Archive pour décembre 2008

TUEURS EN SÉRIE

Mardi 16 décembre 2008

Et voici Madoff, l’un des derniers avatars connu, sorte de personnage protéïforme et sanguinaire, d’un jeu qui se pratique sur l’Ă©chiquier international, appelĂ© MarchĂ©s, et  à cotĂ© duquel les monstres qui peuplent World of Warcraft ressemblent Ă  des enfants de choeur.

Ce qui est tout de mĂŞme remarquable chez certains traders et autre requins de la finance internationale, c’est leur audace, leur ingĂ©niositĂ©, leur absence de scrupules, leur duplicitĂ©. Ils voient grand, leurs fantasmes ne connaissent aucune limite, et leur cupiditĂ© relève de la recherche du plaisir. Ils sont insatiables, ils en veulent toujours plus. ils ne regardent jamais derrière eux, ils n’ont aucun remord. Ils sont dĂ©pourvus de conscience.

Ils nous font penser, à bien des égards, du point de vue de leur formidable intelligence criminelle, à ces tueurs en série.

Stéphane Bourgoin est le spécialiste français des tueurs en série, il est notamment analyste au Centre International de Sciences Criminelles et Pénales.

Il a rencontré de nombreux tueurs en série, particulièrement aux Etats-Unis, il a étudié leur comportement, ainsi que leur façon de penser, afin de les comprendre et, aussi et surtout, d’apprendre à mieux les combattre.

StĂ©phane Bourgoin  est Ă©galement l’auteur de très nombreux ouvrages sur les tueurs en sĂ©rie.

Dans une interview au Zapping du PAF, il déclare notamment ceci :

« Il me semblait donc intéressant de mieux comprendre la psychologie particulière des tueurs en série car dans un crime « ordinaire » le mobile est connu car il s’inscrit au sein de la tribu familiale, mais dans le cas des tueurs en série, l’assassin et sa victime ne se connaissent pas et il faut donc chercher le mobile dans les fantasmes du tueur et donc aller dans sa tête. Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas toujours un crime gratuit car il y a la notion de plaisir de tuer chez le serial killer et ce désir n’est pas toujours sexuel. »

Interrogé sur la manière de conduire un entretien avec un tueur en série il dit :

« Le contact est libre car il faut créer un lien avec l’individu en face de vous qui est un psychopathe, un manipulateur, un menteur avéré. Car si vous ne créez pas un lien avec lui, vous portez un jugement sur les faits qu’il a commis et il va se refermer comme une huître. Il faut donc avoir cette capacité d’écoute, il ne faut pas se laisser manipuler et il faut à votre tour lors des interrogatoires  le manipuler également. (…)

Et ceci encore : (…) Quand on est face à eux, on est tellement concentré dans notre travail en épiant leurs gestes, réfléchir à la prochaine question, que vous n’avez pas le temps de vous impliquer personnellement et de penser à l’horreur de ce qu’ils vous racontent. C’est par la suite en visionnant les entretiens que ça devient difficile à gérer. »

Saisissant de ressemblance, n’est-ce pas ?

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Regardez Bernard Madoff. Cet ancien président du Nasdaq était considéré comme un « gourou » de Wall Street, un « génie »  de la finance;

Il était l’ami de très  riches investisseurs, parmi lesquels on compte des particuliers, mais aussi des fonds d’investissement et de grandes institutions financières internationales;

Il mettait en avant sur son site Internet, selon le Journal le Monde, ses valeurs, en l’occurrence  “son attachement Ă  des principes d’Ă©changes Ă©quitables et de haute Ă©thique ».

Avant que le scandale n’éclate, il avait paraît-il commis de nombreux forfaits. Ah, bon ?

Dans le Washington Post, on apprend ainsi  qu’une certaine Deborah Colin lui avait confié 8 millions de dollars. Objectif : créer une fondation. Cette dernière n’a jamais existé !

Bernard Madoff avait à son actif plusieurs centaines de victimes, euh … de clients. Ceux-ci lui avaient confié des dizaines de milliards de dollars. La banque suisse Benedict Hentsch  par exemple était exposée à hauteur de 47 millions de dollars.

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Le Wall Street Journal cite parmi ses nombreuses victimes, euh… clients : BNP Paribas, Nomura Holdings et la banque suisse Neue Privat.

On apprend aussi, seulement maintenant bien entendu, comme par hasard, et comme pour l’histoire du tueur Michel Fourniret, en France, que certaines personnes se méfiaient depuis longtemps … Ah, bon ?

N’allez surtout pas croire, pauvre de vous, que Madoff est un cas unique.

Ils sont des centaines de milliers de Madoff Ă©parpillĂ©s dans le monde, voire des millions, peut-ĂŞtre mĂŞme qu’ils sont aussi nombreux que les quelque 12 millions de membres de World of Warcraft. Ils sont douĂ©s d’une versatilitĂ© et d’une capacitĂ© d’adaptation rare; ils peuvent renifler l’odeur de l’argent Ă  des dizaines et des dizaines de milliers de kilomètres.

Et comme tout tueur en série qui se respecte, ils sont organisés, précautionneux, méticuleux, ils ne négligent aucun détail. Difficile par conséquent de les identifier.

Il y a un moyen infaillible, pourtant, de repérer ces monstres financiers.

Alors que les tueurs en sĂ©rie peuvent ĂŞtre confondus grâce Ă  leur empreinte gĂ©nĂ©tique, les traders en sĂ©rie et autre pirates de la finance, eux, laissent toujours une marque indĂ©libile après chacun de leur forfait : l’enrichissement personnel.

PROMESSES ET RÉALITÉS DES DROITS DE L’HOMME

Mercredi 10 décembre 2008

Il  y a 60 ans, les 58 Etats membres des Nations Unies qui constituaient alors l’Assemblée générale des Nations Unies adoptaient la Déclaration universelle des Droits de L’Homme (DUDH).

Rappelons ici pour la petite (!) histoire que l’URSS, les pays d’Europe Orientale, de l’Arabie saoudite et de l’Afrique du Sud, se sont abstenus. Gloire leur soit rendue !

Aujourd’hui, on compte 192 membres permanents des Nations Unies. C’est dire à quel point le monde a changé depuis cette journée historique du 10 décembre 1948 au cours duquel le texte a été adopté.

Mais a-t-il vraiment changé, et de quelle manière ? Vivons-nous dans un monde plus sûr, plus humain,  dans lequel les Droits élémentaires des personnes sont respectés ?

N’en croyez rien. Hélas !

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Amnesty International rappelle ainsi à nos bonnes consciences l’immense travail qui reste à accomplir afin que la promesse des Droits Humains Universels et Indivisibles devienne une réalité pour les 6 745 396 479 personnes exactement qui vivent dans le monde, chiffre affiché avec une impeccable précision ce mercredi 10 décembre 2008 à 6 h 09 minutes et 20 secondes, heure du pôle nord, sur le Site populationmondiale.com.

A propos de bonne conscience, on ne peut résister à l’envie de citer Tristan Bernard :

« Pour faire fortune, c’est très simple : il suffit d’acheter les consciences au prix où elles valent, et de les revendre au prix où elles s’estiment ».

Et Amnesty International de dresser, article par article des Droits de L’Homme, ils sont 30 au total, la liste effroyable des endroits dans le monde où les Droits de l’Homme sont quotidiennement  bafoués, et où des femmes et des hommes souffrent dans leur chair et leur dignité.

Où l’on apprend, notamment, qu’en Égypte, près de 250 femmes ont été tuées par leur mari ou par un autre membre de leur famille durant le premier semestre de 2007, et que deux femmes en moyenne ont été violées toutes les heures ;

Que 1 252 personnes ont été exécutées par l’État en 2007, dans 24 pays différents ; qu’on enregistre dans 81 pays des cas de torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

Que dans au moins 23 pays sont appliquées des lois discriminatoires à l’égard des femmes, au moins 15 des lois discriminatoires à l’égard des migrants et au moins 14 des lois discriminatoires à l’égard des minorités ;

Qu’on recense dans 54 pays des procès inéquitables ; qu’il existe des prisonniers d’opinion dans 45 pays ; que dans 77 pays la liberté d’expression et la liberté de la presse sont soumises à des restrictions.

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Par ailleurs, “Le Monde” datĂ© du 9.12.08 ravive notre mĂ©moire en nous rappelant que la cĂ©lĂ©bration du 60ème anniversaire de la DĂ©claration Universelle des Droits de L’Homme du 10 dĂ©cembre 1948, ne doit pas nous faire oublier qu’un autre texte de première importance Ă©tait Ă©galement adoptĂ© par cette mĂŞme AssemblĂ©e : celui dĂ©finissant le crime de « gĂ©nocide », Ă  l’initiative de RaphaĂ«l Lemkin, juriste amĂ©ricain d’origine polonaise.

Pour clore ce billet sur une note d’humour, d’espoir, mais aussi et surtout de criante vĂ©ritĂ©, citons de nouveau le bon Tristan Bernard qui savait de quoi il parlait lorsqu’il coucha cette phrase :

« Nos besoins de haine sont satisfaits, mais nos besoins d’amour restent inoccupĂ©s ».