DD & RSE : Les Dirigeants et Managers de Demain
Lundi 12 juillet 2010Il faut saluer comme un événement les conclusions de la récente étude intitulée « A New Era of Sustainability : UN Global Compact-Accenture CEO Study 2010 », menée par le Pacte Mondial des Nations Unies et le Cabinet de Conseil Accenture, selon lesquelles les chefs d’entreprises à une très large majorité (93%) considèrent le Développement Durable, d’une part comme une composante clef de leur succès, et, d’autre part, qu’il pourrait faire partie intégrante du cœur de métier des entreprises d’ici moins de dix ans.
Menée auprès de 766 dirigeants d’entreprises à travers le monde, l’enquête vient opposer un démenti formel au scepticisme ambiant, voire le ras-le-bol exprimé par de nombreux consommateurs, salariés, acteurs de la société, et autres experts, qui tendent à penser que le Développement Durable (DD) et la Responsabilité Sociale des entreprises (RSE) ne sont au pire qu’une idéologie ou une opération de propagande, au mieux que le nouvel habit du capitalisme.
Se pourrait-il que les dirigeants prennent le DD au sérieux ? Se pourrait-il aussi que la crise et la récession aient pu jouer un rôle de révélateur et de catalyseur ? On serait tenté de le croire. Car, s’ils sont aujourd’hui 81% à affirmer que le DD doit tout naturellement trouver sa place au cœur de la stratégie de l’entreprise, en 2007 - soit une année avant le début de la crise - ils n’étaient guère que 50 % à le penser.
Développer la marque d’entreprise et, par voie de conséquence, la marque employeur, retrouver la confiance, valoriser l’image, tels sont les objectifs que les dirigeants déclarent vouloir se fixer en 2010.
Parmi les cinq actions prioritaires que ces derniers ont dĂ©finies, selon le Site cdurable, afin de se donner les moyens d’atteindre ces objectifs, il y en a une en particulier qui doit attirer toute notre attention, c’est celle qui consiste Ă assurer la formation des managers et des collaborateurs de demain, et favoriser l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants socialement responsable et consciente de la nĂ©cessitĂ© de rĂ©flĂ©chir Ă des solutions collectives, visant Ă faire face Ă la vulnĂ©rabilitĂ© de la planète et Ă l’urgence dans la mise en Ĺ“uvre d’un comportement Ă©thique de l’entreprise.
Voilà qui est, sans nul doute, mûrement réfléchi. Mais il ne faudrait pas s’arrêter à ce seul constat, ni surtout sous-estimer la tâche à entreprendre.
Ayons l’honnêteté d’admettre que, jusqu’à présent, les démarches DD et RSE des entreprises se sont résumées – les nombreuses enquêtes et études semblent l’attester - d’une part à un discours et une communication construits autour de l’exercice obligé du Reporting, et, d’autre part, sur des actions centrées sur la thématique environnementale, au détriment des enjeux sociaux et sociétaux.
Dès lors que l’on se donne la noble et grande ambition de former une nouvelle gĂ©nĂ©ration de managers, et de favoriser l’émergence d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants, il est fort Ă parier qu’il faudra dans ces conditions Ă©galement penser Ă changer de paradigme, en l’occurrence passer d’un mode de Management «de» la RSE Ă celui d’un mode de Management « par » la RSE.
Soit l’intégration du DD et de la RSE de manière transversale dans toute la gestion de l’entreprise, ainsi que la mobilisation autour de leurs objectifs des hommes, des femmes et des ressources.
L’efficacitĂ© d’un mode de Management par la RSE supposerait, en outre, la mise en place d’une organisation spĂ©cifique, visant Ă favoriser la rĂ©alisation des diffĂ©rents projets, tout en assurant la pĂ©rennitĂ© de l’entreprise. Le Management par la RSE dĂ©finit les modalitĂ©s de cohabitation, d’association entre une organisation verticale par services et une organisation transversale par projets.
La mise en place d’un tel mode d’organisation et de management projetterait, à coup sûr, les entreprises bien au-delà des codes, principes, chartes, labels, et autres certifications sur lesquels elles ont bâti leur stratégie DD et RSE. Ces différents outils leur ont certes permis de s’initier aux démarches du DD et de la RSE, et de valoriser leur image et leur légitimité tant en regard des agences de notation que des consommateurs, leurs cibles privilégiées. Mais ces outils n’ont-ils pas, dans une certaine mesure, montrés leurs limites?
L’organisation centrĂ©e sur le Management par la RSE amènerait les entreprises Ă tout mettre en Ĺ“uvre, Ă commencer par l’intelligence collective, afin de conjuguer deux logiques diffĂ©rentes, sinon apparemment contradictoires, la logique du mĂ©tier qui conduit Ă penser en termes de rentabilitĂ© et de performance, et celle qui conduit Ă penser en termes de responsabilitĂ© et d’éthique.
Quant à la formation des dirigeants et managers de demain, les dirigeants actuels auraient tort de se faire du souci. Elle est déjà en train de s’accomplir sous nos yeux. Pour ne parler que de la France, dès septembre 2006, une campagne de mobilisation et d’engagement des Grandes Ecoles et des Universités françaises a été lancée autour d’un objectif : « inciter et aider les établissements qui forment les dirigeants de demain à intégrer progressivement le développement durable à leurs programmes. »
Depuis, le nombre d’établissements d’enseignement du supérieur ayant initié des projets DD a augmenté. Mais le Grenelle de l’Environnement rend désormais cette démarche obligatoire pour toutes les Universités et les Grandes Ecoles qui devront mettre en place un « plan vert ».
L’article 55 de la loi Grenelle 1 du 3 aoĂ»t 2009 indique, en effet, que « les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur Ă©laboreront, pour la rentrĂ©e 2009, un « Plan vert » pour les campus. Les universitĂ©s et grandes Ă©coles pourront solliciter une labellisation sur le fondement de critères de dĂ©veloppement durable ». Des universitĂ©s ont dĂ©jĂ mis en place des stratĂ©gies DD et certaines pratiques exemplaires ont vu le jour. De nombreuses associations Ă©tudiantes militent activement pour l’environnement et le DD sur leurs universitĂ©s.
L’offre de formation des dirigeants et managers responsables de demain est pléthorique et la qualité de l’enseignement ne cesse de s’améliorer. Les Masters spécialisés se multiplient. Seule ombre au tableau, on constate que l’offre est en décalage avec la réalité du marché du travail à peine émergent du DD et de la RSE.
Les dirigeants, managers et autres chefs de projet de demain répondent présents à l’appel. Ils sont passionnés par le DD et la RSE. Ils bouillonnent d’impatience. Ils ne demandent qu’une seule chose, c’est que les entreprises veuillent bien s’intéresser à eux, leur accorder une chance de prouver leur talent, et leur confier leurs premières missions. En bref, les recruter.
Qu’est-ce que les dirigeants actuels attendent ?




Le scandale EADS qui Ă©clabousse du beau monde puisque, selon l’AMF (AutoritĂ© des MarchĂ©s Financiers), la direction et les actionnaires d’EADS se sont rendus “coupable d’un dĂ©lit d’initiĂ©s massif” et que l’Etat français le savait, nous donne l’occasion de rappeler qu’en matière de responsabilitĂ© sociale, il existe deux courants de pensĂ©e : le premier qui repose sur l’efficacitĂ© des marchĂ©s et qui considère que le profit est la seule finalitĂ© pour les actionnaires ; et le deuxième qui repose sur le comportement Ă©thique de l’entreprise et qui considère que l’entreprise a un devoir moral envers la sociĂ©tĂ©.
L’une des lignes de force, selon nous, des programmes de ces Ă©coles et universitĂ©s, Ă©tant l’importance accordĂ©e Ă la formation Ă la citoyennetĂ© des cadres; car qui dit citoyen dit responsable.Ceci rejoint d’une certaine manière la prĂ©occupation de certains syndicats, français notamment, qui insistent sur la nĂ©cessitĂ© pour la direction des entreprises, qu’elles soient privĂ©es ou publiques, de reconnaĂ®tre la citoyennetĂ© des cadres, c’est-Ă -dire leur droit d’expression, d’intervention et d’initiative mentionnĂ© plus haut. Certains vont mĂŞme jusqu’à revendiquer, dans certains cas extrĂŞmes, le droit de refus ou d’opposition.Des cadres socialement responsables ? A coup sĂ»r, un dĂ©bat et une affaire Ă suivre…
Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à considérer que la Responsabilité Sociale des entreprises (RSE) représente une opportunité plus qu’une contrainte.