1.618, le Développement Durable du Luxe

L’insolente réussite des grandes marques du luxe n’a de cesse d’étonner d’autant que  le secteur est dominé par les entreprises occidentales – françaises, américaines et italiennes pour le peloton de tête – et que la croissance économique des pays concernés est paradoxalement en récession sinon en berne.

Le moins étonnant n’est  pas que cette réussite apporte avec elle  la preuve que la mondialisation n’est pas nécessairement un mal puisqu’elle en est son principal moteur.

Les grandes marques du luxe se sont engagées, dans les années 1980, dans le processus d’accélération de la mondialisation. Elles se sont rapidement globalisées,  ce faisant elles ont abandonné les outils classiques du marketing et les approches commerciales devenues obsolètes; elles ont engrangé des profits considérables. Les diverses stratégies mises en œuvre par les Maisons du luxe – stratégie de niche, stratégie de portefeuille,  stratégie internet, diversification, extension de gamme,  spécialisation, ou rachat et intégration des artisans – leur ont permis de se mettre à l’abri des aléas de la conjoncture économique. A preuve, le ralentissement des activités dans les pays occidentaux touchés par la crise a été largement compensé par les gains des marchés émergents, Brésil, Chine, Inde, et Russie.

On aurait tort  de croire que la clientèle de l’industrie du luxe n’est constituée  que des classes socio-professionnelles les plus élevées économiquement, ou des élites. Les temps ont changé. Les attentes des citoyens et leurs comportements d’achat dans de nombreuses régions du monde ont évolué de manière radicale. Le désir que suscitent les grandes marques n’a pas son pareil.  Cela est tellement vrai que luxe et démocratisation ont cessé d’être des notions incompatibles. Une nouvelle culture planétaire semble avoir émergé dans laquelle le luxe, et le plaisir qu’il procure lequel touche à l’intimité et l’identité des êtres, est devenu un produit de consommation courante. Il suffit de se rendre dans les Maisons du Luxe pour s’en convaincre.

Serait-ce pour toutes ces raisons qu’en matière de Développement Durable les attentes des parties prenantes externes,  notamment les associations de consommateurs et les ONG,  sont si fortes ?  Tant il est vrai que le risque d’image des entreprises du secteur du luxe, plus que tout autre sans doute, est une donnée essentielle.

On se souvient que vers la fin de l’année 2007 dans une étude intitulée « Deeper luxury », l’association WWF-UK (Grande Bretagne) avait montré du doigt l’industrie du luxe accusée de figurer parmi l’un des secteurs les moins responsables ; et dans l’enquête menée par Alternatives Économiques, publiée en 2009, sur « la présence  des entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux », soit les centres financiers dits « offshore », on n’avait pas manqué de remarquer parmi « les plus mauvais élèves » celles de LVMH et de PPR respectivement en 2ème et 5ème position. « Des Bermudes à la Suisse en passant par Panama, Malte, ou le Royaume-Uni, toutes les grandes entreprises françaises possèdent des filiales dans les paradis fiscaux », pouvait-on alors lire.

Dans un article intitulé « Développement durable et luxe sont-ils compatibles ? »  daté 23-02-2011, La Tribune posait la question des enjeux du Développement Durable dans l’industrie du luxe en ces termes :

« Problématique phare depuis une vingtaine d’années, le développement durable est incontournable aujourd’hui et concerne désormais tous les secteurs d’activité. Le luxe n’y échappe pas. Mais il se voit néanmoins taxé de mauvaise volonté lorsqu’il s’agit d’améliorer ses pratiques en faveur d’environnement, voire même accusé de ne pas vouloir intégrer la problématique dans ses stratégies. En apparence aux antipodes du développement durable, le luxe est pointé du doigt car souvent défini comme inutile et ostentatoire. Il semblerait pourtant que de nombreuses initiatives associant luxe et développement durable voient le jour. »

Quoiqu’il en soit, il ne semble pas que l’industrie du luxe ait l’intention de céder aux pressions exercées sur elle. Pourquoi le ferait-elle ? Pourquoi un secteur d’activité qui a su épouser avec le succès que l’on sait les mutations de son époque, comme en témoigne la manière dont a été négociée la globalisation des biens, services, et produits,  tout en préservant mieux que quiconque son capital image, aurait-il des leçons à recevoir ?  Fidèle à sa tradition d’excellence, dotée d’une culture forte autant que singulière, l’industrie du luxe tisse sa toile et continue de tracer son sillon avec la discrétion, d’aucuns diront l’élégance, qui constitue sa marque distinctive.

Et il n’est pas dit que les grandes marques du luxe ne nous étonneront pas une fois de plus, par leur façon propre, exclusive, avec laquelle elles relèveront le défi des enjeux du Développement Durable. Nous en voulons pour preuve l’événement grand public «Sustainable luxury », autrement nommé 1.618 (= Phi = φ = nombre d’or) devant se dérouler du 29 mars au 1er avril 2012 à la Cité de la Mode et du Design, à Paris,  qui rassemblera un salon commercial, une exposition d’art contemporain et un espace dédié à l’innovation.

Le Site 1618-paris.com donne le ton du Salon par ces mots annonciateurs de la stratégie Développement Durable de la profession qui se dessine :  « Le Luxe d’aujourd’hui est avant tout éthique, créatif, essentiel, esthétique et immatériel . Convaincu que les enjeux du Développement Durable nous obligent à être plus créatifs et inventifs, 1.618 sélectionne des exposants issus de multiples domaines d’activité qui participent à redéfinir le Luxe de demain. »

Laisser un commentaire