Archive pour la catégorie 'Mondialisation'

Discrimination et Ethnocentrisme

Mardi 7 septembre 2010

Les experts du CERD (ComitĂ© des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale) ont dĂ©noncĂ© une recrudescence des actes racistes en France, et dĂ©plorĂ© un manque Ă©vident de « volontĂ© politique », malgrĂ© les dĂ©nĂ©gations et les hauts cris  de nos reprĂ©sentants dĂ©pĂȘchĂ©s Ă  GenĂšve afin d’assurer la dĂ©fense de notre pays.

Le dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale, la politique d’expulsion des Roms, la non reconnaissance du droit des minoritĂ©s dans la lĂ©gislation, ainsi que le durcissement du discours politique ne seraient pas, selon le CERD, dignes d’un pays qui se targue d’ĂȘtre «  Le Pays des Droits de L’Homme ».

Il n’est pas inutile, maintenant que la polĂ©mique aoĂ»tienne est quelque peu retombĂ©e, de prendre le temps de se pencher sur les questions d’immigration auxquelles nombre de pays occidentaux est confrontĂ©, ainsi que sur l’état de la recherche dans le champ de la communication interculturelle.

La mondialisation des échanges, des idées, des produits, des services, et la circulation des personnes,  a amené les sociétés et les organisations, notamment les multinationales, autrement dit les firmes transnationales, à prendre de plus en plus conscience du caractÚre incontournable de la diversité, considérée comme une nécessité de leur survie.

Dans les pays occidentaux confrontĂ©s Ă  la diversitĂ© ethnique et culturelle, telle que la France, la pensĂ©e dominante est de favoriser l’intĂ©gration des diffĂ©rentes communautĂ©s Ă©trangĂšres au sein d’une mĂȘme sociĂ©tĂ©. Il s’agit, Ă  entendre ses partisans et nombre d’Ă©lites qui cherchent Ă  imposer ce point de vue, de combattre l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© – c’est-Ă -dire la diffĂ©rence - considĂ©rĂ©e comme source de dĂ©sĂ©quilibres et de problĂšmes sociaux. Ce qu’on recherche, par consĂ©quent, c’est uniformiser, c’est-Ă -dire gommer ou occulter ces diffĂ©rences.

La logique qui  sous-tend  cette  attitude a, en rĂ©alitĂ©, un nom : Ethnocentrisme. L’attitude ethnocentriste tend Ă  croire – il s’agit bien d’une croyance - que le patrimoine culturel d’un pays donnĂ© ne peut pas reprĂ©senter pour les « Ă©trangers » autre chose qu’un idĂ©al.

C’est ainsi, par exemple, que le chercheur canadien Nancy Adler, auteur de l’ouvrage « Internationational Dimensions of Organizational Behaviour » (Comportement Organisationnel : Une Approche Multiculturelle) distingue l’ethnocentrisme de l’esprit de clocher, ou l’esprit communal, ou encore chauvinisme («parochialism »).

Selon N. Adler, l’esprit de clocher consisterait Ă  penser que l’on est seul au monde et que l’on peut agir comme si cela Ă©tait le cas, tandis que l’ethnocentrisme serait la croyance en la supĂ©rioritĂ© de sa propre nation et de sa propre culture.

Ce qui signifie, qu’un migrant - un Ă©tranger - qui appartient Ă  une culture Ă©loignĂ©e de cet idĂ©al se doit d’adhĂ©rer aux normes du pays d’accueil. Il doit tout faire pour s’adapter, se conformer, s’assimiler, afin que sa prĂ©sence soit acceptĂ©e et tolĂ©rĂ©e.

Dans le champ de la recherche sur la communication interculturelle en entreprise, on  distingue quatre types possibles de comportements pouvant ĂȘtre adoptĂ©s face Ă  la diffĂ©rence ethnique et culturelle ; et les sociĂ©tĂ©s humaines dans leur ensemble, en particulier nos Ă©lites intellectuelles et politiques seraient bien avisĂ©s de s’en inspirer, afin d’apprendre Ă  mieux nous gouverner. Soit :

L’assimilation, laquelle  est un processus d’adaptation Ă  sens unique dans lequel la culture de l’organisation devient le mode de comportement souhaitĂ© ;

La séparation, qui limite les échanges entre les personnes de cultures différentes et, par conséquent, favorise le cloisonnement tant au plan spatial que technique et culturel ;

La dĂ©culturation, oĂč aucune des cultures en prĂ©sence n’est privilĂ©giĂ©e, et oĂč il n’existe pas, par consĂ©quent, de vĂ©ritable culture d’entreprise forte;

Enfin, last but not least, le pluralisme, lequel semble pour nombre d’experts et d’observateurs reprĂ©senter la clĂ© du succĂšs de l’entreprise performante, tant au plan humain, managĂ©rial qu’économique. Car le pluralisme reprĂ©sente une symbiose culturelle dans laquelle chaque culture est reconnue et valorisĂ©e.

Terminons ce billet en citant quelques conclusions de l’excellent « Rapport Mondial sur le DĂ©veloppement humain 2009 - Lever les barriĂšres: MobilitĂ© et DĂ©veloppement Humains »  publiĂ© par le Programme des Nations Unies pour le DĂ©veloppement (PNUD),  malheureusement peu connu, mais qui mĂ©riterait d’ĂȘtre largement diffusĂ©.

D’abord ceci : « La part des migrants internationaux dans la population mondiale s’est maintenue Ă  un niveau remarquablement stable au cours des cinquante derniĂšres annĂ©es, aux alentours de 3 %, malgrĂ© la prĂ©sence de facteurs qui auraient dĂ» se solder par une augmentation des flux migratoires. Les tendances dĂ©mographiques – le vieillissement de la population des pays dĂ©veloppĂ©s contrastant avec la jeunesse et la croissance de la population des pays en dĂ©veloppement – et l’augmentation des opportunitĂ©s d’emploi, combinĂ©es Ă  la baisse des coĂ»ts des communications et des transports, ont entraĂźnĂ© une hausse de la « demande » migratoire. Mais les candidats Ă  la migration se heurtent Ă  des barriĂšres de plus en plus hautes, Ă©rigĂ©es par les gouvernements. Au cours du siĂšcle dernier, le nombre d’États-Nations a quadruplĂ©, pour avoisiner le nombre de 200 – soit toujours plus de nouvelles frontiĂšres Ă  traverser. ParallĂšlement, de nouvelles politiques ont limitĂ© encore les flux migratoires, en dĂ©pit de la levĂ©e des barriĂšres commerciales. »

Puis ceci : « Ce rapport soutient que les migrants stimulent l’économie, et ce Ă  un coĂ»t rĂ©duit voire nul pour la rĂ©gion d’accueil. En effet, leur prĂ©sence peut avoir de nombreuses vertus. (
) Au fur et Ă  mesure qu’ils parviennent Ă  acquĂ©rir une meilleure maĂźtrise de la langue ainsi que d’autres compĂ©tences nĂ©cessaires pour grimper sur l’échelle des salaires, beaucoup de migrants s’intĂšgrent relativement facilement. Ils apportent alors la preuve que les craintes concernant leur impossible intĂ©gration, semblables Ă  celles exprimĂ©es au dĂ©but du XXe siĂšcle en AmĂ©rique au sujet des Irlandais, par exemple, sont tout aussi infondĂ©es aujourd’hui qu’hier. »

Rappelons cet aphorisme de l’Ă©crivain français AndrĂ© Maurois, trouvĂ© sur l’excellent Site de Marc Bosche centrĂ© sur les Ă©tudes interculturelles :

« Un peuple est un miroir dans lequel chaque voyageur contemple sa propre image. »

RSE et Gestion du Risque

Jeudi 22 juillet 2010

On n’a pas l’habitude de voir la RSE associĂ©e Ă  la Gestion du Risque, laquelle permet Ă  une entreprise de s’assurer qu’elle connaĂźt et comprend les menaces auxquelles elle s’expose, de les recenser de façon claire et structurĂ©e  et de mettre en Ɠuvre un dispositif visant, au mieux Ă  prĂ©venir les sinistres, au pire Ă  en rĂ©duire l’incidence.

On imagine, par consĂ©quent, notre Ă©tonnement Ă  la lecture des rĂ©sultats de la  3Ăšme Ă©dition de l’étude « Business Risk Report 2010 » publiĂ©e le 13.07.10. portant sur les risques les plus importants auxquels font face les entreprises internationales, et conduite par le Cabinet Ernst & Young auprĂšs d’un panel de plus de 70 cadres dirigeants et analystes de 14 secteurs industriels.

Car, divine surprise, que n’y trouve-t-on pas à la 9ùme position du TOP 10, sinon la RSE !

La RSE a pour finalitĂ© le DĂ©veloppement Durable des entreprises ; et les raisons pour lesquelles la RSE est, selon les experts, non seulement utile mais incontournable sont nombreuses : parce que, entre autres, les consommateurs, les clients et les investisseurs,  la demandent voire l’exigent ; la RSE construit le capital de la marque ; la RSE permet d’attirer et de fidĂ©liser les talents ; la RSE a du sens au plan financier ; ou parce que la RSE est l’une des rĂ©ponses Ă  la crise.

On a, jusqu’à prĂ©sent, Ă  notre connaissance, fait rĂ©fĂ©rence Ă  la RSE qu’en termes d’enjeux ou de dĂ©fis ; or, la voici maintenant Ă©levĂ©e au statut de risque.

Les entreprises sont amenĂ©es Ă  se doter d’une stratĂ©gie de gestion du risque pour de nombreuses raisons, depuis la multiplication des poursuites en justice, jusqu’à la prise en compte des limites d’assurance Ă©levĂ©es, en passant par les rĂ©glementations diverses auxquelles elles sont soumises ; quant aux avantages qu’elles peuvent en tirer, ils sont tout aussi nombreux, dont leur rĂ©putation et la valorisation de leur image, ou l’amĂ©lioration de leur capacitĂ© Ă  s’adapter Ă  un environnement de plus en plus changeant, et Ă©galement cela va sans dans dire les gains Ă©conomiques et financiers.

Selon Dominique Pageaud, associĂ© Ernst & Young, et responsable de l’étude « Business Risk Report 2010 »  en France  « Dans le contexte de crise, les problĂ©matiques de gestion de l’image se sont aiguisĂ©es et les entreprises, observĂ©es de prĂšs par l’opinion publique, sont d’autant plus attentives aux risques sociaux et environnementaux qu’elles sont conscientes que garder (ou regagner) la confiance du public est dĂ©sormais vital ».

La RSE faisant son entrĂ©e dans le TOP 10 des risques majeurs des entreprises, voilĂ  bien en effet une nouvelle rĂ©jouissante.  La gestion du risque appliquĂ©e Ă  la RSE est, de facto, Ă©levĂ©e au rang d’élĂ©ment dĂ©terminant pour protĂ©ger la crĂ©ation de valeur durable.

La RSE « ne cesse  de gagner en importance aux yeux des dĂ©cideurs depuis une dĂ©cennie », a-t-on entendu dire. Soit. Sans vouloir Ă  tout prix bouder notre plaisir, ni faire un procĂšs d’intention, on est en droit de se poser la question de la signification et portĂ©e rĂ©elle de cette soudaine promotion.

Mais osons la question suivante : La RSE considérée comme un risque majeur par les entreprises, est-ce vraiment une nouvelle ?

L’engagement volontaire des entreprises dans la responsabilitĂ© sociale a montrĂ© ses insuffisances, la crise et ses consĂ©quences peuvent en tĂ©moigner.  On constate par ailleurs que cet engagement des entreprises s’accompagne de leur part d’un lobbying aussi intense qu’efficace, afin d’éviter l’arrivĂ©e de nouvelles contraintes et rĂšglementations.

Les entreprises auront fort Ă  faire afin de lever la suspicion qui pĂšse sur elles, tant qu’elles ne voudront pas,  notamment,  jouer le jeu de la transparence de leurs activitĂ©s et des informations qu’elles communiquent,  et tant qu’elles chercheront Ă  se prĂ©senter Ă  tout prix, sous leur meilleur jour -  quitte Ă  faire ici des impasses, lĂ  des omissions volontaires, et Ă  Ă©viter les sujets qui fĂąchent. Le Rapport DĂ©veloppement Durable,  pour lequel elles ont su acquĂ©rir un savoir-faire indĂ©niable, au point que certains observateurs parlent de « normalisation » ou « d’homogĂ©nĂ©isation » des donnĂ©es, en est un parfait exemple.

Les critiques dont elles sont l’objet sont nombreuses. L’une des plus pertinentes, selon nous, est celle dĂ©veloppĂ©e par la philosophe et sociologue Anne Salmon, professeur d’universitĂ©, auteur de « Moraliser le capitalisme, est-ce possible ? ».

Dans son ouvrage, Anne Salmon semble douter que  le phĂ©nomĂšne de « production de valeurs », et d’« offres Ă©thiques » des entreprises puisse ĂȘtre capable de moraliser le capitalisme.  Ne serait-il pas, se demande-t-elle, plutĂŽt une tentative Ă  peine dĂ©guisĂ©e de fonder une « Ă©conomisation » de l’éthique, soit un simple outil de gestion et d’orientation managĂ©riale visant Ă  restaurer la confiance et la motivation tant des salariĂ©s que des consommateurs dans un contexte de crise, de perte de sens, et de scandale moral ?  Le risque d’une pareille tentative si d’aventure elle rĂ©ussissait,  serait la transformation – la transmutation ajouterions-nous - des valeurs Ă©thiques en biens de consommation appropriables par l’individu, pour son seul bien-ĂȘtre.

« Les offres Ă©thiques des entrepreneurs (charte, code, accords de responsabilitĂ© sociale) apparaissent comme des instruments d’une adhĂ©sion Ă  l’ordre Ă©conomique, destinĂ©s Ă  se libĂ©rer des ordres tutĂ©laires (spiritualitĂ©, morale) tout en assurant un contrĂŽle sur les conduites individuelles pour les conformer aux exigences du systĂšme » Ă©crit-elle.

« L’économisation de l’éthique »  chercherait-elle à  s’émanciper de toute autoritĂ© extĂ©rieure Ă  elle-mĂȘme ?

Que signifierait, dans ce cas, l’affirmation partout entendue, selon laquelle il faut « mettre l’humain au centre de l’économie », sinon comme le suggĂšre le Prix Nobel d’Economie, Joseph Stiglitz, d’Ɠuvrer afin de substituer un jour au PIB (Produit IntĂ©rieur Brut), le BIN (Bonheur Individuel  brut) ?

Nous voulons souscrire avec enthousiasme à cette séduisante proposition.

L’Industrie du Luxe et la RSE

Samedi 8 mai 2010

Luxe et RSE, deux termes apparemment incompatibles tant, dans l’imaginaire populaire, le Luxe renvoie immanquablement aux images de l’argent et du superflu, des inĂ©galitĂ©s sociales et de la pauvretĂ©. Sans compter celle de la dĂ©gradation de l’environnement; on songe, par exemple, aux effets dĂ©vastateurs sur les sols, les cours d’eau et les Ă©cosystĂšmes de l’extraction de l’or dans les mines Ă  ciel ouvert de Guyane.

La rĂ©alitĂ© semble pourtant plus complexe, sinon plus nuancĂ©e. Alors que se dĂ©roule Ă  Paris, du 7 au 10 mai 2010, le 2Ăšme Salon Annuel du Luxe Durable (sustainable luxury Fair), Ă©vĂ©nement Ă  la fois commercial et artistique comme il se doit, soutenu par le MinistĂšre de la Culture et l’Organisation Mondiale de DĂ©fense de l’Environnement WWF, il n’est pas inutile de faire sur ce sujet le point sur l’engagement et les enjeux de l’Industrie du Luxe et, chemin faisant, tordre le coup Ă  certaines idĂ©es reçues.

Dans une interview publiée par le quotidien La Tribune du 6 mai, Jean-Noël Kapferer, Professeur à HEC Paris et titulaire de la Chaire Pernod-Ricard sur les marques de Prestige, affirme que le Luxe et le Développement Durable sont trÚs proches.

Il dĂ©clare notamment : « Par essence, rappelons-le, le luxe est plus conforme Ă  l’idĂ©al du dĂ©veloppement durable que les produits de grande consommation. On se trompe donc de cible en visant le luxe. Certes le luxe c’est l’inutile, mais c’est un inutile comme l’art, qui Ă©lĂšve l’homme car il est rare. Le drame du dĂ©veloppement durable trouve sa source ailleurs : dans l’impulsion frĂ©nĂ©tique d’achats inutiles, dans la sociĂ©tĂ© de consommation des biens bon marchĂ©, destinĂ©s Ă  ĂȘtre jetĂ©s aprĂšs usage . Le luxe est aux antipodes de cela. »

On se souvient peut-ĂȘtre que, vers la fin de l’annĂ©e 2007, WWF avait dans une Ă©tude intitulĂ©e « Deeper Luxury », parue en Grande- Bretagne, pointĂ© du doigt le Secteur du Luxe accusĂ© de figurer parmi les moins responsables. L’ONG cherchait surtout Ă  prouver aux Maisons du Luxe qu’elles avaient tout intĂ©rĂȘt Ă  adopter et Ă  s’engager dans des stratĂ©gies socialement responsables, car la prise de conscience des consommateurs, fussent-ils riches et mĂȘme trĂšs riches, ainsi que leurs comportements d’achat, avaient beaucoup Ă©voluĂ©.

On pouvait notamment lire ceci : « L’Ă©lite utilise le luxe comme symbole de sa rĂ©ussite; or la dĂ©finition mĂȘme de la rĂ©ussite a changĂ©. Les clients privilĂ©giĂ©s exigent que les marques reflĂštent leurs aspirations Ă  un monde meilleur, en particulier en ce qui concerne les questions environnementales».

Dans un article publié le 07/05/2010 sur Novethic, Véronique Smée écrit :
«  Or l’étude, qui notait les plus grandes marques sous cet angle, rĂ©vĂ©lait de grandes faiblesses : Sur les dix grands noms passĂ©s au crible par le WWF, pas un ne dĂ©passait la note de C+ (soit 6/12). Trois des quatre groupes français Ă©valuĂ©s (L’OrĂ©al, HermĂšs et LVMH) obtenaient la meilleure note, tandis que les groupes italiens Bulgari et Tods Ă©taient lanternes rouges du classement. Tiffany & Co, Swatch et PPR obtiennent un D, signe extĂ©rieur d’une responsabilitĂ© sociale et environnementale dĂ©gradĂ©e. Au final, les entreprises se limitaient encore, selon les analyses et les observations de WWF, Ă  des opĂ©rations de philanthropie et de mĂ©cĂ©nat « paillettes ». »

Ajoutons, toujours selon cette Ă©tude WWF, que Tiffany & Co, Swatch et PPR ont obtenu un D, signe extĂ©rieur d’une responsabilitĂ© sociale et environnementale dĂ©gradĂ©e.

Alors, qu’en est-il aujourd’hui de la responsabilitĂ© des Maisons de Luxe? A-t-on notĂ© des progrĂšs notables ? Car, de l’emballage Ă  la boutique en passant par les transports, le CO2 Ă©mis lors de la fabrication des produits ou de leur transport, les  locaux, ainsi que la sous-traitance s’agissant notamment du secteur de la joaillerie, les Maisons de Luxe ont du pain sur la planche.

Il semble par consĂ©quent difficile de prendre la mesure des avancĂ©es, d’autant que les leurs activitĂ©s  sont multiples, parmi lesquelles : cosmĂ©tiques, textiles, accessoires, parfums, joaillerie, hĂŽtellerie, ou champagne.

Il est clair, en tout Ă©tat de cause, que les Maisons de Luxe ne peuvent plus faire l’impasse sur les impacts Ă©thiques, sociaux, et environnementaux de leurs activitĂ©s. Comme le fait remarquer, avec justesse, VĂ©ronique SmĂ©e, « les remises en question touchent toute la chaĂźne »;

Si l’Industrie du Luxe ne semble pas subir de plein fouet la crise Ă©conomique et financiĂšre de nature mondiale et systĂ©mique, qui sĂ©vit depuis 2008, et qui n’en finit pas de connaĂźtre moult soubresauts et contrecoups, comme on peut de nouveau le constater avec les situations de la GrĂšce en perdition et de la monnaie europĂ©enne sĂ©vĂšrement attaquĂ©e,  elle doit en revanche faire face Ă  d’autres menaces : contrefaçons, mouvements anti-consommation, dĂ©fis de l’expansion sur les marchĂ©s Ă©mergents, dĂ©mocratisation de la clientĂšle; d’autant que les risques du secteur en termes d’image sont considĂ©rables.

N’entendons-nous pas dire, de plus en plus, que les clients, y compris les plus fortunĂ©s, sont exigeants en matiĂšre d’enjeux Ă©thiques et environnementaux, et qu’ils les considĂšrent comme des valeurs Ă  propos desquelles aucun compromis n’est acceptable ? Selon le Luxury Institute’s Wealth, situĂ© Ă  New York, 57 % des riches amĂ©ricains seraient prĂȘts Ă  payer plus cher des produits d’une marque, si celle-ci engageait sa responsabilitĂ© sociale et environnementale.

Quant Ă  WWF, qu’on se rassure. On pourrait lĂ©gitimement s’inquiĂ©ter de la voir s’acoquiner avec l’Industrie du Luxe, et se demander qu’est-ce qu’une ONG environnementale aussi respectĂ©e et respectueuse pourrait bien gagner Ă  ĂȘtre lĂ , prĂ©sente Ă  ce 2Ăšme Salon, au point de devenir partenaire – vous avez dit complice ? - de sa stratĂ©gie marketing et communication.

La raison est des plus complexes, mais Ă©galement des plus simples. WWF ambitionne de faire en sorte que l’Industrie du Luxe devienne l’un de ses alliĂ©s les plus prĂ©cieux afin de promouvoir et diffuser les concepts et principes du dĂ©veloppement durable.

Les Achats dans l’Industrie du Luxe reprĂ©sentent, rappelons-le, plus de 110 milliards d’euros environ.

Lorsqu’on connaĂźt le degrĂ© d’exigence des Maisons de Luxe en matiĂšre de savoir-faire et de recherche d’excellence, et qu’on mesure l’immense prestige dont leurs marques jouissent auprĂšs des pays Ă©mergents, en particulier, il est tentant de croire que leur engagement dans les champs du DĂ©veloppement Durable et de la ResponsabilitĂ© Sociale vont exercer une influence, tant sur les consommateurs et les autres secteurs, que sur les marchĂ©s financiers.

Le rĂȘve, comme le luxe, n’a pas de prix …

Greenwashing et RSE

Dimanche 25 avril 2010

Les agences de communication n’ont pas leur pareil quand il s’agit de capter l’air du temps, d’ĂȘtre en phase avec son Ă©poque, de s’adapter aux mutations Ă©conomiques, sociĂ©tales, technologiques, voire les anticiper, et d’accompagner les Ă©volutions des mentalitĂ©s.

Tout leur savoir-faire rĂ©side en cela qu’elles manipulent avec un art consommĂ© nos valeurs, symboles et reprĂ©sentations collectives. D’oĂč leur pouvoir de sĂ©duction, clef de leur succĂšs.

On ne sera  surpris, par consĂ©quent, d’apprendre qu’elles ont su, mieux que quiconque, apprĂ©hender le formidable potentiel et la manne du DĂ©veloppement Durable,  en termes d’investissements publicitaires, et d’investir ce crĂ©neau stratĂ©gique  hautement profitable. Le Greenwashing Ă©tait nĂ©.

Le terme Greenwashing est apparu pour la premiĂšre fois au dĂ©but des annĂ©es 1990. Il  qualifie la politique de communication des entreprises en faveur du DĂ©veloppement Durable, laquelle, selon les groupes de pression environnementaux, ne s’accompagne pas de vĂ©ritables actions.  On oppose, gĂ©nĂ©ralement, au concept de Greenwashing, celui de publicitĂ© Ă©thique.

En  France, le nombre de communications publicitaires liĂ©es Ă  l’Environnement aurait plus que quintuplĂ© entre 2006 et 2009. L’ARPP (Organisme de rĂ©gulation professionnelle de la publicitĂ© en France), trĂšs critiquĂ© par les ONG, qui s’engage Ă  « mener toute action en faveur d’une publicitĂ© loyale, vĂ©ridique et saine, dans l’intĂ©rĂȘt des consommateurs, du public et des professionnels de la publicitĂ© », a Ă©tĂ© dans l’obligation sous la pression de ces derniĂšres d’édicter de nouvelles rĂšgles dĂ©ontologiques.

Selon l’ARPP «  les publicitĂ©s incitant Ă  un comportement non Ă©co-responsable ou dĂ©nigrant des pratiques environnementales, ainsi que les visuels induisant en erreur le consommateur » ne sont pas « conformes ».  3% des messages publicitaires auraient ainsi reçu un avis dĂ©favorable en 2009.

Pour autant, les ONG sont nombreuses qui remettent en question la lĂ©gitimitĂ© de l’ARPP, laquelle, ne l’oublions pas, est  un organisme privĂ© rassemblant les professionnels du secteur. Quelle est sa rĂ©elle marge de manƓuvre ? Jusqu’oĂč peut-elle exercer son autoritĂ© ? Peut-on ĂȘtre juge et partie ? Le conflit d’intĂ©rĂȘt est patent.

Mais le business du Greenwashing, comme les dérives et les catastrophes environnementales, ne sont pas des phénomÚnes spécifiquement français.

C’est de ce constat  qu’est nĂ©e le 22 mars 2006 « l’Alliance pour la PlanĂšte », dans laquelle est regroupĂ©e la plupart des ONG environnementales, mais Ă©galement juridiques, sociales, humanitaires, scientifiques, les associations de consommateurs, d’agriculteurs, les syndicats, soit 82 membres au total.  Notons que sont exclus les organismes d’Etat, les entreprises et les partis politiques.

Le Manifeste de Alliance pour la PlanĂšte affirme, en prĂ©ambule, comme un cri d’alerte:

« Nous ne pouvons plus nous voiler la face, le diagnostic de la communautĂ© scientifique est clair : la situation environnementale de la Terre est dĂ©sastreuse, et les dĂ©gĂąts causĂ©s Ă  la planĂšte touchent en premier lieu les plus dĂ©munis. Il est urgent de mettre en oeuvre au plus vite des mesures lucides et courageuses afin d’assurer la survie de notre planĂšte et de ses espĂšces, y compris celle de notre propre espĂšce. »

C’est dans ce contexte de mondialisation qu’il convient, selon nous, de replacer les conclusions de la rĂ©cente Ă©tude « Les Français et la communication responsable » publiĂ©e par le cabinet de conseil en marketing durable Ethicity et TNS Media Intelligence.

Une bonne partie des consommateurs serait, nous dit-on, lassĂ© des arguments publicitaires liĂ©s au DĂ©veloppement Durable. Plus d’un français sur deux considĂšrerait que la communication publicitaire sur la consommation durable est envahissante. 43% d’entre eux dĂ©clarent qu’ils ne la supportent plus. La confiance dans les entreprises qui usent et abusent du Greenwashing semble s’éroder, et les consommateurs portent un regard de plus en plus sceptique sur les certifications sociales et environnementales des produits qu’ils achĂštent.

Or, apprend-t-on, on n’en est dĂ©jĂ  plus lĂ . Les temps changent si vite ! Se pourrait-il que le Greenwashing appartienne au passĂ© ?

Tout laisse Ă  penser que le recours argumentaire massif au DĂ©veloppement Durable aux seules fins de valoriser son image arrive Ă  son terme.  Les entreprises n’ont-elles pas  intĂ©grĂ© les enjeux environnementaux comme une nĂ©cessitĂ© tant stratĂ©gique qu’opĂ©rationnelle, au point qu’ils ne constituent plus, en termes de concurrence, des facteurs de diffĂ©rentiation ?

D’autres batailles se prĂ©parent et d’autres stratĂ©gies se mettent en place dans les conseils d’administration et les ateliers de crĂ©ativitĂ© des agences de communication. Les stratĂ©gies certes, mais aussi les contre-stratĂ©gies.

Une Ă©tude UJJEF Communication et Entreprise - InfĂ©rences Conseil apporte un Ă©clairage nouveau dans la mesure oĂč elle s’est focalisĂ©e sur la sĂ©mantique utilisĂ©e dans les rapports annuels publiĂ©s en 2009. Des sĂ©miologues ont analysĂ© 25 chapitres « dĂ©veloppement durable »  de rapports annuels gĂ©nĂ©raux, et 23 rapports spĂ©cifiquement dĂ©diĂ©s au DĂ©veloppement Durable ; Ils ont Ă©galement analysĂ© le contenu des rubriques « dĂ©veloppement durable » de 33 sites Internet.

Il ressort notamment de cette Ă©tude, que lorsque les entreprises parlent de DĂ©veloppement Durable, c’est au travers d’un « discours minimal, Ă©purĂ© de toute aspĂ©ritĂ©, de toute tension contradictoire susceptible de faire dĂ©bat ». Il semble que le message publicitaire prenne une tour « politique ». C’est dĂ©sormais par la promotion du dĂ©bat public que les entreprises ont l’intention de crĂ©dibiliser leur dĂ©marche DĂ©veloppement Durable. On parle de Greenspeaking 


Quant aux agences de communication, vont-elles exploiter les immenses gisements offerts par les avancées de la neuropsychologie, discipline scientifique et clinique qui étudie les fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales ?

Du cĂŽtĂ© des contre-stratĂ©gies, il ne faudra pas manquer de suivre attentivement les avancĂ©es de l’éco-psychologie, nĂ©e aux Etats-Unis de la rĂ©flexion de chercheurs venus de diverses disciplines, entre autres biologie, Ă©cologie, psychologie, psychanalyse.

« L’Ă©co-psychologie a dĂ©veloppĂ© des outils permettant de rĂ©flĂ©chir Ă  la façon dont on peut responsabiliser les individus Ă  la crise environnementale, sans les culpabiliser ou les infantiliser », explique Jean-Pierre Le Danff, Ă©co-psychologue, et ChargĂ© de Mission Ă  la Fondation Nicolas Hulot, dans une interview Ă  l’Express dans son Ă©dition du 12 Avril 2010.

Gageons que les agences de communication s’intĂ©ressent dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©co-psychologie.

RSE et Entreprises Transnationales

Dimanche 21 février 2010

Dans son récent ouvrage « Face aux crimes du marché, quelles armes juridiques pour les citoyens ? »  William Bourdon porte un regard critique et pessimiste sur les activités des entreprises ou firmes transnationales (FTN), leur formidable puissance, ainsi que sur leur démarche et engagement RSE.

On nomme multinationale ou transnationale une entreprise constituĂ©e de groupe d’entreprises, implantĂ©e dans de nombreux pays par le biais de trĂšs nombreuses filiales.

William Bourdon fut, rappelons-le, l’avocat qui s’est rendu cĂ©lĂšbre pour avoir contraint Total Ă  indemniser des victimes de travail forcĂ© en Birmanie.

Dans l’entretien qu’il a accordĂ© Ă  Novethic,  publiĂ© le 19 fĂ©vrier 2010, il dĂ©clare notamment : (
) « les multinationales dĂ©veloppent une puissance Ă©conomique et financiĂšre exceptionnelle qui leur permet le chantage Ă  la dĂ©localisation, Ă  l’emploi. Elles Ă©rigent des Murailles de Chine qui rendent difficile, voire improbable leur mise en cause judiciaire par des Etats souverains trĂšs faibles ».

Et ceci : (
) « la responsabilitĂ© juridique des entreprises n’a jamais Ă©tĂ© aussi dissĂ©minĂ©e, dans l’opacitĂ© et la sophistication des liens financiers et capitalistiques entre la Maison-MĂšre, la filiale, la sous-filiale, en passant par des paradis fiscaux. »

Chacun sait que la puissance des FTN est immense, et que les avantages et bĂ©nĂ©fices qu’elles tirent de leurs activitĂ©s leur confĂšrent un pouvoir sans partage qui dĂ©passe l’entendement, dĂ©passant le seul domaine Ă©conomique, pour influencer et dominer l’ensemble de la vie civile, sociale, et politique des pays dans lesquels elles sont implantĂ©es.

On considĂšre que les Ă©changes entre filiales des FTN reprĂ©sentent un tiers du commerce mondial ; et les Ă©changes entre les Maisons MĂšre et leurs filiales, un deuxiĂšme tiers. Plus prĂ©cisĂ©ment, les plus grandes 10 FTN de la planĂšte contrĂŽlent Ă  elles seules 67 % du marchĂ© des graines, 89 % du marchĂ© mondial d’agrochimiques, 26 % des ventes globales au consommateur,  55 % du marchĂ© pharmaceutique, 63 % de la pharmacienne vĂ©tĂ©rinaire et 66 % de l’industrie biotechnologique.

La production internationale repose de plus en plus sur le rĂŽle des FTN qui, selon les statistiques de 2002, sont environ 65 000 ; elles contrĂŽlent directement, d’une part  850 000 filiales Ă©trangĂšres rĂ©parties sur l’ensemble de la planĂšte, et, d’autre part 60% de la production industrielle du Canada et la moitiĂ© de celles du BrĂ©sil ou de la Colombie.

L’ensemble des FTN rĂ©alise environ la moitiĂ© du PNB mondial. Pour ne donner qu’un seul exemple, propre Ă  donner le vertige, WalMart la plus colossale entreprise de distribution, mais Ă©galement la plus grande entreprise du monde, est la 26Ăšme parmi les 100 plus grandes Ă©conomies de la planĂšte, beaucoup plus grande que le PIB de pays entiers comme le Danemark, le Portugal, le Venezuela ou  Singapour.

Les États et les Organisations internationales ont tentĂ©, ces derniĂšres annĂ©es, d’étendre la codification des lois internationales en matiĂšre de droits humains, sans pour autant rĂ©ussir Ă  rĂ©guler, encore moins Ă  faire plier la formidable puissance des FTN, Ă  bien des Ă©gards supĂ©rieure Ă  celles des États.

Ainsi,  en 2003, la sous-commission des Nations Unies à la promotion et protection des droits humains, a adopté par résolution le seul instrument international à valeur contraignante, les Normes sur la responsabilité des FTN et autres entreprises en regard des droits humains.

Selon la sous-commission Ă  la promotion et Ă  la protection des droits humains, « les crimes corporatifs reposent le plus souvent sur un fait de complicitĂ©, de soutien, de partenariat, d’assistance directe ou indirecte Ă  la violation des droits humains commise par un autre acteur, lequel se trouve souvent Ă  ĂȘtre le gouvernement d’accueil. »

S’agissant du comportement Ă©thique des FTN, William Bourdon est pour le moins sceptique, dĂ©clarant : « D’abord il y a une multiplicitĂ© d’offres d’engagements volontaires qu’il faut dĂ©coder, dĂ©crypter, hiĂ©rarchiser. Et derriĂšre tout ça, il y a une vaste bataille idĂ©ologique. Le marchĂ© ne se sent jamais aussi bien que lorsqu’il y a moins de lois, de normes et de juges. L’intĂ©gration de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral par les entreprises a toujours Ă©tĂ© faite sous la contrainte : le droit syndical, le travail des enfants au XIXe siĂšcle, le droit des femmes… Or aujourd’hui, les entreprises tentent de nous faire croire qu’elles sont tombĂ©es dans un tonneau magique et qu’elles sont les mieux qualifiĂ©es pour changer le monde Ă  coup d’engagements volontaires. »

Selon MichĂšle Rioux du DĂ©partement de science politique de l’UQAM (L’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al) :

« La montĂ©e en puissance des FTN nous oblige Ă  repenser les rapports entre les États et les marchĂ©s ainsi que ceux des institutions envers les cadres normatifs du systĂšme Ă©conomique mondial. Leur Ă©volution sera dĂ©terminĂ©e par les relations internationales, les relations entre les firmes et les États, les relations entre les FTN, mais Ă©galement par les mouvements sociaux. Les idĂ©es qui fournissent parfois des rĂ©ponses et sont Ă  l’origine de nouvelles trajectoires. En thĂ©orie, ces idĂ©es ne manquent pas, mais encore faut-il qu’elles soient pragmatiques et qu’elles soient acceptables et appliquĂ©es. Gouverner la mondialisation, du moins Ă  court terme, ne sera pas un travail de technocrate ni de rĂ©volutionnaire, mais un art faisant appel Ă  de vrais architectes d’institutions adaptĂ©es Ă  un capitalisme mondial et Ă  des sociĂ©tĂ©s construites sur l’individualisme, la dĂ©mocratie, les droits de la personne et la justice sociale. Il ne reste plus qu’à trouver les principes organisateurs de ce carrĂ© magique, ou la quadrature du cercle. »


Copenhague et la Norme RSE ISO 26000 : Entre Espoir et Déception

Samedi 26 décembre 2009

La publication de la premiĂšre norme ISO 26000 sur la ResponsabilitĂ© Sociale est prĂ©vue pour septembre 2010. Va-t-elle subir le mĂȘme sort que l’accord sur le climat et les gaz Ă  effet de serre rĂ©cemment, et hĂątivement, bouclĂ© – vous avez dit bĂąclĂ© ? -  Ă  Copenhague ?

A entendre certains observateurs, toutefois, la confĂ©rence de Copenhague ne fut, en dĂ©finitive, ni une rĂ©ussite ni un Ă©chec. Cette prestigieuse et largement mĂ©diatisĂ©e rĂ©union des dirigeants de la planĂšte n’aura pourtant accouchĂ© que d’un timide plan d’action,  peu contraignant, visant Ă  rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre.

Bien que, selon le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Ban Ki-Moon, l’accord obtenu au forceps dans la soirĂ©e du 19 novembre 2009, «marque une avancĂ©e importante dans les nĂ©gociations et constitue le premier accord rĂ©ellement mondial qui peut permettre de limiter et rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, soutenir les mesures d’adaptation en ce qui concerne les plus vulnĂ©rables et favoriser la crĂ©ation d’une nouvelle Ăšre de croissance durable en terme d’environnement », force est de constater qu’il est dĂ©jĂ  contestĂ© de toutes parts.

On est en droit de se demander si, Ă  l’instar de la confĂ©rence de Copenhague sur le climat qui avait suscitĂ© des attentes considĂ©rables, la norme  RSE 26000 ne va pas pareillement gĂ©nĂ©rer des commentaires critiques.

On se souvient peut-ĂȘtre, qu’en janvier 2005 l’Organisme de Normalisation International  (ISO) s’Ă©tait engagĂ© dans l’atteinte d’un « consensus international » - cela ne vous rappelle–t-il rien ? - sur la dĂ©finition du concept de responsabilitĂ© sociĂ©tale dans ses dimensions sociale, Ă©conomique et environnementale.

Quatre ans plus tard, Ă  l’issue de moult dĂ©bats et de plusieurs rĂ©unions internationales, on Ă©tait prĂȘt Ă  bondir de joie Ă  l’annonce que la norme ISO 26000 Ă©tait enfin, et heureusement, en voie de finalisation.

Mais, premiĂšre dĂ©ception, on append que contrairement Ă  la norme ISO 9001 portant sur la qualitĂ©, et la norme ISO 14001 portant sur l’environnement, la tant attendue norme ISO 26000 patiemment concoctĂ©e par plus de 500 experts reprĂ©sentant 90 pays et une quarantaine d’organisations internationales, parmi lesquelles l’Organisation internationale du travail (OIT), le Pacte Mondial, l’Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE), ou le Global Reporting Initiative (GRI), ne pourra pas faire l’objet d’une labellisation et d’une certification.

Car, au grand dam de ceux qui espĂ©raient beaucoup - trop peut-ĂȘtre comme Ă  Copenhague -,  il s’agit pour cette norme RSE 26000 de ne dĂ©finir rien d’autre, et rien de plus, que des lignes directrices sur la responsabilitĂ© sociĂ©tale et non pas un systĂšme de management.

DeuxiĂšme dĂ©ception, bien plus grande encore, de l’avis de nombreux analystes et experts, la norme 26000 dont le texte est en cours de rĂ©daction finale,  reprĂ©sente un « compromis » dit-on - tiens, tiens, ça nous rappelle dĂ©cidĂ©ment quelque chose 
 - entre les diffĂ©rentes perceptions et conceptions Ă©thiques et morales des acteurs en prĂ©sence.

Il semble que les spĂ©cificitĂ©s culturelles des diffĂ©rents pays et rĂ©gions du monde rendent impossible, malgrĂ© des dĂ©bats parfois houleux, l’Ă©laboration d’une norme RSE internationale.

LĂ  encore, comme Ă  Copenhague, et comme pour les Droits de L’Homme bafouĂ©s au quotidien par de nombreux pays, l’élaboration de valeurs universelles se heurte Ă  des difficultĂ©s insurmontables.

D’aucuns ne manqueront pas de regretter, par exemple, que la norme 26000 « n’est pas destinĂ©e Ă  servir de base Ă  une action en justice, une plainte ou tout autre revendication dans des procĂ©dures nationales ou internationales ou autre. Elle n’est pas destinĂ©e Ă  ĂȘtre citĂ©e comme une preuve d’une rĂšgle internationale coutumiĂšre ».

Texte peu contraignant en vue, par consĂ©quent, comme Ă  Copenhague encore, et qui risque de laisser beaucoup d’entre nous sur leur faim.

Il y des jours comme ça, oĂč l’on se dit, qu’à Copenhague comme ailleurs, il n’y aurait rien de tel qu’un bon sĂ©minaire de mĂ©diation interculturelle - dĂ©marche interdisciplinaire Ă  la confluence des thĂ©ories de la communication, de la psychologie, de la pĂ©dagogie, de l’anthropologie, de la linguistique, et de la culture – afin de dĂ©cadenasser les cƓurs et les esprits, et de dĂ©gager de nouveaux horizons insoupçonnĂ©s Ă  la table de nĂ©gociation.

Attendons septembre 2010 pour la publication de la norme ISO 26000,  afin de juger vraiment, en toute connaissance de cause ; et attendons Mexico cette mĂȘme annĂ©e 2010, oĂč se dĂ©roulera le prochain sommet sur le climat et les gaz Ă  effet de serre.

D’ici lĂ , on vous souhaite une Bonne AnnĂ©e placĂ©e, nous l’espĂ©rons, sous le double signe du DĂ©veloppement Humain Durable et de la ResponsabilitĂ© Sociale.

La Mondialisation de la RSE … en Chine!

Samedi 12 décembre 2009

Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine (CCIFC) a consacrĂ© un grand dossier  sur la responsabilitĂ© sociale des entreprises en Chine : «Connexions n°51, juillet septembre 2009, La responsabilitĂ© sociale des entreprises en Chine».

L’étude fort exhaustive disponible sur le Site www.connexions.ccifc.org dĂ©taille l’engagement de la Chine dans la dĂ©marche RSE, alors que l’Empire du Milieu est mis sur la sellette, par les ONG,  pour ses mauvaises pratiques en matiĂšre d’éthique des affaires.

Elle est articulĂ©e avec un brin de complaisance et, Ă©galement, comme on peut s’y attendre, un soupçon d’habilitĂ© diplomatique, autour d’enquĂȘtes, d’interviews et de reportages.

Le dossier du magazine Connexions sur la RSE en Chine est composé de deux parties :

La premiĂšre explique comment la RSE est vĂ©cue et pratiquĂ©e en Chine, l’évolution de l’éthique des affaires, les bonnes pratiques de grandes compagnies comme Stategrid ou China Mobile, et propose un Ă©tat des lieux en Afrique oĂč, dans les mines, certaines pratiques chinoises sont trĂšs controversĂ©es ;

La deuxiÚme, est consacrée à des exemples de stratégie RSE par des entreprises multinationales françaises ou européennes.

Les entreprises françaises implantĂ©es en Chine, Accor (« Faire preuve d’Ethique ») -  Total (« Etre Ă  l’écoute ») - l’OrĂ©al (« Encourager les Jeunes ») - PSA (« Enrichir son Image »), entre autres, y tĂ©moignent.

Extraits :

« La responsabilitĂ© sociale d’entreprise (RSE) — qiyeshihuizeren äŒäžšç€ŸäŒšèŽŁä»» en chinois, corporate social responsibility en anglais, — n’est pas un concept nouveau. »

« En Chine, sous les Ming, les marchands lettrés du Huizhou débattaient déjà de leur rÎle et de leur éthique des affaires. »

« De plus en plus de Chinois rĂ©clament des amĂ©liorations qualitatives de leurs conditions de vie et le gouvernement est conscient que des entreprises peu respectueuses de la loi peuvent perturber l’ordre social. »

« Mais la tĂąche qui pĂšse sur les entreprises est lourde et celles-ci sont mal prĂ©parĂ©es. Une enquĂȘte menĂ©e en 2006 montre que, pour la plupart des entreprises chinoises, RSE voulait encore dire activitĂ©s philanthropiques. »

« Elles voyaient la RSE comme une charge, mĂȘme si un nombre croissant de compagnies se disaient prĂȘtes Ă  coopĂ©rer avec des ONG pour rĂ©gler certains problĂšmes, et si un nombre croissant d’entre elles rĂ©digeaient des rapports sociaux. »

« Mais, ces toutes derniĂšres annĂ©es, monte trĂšs rapidement une prise de conscience, notamment sous la pression internationale, des dĂ©gĂąts collectifs occasionnĂ©s par de mauvaises conduites individuelles. D’autre part, le besoin de retenir la main-d’Ɠuvre, notamment la plus qualifiĂ©e, encourage un meilleur traitement de son personnel. Enfin, la nĂ©cessitĂ© de monter sur la chaĂźne des valeurs et l’ampleur des dĂ©gĂąts environnementaux obligent le pays Ă  opĂ©rer ce tournant volontariste pour lequel il a besoin — et il le demande — de la collaboration des entreprises Ă©trangĂšres implantĂ©es en Chine. »

Or, une campagne de l’ONG Peuples Solidaires vient de rĂ©vĂ©ler Ă  travers des enquĂȘtes et des analyses, chiffres Ă  l’appui, les dessous de l’industrie du jouet. La bien nommĂ©e campagne intitulĂ©e « C’est pas du jeu ! » vise Ă  aborder avec force et renouveau la douloureuse question des conditions de travail dans les usines de jouets chinoises.

Comme chacun le sait, l’industrie du jouet est aujourd’hui fortement mondialisĂ©e. Elle repose, en outre, sur des chaĂźnes de production complexes reliant de nombreux pays.

S’agissant des conditions de travail dans les usines de jouets en Chine, Peuples Solidaires Ă©crit :

« 4 jouets sur 5, que reçoit n’importe quel enfant aujourd’hui, sont produits dans le Sud de la Chine dans l’une des 8 000 usines de jouets de la province de Guangdong, dans le Delta de la riviĂšre des Perles. 3 Ă  5 millions d’ouvriers chinois y sont employĂ©s. La plupart sont des femmes ĂągĂ©es de 15 Ă  30 ans, qui viennent des rĂ©gions pauvres et rurales de l’intĂ©rieur des terres. Du fait des salaires extrĂȘmement faibles, elles n’ont pas d’autre choix que d’accepter les dortoirs et la nourriture proposĂ©s par les usines, moyennant une bonne partie de leur maigre salaire. La qualitĂ© de la nourriture et du logement y est si misĂ©rable que l’on peut parler de conditions inhumaines. En Chine, un seul syndicat officiel (celui du parti) est autorisĂ©. »

On peut également lire ceci :

« TrĂšs souvent, quelques annĂ©es suffisent pour dĂ©truire le rĂȘve des ouvriers d’une vie meilleure. Ils rentrent dans leurs villages, dĂ©senchantĂ©s et Ă©puisĂ©s, voire handicapĂ©s physiquement. La rĂ©alitĂ© des usines chinoises est difficile Ă  supporter : Longues heures de travail (jusqu’à 400 heures par mois) ; semaines de 7 jours, surtout pendant la pĂ©riode de NoĂ«l » ;

« Salaires infĂ©rieurs au minimum lĂ©gal, dont le niveau ne permet pas lui-mĂȘme d’assurer un revenu de subsistance - Salaires retenus pendant une pĂ©riode allant jusqu’à 45 jours (ainsi les ouvriers ne peuvent pas dĂ©missionner facilement) ;Mesures de sĂ©curitĂ© et de santĂ© inadĂ©quates ; Absence de contrat de travail ; Absence d’avantages sociaux tels que congĂ©s maternitĂ©, assurance santĂ© ou retraite ; Amendes illĂ©gales et disproportionnĂ©es (pour des « infractions » telles que retard, ne pas ĂȘtre en possession de sa carte d’identification, ou pour avoir parlĂ©, etc.) et feuilles de paye peu claires ; Absence de protection contre les licenciement (abusifs) ; Conditions d’hĂ©bergement insalubres et malnutrition (
) ».

On n’a pas manquĂ© de remarquer, que le dossier du magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine consacrĂ© Ă  la RSE en Chine n’aborde pas franchement, c’est le moins que l’on puisse dire, l’embarrassante question pour les autoritĂ©s chinoises des conditions de travail dans les usines de jouet.

On se demande bien pourquoi. Bizarre, bizarre 


A moins qu’on se soit gardĂ© de ne blesser, d’aucune maniĂšre, la susceptibilitĂ© de nos amis europĂ©ens et amĂ©ricains, puisque l’industrie du Jouet est dominĂ©e par eux.

Ni Mattel, Hasbro, Toys “R” us, Nitendo, Lego, Playmobil, ou Ravensburger, en effet, ne sont français. Soit dit en passant, l’honneur est sauf.

On peut pourtant, quoique de façon elliptique, y lire ceci :

« Le dĂ©fi de la RSE, notamment en ce qui concerne les entreprises sous-traitantes, vient souvent de ce que les coĂ»ts de la RSE sont perçus immĂ©diatement alors que les bĂ©nĂ©fices potentiels n’apparaissent — Ă©ventuellement — qu’Ă  long terme, les entreprises manquant encore de systĂšmes pour suivre les coĂ»ts et les bĂ©nĂ©fices d’investissements socialement responsables. »

Ah, bon !

Ce n’est certes pas du chinois (encore que …), mais voilĂ  tout de mĂȘme qui explique bien des choses.

Ne vous a-t-on pas dit, plus haut,  qu’en Chine, sous la dynastie Ming (qui rĂ©gna de 1368 Ă  1644), les marchands lettrĂ©s du Huizhou dĂ©battaient dĂ©jĂ  de leur rĂŽle et de leur Ă©thique des affaires ?

On vous souhaite à tous un Joyeux Noël !

DIVERSITÉ et RICHESSE DES NATIONS

Lundi 12 octobre 2009

La rĂ©cente publication du « Rapport Mondial sur le DĂ©veloppement humain 2009 » intitulĂ© « Lever les barriĂšres : MobilitĂ© et dĂ©veloppement humains » est intĂ©ressante Ă  plus d’un titre, dans la mesure notamment oĂč elle vient bousculer nos reprĂ©sentations sur les migrations internationales.

Alors que la crise économique cristallise, plus que de coutume, les peurs ancestrales et les comportements xénophobes, elle vient nous rappeler que la mobilité est un moteur du développement humain.

Selon le rapport, le dĂ©veloppement humain dans son ensemble aurait beaucoup Ă  gagner si les pays dĂ©veloppĂ©s, pour ne mentionner qu’eux, prenaient la dĂ©cision de lever les obstacles aux dĂ©placements migratoires et de mettre en place un service d’accueil et d’intĂ©gration des migrants digne de ce nom.

«  Compte tenu de ses effets positifs potentiels sur le bien-ĂȘtre humain, faciliter la mobilitĂ© nationale et internationale devrait logiquement ĂȘtre au cƓur des rĂ©flexions des responsables politiques et des chercheurs en dĂ©veloppement. »

Le Rapport Mondial sur le DĂ©veloppement humain 2009 exprime son regret de constater que les Ă©tudes universitaires qui portent sur l’impact des flux migratoires sont quantitĂ©s nĂ©gligeables en comparaison de celles qui sont consacrĂ©es au commerce international.

Plus de 5 millions de personnes franchissent, chaque année, les frontiÚres internationales pour aller vivre dans un pays développé.

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La dĂ©marche mĂȘme de ce Rapport 2009 est innovante, car axĂ©e sur le concept de dĂ©veloppement humain considĂ©rĂ© du point de vue de la libertĂ© des personnes Ă  vivre leur vie comme elles l’entendent.

Ce concept est directement inspirĂ© des travaux de l’économiste indien Amartya Sen, Prix Nobel en 2008, rĂ©compensĂ© pour ses recherches sur les famines contemporaines, les inĂ©galitĂ©s ou la possibilitĂ© des choix sociaux, et qui a inventĂ© en 1990 avec l’écrivain et le penseur Pakistanais Mahbub Ul Haq, dĂ©cĂ©dĂ© en 1998, « l’Indice de DĂ©veloppement Humain » (IDH) qui intĂšgre, en plus du niveau de revenu par habitant, les questions de santĂ© et d’Ă©ducation.

Professeur à Harvard School, Amartya Sen avait notamment déclaré dans une interview accordée le 08.06.09 au Journal Le Monde :

« Penser au bonheur des gens, mais aussi Ă  leur libertĂ©, Ă  leur capacitĂ© Ă  vivre comme des ĂȘtres douĂ©s de raison, capables de prendre des dĂ©cisions, cela revient Ă  se demander comment la sociĂ©tĂ© doit ĂȘtre organisĂ©e. »

Grand ami de l’UNICEF, homme de convictions, Mahbub Ul Haq avait quant Ă  lui combattu, sans relĂąche, ce qu’il considĂ©rait comme l’aberration de nombreux  pays qui gaspillent leur revenu national pour se munir d’armements, alors que leurs ressources pourraient et devraient ĂȘtre employĂ©es Ă  allĂ©ger les souffrances et les privations responsables, selon lui, des conflits et de la dĂ©sintĂ©gration sociale.

Ce concept de dĂ©veloppement  humain  qui traverse de bout en bout la rĂ©flexion de ce Rapport 2009, est axĂ© sur les capacitĂ©s des personnes et leur libertĂ©, ainsi que sur les opportunitĂ©s qu’offre la mobilitĂ© internationale tant aux migrants qu’aux pays qui les accueillent. Il permet, en outre, de porter un regard nouveau sur des questions majeures, telles que l’égalitĂ© des sexes, la sĂ©curitĂ©, ou les changements climatiques.

On se doit de tordre le cou aux idĂ©es reçues, aux contre-vĂ©ritĂ©s, c’est-Ă -dire en dĂ©finitive aux prĂ©jugĂ©s, tendant Ă  faire croire, par exemple, que les migrants occupent des emplois vacants, qu’ils se  substituent ainsi Ă  la main-d’Ɠuvre locale, ou qu’ils exercent sur les salaires une tendance Ă  la baisse ; ou encore qu’ils coĂ»tent cher Ă  l’économie des pays d’accueil.

De nombreuses Ă©tudes ont dĂ©jĂ  dĂ©montrĂ© lĂ© contraire. Or, le Rapport 2009 apporte sur ces questionnements – ces inquiĂ©tudes – un Ă©clairage diffĂ©rent.

Le Rapport 2009 montre que, dans les pays d’origine, les migrants impactent favorablement sur l’augmentation des revenus, la stimulation de la consommation, l’amĂ©lioration de la santĂ© et de la qualitĂ© de l’éducation ; et que, dans les pays de destination, ils stimulent l’économie.

La preuve est faite – une fois de plus – que la diversitĂ© culturelle et linguistique est corollaire de richesse et de performance.

Et il faut lire le Rapport Mondial sur le DĂ©veloppement humain 2009 pour mesurer toute l’étendue et le caractĂšre innovant de ses analyses.

FAIM, VIOLENCE, DROITS DE L’HOMME : DESTINS CROISÉS

Jeudi 16 octobre 2008

Trois anniversaires se tĂ©lescopent sur l’agenda dĂ©cidemment trĂšs chargĂ© des Ă©vĂ©nements et des rendez-vous  internationaux, avant que la tourmente bancaire et financiĂšre ne vienne tout remettre en question.

la Faim, la Violence, et les Droits de L’Homme se disputent les honneurs des grands de ce monde.

CĂŽtĂ© faim d’abord. La journĂ©e mondiale de l’alimentation a Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e mercredi 15 octobre dans plus de 150 pays, sur le thĂšme de « la sĂ©curitĂ© alimentaire mondiale », alors que la faim progresse de façon alarmante dans le monde.

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DĂ©cidĂ©e en 1979 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la journĂ©e mondiale de l’alimentation, en est Ă  sa 28Ăšme Ă©dition.

En France, l’ONG Action contre la Faim a invitĂ© toutes les personnes de bonne volontĂ© Ă  se figer (freeze) pendant quelques minutes dans une vingtaine de villes en France, parmi lesquelles Angers, Brest, Caen, Cherbourg, Nantes et Rennes, afin de  « symboliser l’immobilisme qui laisse des millions d’enfants mourir ».

Jacques Diouf, Directeur GĂ©nĂ©ral de la FAO, a dĂ©clarĂ© que la faim dans le monde touchait aujourd’hui de 923 Ă  925 millions de personnes contre 850 millions avant la flambĂ©e des prix et les Ă©meutes qui l’ont suivie au printemps 2008.

Le Directeur GĂ©nĂ©ral de la FAO n’y est pas allĂ© de main morte. Il a montrĂ© du doigt les dirigeants du monde et les a accusĂ©s d’avoir ignorĂ© les avertissements lancĂ©s par la FAO ; il a affirmĂ© que ni leur volontĂ© politique ni les moyens n’étaient au rendez-vous afin de faire face aux enjeux de la faim dans le monde.

L’investissement dans l’agriculture entre 1980 et 2006 est tombĂ© de 17% Ă  3% selon la FAO, alors que la population mondiale a augmentĂ© durant cette pĂ©riode de 78,9 millions chaque annĂ©e !

En aoĂ»t 2007, le Programme alimentaire mondial  avait annoncĂ© la mise en oeuvre d’un programme d’aide pour lutter contre la crise alimentaire de 142 millions d’euros dans 16 pays particuliĂšrement touchĂ©s par la faim.

La crise alimentaire mondiale rend de plus en plus illusoire l’un des principaux objectifs du « DĂ©veloppement pour le MillĂ©naire » (OMD) adoptĂ© par l’ONU en 2000.

L’aide alimentaire internationale est tombĂ©e en 2008 Ă  son niveau le plus bas depuis 40 ans.

Sait-on par exemple que les biocarburants ont privĂ© le monde de 100 millions de tonnes de cĂ©rĂ©ales comme le maĂŻs ou le blĂ© qui pourraient servir Ă  l’alimentation ?

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CĂŽtĂ© violence ensuite. Autre anniversaire, autre cĂ©lĂ©bration, Ă  New York, l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des Nations Unies a cĂ©lĂ©brĂ© le 2 octobre 2008 la deuxiĂšme Ă©dition de la journĂ©e internationale de la non-violence

« Puisse le Mahatma Gandhi nous inspirer dans l’accomplissement de notre mission », a dĂ©clarĂ© le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, M. Ban Ki-moon.

« C’est une journĂ©e trĂšs importante, dont le but principal est de nous inviter tous Ă  rĂ©flĂ©chir sur la mĂ©thode de lutte utilisĂ©e par l’un des plus grands ĂȘtres humains de toute l’histoire, Mahatma Gandhi, afin d’obtenir la libĂ©ration de l’Inde », a dĂ©clarĂ© pour sa part le PrĂ©sident de la soixante-troisiĂšme session de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, M. Miguel d’Escoto Brockmann (Nicaragua).

Évoquant les Objectifs du MillĂ©naire pour le dĂ©veloppement (OMD), en particulier l’éradication de la pauvretĂ© et de la faim, le Ministre a rappelĂ© que, pour Gandhi, « la diffĂ©rence entre ce que nous faisons et ce que nous sommes capables de faire suffirait Ă  rĂ©soudre la plus grande partie des problĂšmes du monde ».  Cette diffĂ©rence Ă©norme devrait nous stimuler pour les sept ans qui restent avant l’échĂ©ance de 2015 pour rĂ©aliser les OMD, a soulignĂ© M. Mukherje, Ministre des affaires Ă©trangĂšres de l’Inde.

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CĂŽtĂ© Droits de L’Homme pour terminer.

On voudrait croire de toutes ses forces que les JournĂ©es internationales de la non-violence  et de l’alimentation puissent revĂȘtir cette annĂ©e, en pleine crise financiĂšre, une importance particuliĂšre.

Tandis que l’on cĂ©lĂšbre  le 60Ăšme anniversaire de la DĂ©claration Universelle des Droits de L’Homme.