LA LONGUE MARCHE DE LA DIVERSITÉ
Mardi 12 fĂ©vrier 2008AnnoncĂ© sinon promis dès l’automne 2005 par l’ancien Ministre dĂ©lĂ©guĂ© Ă la promotion de l’Ă©galitĂ© des chances Azouz Begag, qui avait fait de la diversitĂ© dans l’emploi une prioritĂ© sur l’ensemble du territoire, notamment auprès des PME, le Label DiversitĂ© va bientĂ´t – enfin ! ne manquerons pas de s’exclamer certains – arriver dans les bacs.
Selon le Journal Les Echos du 8 fĂ©vrier 2008 les travaux toucheraient Ă leur fin et les premiers labels seraient attribuĂ©s en juin, « afin de coĂŻncider avec le dĂ©but de la prĂ©sidence française de l’Union EuropĂ©enne. »
On se souvient que L’ANDCP, la principale association française de DRH, devenue depuis l’ANDRH (Association Nationale des ressources humaines), alors sollicitĂ©e par Azouz Begag, avait remis au Ministre le 25 novembre de la mĂŞme annĂ©e, ses propositions sur la faisabilitĂ© d’un tel projet.

On se souvient également de l’embrasement des banlieues en octobre et novembre 2005, suivi des embrasements médiatique et politique, qui avaient été l’occasion de mettre en accusation, outre les pouvoirs publics, les entreprises pour n’avoir pas accordé une place suffisante aux jeunes issus des quartiers dits difficiles.
Dans le magazine d’information L’EXPRESS du 01.12.05, on pouvait lire que « L’ANDCP suggère aussi de faire de la diversitĂ© un sujet obligĂ© des nĂ©gociations sociales annuelles et du bilan social. «Il faut aller vite, estime Pascal Bernard (DRH d’Eau de Paris). On ne peut pas se contenter de renforcer les zones franches; il faut inciter concrètement les entreprises Ă intĂ©grer les personnes exclues.»
On lisait Ă©galement dans le mĂŞme article : « De son cĂ´tĂ©, le Centre des jeunes dirigeants, qui soutient lui aussi l’idĂ©e du label, propose de rendre obligatoire la prise en compte de critères sociaux dans l’attribution des marchĂ©s publics. Et appelle Ă la tenue d’assises exceptionnelles sur la diversitĂ©. Quant au Medef, il a promis d’ouvrir avant NoĂ«l, avec les syndicats, une nĂ©gociation sur ce mĂŞme thème. La mobilisation est en marche… »
Que s’est-il donc passé pour que la « mobilisation » traîne ainsi des pieds ?
Force est de constater que la Charte de la DiversitĂ© lancĂ©e, elle, en octobre 2004 par Claude BĂ©bĂ©ar et l’Institut Montaigne a, semble-t-il, depuis, fait son petit bonhomme de chemin puisque, au 1er mars 2007, on comptait 1500 entreprises signataires, lesquelles s’engagent Ă promouvoir la diversitĂ©, notamment culturelle et ethnique, en leur sein, et aux diffĂ©rents niveaux de qualification.

Le Label DiversitĂ© vise Ă transformer l’essai, car il s’agit de faire en sorte que la Charte de la DiversitĂ© ne se fossilise pas et ne devienne qu’un simple diplĂ´me, en quelque sorte, certes gratifiant en termes d’image et de notorĂ©tĂ©, mais dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© sociale comme de ses Ă©volutions et de ses mutations, et qu’on accroche fièrement au mur aux fins d’ĂŞtre contemplĂ© par la famille, les amis, et les voisins.
Il s’agit maintenant d’aller plus loin, et d’adapter tous les process RH, depuis le recrutement jusqu’aux rĂ©munĂ©rations, en passant par l’évaluation annuelle de l’encadrement, l’évolution professionnelle et la promotion, les relations sociales, et la formation professionnelle.
L’ancrage de la diversité dans la vie quotidienne des entreprises est en effet à ce prix
Il s’agit aussi et surtout de passer aux actes, c’est Ă dire notamment dĂ©finir des objectifs prĂ©cis et mesurables.
Et, il n’est pas inutile de savoir que, sur ce terrain, certains de nos voisins européens nous nous devancés. C’est ainsi qu’en Belgique, les ministres fédéraux de l’Egalité des chances et de l’Emploi ont attribué dès mars 2007 les premiers Labels Egalité Diversité aux entreprises et organisations ayant respectées les exigences préalablement établies, soit :
Respecter la loi en matière d’Egalité des chances et de non discrimination ; développer et mettre en place une politique de diversité ; avoir suivi un processus d’analyse, de planification, d’implémentation et d’évaluation de sa politique de diversité avec la participation des travailleurs ; être dans le processus d’amélioration continue.
Dire que nous attendons avec impatience ce Label DiversitĂ© Ă la française est un euphĂ©misme.Â
Tant le chantier de la diversitĂ© en France est en friche et tant les discriminations sont, pour reprendre une expression de Jean-François Amadieu Directeur de l’Observatoire des Discriminations, «multiformes et cumulatives.»
Dans un entretien qu’il accordait Ă l’Observatoire du Communautarisme, ne dĂ©clarait-il pas : « (…) L’apparence physique est aussi source d’une exclusion croissante du marchĂ© du travail. Les obèses sont par exemple dans une situation très difficile. Les rĂ©flexes homophobes sont encore bien rĂ©els. Le lieu de rĂ©sidence ou l’origine sociale provoquent aussi des rĂ©actions nĂ©gatives chez nombre de recruteurs. Les femmes pour certains emplois sont Ă©galement victimes de discrimination (…).» ?
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