalité de la problématique des discriminations.
Parmi les tristes constats Ă©tablis par la Halde Ă la lecture des rĂ©sultats de l’étude qu’elle a commanditĂ©e, remarquons ceux-ci : les stĂ©rĂ©otypes sont dĂ©valorisants pour les femmes et les personnes d’origine Ă©trangère, et le handicap est rarement Ă©voquĂ©. Lorsqu’elles sont reprĂ©sentĂ©es, les personnes handicapĂ©es ne le sont jamais dans une situation ordinaire.
Quant Ă l’image des seniors vĂ©hiculĂ©e par les manuels scolaires, elle renvoie Ă la maladie et Ă la dĂ©gĂ©nĂ©rescence du corps ; l’orientation sexuelle pour ce qui la concerne est tout simplement inexistante ; les personnes d’origine Ă©trangère sont gĂ©nĂ©ralement reprĂ©sentĂ©es en situation de pauvretĂ© et de grande difficultĂ©.
Arrêtez, n’en jetez plus !
“Il faut changer les reprĂ©sentations (…) afin de donner une image en ligne avec l’ambition qu’on a pour la sociĂ©tĂ©”, a affirmĂ© M. Schweitzer.
Et de demander à l’Education nationale que la Lutte contre les Discriminations, c’est-Ă -dire la prĂ©vention, soit prĂ©sente dans tous les programmes de la 6ème Ă la terminale, et que les enseignants soient pour le moins sensibilisĂ©s, sinon formĂ©s.
Les nombreux acteurs qui oeuvrent et luttent au quotidien, parfois pour certains courageusement et de manière obscure, dans les champs de la diversité et des discriminations en entreprise, ne seront pas autrement étonnés de la publication de ces résultats.
Comme les consultants spécialisés, les experts et sociologues, ils savent bien que les discriminations représentent un processus systémique et dynamique. Cela signifie, que lutter contre les discriminations exige un long et patient travail de déconstruction des représentations.

Combattre les préjugés qui sous-tendent ces représentations en entreprise nécessite d’agir par conséquent, en amont, sur la légitimité que leur donnent les institutions les plus prestigieuses de la République, à commencer par l’école et, au plus haut niveau, l’Etat lui-même.
Le marché de l’emploi prétendument fondé sur les principes de l’égalité des chances continue, en réalité, de se définir à bien des égards, malgré les progrès et les avancées indéniables, à partir d’indicateurs fondés sur les discriminations.
Bien que chacun ait conscience de l’existence de ces discriminations, c’est un secret de Polichinelle, - on parlera ici de « plafond de verre », lĂ de « discriminations invisibles » par exemple – force est de constater que le marchĂ© de l’emploi constitue un lieu privilĂ©giĂ© de comportements et de pratiques discriminatoires.