Archive pour janvier 2008

CULTURE, MORALE, ET RSE

Mercredi 23 janvier 2008

La culture d’un pays étranger a bon dos, elle peut à première vue tout expliquer, les caractéristiques physiques de ses habitants comme leurs croyances, leurs institutions comme leurs idées.

En vérité, la connaissance qu’on en a, nous disent les spécialistes de l’interculturel, se résume généralement aux représentations qu’on s’en fait, c’est-à-dire à des préjugés et des stéréotypes.

Nous sommes tous, même les esprits les plus brillants d’entre nous, les victimes de cette fâcheuse habitude consistant à faire du réductionnisme culturel.

Les allemands sont, comme chacun le sait, disciplinés, et les japonais industrieux; les brésiliens affirment que le portugais manque d’imagination, le français se moque de l’absence d’intelligence des belges, et l’américain de celle des polonais; de quelqu’un qui monte dans le bus sans payer, les italiens disent qu’il ” triche comme un portugais “, etc.

Dans le même ordre d’idée, on a souvent dit et répété que le protestantisme et la prospérité économique étaient corrélés; c’est un fait admis par l’ensemble des historiens; le goût du travail, l’ardeur laborieuse des protestants et leur âpreté supposé au gain seraient, entre autres, à l’origine du matérialisme du monde moderne.

Luther, Calvin, et la Réforme, champions du libéralisme ? Voire.

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Comment peut-on expliquer la domination des universités anglo-saxonnes sur la recherche relative au développement durable et la responsabilité sociale des entreprises (RSE), puisqu’au palmarès des quinze premières universités selon le nombre de publications sur les sujets environnementaux, sociaux et éthiques, on trouve 8 universités américaines, 4 universités canadiennes, 2 universités britanniques, et 1 université néerlandaise ?

La réponse tombe sous le sens; mais la culture protestante voyons!

Selon José Allouche, professeur à l’Institut d’administration des entreprises de Paris (université Paris-I-Panthéon-Sorbonne), directeur de l’Ecole doctorale en sciences de la décision et de l’organisation (IAE Paris, Ensam, HEC) et président du jury du Prix de la recherche « Finance et développement durable » qui a décerné le prix 2007 à quatre lauréats et attribué deux bourses pour des projets de recherche, l’explication ne fait pas le moindre doute:

« Cette domination n’est pas étonnante, explique le professeur Allouche (Le Monde daté mardi 22 janvier 2008), dans la mesure où une interprétation possible de la montée actuelle des thèmes de la RSE peut-être celle d’une résurgence de la morale protestante dans le monde des affaires, qui touche donc principalement les pays anglo-saxons et scandinaves. »

Et le journaliste du Monde, Antoine Reverchon, d’ajouter que « l’intrication de la morale et de la pratique des affaires est un trait moins marqué dans les pays latins », et que « l’intérêt pour la RSE apparaît être davantage de l’ordre de la communication que de la conviction ». Ah, bon?

Mais où diable vont-ils chercher tout ça?

On nous avait jusqu’ici enseigné, afin de comprendre les raisons de leur réussite économique, que l’absence des tabous de l’argent et du profit étaient deux caractères culturels essentiels des pays protestants, notamment des Etats-Unis.

Voici qu’il nous faudrait maintenant intégrer le postulat contraire, l’idée saugrenue selon laquelle la prégnance de la morale dans leur culture détermine leur domination dans la recherche universitaire sur la RSE !

Pourquoi n’irait-on rechercher dans le patrimoine génétique des anglo-saxons les preuves irréfutables de leur domination sur les questions de la RSE?

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Nous vous suggérons, quant à nous, d’une manière certes plus terre à terre et pragmatique, de consulter attentivement les classements des universités dans le monde établis par de nombreuses institutions, et leur impact sur la mobilité des chercheurs, et principalement celle qui fait le plus autorité aujourd’hui, à savoir le classement élaboré par l’université Jia Tong de Shanghai.

Que constate-t-on en effet ? Nul mystère, les universités françaises ou européennes sont fort mal positionnées. Car, au total, sur 500 universités dans le monde, on trouve 167 universités américaines – elles figurent parmi les 18 premières ! - 43 britanniques, 40 allemandes, 32 japonaises, 23 italiennes, 21 françaises. La première est l’université Paris VI en quarante cinquième position, suivie de l’université Paris XI en soixante quatrième position.

Mais, alors, me direz-vous, qu’est-ce que vous faites de l’université néerlandaise qui fait pourtant partie du palmarès des quinze universités selon le nombre de publications sur les sujets environnementaux, sociaux et éthiques?

Ah, j’ai oublié ! Cette fameuse « martingale » que représente le protestantisme. On gagne à tous les coups. Mais, bien sûr, où avais-je donc la tête ?

UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE MANAGERS

Mercredi 16 janvier 2008

Les cursus de Master de Management de la RSE se multiplient en France et en Europe notamment, et on assiste de toute évidence à l’émergence d’une nouvelle génération d’étudiants habités par de nouvelles valeurs et ayant pris conscience de la nécessité de prendre leur part à la rénovation en profondeur des pratiques de gouvernance d’entreprise.

Preuve de l’intérêt, voire de l’engouement des étudiants pour la RSE, et que celle-ci n’est pas comme certains le prétendent et d’autres le redoutent, qu’un simple phénomène de mode.

Que de chemin parcouru depuis l’enquête réalisée en 2005 par la CFDT Cadres en partenariat avec Audencia Ecole de Management à Nantes et plusieurs autres écoles de commerce nantaises, auprès de 465 étudiants!

Elle montrait en effet (lettre Novethic du 01/06/2005) la méfiance des étudiants à l’égard des formations RSE, et leur méconnaissance des champs d’actions de la RSE.

Ainsi, à la question pouvez-vous citer deux actions concrètes interne à l’entreprise,  ils avaient répondu “l’écoute et le bien-être” et “la formation”; et à celle portant sur les questions environnementales, ils avaient répondu “la lutte contre la pollution” et “le respect des normes”. Par ailleurs, une majorité d’entre-deux avaient considéré que leur formation ne les préparait nullement à un comportement socialement responsable.

Les choses ont donc semble-t-il heureusement changé…

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Notons également que la thématique de la RSE  est de plus en plus intégré dans les cursus de Management Supérieur comme en témoignent par exemple, d’une part l’action de l’ESSEC qui a rejoint Net Impact, réseau international d’étudiant MBA, et, d‘autre part, celle de l’Association ADERSE qui œuvre pour la promotion de l’enseignement et de la recherche sur la RSE, et qui vient d’organiser les 10 et 11 janvier 2008 son 5ème Congrès sur le thème « La transversalité de la responsabilité des entreprises ».

Mais pour l’heure, les entreprises ne trouvent pas facilement des jeunes formés à la RSE,  d’autant que, s’ils sont prêts à s’investir ils n’éprouvent en revanche aucun scrupule à exprimer leurs exigences ou à déclarer, tout de go, qu’ils n’ont nullement l’intention de rester éternellement fidèles; à les entendre, leur horizon n’excède pas plus de trois années. Dur, dur… 

La bonne nouvelle, c’est que ces futurs jeunes managers sont en train d’acquérir des modes de pensée et de comportement leur permettant d’intégrer dans leurs pratiques professionnelles les principes de la société dans laquelle ils vivent; il ne s’agit rien moins que d’une révolution intellectuelle.

La RSE, mode de fonctionnement éthique des entreprises de demain ?
 

MÉDECINE DU TRAVAIL : QUEL AVENIR ET QUEL STATUT ?

Mercredi 9 janvier 2008

La récente mutation imposée à un médecin du travail chez IBM, mutation pourtant autorisée par le médecin inspecteur du travail, et finalement invalidée par le ministère du travail, met en lumière les « liaisons dangereuses de la médecine du travail et du patronat »,  pour reprendre le titre éloquent du dossier consacré par le supplément économie du quotidien « Le Monde » daté du mardi 4 décembre 2007, qui parle des « dérives financières et éthiques » de l’institution.

La mésaventure  du Dr Garoyan médecin du travail d’IBM La Gaude (Alpes-Maritimes) à qui la Direction du Site qui compte 600 collaborateurs reprochait selon ses propres termes des « problèmes de communication » parce qu’il faisait état dans son rapport de mars 2007 d’une importante souffrance au travail et qu’il recommandait des mesures pour réduire le stress subi par le personnel, est en effet édifiante.

Lorsqu’on sait que les cotisations versées aux services interentreprises de la santé au travail (SST) représentent annuellement la coquette somme de 1 milliards d’euros, on conçoit aisément, dans la mesure également où la gestion et l’organisation des SST sont entre les mains des employeurs, que l’inspection du travail soit dans l’impossibilité de s’opposer à la volonté d’une entreprise de la taille d’IBM.

Le Vice-président de l’Association Médecine et Santé au Travail, le Dr Dominique Huez, a beau jeu de dénoncer les difficultés que rencontre la médecine du travail dans la prévention des risques psychosociaux.

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D’autant qu’il semble, selon les dires des syndicats, que les pressions s’exerçant sur la médecine du travail sont nombreuses. Et de poser la question : les médecins du travail seraient-ils des gêneurs et des empêcheurs de travailler en rond ?

Les syndicats affirment même selon Novethic dans sa lettre du 08 janvier 2008  que les demandes de mutations sont monnaie courante.

La question de la réforme de la santé au travail engagée depuis près de quinze ans, et celle de l’indépendance de la médecine du travail, se posent plus que jamais.

Alors que se profile le départ à la retraite de 1700 médecins du travail, d’ici 2012, et que, dans le même temps,  370 nouveaux médecins du travail seulement auront été formés.

A cette allure, il est à craindre que la pénurie guette l’institution. La médecine du travail, profession fragilisée? Beaucoup le pensent.