Discrimination et Ethnocentrisme
Mardi 7 septembre 2010Les experts du CERD (ComitĂ© des Nations Unies pour lâĂ©limination de la discrimination raciale) ont dĂ©noncĂ© une recrudescence des actes racistes en France, et dĂ©plorĂ© un manque Ă©vident de « volontĂ© politique », malgrĂ© les dĂ©nĂ©gations et les hauts cris de nos reprĂ©sentants dĂ©pĂȘchĂ©s Ă GenĂšve afin dâassurer la dĂ©fense de notre pays.
Le dĂ©bat sur lâidentitĂ© nationale, la politique dâexpulsion des Roms, la non reconnaissance du droit des minoritĂ©s dans la lĂ©gislation, ainsi que le durcissement du discours politique ne seraient pas, selon le CERD, dignes dâun pays qui se targue dâĂȘtre « Le Pays des Droits de LâHomme ».
Il nâest pas inutile, maintenant que la polĂ©mique aoĂ»tienne est quelque peu retombĂ©e, de prendre le temps de se pencher sur les questions dâimmigration auxquelles nombre de pays occidentaux est confrontĂ©, ainsi que sur lâĂ©tat de la recherche dans le champ de la communication interculturelle.
La mondialisation des échanges, des idées, des produits, des services, et la circulation des personnes, a amené les sociétés et les organisations, notamment les multinationales, autrement dit les firmes transnationales, à prendre de plus en plus conscience du caractÚre incontournable de la diversité, considérée comme une nécessité de leur survie.
Dans les pays occidentaux confrontĂ©s Ă la diversitĂ© ethnique et culturelle, telle que la France, la pensĂ©e dominante est de favoriser lâintĂ©gration des diffĂ©rentes communautĂ©s Ă©trangĂšres au sein dâune mĂȘme sociĂ©tĂ©. Il sâagit, Ă entendre ses partisans et nombre d’Ă©lites qui cherchent Ă imposer ce point de vue, de combattre lâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© â c’est-Ă -dire la diffĂ©rence - considĂ©rĂ©e comme source de dĂ©sĂ©quilibres et de problĂšmes sociaux. Ce quâon recherche, par consĂ©quent, câest uniformiser, c’est-Ă -dire gommer ou occulter ces diffĂ©rences.
La logique qui sous-tend cette attitude a, en rĂ©alitĂ©, un nom : Ethnocentrisme. Lâattitude ethnocentriste tend Ă croire â il sâagit bien dâune croyance - que le patrimoine culturel dâun pays donnĂ© ne peut pas reprĂ©senter pour les « Ă©trangers » autre chose quâun idĂ©al.
Câest ainsi, par exemple, que le chercheur canadien Nancy Adler, auteur de lâouvrage « Internationational Dimensions of Organizational Behaviour » (Comportement Organisationnel : Une Approche Multiculturelle) distingue lâethnocentrisme de lâesprit de clocher, ou lâesprit communal, ou encore chauvinisme («parochialism »).
Selon N. Adler, lâesprit de clocher consisterait Ă penser que lâon est seul au monde et que lâon peut agir comme si cela Ă©tait le cas, tandis que lâethnocentrisme serait la croyance en la supĂ©rioritĂ© de sa propre nation et de sa propre culture.
Ce qui signifie, quâun migrant - un Ă©tranger - qui appartient Ă une culture Ă©loignĂ©e de cet idĂ©al se doit dâadhĂ©rer aux normes du pays dâaccueil. Il doit tout faire pour sâadapter, se conformer, sâassimiler, afin que sa prĂ©sence soit acceptĂ©e et tolĂ©rĂ©e.
Dans le champ de la recherche sur la communication interculturelle en entreprise, on distingue quatre types possibles de comportements pouvant ĂȘtre adoptĂ©s face Ă la diffĂ©rence ethnique et culturelle ; et les sociĂ©tĂ©s humaines dans leur ensemble, en particulier nos Ă©lites intellectuelles et politiques seraient bien avisĂ©s de sâen inspirer, afin dâapprendre Ă mieux nous gouverner. Soit :
Lâassimilation, laquelle est un processus dâadaptation Ă sens unique dans lequel la culture de lâorganisation devient le mode de comportement souhaitĂ© ;
La séparation, qui limite les échanges entre les personnes de cultures différentes et, par conséquent, favorise le cloisonnement tant au plan spatial que technique et culturel ;
La dĂ©culturation, oĂč aucune des cultures en prĂ©sence nâest privilĂ©giĂ©e, et oĂč il nâexiste pas, par consĂ©quent, de vĂ©ritable culture dâentreprise forte;
Enfin, last but not least, le pluralisme, lequel semble pour nombre dâexperts et dâobservateurs reprĂ©senter la clĂ© du succĂšs de lâentreprise performante, tant au plan humain, managĂ©rial quâĂ©conomique. Car le pluralisme reprĂ©sente une symbiose culturelle dans laquelle chaque culture est reconnue et valorisĂ©e.
Terminons ce billet en citant quelques conclusions de lâexcellent « Rapport Mondial sur le DĂ©veloppement humain 2009 - Lever les barriĂšres: MobilitĂ© et DĂ©veloppement Humains » publiĂ© par le Programme des Nations Unies pour le DĂ©veloppement (PNUD), malheureusement peu connu, mais qui mĂ©riterait dâĂȘtre largement diffusĂ©.
Dâabord ceci : « La part des migrants internationaux dans la population mondiale sâest maintenue Ă un niveau remarquablement stable au cours des cinquante derniĂšres annĂ©es, aux alentours de 3 %, malgrĂ© la prĂ©sence de facteurs qui auraient dĂ» se solder par une augmentation des flux migratoires. Les tendances dĂ©mographiques â le vieillissement de la population des pays dĂ©veloppĂ©s contrastant avec la jeunesse et la croissance de la population des pays en dĂ©veloppement â et lâaugmentation des opportunitĂ©s dâemploi, combinĂ©es Ă la baisse des coĂ»ts des communications et des transports, ont entraĂźnĂ© une hausse de la « demande » migratoire. Mais les candidats Ă la migration se heurtent Ă des barriĂšres de plus en plus hautes, Ă©rigĂ©es par les gouvernements. Au cours du siĂšcle dernier, le nombre dâĂtats-Nations a quadruplĂ©, pour avoisiner le nombre de 200 â soit toujours plus de nouvelles frontiĂšres Ă traverser. ParallĂšlement, de nouvelles politiques ont limitĂ© encore les flux migratoires, en dĂ©pit de la levĂ©e des barriĂšres commerciales. »
Puis ceci : « Ce rapport soutient que les migrants stimulent lâĂ©conomie, et ce Ă un coĂ»t rĂ©duit voire nul pour la rĂ©gion dâaccueil. En effet, leur prĂ©sence peut avoir de nombreuses vertus. (âŠ) Au fur et Ă mesure quâils parviennent Ă acquĂ©rir une meilleure maĂźtrise de la langue ainsi que dâautres compĂ©tences nĂ©cessaires pour grimper sur lâĂ©chelle des salaires, beaucoup de migrants sâintĂšgrent relativement facilement. Ils apportent alors la preuve que les craintes concernant leur impossible intĂ©gration, semblables Ă celles exprimĂ©es au dĂ©but du XXe siĂšcle en AmĂ©rique au sujet des Irlandais, par exemple, sont tout aussi infondĂ©es aujourdâhui quâhier. »
Rappelons cet aphorisme de l’Ă©crivain français AndrĂ© Maurois, trouvĂ© sur l’excellent Site de Marc Bosche centrĂ© sur les Ă©tudes interculturelles :
« Un peuple est un miroir dans lequel chaque voyageur contemple sa propre image. »





