La longue marche de l’Egalité Femmes/Hommes
Dimanche 4 juillet 2010La rĂ©cente Ă©tude coordonnĂ©e par l’Observatoire sur la responsabilitĂ© sociĂ©tale en entreprise (ORSE), intitulĂ©e « Les pères dans la publicitĂ© : Une analyse des stĂ©rĂ©otypes Ă l’œuvre », rĂ©alisĂ©e par le sociologie Eric MassĂ©, qui porte sur la « mise en scène » de l’univers des hommes et du culte des valeurs masculines, met en Ă©vidence la triste rĂ©alitĂ© des reprĂ©sentations discriminatoires dont sont victimes les femmes.
Pour Eric MassĂ©, il ne fait pas de doute que la publicitĂ© reflète « un monde post-fĂ©ministe». « C’est l’anti-fĂ©minisme qui a gagnĂ© », dĂ©clare-t-il. Il apparaĂ®t, selon cette Ă©tude, que les messages publicitaires vĂ©hiculent majoritairement les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes classiques, soit d’un cĂ´tĂ© la femme au foyer, et, de l’autre, l’homme au travail dĂ©connectĂ© des affaires familiales.
Le constat du sociologue rejoint en cela d’autres du mĂŞme genre, notamment celui de Brigitte Gresy Membre de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales, auteure en Juillet 2009 d’un « Rapport prĂ©paratoire Ă la concertation avec les partenaires sociaux sur l’Ă©galitĂ© professionnelle entre les femmes et les hommes » ; le rapport relève les stĂ©rĂ©otypes associant la lĂ©gitimitĂ© de l’homme Ă la sphère publique, et celle de la femme Ă la sphère privĂ©e ; et Brigitte Gresy d’affirmer que c’est surtout aux politiques publiques de jouer un rĂ´le. Selon elle, le rééquilibrage des sphères ne saurait advenir « tant que les questions de modes de garde des enfants, de partage du congĂ© parental ou de temps partiel imposĂ© n’auront pas Ă©tĂ© prises Ă bras-le-corps par les Ă©lu(e) s. »
Les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes sont enracinĂ©s dans notre vĂ©cu et notre Ă©motionnel. Les chercheurs en sciences humaines et sociales le savent fort bien, qui nous font observer que les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes structurent nos reprĂ©sentations collectives et l’imaginaire populaire. Les prĂ©jugĂ©s et stĂ©rĂ©otypes sont une catĂ©gorisation pouvant donner lieu Ă des discriminations, lesquelles Ă leur tour gĂ©nèrent des inĂ©galitĂ©s.
Les études montrent que les préjugés et stéréotypes sont, en vérité, des croyances apprises très tôt, dès la tendre enfance. Dès lors, on ne peut que s’inquiéter, en prenant connaissance des conclusions de l’étude que La HALDE a fait réaliser, de juin 2007 à mars 2008, sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Car, qu’y apprend-t-on, s’agissant des représentations hommes/femmes ?
Entre autres, que l’image des hommes et des femmes est traitée différemment ; que les hommes sont plus représentés que les femmes; que, concernant les illustrations du milieu professionnel, 1046 présentent des hommes et 341 des femmes. Plus d’un homme sur quatre est présenté en position supérieure (un patron/une secrétaire) ou occupant la figure la plus prestigieuse d’un secteur d’activité (un chirurgien/une gynécologue) ; et également, que les femmes sont peu représentées dans le monde économique et politique. Elles apparaissent essentiellement comme « icône » ou «emblème » - Marianne, déesses grecques ou romaines - ou comme « fille de » ou « femme de » - Joséphine de Beauharnais - ou «mère de » - par exemple Létizia, mère de Napoléon - ou bien encore entourées d’enfants, en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices.
Mais le pire n’est pas là . Le pire, selon nous, le voici : plus de la moitié des enseignants interrogés, toujours selon cette étude, estime que les manuels scolaires n’offrent pas une position réellement dévalorisante aux femmes, même s’ils s’accordent à reconnaître la récurrence de quelques stéréotypes telle que les femmes de ménage, les femmes actives aux petits métiers dévalorisés, les femmes fragiles ou soumises, et autres femmes « gentilles », ou « idiotes » ou « objet du désir masculin ».
Or, la réalité des discriminations des femmes dépasse la fiction, ce n’est pas que de la pub ou du cinéma. Selon l’Observatoire des Inégalités, le temps des loisirs est réparti de façon inégalitaire entre le père et la mère ; après une naissance 6 mois après une naissance, 29 % des femmes n’ont plus du tout d’activité associative contre 17 % des hommes. En moyenne, les femmes consacrent près de 3h30 par jour aux tâches domestiques contre 2 heures pour les hommes. Si le taux de chômage des femmes est équivalent à celui des hommes, par contre leurs conditions d’emploi sont loin d’être identiques ; 5,5 % des actifs sont en temps partiel et souhaiteraient travailler plus, essentiellement des femmes. Le plafond de verre reste une réalité en France : seules 17 % des entreprises françaises sont dirigées par une femme, avec des disparités en fonction du secteur d’activité ou de la taille de l’entreprise ;
Le taux de pauvreté féminin était de 7,4 % en 2007, tous âges confondus, contre 6,9 % pour les hommes. Cet écart est encore plus marqué chez les plus jeunes et les plus âgés. Les femmes gagnent 27 % de moins que les hommes. L’écart est de 19 % pour des temps complets et 10 % à poste et expérience équivalents ;
Dans le secteur de l’éducation, un quart des diplômés des écoles d’ingénieurs sont des femmes. En revanche, elles représentent 70% des étudiants en lettres et sciences humaines. En politique, dix ans après la Loi sur la Parité, on ne compte que 18,5% de femmes à l’Assemblée et 21,8 % au Sénat. Dans les Arts et Lettres, sur 630 prix littéraires décernés depuis le début du 20ème siècle, 15 % ont été attribués à des écrivains femmes.
Dans ce même registre, l’étude de l’Insee 2008 intitulée « Femmes et hommes - Regards sur la parité » dont l’objectif est de faire le point sur la situation des hommes et des femmes dans la société française en matière de démographie, famille, santé, éducation, activité, revenus, loisirs, met en évidence la « persistance d’inégalités ».
Mais n’allez pas croire pour autant qu’il faille dĂ©sespĂ©rer de tout. Bien au contraire. L’Histoire est faite de luttes sans fin pour l’obtention des Droits Humains, et l’EgalitĂ© des Genres n’échappe pas Ă la règle. Il suffit pour s’en convaincre de visiter le Site de l’Unesco et d’apprendre, entre autres, que la Division pour l’EgalitĂ© des Genres assure la mise en Ĺ“uvre du « Plan d’Action PrioritĂ© EgalitĂ© des Genres », l’une des deux prioritĂ©s mondiales de l’Organisation pour 2008-2013.
Ou de lire l’ouvrage de Sylvie Schweitzer « Femmes de pouvoir, Une histoire de l’Ă©galitĂ© professionnelle en Europe (XIXème-XXIème siècles) », Ă©d. Payot, dans lequel on apprend que les avancĂ©es des droits des femmes sont liĂ©es aux mutations Ă©conomiques et sociales, et que les luttes des femmes ont Ă©tĂ©, plus souvent qu’on ne l’imagine, soutenues par des hommes «fĂ©ministes ».
Ce qui laisserait Ă penser que l’EgalitĂ© des Genres ne se fera pas contre les hommes, mais avec eux. C’est une bonne nouvelle.

Quant aux causes à l’origine de ce plafond de verre, la HALDE cite : le manque de parrainage et de réseau influent des femmes ; leur manque d’expérience opérationnelle ou de management ; le manque de modèles de femmes à haute responsabilité ou ayant visiblement réussi ; les barrières liées aux systèmes d’évaluation et de sélection souvent élaborés à partir des logiques masculines qui sont orientées d’après un cycle de vie d’un homme ; le manque de disponibilité des femmes; et, enfin, le stéréotype sur le manque d’autorité des femmes pour diriger une équipe.