FEMMES, PERFORMANCE, ET ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE
Mercredi 24 octobre 2007L’Egalité Professionnelle est, en ce moment, sur tous les fronts !
Le très médiatisé Women’s Forum for the Economy and Society, “le Davos féminin” comme l’intitule si joliment le quotidien Le Monde du 13 octobre 2007 dans un article signé Françoise Lazare s’est tenu à Deauville du 11 au 13 octobre 2007.
Le gouvernement français a fixé l’objectif ambitieux d’atteindre l’égalité professionnelle et salariale en 2009, alors que la Loi de 2006 visant à éliminer les écarts de rémunération par la négociation collective n’a abouti, selon l’Observatoire de la Responsabilité Sociale des Entreprises (ORSE), qu’à 111 accords d’entreprises.
Le parlement européen a adopté un rapport sur « l’égalité entre les femmes et les hommes de l’Union européenne ».
En France, malgré les lois qui se succèdent depuis plus de trente années, l’écart des salaires entre les femmes et les hommes demeure considérable, et cet écart tend à s’accroître lorsqu’on se rapproche du haut de l’échelle.
Pourtant, paradoxalement, les études montrant que les entreprises qui emploient plus de femmes sont plus performantes financièrement, se multiplient.
Si la présence des femmes au plus haut niveau se traduit à coup sûr par une performance économique, on est en droit de se demander pourquoi dans ces conditions ces dernières atteignent rarement les sommets de la hiérarchie et les conseils d’administrations.
A preuve que le fameux « plafond de verre » existe bel et bien.
Selon la définition qu’en donne la HALDE, le plafond de verre (glass ceiling en anglais), est la terminologie imagée pour désigner le phénomène qui entrave la carrière des femmes et dont la conséquence est la rareté de leur présence au sommet des entreprises, des organisations et des institutions publiques.
Il constitue un ensemble de barrières invisibles, créées à la fois par des préjugés et stéréotypes et par le mode de fonctionnement des organisations.
Quant aux causes à l’origine de ce plafond de verre, la HALDE cite : le manque de parrainage et de réseau influent des femmes ; leur manque d’expérience opérationnelle ou de management ; le manque de modèles de femmes à haute responsabilité ou ayant visiblement réussi ; les barrières liées aux systèmes d’évaluation et de sélection souvent élaborés à partir des logiques masculines qui sont orientées d’après un cycle de vie d’un homme ; le manque de disponibilité des femmes; et, enfin, le stéréotype sur le manque d’autorité des femmes pour diriger une équipe.
La conséquence de cela est que le plafond de verre maintient les femmes dans des positions considérées comme moins stratégiques.
Nombre de médias nous parlent ces temps-ci, tel le quotidien Les Echos du 11 octobre 2007, de quelques unes de ces femmes exceptionnelles – Anne Lauvergeon à AREVA, Mercedes Erra à BETC Euro RSCG, Anne-Marie Idrac à la SNCF - ayant réussi à rivaliser avec les hommes, à les battre sur leur propre terrain, et à atteindre les cimes de la réussite professionnelle.
Mais Ă vouloir Ă tout prix ainsi se focaliser sur les exemples de rĂ©ussite professionnelle de quelques femmes, c’est-Ă -dire et somme toute celles d’une infime minoritĂ©, n’oublie-t-on pas l’essentiel : le sort de la plupart d’entre-elles ?
Une récente étude, datée de mars 2007, de Nadine Laïb, à la Direction de la Recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), vient corriger cette impression désagréable et apporter un éclairage pertinent et inédit sur la situation des femmes en France.
Intitulée « Les inégalités de niveau de vie des femmes en couple », cette étude montre que « l’hétérogénéité des situations professionnelles et familiales explique l’essentiel des inégalités de niveau de vie entre les femmes en âge de travailler qui vivent en couple, même lorsque celles-ci ont un niveau de diplôme proche ; les femmes les moins diplômées, fortement concernées par le travail à temps partiel, le chômage ou l’inactivité, ont des revenus d’activité ou de remplacement très inégaux et en moyenne 2,8 fois inférieurs à celles des plus diplômées, plus actives et mieux rémunérées ; qu’à ces inégalités individuelles s’ajoutent celles liées à la situation familiale ».
Elle monte Ă©galement que les femmes les plus diplĂ´mĂ©es sont plus actives et concilient plus aisĂ©ment vie professionnelle et vie familiale, d’autant qu’elles vivent majoritairement avec un homme de niveau de diplĂ´me Ă©quivalent ; et que la situation des femmes sur le marchĂ© du travail dĂ©pend en partie du niveau de leur formation.
“Plus le niveau de diplĂ´me est important, plus les chances de trouver un emploi sont grandes et plus cet emploi est susceptible de procurer des revenus Ă©levĂ©s” Ă©crit notamment Nadine LaĂŻb.
Tout cela, sans doute, n’est pas très glamour, ni people. On ne circule plus dans les coulisses du pouvoir. Mais, au moins, cette Ă©tude a l’immense mĂ©rite de nous plonger dans la rĂ©alitĂ© sociologique que vivent la grande majoritĂ© des femmes de ce pays.
On semble toucher lĂ au cĹ“ur du problème de l’Ă©galitĂ© professionnelle.
Novethic – le Centre de recherche et d’expertise sur la responsabilitĂ© sociĂ©tale des entreprises (RSE) et l’investissement socialement responsable (ISR), qui fait partie du Groupe Caisse des DĂ©pĂ´ts et Consignations - prĂ©cise dans sa lettre du 08/10/07 que sur les 10.000 rĂ©clamations reçues depuis la crĂ©ation de la HALDE en 2005, « la moitiĂ© concerne les discriminations liĂ©es Ă l’emploi, qui s’exercent majoritairement lors du recrutement. Avant le handicap ou l’âge du candidat, l’origine ethnique reste la première cause de discrimination dans les plaintes traitĂ©es par la Haute Autorité».
La justice a ouvert une enquête préliminaire pour « abus de confiance » sur ces retraits suspects, le soupçon s’appuyant notamment sur le fait que le dénommé Denis Gautier-Sauvagnac est également le négociateur en chef du Medef avec les Syndicats. Remarquons entre parenthèses qu’on nage comme de bien entendu et comme d’habitude dans la confusion des genres et le conflit d’intérêt.
La confĂ©rence sociale, prĂ©sidĂ©e par Xavier Bertrand le 4 octobre 2007, rĂ©unissant l’Etat, le Patronat, et les Syndicats, et qui a portĂ© sur la prĂ©vention des maladies professionnelles, a abouti Ă l’ouverture de nĂ©gociations sur trois thèmes : les conditions de travail dans les petites entreprises, le renforcement des ComitĂ©s d’hygiène, de sĂ©curitĂ© et des conditions de travail, et le droit d’alerte des salariĂ©s. Par ailleurs, une campagne d’information sur les troubles musculo-squelettiques (TMS) programmĂ©e sur 3 ans, dĂ©butera en janvier 2008.
Le scandale EADS qui Ă©clabousse du beau monde puisque, selon l’AMF (AutoritĂ© des MarchĂ©s Financiers), la direction et les actionnaires d’EADS se sont rendus “coupable d’un dĂ©lit d’initiĂ©s massif” et que l’Etat français le savait, nous donne l’occasion de rappeler qu’en matière de responsabilitĂ© sociale, il existe deux courants de pensĂ©e : le premier qui repose sur l’efficacitĂ© des marchĂ©s et qui considère que le profit est la seule finalitĂ© pour les actionnaires ; et le deuxième qui repose sur le comportement Ă©thique de l’entreprise et qui considère que l’entreprise a un devoir moral envers la sociĂ©tĂ©.