La récente publication du « Rapport Mondial sur le Développement humain 2009 » intitulé « Lever les barrières : Mobilité et développement humains » est intéressante à plus d’un titre, dans la mesure notamment où elle vient bousculer nos représentations sur les migrations internationales.
Alors que la crise économique cristallise, plus que de coutume, les peurs ancestrales et les comportements xénophobes, elle vient nous rappeler que la mobilité est un moteur du développement humain.
Selon le rapport, le dĂ©veloppement humain dans son ensemble aurait beaucoup Ă gagner si les pays dĂ©veloppĂ©s, pour ne mentionner qu’eux, prenaient la dĂ©cision de lever les obstacles aux dĂ©placements migratoires et de mettre en place un service d’accueil et d’intĂ©gration des migrants digne de ce nom.
« Compte tenu de ses effets positifs potentiels sur le bien-être humain, faciliter la mobilité nationale et internationale devrait logiquement être au cœur des réflexions des responsables politiques et des chercheurs en développement. »
Le Rapport Mondial sur le Développement humain 2009 exprime son regret de constater que les études universitaires qui portent sur l’impact des flux migratoires sont quantités négligeables en comparaison de celles qui sont consacrées au commerce international.
Plus de 5 millions de personnes franchissent, chaque année, les frontières internationales pour aller vivre dans un pays développé.

La démarche même de ce Rapport 2009 est innovante, car axée sur le concept de développement humain considéré du point de vue de la liberté des personnes à vivre leur vie comme elles l’entendent.
Ce concept est directement inspirĂ© des travaux de l’économiste indien Amartya Sen, Prix Nobel en 2008, rĂ©compensĂ© pour ses recherches sur les famines contemporaines, les inĂ©galitĂ©s ou la possibilitĂ© des choix sociaux, et qui a inventĂ© en 1990 avec l’écrivain et le penseur Pakistanais Mahbub Ul Haq, dĂ©cĂ©dĂ© en 1998, « l’Indice de DĂ©veloppement Humain » (IDH) qui intègre, en plus du niveau de revenu par habitant, les questions de santĂ© et d’Ă©ducation.
Professeur à Harvard School, Amartya Sen avait notamment déclaré dans une interview accordée le 08.06.09 au Journal Le Monde :
« Penser au bonheur des gens, mais aussi à leur liberté, à leur capacité à vivre comme des êtres doués de raison, capables de prendre des décisions, cela revient à se demander comment la société doit être organisée. »
Grand ami de l’UNICEF, homme de convictions, Mahbub Ul Haq avait quant Ă lui combattu, sans relâche, ce qu’il considĂ©rait comme l’aberration de nombreux pays qui gaspillent leur revenu national pour se munir d’armements, alors que leurs ressources pourraient et devraient ĂŞtre employĂ©es Ă allĂ©ger les souffrances et les privations responsables, selon lui, des conflits et de la dĂ©sintĂ©gration sociale.
Ce concept de développement humain qui traverse de bout en bout la réflexion de ce Rapport 2009, est axé sur les capacités des personnes et leur liberté, ainsi que sur les opportunités qu’offre la mobilité internationale tant aux migrants qu’aux pays qui les accueillent. Il permet, en outre, de porter un regard nouveau sur des questions majeures, telles que l’égalité des sexes, la sécurité, ou les changements climatiques.
On se doit de tordre le cou aux idĂ©es reçues, aux contre-vĂ©ritĂ©s, c’est-Ă -dire en dĂ©finitive aux prĂ©jugĂ©s, tendant Ă faire croire, par exemple, que les migrants occupent des emplois vacants, qu’ils se substituent ainsi Ă la main-d’œuvre locale, ou qu’ils exercent sur les salaires une tendance Ă la baisse ; ou encore qu’ils coĂ»tent cher Ă l’économie des pays d’accueil.
De nombreuses études ont déjà démontré lé contraire. Or, le Rapport 2009 apporte sur ces questionnements – ces inquiétudes – un éclairage différent.
Le Rapport 2009 montre que, dans les pays d’origine, les migrants impactent favorablement sur l’augmentation des revenus, la stimulation de la consommation, l’amélioration de la santé et de la qualité de l’éducation ; et que, dans les pays de destination, ils stimulent l’économie.
La preuve est faite – une fois de plus – que la diversité culturelle et linguistique est corollaire de richesse et de performance.
Et il faut lire le Rapport Mondial sur le Développement humain 2009 pour mesurer toute l’étendue et le caractère innovant de ses analyses.