Archive pour avril 2008

LA MONDIALISATION DES DROITS DE L’HOMME

Jeudi 24 avril 2008

Les Droits de L’Homme se sont invités aux prochains Jeux Olympiques qui doivent se dérouler à Peking.

Faut-il s’en rĂ©jouir ou le regretter ? En tout cas, force est de constater que les Jeux Olympiques ne sont plus ce qu’ils Ă©taient, c’est-Ă -dire une fĂŞte planĂ©taire, la cĂ©lĂ©bration de la performance des athlètes -  Ah! les dieux du stade ! -,  mais aussi et surtout une immense entreprise commerciale grâce aux droits tĂ©lĂ©visuels qu’ils gĂ©nèrent et aux partenaires et autre sponsors. Mais est-ce bien nouveau et surprenant ?

Faisons un peu d’histoire, retour sur image …

La politique s’est depuis fort longtemps emparĂ©e du symbole olympique. D’abord opposĂ© Ă  la tenue des Jeux olympiques en Allemagne, Adolf Hitler n’a-t-il pas Ă©tĂ© le premier Ă  avoir compris tout le bĂ©nĂ©fice qu’il pouvait tirer de son organisation en termes de propagande et d’ instrumentalisation comme on dit aujourd’hui ?  C’est Ă©galement le fĂĽhrer qui eut en 1936,  pour la première fois, l’idĂ©e de faire circuler la flamme.

Rappelons qu’en 1956 les Jeux Olympiques furent boycottĂ©s par les Pays-Bas, l’Espagne et la Suisse afin de manifester leur dĂ©saccord avec la rĂ©pression soviĂ©tique en Hongrie ; qu’en 1968, 1972 et 1976, plusieurs pays africains les boycottèrent Ă  leur tour afin de protester contre l’apartheid en Afrique du Sud ;  et qu’en 1980 les États-Unis et 64 autres pays, la France ne s’étant pas joint Ă  eux,  boycottèrent les Jeux de Moscou pour protester contre l’intervention soviĂ©tique en Afghanistan.

Alors, pour ou contre le boycottage des J.O. de Peking ? Les Droits de L’Homme pourraient-ils vraiment gâcher la fête ? Pas sûr, mais la bataille fait rage.

Pour : sans hĂ©sitation aucune, Canal +. La chaĂ®ne cryptĂ©e a annoncĂ© qu’elle mobiliserait plus de 300 personnes et consacrerait plus de 800 heures d’antenne Ă  cet important Ă©vènement planĂ©taire.

Contre : les dizaines de milliers de gens qui,  partout dans le monde,  manifestent sur le parcours de la flamme olympique en hurlant « Tibet libre ! ».

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L’idĂ©e de boycottage fait par ailleurs des Ă©mules. Ainsi,  par exemple, les leaders autochtones canadiens ont dĂ©clarĂ© qu’ils envisageaient de perturber les Jeux de Vancouver en 2010 afin d’attirer l’attention sur la pauvretĂ© de leurs communautĂ©s et sur leurs revendications territoriales.

Quant aux Droits de L’Homme, si chers à nous français, surtout quand il s’agit de les défendre à l’étranger, sachons faire preuve de modestie et raison garder.

Car, contrairement à ce que prétend l’idéologie officielle ou la croyance populaire,  la France n’a nullement inventé les Droits de L’Homme. Voilà bien un mythe qui a la vie dure.

La vĂ©ritĂ© toute nue, la voici : En 1215,  en Angleterre, la Grande Charte (Magna Carta) première expression des Droits de L’Homme,  composĂ©e de 63 articles, limite l’arbitraire royal de Jean Sans Terre et garantit, entre autres, les droits fĂ©odaux et les libertĂ©s des villes.

Et c’est  le 12 juin 1776 qu’apparaît  la première déclaration des Droits de L’Homme (Bill of Rights) de l’époque moderne ; elle fut adoptée par la Convention de Virginie et reprise, d’une part par Thomas Jefferson pour la déclaration des Droits de L’homme inclue dans la Déclaration d’Indépendance des États-unis du 4 juillet 1776, et, d’autre part - nous y voilà enfin -  par l’Assemblée française pour la Déclaration française des Droits de L’Homme et du citoyen le 26 août 1789.

Qu’on se le dise, la médaille d’or des Droits de L’Homme revient par conséquent aux Anglais, et la médaille d’argent aux Américains. Seule la médaille de bronze nous échoit.  La France a tout de même réussi à monter sur les marches du podium. Ce n’est pas si mal après tout. L’important n’est-il pas de participer ?

Cette dĂ©claration des Droits de L’homme de l’Etat de Virginie a Ă©galement largement inspirĂ© la DĂ©claration universelle des Droits de L’Homme votĂ©e par l’ONU en 1948.

La mondialisation se caractĂ©rise par l’impact de l’intensification et la densification de la circulation des biens, des services et des personnes. Aurait-on par hasard oubliĂ© qu’elle se caractĂ©rise aussi par la circulation des idĂ©es ?

Il semble bien que l’irruption des Droits de L’Homme dans l’organisation des J.O.  de Peking vient nous le rappeler.

L’AIDE AU DÉVELOPPEMENT : OBJECTIFS 2015

Vendredi 11 avril 2008

Nous connaissons tous les enjeux du développement durable et de la responsabilité des entreprises. Mais que sait-on de l’aide au développement ?

Il y a une autre façon – certes plus provocante - de poser la question, en l’occurrence celle-ci : le concept d’éthique  s’arrête-t-il aux portes de notre bureau, de notre maison, voire de nos usines fussent-elles délocalisées ?

Qu’en est-il au juste de la durabilité humaine ?

Lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies de septembre 2000, les 190 Etats membres qui la constituent avaient adopté à l’unanimité huit objectifs à atteindre d’ici 2015. Ils s’étaient engagés à tout mettre en œuvre afin de les réaliser.

Intitulés « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD), ils visaient à combattre la faim et la pauvreté, à préserver l’environnement, à améliorer l’accès à l’éducation et à la santé, et à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes.

 « Nous ne mĂ©nagerons aucun effort pour dĂ©livrer nos semblables - hommes, femmes et enfants - de la misère, phĂ©nomène abject et dĂ©shumanisant qui touche actuellement plus d’un milliard de personnes. Nous sommes rĂ©solus Ă  faire du droit au dĂ©veloppement une rĂ©alitĂ© pour tous et Ă  mettre l’humanitĂ© entière Ă  l’abri du besoin.»

Les huit objectifs fixĂ©s Ă©taient les suivants : RĂ©duire l’extrĂŞme pauvretĂ© et la faim ; Assurer l’Ă©ducation primaire pour tous ; Promouvoir l’Ă©galitĂ© et l’autonomisation des femmes ; RĂ©duire la mortalitĂ© infantile ; AmĂ©liorer la santĂ© maternelle ; Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies ; Assurer un environnement durable ; Mettre en place un partenariat mondial pour le dĂ©veloppement.

Un ensemble de 18 cibles et de 48 indicateurs avaient en outre été identifiés, afin de mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de ces huit objectifs du millénaire.

Par exemple, s’agissant de l’égalitĂ© et l’autonomisation des femmes, la cible identifiĂ©e est l’élimination des disparitĂ©s entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire d’ici Ă  2005 si possible, et en tous les niveaux de l’enseignement en 2015 au plus tard. Quant aux indicateurs, ils sont au nombre de quatre : le rapport filles/garçons dans l’enseignement primaire, secondaire et supĂ©rieur ;  le taux d’alphabĂ©tisation des femmes de 15 Ă  24 ans par rapport Ă  celui des hommes ; le pourcentage de salariĂ©es dans le secteur non agricole qui sont des femmes ; et la proportion de sièges occupĂ©s par des femmes au parlement national.

Qu’en est-il en aujourd’hui de cette déclaration et de ces objectifs ? Et où en est-on à mi-parcours ?

Selon toute probabilité, et de l’aveu même du Secrétariat Général des Nations Unies, les objectifs fixés ne seront pas atteints.

Pis, on constate une accentuation des inégalités, et l’Institution mondiale d’inviter ses membres à faire le point sur l’état d’avancement de la réalisation de ces objectifs.

A moins que…

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« Il est encore possible de concrétiser les OMD en agissant maintenant.

« Ceci exigera la mise en place d’autorités saines et solides, une augmentation de la croissance économique en matière d’investissement public, une amélioration de la capacité de production et la création d’une structure du travail décente. » a déclaré  Ban Ki-moon, le Secrétaire Général des Nations Unies.

« Un regain d’engagement et de détermination est nécessaire pour réaliser les OMD. », a-t-il encore déclaré.

L’OCDE (Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques) a publiĂ©, en date du 4 avril 2008, les chiffres de l’aide internationale au dĂ©veloppement pour 2007, d’oĂą il ressort que les plus grands pays donateurs d’aide dont les Etats membres de l’Union EuropĂ©enne (UE), ainsi que les Etats-Unis, le Canada et le Japon n’ont pas respectĂ© leurs engagements financiers afin de lutter contre la pauvretĂ© et  la misère dans le monde.

Les Etats membres de l’UE s’étaient engagĂ©s, en 2005, Ă  allouer 0,7% de leur Produit national brut (PNB) pour dĂ©velopper l’aide au dĂ©veloppement d’ici 2015, mais en rĂ©alitĂ© sept pays europĂ©ens seulement ont honoré leurs engagements, la France comme d’autres pays ne s’est pas particulièrement distinguĂ©.

Or, 1,7 milliard d’euros ont manqué à l’appel en 2007, cette somme aurait pu financer la construction de 4500 écoles ou 1200 hôpitaux.

Rappelons que L’Europe est le plus grand donateur dans le monde.

La France, qui prendra la présidence de l’UE en juillet 2008, saura -t-elle donner et montrer l’exemple ? En a-t-elle les moyens ?

Et l’aide au dĂ©veloppement est-elle de la seule responsabilitĂ© des Etats?
 

MARKETING ÉTHIQUE ET DÉVELOPPPEMENT DURABLE

Vendredi 4 avril 2008

A l’heure où se déroule, en France, du 1er au 7 avril  2008, la Semaine du Développement durable dont les objectifs sont d’une part d’informer le grand public sur les composantes du développement durable en partant du postulat selon lequel il ne peut y avoir de développement économique sans progrès social et protection environnementale, et, d’autre part, de motiver et soutenir des changements de comportements en expliquant les bonnes pratiques quotidiennes à adopter en faveur du développement durable, il n’est pas inutile de s’attarder un instant sur les nouvelles pratiques issues du marketing éthique.

Une des fonctions stratégiques de l’entreprise, le marketing a en effet évolué de façon significative ces dernières années.

Sous la pression des parties dites prenantes notamment, c’est-Ă -dire les individus ou les  groupes ayant un intĂ©rĂŞt direct ou indirect dans la vie d’une entreprise ou d’une institution, tels que les actionnaires, les salariĂ©s, les clients, les fournisseurs, les pouvoirs publics, et la sociĂ©tĂ© civile dans son ensemble – soit les simples citoyens ou les associations indĂ©pendants de l’Etat parmi lesquels les organisations non gouvernementales (ONG), les collectivitĂ©s locales, et les riverains, dont le but est de transformer par des efforts communs les politiques, les normes ou les structures sociales, Ă  l’Ă©chelon national ou international -, le marketing a Ă©tĂ© dans l’obligation de modifier ses pratiques.

Le marketing éthique consiste pour une entreprise à se différencier et à mettre en évidence la pertinence de son offre aux yeux du consommateur, la marque ou le produit devenant un élément et un outil de différenciation, et donc a considérer l’éthique comme l’élément structurant de cette différenciation.

Mais le marketing éthique n’a pas forcément bonne presse, il a ses partisans et ses détracteurs.

Les premiers considĂ©rant qu’il permet Ă  l’entreprise de vĂ©hiculer ses valeurs en direction du marchĂ©; tandis que les seconds soupçonne l’entreprise de feindre de s’intĂ©resser au dĂ©veloppement durable.

Si le marketing est une technique visant à influencer, séduire, et fidéliser le consommateur, le marketing éthique qui apparaît dans un contexte socio-économique où la sensibilité liée aux enjeux du développement durable s’est considérablement développée, et où l’entreprise souhaite s’engager dans le champ de la responsabilité sociale, se signale par son souci - son habilité ne manqueront pas de dire ses détracteurs - de façonner une nouvelle image de celle-ci.

AccusĂ© d’être ambiguĂ« tant dans ses pratiques que dans ses intentions, voire d’utiliser parfois des procĂ©dĂ©s qui se situent Ă  la limite de la manipulation, le marketing Ă©thique focalise par consĂ©quent son champ d’activitĂ© et de recherche sur la rĂ©putation de l’entreprise et sur son image.

Or, dans un environnement de plus en plus globalisé et hautement compétitif d’une part, dans lequel les questionnements relatifs au développement durable se posent avec de plus en plus d’acuité d’autre part, il est évident que la réputation et l’image d’une entreprise représentent plus que jamais des enjeux déterminants.

Parmi les questions que les parties prenantes, et en particulier les consommateurs, sont en droit de se poser il y a celles-ci :

Le positionnement des entreprises dans le champ de la responsabilité sociale est-il sincère ? Est-il un outil parmi d’autres au service des techniques du marketing ? Ou encore est-il simplement destiné à les rassurer ?

Personne ne songe, bien sĂ»r, et en aucune manière, Ă  dĂ©nier aux entreprises le droit de s’adapter Ă  leur environnement - il y va de leur survie Ă©conomique - il est lĂ©gitime en revanche pour les parties prenantes de s’interroger sur leurs intentions rĂ©elles ou cachĂ©es, c’est-Ă -dire sur la lĂ©gitimitĂ© de leur discours et de leur communication, au regard de la responsabilitĂ© sociale.  La vigilance reste en toute circonstance de mise.

D’un autre cĂ´tĂ©, les entreprises ne peuvent pas prendre le risque d’axer leur communication sur le dĂ©veloppement durable et la responsabilitĂ© sociale et d’engager leur image sur leurs enjeux, si leurs pratiques ne sont pas en adĂ©quation avec les valeurs afichĂ©es.

Les exemples sont nombreux notamment aux Etats-Unis, en France, et partout ailleurs, d’entreprises ayant Ă©tĂ© obligĂ©es de faire marche arrière, de modifier leurs pratiques et leur comportement, sous la pression des parties prenantes.

Car les parties prenantes ne sont pas, ne sont plus, dupes.