Archive pour la catégorie 'Développement Durable'

RSE et Gestion du Risque

Jeudi 22 juillet 2010

On n’a pas l’habitude de voir la RSE associĂ©e Ă  la Gestion du Risque, laquelle permet Ă  une entreprise de s’assurer qu’elle connaĂ®t et comprend les menaces auxquelles elle s’expose, de les recenser de façon claire et structurĂ©e  et de mettre en Ĺ“uvre un dispositif visant, au mieux Ă  prĂ©venir les sinistres, au pire Ă  en rĂ©duire l’incidence.

On imagine, par conséquent, notre étonnement à la lecture des résultats de la  3ème édition de l’étude « Business Risk Report 2010 » publiée le 13.07.10. portant sur les risques les plus importants auxquels font face les entreprises internationales, et conduite par le Cabinet Ernst & Young auprès d’un panel de plus de 70 cadres dirigeants et analystes de 14 secteurs industriels.

Car, divine surprise, que n’y trouve-t-on pas à la 9ème position du TOP 10, sinon la RSE !

La RSE a pour finalité le Développement Durable des entreprises ; et les raisons pour lesquelles la RSE est, selon les experts, non seulement utile mais incontournable sont nombreuses : parce que, entre autres, les consommateurs, les clients et les investisseurs,  la demandent voire l’exigent ; la RSE construit le capital de la marque ; la RSE permet d’attirer et de fidéliser les talents ; la RSE a du sens au plan financier ; ou parce que la RSE est l’une des réponses à la crise.

On a, jusqu’à prĂ©sent, Ă  notre connaissance, fait rĂ©fĂ©rence Ă  la RSE qu’en termes d’enjeux ou de dĂ©fis ; or, la voici maintenant Ă©levĂ©e au statut de risque.

Les entreprises sont amenĂ©es Ă  se doter d’une stratĂ©gie de gestion du risque pour de nombreuses raisons, depuis la multiplication des poursuites en justice, jusqu’à la prise en compte des limites d’assurance Ă©levĂ©es, en passant par les rĂ©glementations diverses auxquelles elles sont soumises ; quant aux avantages qu’elles peuvent en tirer, ils sont tout aussi nombreux, dont leur rĂ©putation et la valorisation de leur image, ou l’amĂ©lioration de leur capacitĂ© Ă  s’adapter Ă  un environnement de plus en plus changeant, et Ă©galement cela va sans dans dire les gains Ă©conomiques et financiers.

Selon Dominique Pageaud, associé Ernst & Young, et responsable de l’étude « Business Risk Report 2010 »  en France  « Dans le contexte de crise, les problématiques de gestion de l’image se sont aiguisées et les entreprises, observées de près par l’opinion publique, sont d’autant plus attentives aux risques sociaux et environnementaux qu’elles sont conscientes que garder (ou regagner) la confiance du public est désormais vital ».

La RSE faisant son entrée dans le TOP 10 des risques majeurs des entreprises, voilà bien en effet une nouvelle réjouissante.  La gestion du risque appliquée à la RSE est, de facto, élevée au rang d’élément déterminant pour protéger la création de valeur durable.

La RSE « ne cesse  de gagner en importance aux yeux des décideurs depuis une décennie », a-t-on entendu dire. Soit. Sans vouloir à tout prix bouder notre plaisir, ni faire un procès d’intention, on est en droit de se poser la question de la signification et portée réelle de cette soudaine promotion.

Mais osons la question suivante : La RSE considérée comme un risque majeur par les entreprises, est-ce vraiment une nouvelle ?

L’engagement volontaire des entreprises dans la responsabilité sociale a montré ses insuffisances, la crise et ses conséquences peuvent en témoigner.  On constate par ailleurs que cet engagement des entreprises s’accompagne de leur part d’un lobbying aussi intense qu’efficace, afin d’éviter l’arrivée de nouvelles contraintes et règlementations.

Les entreprises auront fort à faire afin de lever la suspicion qui pèse sur elles, tant qu’elles ne voudront pas,  notamment,  jouer le jeu de la transparence de leurs activités et des informations qu’elles communiquent,  et tant qu’elles chercheront à se présenter à tout prix, sous leur meilleur jour -  quitte à faire ici des impasses, là des omissions volontaires, et à éviter les sujets qui fâchent. Le Rapport Développement Durable,  pour lequel elles ont su acquérir un savoir-faire indéniable, au point que certains observateurs parlent de « normalisation » ou « d’homogénéisation » des données, en est un parfait exemple.

Les critiques dont elles sont l’objet sont nombreuses. L’une des plus pertinentes, selon nous, est celle développée par la philosophe et sociologue Anne Salmon, professeur d’université, auteur de « Moraliser le capitalisme, est-ce possible ? ».

Dans son ouvrage, Anne Salmon semble douter que  le phénomène de « production de valeurs », et d’« offres éthiques » des entreprises puisse être capable de moraliser le capitalisme.  Ne serait-il pas, se demande-t-elle, plutôt une tentative à peine déguisée de fonder une « économisation » de l’éthique, soit un simple outil de gestion et d’orientation managériale visant à restaurer la confiance et la motivation tant des salariés que des consommateurs dans un contexte de crise, de perte de sens, et de scandale moral ?  Le risque d’une pareille tentative si d’aventure elle réussissait,  serait la transformation – la transmutation ajouterions-nous - des valeurs éthiques en biens de consommation appropriables par l’individu, pour son seul bien-être.

« Les offres éthiques des entrepreneurs (charte, code, accords de responsabilité sociale) apparaissent comme des instruments d’une adhésion à l’ordre économique, destinés à se libérer des ordres tutélaires (spiritualité, morale) tout en assurant un contrôle sur les conduites individuelles pour les conformer aux exigences du système » écrit-elle.

« L’économisation de l’éthique »  chercherait-elle à  s’émanciper de toute autorité extérieure à elle-même ?

Que signifierait, dans ce cas, l’affirmation partout entendue, selon laquelle il faut « mettre l’humain au centre de l’économie », sinon comme le suggère le Prix Nobel d’Economie, Joseph Stiglitz, d’Ĺ“uvrer afin de substituer un jour au PIB (Produit IntĂ©rieur Brut), le BIN (Bonheur Individuel  brut) ?

Nous voulons souscrire avec enthousiasme à cette séduisante proposition.

DD & RSE : Les Dirigeants et Managers de Demain

Lundi 12 juillet 2010

Il faut saluer comme un événement les conclusions de la récente étude intitulée « A New Era of Sustainability : UN Global Compact-Accenture CEO Study 2010 »,  menée par le Pacte Mondial des Nations Unies et le Cabinet de Conseil Accenture, selon lesquelles les chefs d’entreprises à une très large majorité (93%) considèrent le Développement Durable, d’une part comme une composante clef de leur succès, et, d’autre part, qu’il pourrait faire partie intégrante du cœur de métier des entreprises d’ici moins de dix ans.

Menée auprès de 766 dirigeants d’entreprises à travers le monde, l’enquête vient opposer un démenti formel au scepticisme ambiant, voire le ras-le-bol exprimé par de nombreux consommateurs, salariés, acteurs de la société, et autres experts, qui tendent à penser que le Développement Durable (DD) et la Responsabilité Sociale des entreprises (RSE) ne sont au pire qu’une idéologie ou une opération de propagande, au mieux que le nouvel habit du capitalisme.

Se pourrait-il que les dirigeants prennent le DD au sérieux ? Se pourrait-il aussi que la crise et la récession aient pu jouer un rôle de révélateur et de catalyseur ? On serait tenté de le croire. Car,  s’ils sont aujourd’hui 81% à affirmer que le DD doit tout naturellement trouver sa place au cœur de la stratégie de l’entreprise, en 2007 -  soit une année avant le début de la crise -  ils n’étaient guère que 50 % à le penser.

Développer la marque d’entreprise et, par voie de conséquence, la marque employeur, retrouver la confiance, valoriser l’image, tels sont les objectifs que les dirigeants déclarent vouloir se fixer en 2010.

Parmi les cinq actions prioritaires que ces derniers ont dĂ©finies, selon le Site cdurable, afin de se donner les moyens d’atteindre ces objectifs, il y en a une en particulier qui doit attirer toute notre attention, c’est celle qui consiste Ă  assurer la formation des managers et des collaborateurs de demain, et favoriser l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants socialement responsable et consciente de la nĂ©cessitĂ© de rĂ©flĂ©chir Ă  des solutions collectives, visant Ă  faire face Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© de la planète et Ă  l’urgence dans la mise en Ĺ“uvre d’un comportement Ă©thique de l’entreprise.

Voilà qui est, sans nul doute, mûrement réfléchi. Mais il ne faudrait pas s’arrêter à ce seul constat, ni surtout sous-estimer la tâche à entreprendre.

Ayons l’honnêteté d’admettre que, jusqu’à présent, les démarches DD et RSE des entreprises se sont résumées – les nombreuses enquêtes et études semblent l’attester - d’une part à un discours et une communication construits autour de l’exercice obligé du Reporting, et, d’autre part, sur des actions centrées sur la thématique environnementale, au détriment des enjeux sociaux et sociétaux.

Dès lors que l’on se donne la noble et grande ambition de former une nouvelle gĂ©nĂ©ration de managers, et de favoriser l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants, il est fort Ă  parier qu’il faudra dans ces conditions Ă©galement penser Ă  changer de paradigme, en l’occurrence passer d’un mode de Management «de» la RSE Ă  celui d’un mode de Management « par » la RSE.

Soit l’intégration du DD et de la RSE de manière transversale dans toute la gestion de l’entreprise, ainsi que la mobilisation autour de leurs objectifs des hommes, des femmes et des ressources.

L’efficacitĂ© d’un mode de Management par la RSE supposerait, en outre, la mise en place d’une organisation spĂ©cifique, visant Ă  favoriser la rĂ©alisation des diffĂ©rents projets, tout en assurant la pĂ©rennitĂ© de l’entreprise. Le Management par la RSE dĂ©finit les modalitĂ©s de cohabitation, d’association entre une organisation verticale par services et une organisation transversale par projets.

La mise en place d’un tel mode d’organisation et de management projetterait, à coup sûr, les entreprises bien au-delà des codes, principes, chartes, labels, et autres certifications sur lesquels elles ont bâti leur stratégie DD et RSE. Ces différents outils leur ont certes permis de s’initier aux démarches du DD et de la RSE, et de valoriser leur image et leur légitimité tant en regard des agences de notation que des consommateurs, leurs cibles privilégiées. Mais ces outils n’ont-ils pas, dans une certaine mesure, montrés leurs limites?

L’organisation centrĂ©e sur le Management  par la RSE amènerait les entreprises Ă  tout mettre en Ĺ“uvre, Ă  commencer par l’intelligence collective, afin de conjuguer deux logiques diffĂ©rentes, sinon apparemment  contradictoires, la logique du mĂ©tier qui conduit Ă  penser en termes de rentabilitĂ© et de performance,  et celle qui conduit Ă  penser en termes de responsabilitĂ© et d’éthique.

Quant à la formation des dirigeants et managers de demain, les dirigeants actuels auraient tort de se faire du souci. Elle est déjà en train de s’accomplir sous nos yeux. Pour ne parler que de la France,  dès septembre 2006, une campagne de mobilisation et d’engagement des Grandes Ecoles et des Universités françaises a été lancée autour d’un objectif : « inciter et aider les établissements qui forment les dirigeants de demain à intégrer progressivement le développement durable à leurs programmes. »

Depuis, le nombre d’établissements d’enseignement du supérieur ayant initié des projets DD a augmenté. Mais le Grenelle de l’Environnement rend désormais cette démarche obligatoire pour toutes les Universités et les Grandes Ecoles qui devront mettre en place un « plan vert ».

L’article 55 de la loi Grenelle 1 du 3 aoĂ»t 2009 indique, en effet, que « les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur Ă©laboreront, pour la rentrĂ©e 2009, un « Plan vert » pour les campus. Les universitĂ©s et grandes Ă©coles pourront solliciter une labellisation sur le fondement de critères de dĂ©veloppement durable ».  Des universitĂ©s ont dĂ©jĂ  mis en place des stratĂ©gies DD et certaines pratiques exemplaires ont vu le jour. De nombreuses associations Ă©tudiantes militent activement pour l’environnement et le DD sur leurs universitĂ©s.

L’offre de formation des dirigeants et managers responsables de demain est pléthorique et la qualité de l’enseignement ne cesse de s’améliorer. Les Masters spécialisés se multiplient.  Seule ombre au tableau, on constate que l’offre est en décalage avec la réalité du marché du travail à peine émergent du DD et de la RSE.

Les dirigeants, managers et autres chefs de projet de demain répondent présents à l’appel. Ils sont passionnés par le DD et la RSE. Ils bouillonnent d’impatience. Ils ne demandent qu’une seule chose, c’est que les entreprises veuillent bien s’intéresser à eux, leur accorder une chance de prouver leur talent, et leur confier leurs premières missions. En bref, les recruter.

Qu’est-ce que les dirigeants actuels attendent ?

L’Industrie du Luxe et la RSE

Samedi 8 mai 2010

Luxe et RSE, deux termes apparemment incompatibles tant, dans l’imaginaire populaire, le Luxe renvoie immanquablement aux images de l’argent et du superflu, des inégalités sociales et de la pauvreté. Sans compter celle de la dégradation de l’environnement; on songe, par exemple, aux effets dévastateurs sur les sols, les cours d’eau et les écosystèmes de l’extraction de l’or dans les mines à ciel ouvert de Guyane.

La rĂ©alitĂ© semble pourtant plus complexe, sinon plus nuancĂ©e. Alors que se dĂ©roule Ă  Paris, du 7 au 10 mai 2010, le 2ème Salon Annuel du Luxe Durable (sustainable luxury Fair), Ă©vĂ©nement Ă  la fois commercial et artistique comme il se doit, soutenu par le Ministère de la Culture et l’Organisation Mondiale de DĂ©fense de l’Environnement WWF, il n’est pas inutile de faire sur ce sujet le point sur l’engagement et les enjeux de l’Industrie du Luxe et, chemin faisant, tordre le coup Ă  certaines idĂ©es reçues.

Dans une interview publiée par le quotidien La Tribune du 6 mai, Jean-Noël Kapferer, Professeur à HEC Paris et titulaire de la Chaire Pernod-Ricard sur les marques de Prestige, affirme que le Luxe et le Développement Durable sont très proches.

Il déclare notamment : « Par essence, rappelons-le, le luxe est plus conforme à l’idéal du développement durable que les produits de grande consommation. On se trompe donc de cible en visant le luxe. Certes le luxe c’est l’inutile, mais c’est un inutile comme l’art, qui élève l’homme car il est rare. Le drame du développement durable trouve sa source ailleurs : dans l’impulsion frénétique d’achats inutiles, dans la société de consommation des biens bon marché, destinés à être jetés après usage . Le luxe est aux antipodes de cela. »

On se souvient peut-être que, vers la fin de l’année 2007, WWF avait dans une étude intitulée « Deeper Luxury », parue en Grande- Bretagne, pointé du doigt le Secteur du Luxe accusé de figurer parmi les moins responsables. L’ONG cherchait surtout à prouver aux Maisons du Luxe qu’elles avaient tout intérêt à adopter et à s’engager dans des stratégies socialement responsables, car la prise de conscience des consommateurs, fussent-ils riches et même très riches, ainsi que leurs comportements d’achat, avaient beaucoup évolué.

On pouvait notamment lire ceci : « L’Ă©lite utilise le luxe comme symbole de sa rĂ©ussite; or la dĂ©finition mĂŞme de la rĂ©ussite a changĂ©. Les clients privilĂ©giĂ©s exigent que les marques reflètent leurs aspirations Ă  un monde meilleur, en particulier en ce qui concerne les questions environnementales».

Dans un article publié le 07/05/2010 sur Novethic, Véronique Smée écrit :
«  Or l’étude, qui notait les plus grandes marques sous cet angle, rĂ©vĂ©lait de grandes faiblesses : Sur les dix grands noms passĂ©s au crible par le WWF, pas un ne dĂ©passait la note de C+ (soit 6/12). Trois des quatre groupes français Ă©valuĂ©s (L’OrĂ©al, Hermès et LVMH) obtenaient la meilleure note, tandis que les groupes italiens Bulgari et Tods Ă©taient lanternes rouges du classement. Tiffany & Co, Swatch et PPR obtiennent un D, signe extĂ©rieur d’une responsabilitĂ© sociale et environnementale dĂ©gradĂ©e. Au final, les entreprises se limitaient encore, selon les analyses et les observations de WWF, Ă  des opĂ©rations de philanthropie et de mĂ©cĂ©nat « paillettes ». »

Ajoutons, toujours selon cette étude WWF, que Tiffany & Co, Swatch et PPR ont obtenu un D, signe extérieur d’une responsabilité sociale et environnementale dégradée.

Alors, qu’en est-il aujourd’hui de la responsabilitĂ© des Maisons de Luxe? A-t-on notĂ© des progrès notables ? Car, de l’emballage Ă  la boutique en passant par les transports, le CO2 Ă©mis lors de la fabrication des produits ou de leur transport, les  locaux, ainsi que la sous-traitance s’agissant notamment du secteur de la joaillerie, les Maisons de Luxe ont du pain sur la planche.

Il semble par conséquent difficile de prendre la mesure des avancées, d’autant que les leurs activités  sont multiples, parmi lesquelles : cosmétiques, textiles, accessoires, parfums, joaillerie, hôtellerie, ou champagne.

Il est clair, en tout Ă©tat de cause, que les Maisons de Luxe ne peuvent plus faire l’impasse sur les impacts Ă©thiques, sociaux, et environnementaux de leurs activitĂ©s. Comme le fait remarquer, avec justesse, VĂ©ronique SmĂ©e, « les remises en question touchent toute la chaĂ®ne »;

Si l’Industrie du Luxe ne semble pas subir de plein fouet la crise économique et financière de nature mondiale et systémique, qui sévit depuis 2008, et qui n’en finit pas de connaître moult soubresauts et contrecoups, comme on peut de nouveau le constater avec les situations de la Grèce en perdition et de la monnaie européenne sévèrement attaquée,  elle doit en revanche faire face à d’autres menaces : contrefaçons, mouvements anti-consommation, défis de l’expansion sur les marchés émergents, démocratisation de la clientèle; d’autant que les risques du secteur en termes d’image sont considérables.

N’entendons-nous pas dire, de plus en plus, que les clients, y compris les plus fortunés, sont exigeants en matière d’enjeux éthiques et environnementaux, et qu’ils les considèrent comme des valeurs à propos desquelles aucun compromis n’est acceptable ? Selon le Luxury Institute’s Wealth, situé à New York, 57 % des riches américains seraient prêts à payer plus cher des produits d’une marque, si celle-ci engageait sa responsabilité sociale et environnementale.

Quant Ă  WWF, qu’on se rassure. On pourrait lĂ©gitimement s’inquiĂ©ter de la voir s’acoquiner avec l’Industrie du Luxe, et se demander qu’est-ce qu’une ONG environnementale aussi respectĂ©e et respectueuse pourrait bien gagner Ă  ĂŞtre lĂ , prĂ©sente Ă  ce 2ème Salon, au point de devenir partenaire – vous avez dit complice ? - de sa stratĂ©gie marketing et communication.

La raison est des plus complexes, mais également des plus simples. WWF ambitionne de faire en sorte que l’Industrie du Luxe devienne l’un de ses alliés les plus précieux afin de promouvoir et diffuser les concepts et principes du développement durable.

Les Achats dans l’Industrie du Luxe représentent, rappelons-le, plus de 110 milliards d’euros environ.

Lorsqu’on connaît le degré d’exigence des Maisons de Luxe en matière de savoir-faire et de recherche d’excellence, et qu’on mesure l’immense prestige dont leurs marques jouissent auprès des pays émergents, en particulier, il est tentant de croire que leur engagement dans les champs du Développement Durable et de la Responsabilité Sociale vont exercer une influence, tant sur les consommateurs et les autres secteurs, que sur les marchés financiers.

Le rĂŞve, comme le luxe, n’a pas de prix …

Greenwashing et RSE

Dimanche 25 avril 2010

Les agences de communication n’ont pas leur pareil quand il s’agit de capter l’air du temps, d’être en phase avec son époque, de s’adapter aux mutations économiques, sociétales, technologiques, voire les anticiper, et d’accompagner les évolutions des mentalités.

Tout leur savoir-faire réside en cela qu’elles manipulent avec un art consommé nos valeurs, symboles et représentations collectives. D’où leur pouvoir de séduction, clef de leur succès.

On ne sera  surpris, par conséquent, d’apprendre qu’elles ont su, mieux que quiconque, appréhender le formidable potentiel et la manne du Développement Durable,  en termes d’investissements publicitaires, et d’investir ce créneau stratégique  hautement profitable. Le Greenwashing était né.

Le terme Greenwashing est apparu pour la première fois au début des années 1990. Il  qualifie la politique de communication des entreprises en faveur du Développement Durable, laquelle, selon les groupes de pression environnementaux, ne s’accompagne pas de véritables actions.  On oppose, généralement, au concept de Greenwashing, celui de publicité éthique.

En  France, le nombre de communications publicitaires liées à l’Environnement aurait plus que quintuplé entre 2006 et 2009. L’ARPP (Organisme de régulation professionnelle de la publicité en France), très critiqué par les ONG, qui s’engage à « mener toute action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine, dans l’intérêt des consommateurs, du public et des professionnels de la publicité », a été dans l’obligation sous la pression de ces dernières d’édicter de nouvelles règles déontologiques.

Selon l’ARPP «  les publicités incitant à un comportement non éco-responsable ou dénigrant des pratiques environnementales, ainsi que les visuels induisant en erreur le consommateur » ne sont pas « conformes ».  3% des messages publicitaires auraient ainsi reçu un avis défavorable en 2009.

Pour autant, les ONG sont nombreuses qui remettent en question la légitimité de l’ARPP, laquelle, ne l’oublions pas, est  un organisme privé rassemblant les professionnels du secteur. Quelle est sa réelle marge de manœuvre ? Jusqu’où peut-elle exercer son autorité ? Peut-on être juge et partie ? Le conflit d’intérêt est patent.

Mais le business du Greenwashing, comme les dérives et les catastrophes environnementales, ne sont pas des phénomènes spécifiquement français.

C’est de ce constat  qu’est née le 22 mars 2006 « l’Alliance pour la Planète », dans laquelle est regroupée la plupart des ONG environnementales, mais également juridiques, sociales, humanitaires, scientifiques, les associations de consommateurs, d’agriculteurs, les syndicats, soit 82 membres au total.  Notons que sont exclus les organismes d’Etat, les entreprises et les partis politiques.

Le Manifeste de Alliance pour la Planète affirme, en préambule, comme un cri d’alerte:

« Nous ne pouvons plus nous voiler la face, le diagnostic de la communauté scientifique est clair : la situation environnementale de la Terre est désastreuse, et les dégâts causés à la planète touchent en premier lieu les plus démunis. Il est urgent de mettre en oeuvre au plus vite des mesures lucides et courageuses afin d’assurer la survie de notre planète et de ses espèces, y compris celle de notre propre espèce. »

C’est dans ce contexte de mondialisation qu’il convient, selon nous, de replacer les conclusions de la récente étude « Les Français et la communication responsable » publiée par le cabinet de conseil en marketing durable Ethicity et TNS Media Intelligence.

Une bonne partie des consommateurs serait, nous dit-on, lassé des arguments publicitaires liés au Développement Durable. Plus d’un français sur deux considèrerait que la communication publicitaire sur la consommation durable est envahissante. 43% d’entre eux déclarent qu’ils ne la supportent plus. La confiance dans les entreprises qui usent et abusent du Greenwashing semble s’éroder, et les consommateurs portent un regard de plus en plus sceptique sur les certifications sociales et environnementales des produits qu’ils achètent.

Or, apprend-t-on, on n’en est déjà plus là. Les temps changent si vite ! Se pourrait-il que le Greenwashing appartienne au passé ?

Tout laisse à penser que le recours argumentaire massif au Développement Durable aux seules fins de valoriser son image arrive à son terme.  Les entreprises n’ont-elles pas  intégré les enjeux environnementaux comme une nécessité tant stratégique qu’opérationnelle, au point qu’ils ne constituent plus, en termes de concurrence, des facteurs de différentiation ?

D’autres batailles se préparent et d’autres stratégies se mettent en place dans les conseils d’administration et les ateliers de créativité des agences de communication. Les stratégies certes, mais aussi les contre-stratégies.

Une étude UJJEF Communication et Entreprise - Inférences Conseil apporte un éclairage nouveau dans la mesure où elle s’est focalisée sur la sémantique utilisée dans les rapports annuels publiés en 2009. Des sémiologues ont analysé 25 chapitres « développement durable »  de rapports annuels généraux, et 23 rapports spécifiquement dédiés au Développement Durable ; Ils ont également analysé le contenu des rubriques « développement durable » de 33 sites Internet.

Il ressort notamment de cette étude, que lorsque les entreprises parlent de Développement Durable, c’est au travers d’un « discours minimal, épuré de toute aspérité, de toute tension contradictoire susceptible de faire débat ». Il semble que le message publicitaire prenne une tour « politique ». C’est désormais par la promotion du débat public que les entreprises ont l’intention de crédibiliser leur démarche Développement Durable. On parle de Greenspeaking …

Quant aux agences de communication, vont-elles exploiter les immenses gisements offerts par les avancées de la neuropsychologie, discipline scientifique et clinique qui étudie les fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales ?

Du côté des contre-stratégies, il ne faudra pas manquer de suivre attentivement les avancées de l’éco-psychologie, née aux Etats-Unis de la réflexion de chercheurs venus de diverses disciplines, entre autres biologie, écologie, psychologie, psychanalyse.

« L’Ă©co-psychologie a dĂ©veloppĂ© des outils permettant de rĂ©flĂ©chir Ă  la façon dont on peut responsabiliser les individus Ă  la crise environnementale, sans les culpabiliser ou les infantiliser », explique Jean-Pierre Le Danff, Ă©co-psychologue, et ChargĂ© de Mission Ă  la Fondation Nicolas Hulot, dans une interview Ă  l’Express dans son Ă©dition du 12 Avril 2010.

Gageons que les agences de communication s’intĂ©ressent dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©co-psychologie.

RSE et SOCIAL BUSINESS

Lundi 8 mars 2010

Sortir de la crise, tout le monde en rêve. Moraliser le capitalisme, personne n’ose vraiment y croire. Et pourtant, on assiste ici et là à des initiatives et des démarches innovantes qui laisseraient à penser que l’économie sociale et l’entreprise privée pourraient, en définitive, apprendre à cohabiter.

Soit le Social Business ou Business Social, ou encore entreprise sociale.

Concept à la croisée des chemins entre l’économie sociale et  l’entreprise privée, le Social Business a acquis en France ses lettres de noblesse en 2008, lorsque l’École HEC a annoncé le lancement d’une chaire « entreprise et pauvreté », avec l’économiste, entrepreneur, et professeur bangladais Muhammad Yunus, et Martin Hirsch l’ancien Président d’Emmaüs France, et Haut Commissaire aux Solidarités contre la pauvreté, Haut Commissaire à la Jeunesse, comme co-présidents.

Surnommé à juste titre le « banquier des pauvres », pour avoir fondé la première Institution de Microcrédit, en 1977,  Muhammad Yunus -  Banquier ô combien atypique ! - et sa Grameen Bank ne prêtent pas aux riches, seulement aux pauvres. Du jamais vu !

Plus de 30 ans plus tard, le résultat est impressionnant, puisque la Grameen Bank compte aujourd’hui, environ, 1400 succursales, et a prêté près de 5 milliards de dollars à des femmes essentiellement, afin de leur permettre de créer leur entreprise.

On sait que la Grameen Bank a fait des émules et des petits, partout dans le monde,  jusque dans notre hexagone.

C’est encore et toujours Muhammad Yunus, lequel a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006, qui est à l’origine de la création du concept de Social Business.

Le Social Business est, comme n’importe quelle autre structure commerciale, une entreprise Ă  but lucratif ; la diffĂ©rence Ă©tant que sa finalitĂ© est la rĂ©solution d’un problème social, Ă©cologique, ou autre, au sein d’une communautĂ©.

Reposant sur un modèle Ă©conomique dont l’impact a prouvĂ© qu’il pouvait ĂŞtre d’une portĂ©e considĂ©rable, le Social Business s’assure que les bĂ©nĂ©fices gĂ©nĂ©rĂ©s ne reviennent pas aux actionnaires, mais visent Ă  pĂ©renniser l’activitĂ© de l’entreprise afin d’ĂŞtre au service  de la vie sociale et de sa communautĂ©.

La stratégie du Social Business est fondée sur la recherche de l’efficacité et de la rentabilité maximales, afin de servir la cause pour laquelle elle a été fondée.

Muhammad Yunus n’est pas qu’un Ă©conomiste remarquable, c’est aussi et surtout un homme d’une stature humaniste authentique, c’est-Ă -dire qui a foi au genre humain et au progrès humain; l’homme est dotĂ©, de surcroĂ®t, d’une rare perception et connaissance de l’âme de ses contemporains.

Auteur de l’ouvrage « Vers un nouveau capitalisme », dans lequel il théorise le modèle économique que représente le Social Business, Muhammad Yunus ne déclare-t-il pas, en effet, dans une interview exclusive publiée sur Rue89, en date du 13.08.09 :

«  Les dirigeants des grandes entreprises internationales ne sont pas des monstres assoiffés de profits. Ils se comportent ainsi parce que c’est la mission qu’on leur a confiée. C’est le challenge qu’ils relèvent. Si on leur disait d’utiliser les moyens et les technologies de leurs entreprises pour changer le monde, ils le feraient. » ?

Il existe, selon Muhammad Yunus, à mi-chemin, entre les entreprises commerciales de type classique et les structures à vocation sociale telles les organismes de charité, les ONG, ou les Fondations, une place pour un nouveau modèle de structure qu’il nomme Social Business.

C’est ainsi que fut créée le 8 novembre 2006, conjointement par Danone et la Grameen Bank, la première Social Business, en l’occurrence une usine de fabrication de yaourt nutritif à destination des enfants bangladais, dont la raison sociale est Grameen Danone Foods.

Afin de financer ce modèle économique d’un nouveau genre, Danone qui a créé à l’occasion un fond dédié au financement de projets identiques, « Danone Communities », s’est vu contraint de bousculer les règles traditionnelles de l’entreprenariat ; quant à  ses managers, ils ont dû revisiter leurs présupposés théoriques.

Le Social Business ouvre une nouvelle voie dans le champ de la RSE, à coup sûr là où on ne l’attendait pas.

L’idée même, en soi utopique, que deux termes, deux concepts, en réalité deux conceptions du monde aussi opposées que « entreprise » et « social », puissent être associés, et que son modèle puisse devenir une réussite économique, bouleversent toutes nos idées reçues

Au-delà des Codes, Principes, Labels, Certifications, et autres Normes, la réussite du Social Business tend à démontrer, d’une part que la mise en œuvre de la RSE n’est pas tant une affaire de démarche que d’état d’esprit, et, d’autre part, que l’heure de la réconciliation de l’entreprise avec la société est peut-être venue.

RSE et Entreprises Transnationales

Dimanche 21 février 2010

Dans son récent ouvrage « Face aux crimes du marché, quelles armes juridiques pour les citoyens ? »  William Bourdon porte un regard critique et pessimiste sur les activités des entreprises ou firmes transnationales (FTN), leur formidable puissance, ainsi que sur leur démarche et engagement RSE.

On nomme multinationale ou transnationale une entreprise constituĂ©e de groupe d’entreprises, implantĂ©e dans de nombreux pays par le biais de très nombreuses filiales.

William Bourdon fut, rappelons-le, l’avocat qui s’est rendu célèbre pour avoir contraint Total à indemniser des victimes de travail forcé en Birmanie.

Dans l’entretien qu’il a accordé à Novethic,  publié le 19 février 2010, il déclare notamment : (…) « les multinationales développent une puissance économique et financière exceptionnelle qui leur permet le chantage à la délocalisation, à l’emploi. Elles érigent des Murailles de Chine qui rendent difficile, voire improbable leur mise en cause judiciaire par des Etats souverains très faibles ».

Et ceci : (…) « la responsabilité juridique des entreprises n’a jamais été aussi disséminée, dans l’opacité et la sophistication des liens financiers et capitalistiques entre la Maison-Mère, la filiale, la sous-filiale, en passant par des paradis fiscaux. »

Chacun sait que la puissance des FTN est immense, et que les avantages et bénéfices qu’elles tirent de leurs activités leur confèrent un pouvoir sans partage qui dépasse l’entendement, dépassant le seul domaine économique, pour influencer et dominer l’ensemble de la vie civile, sociale, et politique des pays dans lesquels elles sont implantées.

On considère que les échanges entre filiales des FTN représentent un tiers du commerce mondial ; et les échanges entre les Maisons Mère et leurs filiales, un deuxième tiers. Plus précisément, les plus grandes 10 FTN de la planète contrôlent à elles seules 67 % du marché des graines, 89 % du marché mondial d’agrochimiques, 26 % des ventes globales au consommateur,  55 % du marché pharmaceutique, 63 % de la pharmacienne vétérinaire et 66 % de l’industrie biotechnologique.

La production internationale repose de plus en plus sur le rôle des FTN qui, selon les statistiques de 2002, sont environ 65 000 ; elles contrôlent directement, d’une part  850 000 filiales étrangères réparties sur l’ensemble de la planète, et, d’autre part 60% de la production industrielle du Canada et la moitié de celles du Brésil ou de la Colombie.

L’ensemble des FTN rĂ©alise environ la moitiĂ© du PNB mondial. Pour ne donner qu’un seul exemple, propre Ă  donner le vertige, WalMart la plus colossale entreprise de distribution, mais Ă©galement la plus grande entreprise du monde, est la 26ème parmi les 100 plus grandes Ă©conomies de la planète, beaucoup plus grande que le PIB de pays entiers comme le Danemark, le Portugal, le Venezuela ou  Singapour.

Les États et les Organisations internationales ont tenté, ces dernières années, d’étendre la codification des lois internationales en matière de droits humains, sans pour autant réussir à réguler, encore moins à faire plier la formidable puissance des FTN, à bien des égards supérieure à celles des États.

Ainsi,  en 2003, la sous-commission des Nations Unies à la promotion et protection des droits humains, a adopté par résolution le seul instrument international à valeur contraignante, les Normes sur la responsabilité des FTN et autres entreprises en regard des droits humains.

Selon la sous-commission à la promotion et à la protection des droits humains, « les crimes corporatifs reposent le plus souvent sur un fait de complicité, de soutien, de partenariat, d’assistance directe ou indirecte à la violation des droits humains commise par un autre acteur, lequel se trouve souvent à être le gouvernement d’accueil. »

S’agissant du comportement Ă©thique des FTN, William Bourdon est pour le moins sceptique, dĂ©clarant : « D’abord il y a une multiplicitĂ© d’offres d’engagements volontaires qu’il faut dĂ©coder, dĂ©crypter, hiĂ©rarchiser. Et derrière tout ça, il y a une vaste bataille idĂ©ologique. Le marchĂ© ne se sent jamais aussi bien que lorsqu’il y a moins de lois, de normes et de juges. L’intĂ©gration de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral par les entreprises a toujours Ă©tĂ© faite sous la contrainte : le droit syndical, le travail des enfants au XIXe siècle, le droit des femmes… Or aujourd’hui, les entreprises tentent de nous faire croire qu’elles sont tombĂ©es dans un tonneau magique et qu’elles sont les mieux qualifiĂ©es pour changer le monde Ă  coup d’engagements volontaires. »

Selon Michèle Rioux du DĂ©partement de science politique de l’UQAM (L’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al) :

« La montée en puissance des FTN nous oblige à repenser les rapports entre les États et les marchés ainsi que ceux des institutions envers les cadres normatifs du système économique mondial. Leur évolution sera déterminée par les relations internationales, les relations entre les firmes et les États, les relations entre les FTN, mais également par les mouvements sociaux. Les idées qui fournissent parfois des réponses et sont à l’origine de nouvelles trajectoires. En théorie, ces idées ne manquent pas, mais encore faut-il qu’elles soient pragmatiques et qu’elles soient acceptables et appliquées. Gouverner la mondialisation, du moins à court terme, ne sera pas un travail de technocrate ni de révolutionnaire, mais un art faisant appel à de vrais architectes d’institutions adaptées à un capitalisme mondial et à des sociétés construites sur l’individualisme, la démocratie, les droits de la personne et la justice sociale. Il ne reste plus qu’à trouver les principes organisateurs de ce carré magique, ou la quadrature du cercle. »


BUSINESS GAME et RSE

Samedi 13 février 2010

A l’heure où les entreprises se concurrencent sur le marché de l’emploi afin de recruter et fidéliser les Jeunes Diplômés des Grandes Ecoles et Universités,  une denrée de plus en plus rare au regard des enjeux économiques, le BUSINESS GAME - ou Jeu d’Entreprise – semble avoir le vent en poupe.

Outil informatisé utilisant une pédagogie basée sur l’implication des participants - interactivité, émulation, apprentissage inductif et accéléré -, le Business Game est un concept permettant aux entreprises de confier une mission fictive à un groupe d’étudiants pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et à ces derniers de faire montre de leur talent.

Tant pour les étudiants que pour l’entreprise les enjeux sont de taille puisque, à l’issue de la mission, le recruteur doit au regard de leurs résultats élire les meilleurs d’entre-deux.

Centré sur les champs du marketing, de la stratégie ou de la technique, le Business Game constitue un test réaliste, pragmatique, presque grandeur nature, c’est à dire  proche des activités de l’entreprise ; il  permet ainsi aux étudiants de découvrir l’entreprise de l’intérieur. Comme si on y était.

Qu’il s’agisse de gérer une entreprise, de créer un produit, ou de conduire un projet, les étudiants candidats à l’embauche sont notamment appelés à démontrer leurs capacités à prendre des décisions, et à mettre en évidence leur sens de l’organisation et leurs aptitudes à travailler en équipe.

On n’est pas surpris d’apprendre qu’un nombre croissant de grandes entreprises s’y intéressent ; et on estime à une cinquantaine environ le nombre de Business Game, aujourd’hui, en France.

Comparé au process de recrutement classique, le Business Game permet aux étudiants de valoriser leurs potentialités, ainsi que leurs compétences originales et transverses, parfois atypiques.

Outre leur aspect ludique attractif, et leur Ă©tat d’esprit convivial, il n’est pas surprenant, dans ces conditions, que les Business Game jouissent d’une immense faveur auprès des Ă©tudiants des Grandes Ecoles et des UniversitĂ©s.

Pour ne mentionner que  le secteur bancaire, BNP Paribas et la Société Générale ont développé chacune leur Business Game.

La première a lancĂ© ACE MANAGER destinĂ© Ă  renforcer sa notoriĂ©tĂ© dans les universitĂ©s mondiales, un jeu international accessible Ă  tous les Ă©tudiants de l’enseignement supĂ©rieur, niveau Bachelors  et Masters de moins de 26 ans. L’ambition de BNP Paribas Ă©tant de devenir une des marques employeurs privilĂ©giĂ©es des Ă©tudiants Ă  travers le monde.

Mais c’est surtout, du point de vue de la RSE, le Business Game développé par la Société Générale, sur lequel il nous parait intéressant de nous attarder.

La Société Générale a mis, avec CITIZEN ACT, les étudiants au défi «d’inventer la Banque de Demain ».

CITIZEN ACT a déjà réussi a mobiliser plus de 600 étudiants d’une trentaine de pays différents, dont les Etats-Unis, la Chine, le Brésil, et la Russie, et cela sur cinq continents en 2008.

La quatrième édition, CITIZEN ACT IV, s’ouvre maintenant à de nouveaux pays, parmi lesquels le Cameroun et la Côte d’Ivoire.

CITIZEN ACT a été distingué par la Fondation EFMD (European Foundation for Management Development), qui compte dans ses rangs plus de 700 organisations membres issues des milieux universitaires, des affaires, de services publics ou de consultants,  représentant 82 pays.

BasĂ©e Ă  Bruxelles, EFMD est un forum d’Information, de  Recherche, de RĂ©seautage et de dĂ©bat sur l’innovation et les meilleures pratiques en matière de perfectionnement des cadres.

CITIZEN ACT ambitionne d’être un incubateur d’idées. Remarquons, qu’il a notamment permis de lancer des programmes de Cartes Co-Brandées, d’Eco-crédit, ou encore de créer une fondation pour les jeunes défavorisés.

C’est l’équipe française de HEC qui a gagné la finale de CITIZEN III, avec son projet de microcrédit ; elle a imaginé un Site Internet afin de développer le microcrédit sur le modèle « peer to peer » ; l’idée étant de permettre aux clients de la Société Générale de choisir et d’investir dans des projets  de micro-entrepreneuriat.

Le deuxième prix a Ă©tĂ© remportĂ© par l’Ă©quipe chinoise de Tsinghua University, rĂ©compensant son projet Ă©coresponsable; elle a proposĂ© d’installer un logiciel dans les distributeurs de billets, afin de permettre aux particuliers de faire des dons de faible montant au bĂ©nĂ©fice de projets Ă  but non lucratif.

Le troisième prix est allĂ© aux Ă©tudiants algĂ©riens de l’Ecole SupĂ©rieure de Banque ; ils ont proposĂ© la mise en place d’un Ă©colabel afin de rĂ©compenser les entreprises Ă©coresponsables selon des critères qualitatifs et quantitatifs ; l’entreprise qui est bien notĂ©e pourrait emprunter Ă  des taux prĂ©fĂ©rentiels.

La RSE n’est ni un concept, ni une démarche figé, bien au contraire.

L’Innovation sous toutes ses formes, technologique, managériale, organisationnelle, culturelle, ou financière, est au cœur de ses pratiques.

Les étudiants des Grandes Ecoles et des Universités, notamment, en France et par le monde, sont là pour le prouver.

La Fonction Développement Durable, les Jeunes, et les DRH

Mercredi 10 février 2010

Si l’on en juge par les résultats de l’Étude intitulée « 2ème Baromètre de la Fonction Développement Durable dans les Entreprises du SBF 120 », réalisée par Adecco et l’IAE Gustave Eiffel, publiée en février 2010, il semble bien que les jeunes et les DRH ont quelque souci à se faire.

Précisons, entre parenthèses, que le terme SBF (Société des Bourses Françaises) 120, est un indice boursier sur la Place de Paris.

Les premiers, parce que selon cette étude, les postes de développement durable dans les grandes entreprises restent majoritairement pourvus par le biais de la mobilité interne; les deuxièmes, parce que la fonction développement durable et, surtout, les thématiques RSE qui leur sont rattachées leur échappent inexorablement.

Les jeunes tout d’abord. L’on constate que les jeunes diplômés sont de plus en plus nombreux à s’enthousiasmer pour le Développement Durable et la RSE, à s’y investir, et à mener avec détermination une recherche d’emploi auprès des  Directions des entreprises.

Or, 44/% des Directeurs Développement Durable sont en en poste depuis la création de la fonction, et, parmi eux, plus de 50% ont une ancienneté supérieure à 10 ans ; leur moyenne d’âge est de 46 ans.

Les résultats de cette Étude sont d’autant plus désolants que, paradoxalement, chaque année de nouvelles vagues de jeunes diplômés des Universités et des Grandes Écoles ayant suivi une formation dédiée au Développement Durable, se présentent sur le marché de l’emploi.

Maigre consolation, l’Étude réalisée par Boston Consulting Group, commanditée par le Ministère de Développement Durable, publiée en juin 2009, nous apprend que les Filières Vertes pourraient constituer, en France, un vivier de 600 000 Emplois à créer d’ici 2020.

Ces Emplois Verts concerneraient les domaines du recyclage, de l’agriculture et des activités de service.

Cette Étude prospective du Boston Consulting Group suppose, il est vrai, afin d’atteindre cet objectif, la rĂ©alisation des programmes du Grenelle devant permettre une rĂ©duction de 25% des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre de la France d’ici 2020, laquelle, nous dit-on, serait susceptible de gĂ©nĂ©rer 450 milliards d’euros d’activitĂ© sur douze ans.

Remarquons, toutefois, que ces chiffres sont revus Ă  la baisse par certains analystes qui les jugent trop optimistes.

Les DRH ensuite. Là, les chiffres sont encore plus alarmants, puisque l’on apprend que la fonction Développement Durable ne serait plus rattachée à la Direction des Ressources Humaines, qu’à 2%, alors qu’elle était à 21% selon le 1er Baromètre.

Et il semble bien, en effet, que les Directions des Ressources Humaines se fassent, lentement mais sûrement, déposséder des problématiques du Développement Durable et de la Responsabilité Sociale des Entreprises, au profit de celles des Directions Financière et de la Communication.

En réalité, l’on constate que les Directions Développement Durable sont de plus en plus rattachées aux Directions de la Communication, dans la mesure notamment où le Rapport Responsabilité Sociale et Environnementale constitue un enjeu considérable en termes d’image.

A preuve, selon la rĂ©cente Étude de l’Agence de Notation Sociale Vigeo, consacrĂ©e Ă  l’analyse du Reporting de plus de 700 entreprises europĂ©ennes sur l’exercice de leur responsabilitĂ© sociale, « lorsqu’elles communiquent sur leurs pratiques de responsabilitĂ© sociale, les entreprises cotĂ©es s’adressent en prioritĂ© Ă  leurs actionnaires et aux marchĂ©s financiers. »

Soit dit en passant, cette situation nous vaut de constater quelques perles rares, s’agissant de l’information qui est savamment distillĂ©e par les Directions de la Communication, lorsqu’on analyse les Rapports DĂ©veloppement Durable de l’annĂ©e 2008.

Telle, par exemple, la 2ème position occupée par France Telecom  pour « la qualité de son Reporting Social et Environnemental » - vous avez bien entendu ! - selon le classement établi par le Centre d’Information sur les Entreprises (CFIE-Conseil). Sans commentaire.

Quoiqu’il en soit, dommage pour les DRH, serions-nous tentés de dire, car leur mise à l’écart, en partie due à leur déficit d’investissement dans les champs du Développement Durable en général, et de la RSE en particulier, pourrait leur coûter fort cher. Le risque pour eux serait de se voir progressivement marginaliser.

Les DRH semblent laisser passer la chance historique qui leur est offerte, au vu des enjeux du Développement Durable et de la RSE, au plan local, régional, national, et international, d’être associés aux décisions stratégiques des entreprises.

Les jeunes diplĂ´mĂ©s ont des ressources, des idĂ©es, et de l’Ă©nergie Ă  revendre. On peut leur faire confiance. Leur avenir ne paraĂ®t pas trop sombre, dans la mesure ou de nouvelles opportunitĂ©s se pointent Ă  l’horizon, notamment dans les mĂ©tiers de Consultant ChargĂ© de mission par exemple.

On est moins optimiste s’agissant des DRH.

Se pourrait-il, en définitive, que les DRH soient les grands perdants de ce « Business Game » DD et RSE, grandeur nature, qui se joue sous nos yeux ?


La Communication RSE sur la Sellette

Jeudi 21 janvier 2010

On le constate tous les jours, la communication demeure un exercice plus difficile qu’il n’y paraît à première vue, d’autant que les entreprises sont aujourd’hui surexposées.

L’action conjuguée des technologies de l’information et de la communication, d’une part, et de la mondialisation d’autre part, fragilise la légitimité de leur discours.

La communication sur le développement Durable et la RSE, en particulier, est soumise à la critique impitoyable de la blogosphère, des medias, des ONG, et des organisations syndicales.

L’éthique, considérée comme l’une des thématiques de la démarche de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), est un thème récurrent dans la volée de bois vert contre certaines entreprises, suspectées de maquiller et de masquer la réalité de leurs pratiques, quand elles ne sont pas carrément accusées de tricher.

Dans un article daté du 7 janvier 2010, intitulé « Entreprises, la foire aux vanités », paru dans le Nouvel Observateur, Jacqueline de Linares affirme que « la frénésie des grosses boîtes à vanter leurs bonnes actions finit par se retourner contre elles ».

Jacqueline de Linares écrit par exemple :

« Ce n’est pas une blague. France TĂ©lĂ©com a reçu en 2009 un prix rĂ©compensant les entreprises « qui proposent Ă  leurs salariĂ©s les meilleures pratiques RH, leur permettant de s’Ă©panouir personnellement et professionnellement au travail ». Elle faisait partie des 20 laurĂ©ats 2009 du palmarès Top Employeurs France dĂ©cernĂ© par un cabinet nĂ©erlandais, l’Institut CRF A la rubrique « conditions de travail », l’entreprise, plutĂ´t citĂ©e ces temps-ci pour les suicides de ses salariĂ©s, a mĂŞme obtenu cinq Ă©toiles ! C’est ce que rapportait le mensuel «Liaisons sociales» en dĂ©cembre dernier relatant la frĂ©nĂ©sie d’autoglorification des entreprises en matière sociale. »

Stéphane Richard, le numéro deux de France Télécom, et ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, désigné Manager 2008 par la Station de Radio BFM, affirme vouloir «  reconstruire un pacte social »

Tandis que sur le Site National de la CFE-CGC UNSA France Telecom on dĂ©nonce « le grand guignol des prix et labels » dĂ©cernĂ©s Ă  France TĂ©lĂ©com, après la remise d’un « TrophĂ©e de l’engagement durable » , créé par le club Oras (Observatoire rĂ©munĂ©rations et avantages sociaux), composĂ© de 140 DRH et managers, qui rĂ©compense un projet en matière de rĂ©munĂ©ration ou d’avantage sociaux. »

Jacqueline de Linares  rappelle que les Amis de la Terre ont créé en 2008  le prix Pinocchio  afin « d’illustrer et dĂ©noncer les impacts nĂ©gatifs de certaines entreprises françaises, en totale contradiction avec le concept de dĂ©veloppement durable qu’elles utilisent abondamment ».

«  Le pire, rajoute-t-elle, c’est que certaines mènent rĂ©ellement des activitĂ©s de responsabilitĂ© sociale. Mais comment savoir qui dit vrai quand tout le monde se vante ?

Nous voilà bien au cœur du débat. Il existe à n’en pas douter un faisceau de suspicions s’agissant de la communication RSE, donnant lieu à des actions et réactions de mieux en mieux structurées et de plus en plus organisées et concertées, et dont les entreprises auraient tort de sous-estimer la capacité de nuisance.

Le n° 41 Alternatives Économiques de novembre 2009, numĂ©ro spĂ©cial « La ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises Françaises », remarquable par l’état des lieux objectif qu’il propose, ainsi que par son regard distanciĂ© et critique, aborde dans le chapitre intitulĂ© fort Ă©loquemment « Les Rapports DĂ©veloppement Durable ou l’Art de Communiquer » l’épineuse question de la communication RSE, dans lequel on peut notamment lire :

« Nombreux sont les responsables développement durable qui sont rattachés aux directions de la communication. Les entreprises cherchent évidemment à se présenter sous leur meilleur jour. »

Martial Cozette (Directeur de CFIE-Conseil) dit regretter « l’autosatisfaction » qui caractĂ©rise, selon lui, la communication DĂ©veloppement Durable et RSE :

« Il y a une vraie constance Ă  fournir des Ă©lĂ©ments sortis de leur contexte (…). Par exemple, si l’activitĂ© a fortement diminuĂ©, cela peut expliquer la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, mais cela n’est pas prĂ©cisĂ© … Le minimum serait de fournir des informations Ă  pĂ©rimètre constant (comme cela est le cas dans les rapports financiers) ».

Communication contre Communication, Communiqué contre Communiqué, Rapport contre Rapport.

Il n’est pas sûr, à ce petit jeu, que les entreprises françaises sortent à tous les coups gagnant.

Copenhague et la Norme RSE ISO 26000 : Entre Espoir et Déception

Samedi 26 décembre 2009

La publication de la première norme ISO 26000 sur la Responsabilité Sociale est prévue pour septembre 2010. Va-t-elle subir le même sort que l’accord sur le climat et les gaz à effet de serre récemment, et hâtivement, bouclé – vous avez dit bâclé ? -  à Copenhague ?

A entendre certains observateurs, toutefois, la confĂ©rence de Copenhague ne fut, en dĂ©finitive, ni une rĂ©ussite ni un Ă©chec. Cette prestigieuse et largement mĂ©diatisĂ©e rĂ©union des dirigeants de la planète n’aura pourtant accouchĂ© que d’un timide plan d’action,  peu contraignant, visant Ă  rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre.

Bien que, selon le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Ban Ki-Moon, l’accord obtenu au forceps dans la soirĂ©e du 19 novembre 2009, «marque une avancĂ©e importante dans les nĂ©gociations et constitue le premier accord rĂ©ellement mondial qui peut permettre de limiter et rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, soutenir les mesures d’adaptation en ce qui concerne les plus vulnĂ©rables et favoriser la crĂ©ation d’une nouvelle ère de croissance durable en terme d’environnement », force est de constater qu’il est dĂ©jĂ  contestĂ© de toutes parts.

On est en droit de se demander si, à l’instar de la conférence de Copenhague sur le climat qui avait suscité des attentes considérables, la norme  RSE 26000 ne va pas pareillement générer des commentaires critiques.

On se souvient peut-ĂŞtre, qu’en janvier 2005 l’Organisme de Normalisation International  (ISO) s’Ă©tait engagĂ© dans l’atteinte d’un « consensus international » - cela ne vous rappelle–t-il rien ? - sur la dĂ©finition du concept de responsabilitĂ© sociĂ©tale dans ses dimensions sociale, Ă©conomique et environnementale.

Quatre ans plus tard, à l’issue de moult débats et de plusieurs réunions internationales, on était prêt à bondir de joie à l’annonce que la norme ISO 26000 était enfin, et heureusement, en voie de finalisation.

Mais, première dĂ©ception, on append que contrairement Ă  la norme ISO 9001 portant sur la qualitĂ©, et la norme ISO 14001 portant sur l’environnement, la tant attendue norme ISO 26000 patiemment concoctĂ©e par plus de 500 experts reprĂ©sentant 90 pays et une quarantaine d’organisations internationales, parmi lesquelles l’Organisation internationale du travail (OIT), le Pacte Mondial, l’Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE), ou le Global Reporting Initiative (GRI), ne pourra pas faire l’objet d’une labellisation et d’une certification.

Car, au grand dam de ceux qui espéraient beaucoup - trop peut-être comme à Copenhague -,  il s’agit pour cette norme RSE 26000 de ne définir rien d’autre, et rien de plus, que des lignes directrices sur la responsabilité sociétale et non pas un système de management.

Deuxième déception, bien plus grande encore, de l’avis de nombreux analystes et experts, la norme 26000 dont le texte est en cours de rédaction finale,  représente un « compromis » dit-on - tiens, tiens, ça nous rappelle décidément quelque chose … - entre les différentes perceptions et conceptions éthiques et morales des acteurs en présence.

Il semble que les spĂ©cificitĂ©s culturelles des diffĂ©rents pays et rĂ©gions du monde rendent impossible, malgrĂ© des dĂ©bats parfois houleux, l’Ă©laboration d’une norme RSE internationale.

Là encore, comme à Copenhague, et comme pour les Droits de L’Homme bafoués au quotidien par de nombreux pays, l’élaboration de valeurs universelles se heurte à des difficultés insurmontables.

D’aucuns ne manqueront pas de regretter, par exemple, que la norme 26000 « n’est pas destinĂ©e Ă  servir de base Ă  une action en justice, une plainte ou tout autre revendication dans des procĂ©dures nationales ou internationales ou autre. Elle n’est pas destinĂ©e Ă  ĂŞtre citĂ©e comme une preuve d’une règle internationale coutumière ».

Texte peu contraignant en vue, par conséquent, comme à Copenhague encore, et qui risque de laisser beaucoup d’entre nous sur leur faim.

Il y des jours comme ça, où l’on se dit, qu’à Copenhague comme ailleurs, il n’y aurait rien de tel qu’un bon séminaire de médiation interculturelle - démarche interdisciplinaire à la confluence des théories de la communication, de la psychologie, de la pédagogie, de l’anthropologie, de la linguistique, et de la culture – afin de décadenasser les cœurs et les esprits, et de dégager de nouveaux horizons insoupçonnés à la table de négociation.

Attendons septembre 2010 pour la publication de la norme ISO 26000,  afin de juger vraiment, en toute connaissance de cause ; et attendons Mexico cette même année 2010, où se déroulera le prochain sommet sur le climat et les gaz à effet de serre.

D’ici là, on vous souhaite une Bonne Année placée, nous l’espérons, sous le double signe du Développement Humain Durable et de la Responsabilité Sociale.