Archive pour octobre 2009

IDENTITÉ NATIONALE ET DIVERSITÉ

Mercredi 28 octobre 2009

Il est Ă  craindre que l’irruption soudaine du dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale ne vienne obscurcir encore davantage celui sur la diversitĂ©.

Alors que le rapport du Commissaire Ă  la DiversitĂ© et Ă  l’EgalitĂ© des chances, Yazid Sabeg, qui a Ă©tĂ© remis en mai 2009 au PrĂ©sident de la RĂ©publique, avait soulevĂ© la question des instruments de mesure de la diversitĂ©, c’est-Ă -dire en fin de compte des discriminations.

Les discriminations existent bel et bien au sein de la société française, toutes les études et enquêtes le montrent,  et elles doivent être combattues. Pour ce faire, elles doivent être mesurées.

La question de déterminer quels seraient les instruments de mesure de la diversité les mieux appropriés - référentiel ethno racial, origine géographique ou appartenance ressentie ? – étant déjà fort délicate, fallait-il de surcroît introduire une nouvelle inconnue au problème, en l’occurrence celle de l’identité nationale ?

Et poser la question de l’identité nationale ne revient-il pas à poser, quoiqu’on pense, celle de la race ?

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Or, la communauté scientifique dans son ensemble s’accorde à reconnaître que la notion de race ne peut pas être définie de manière rigoureuse.

A entendre les généticiens, en particulier,  il y aurait parfois autant, voire plus de différences, par exemple, entre deux personnes à la peau noire qu’entre une personne à la peau noire et une personne à la peau blanche.

Et alors, Ă©galement, que l’évaluation de la diversitĂ© française ne manquera sans doute pas d’impacter, d’une part l’idĂ©e que chacun d’entre nous se fera de la RĂ©publique,  et, d’autre part – prĂ©cisĂ©ment –  notre perception collective de l’identitĂ© nationale, c’est-Ă -dire en dĂ©finitive du lien social.

LES SENIORS, LES SENIORS! ET LES JEUNES ALORS?

Samedi 24 octobre 2009

Branle-bas de combat !

Les entreprises, qui n’auront pas pris de mesures en faveur des salariĂ©s âgĂ©s au 1er janvier 2010, seront sanctionnĂ©es par la Loi.

Dès le 1er janvier 2010, par consĂ©quent,  les entreprises françaises devront justifier d’un plan d’action ou d’un accord relatif Ă  l’emploi des salariĂ©s âgĂ©s.

Deux études, la première de la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Paris (CCIP), et la seconde du cabinet Mercuri Urval, montrent chacune à leur façon que les entreprises françaises sont insuffisamment préparées.

Selon les résultats de l’enquête menée par la CCIP qui a interrogé les entreprises franciliennes, 56% d’entre-elles, toutes entreprises confondues, se déclarent favorables à cette nouvelle réglementation.

Parmi les entreprises de plus de 300 salariés, elles sont 72% à se déclarer favorables à la nouvelle Loi. Sans doute, pensent les analystes, parce que ces dernières sont plus nombreuses à disposer d’outils RH spécifiques au Management des seniors.

Soit dit en passant, ne peut-on pas affirmer la même chose s’agissant des  personnes handicapées, et de la diversité en général ?

Selon l’étude menée par Mercuri Urval, auprès de 95 entreprises, 33% d’entre-elles ont déclaré ne pas avoir de priorités en matière d’emploi des seniors ou n’ont pas répondu au questionnaire.

Le moins étonnant dans cette étude n’est pas qu’une entreprise sur 10 estime ne pas détenir les informations suffisantes sur le décret du 20 mai 2009. Ah bon !

On note, par ailleurs, selon cette étude, que 25% perçoivent la Loi comme une obligation difficile à mettre en place.

Or, si la situation des seniors en France est certes préoccupante, il faut tout de même raison garder.

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Car, le chômage frappe d’abord les jeunes, et il les frappe d’autant plus durement en temps de crise.

Selon l’Observatoire des Inégalités, le nombre de chômeurs a progressé entre juin 2008 et juin 2009, de 18,7 % en moyenne, soit 571 900 chômeurs.

Entre juin 2008 et juin 2009, la hausse était de 42 % chez les jeunes hommes, victimes notamment de l’interruption de nombreux contrats d’intérim.

« Ce sont les jeunes hommes de moins de 25 ans qui sont tout particulièrement touchés avec une hausse de 42 %, soit plus du double de la moyenne de l’ensemble. Chez les jeunes femmes, l’augmentation est moins forte (+ 18 %) mais représente le double de celle de leurs aînées (25 ans et plus). » (Observatoire des Inégalités, 26 septembre 2009).

« En raison de leur inexpérience, mais aussi de leur arrivée dans une période plus difficile où chacun s’accroche à son emploi. Même avec des salaires inférieurs, l’entrée dans le monde du travail reste un parcours d’obstacles, souvent fait de stages nombreux et de périodes de précarité (intérim, CDD, etc.). Les jeunes hommes sont plus touchés (24,7 %) que les jeunes filles (22,8 %). » (Observatoire des Inégalités, 3 octobre 2009).

A quand une Loi sur l’Emploi des Jeunes ?

DIVERSITÉ et RICHESSE DES NATIONS

Lundi 12 octobre 2009

La récente publication du « Rapport Mondial sur le Développement humain 2009 » intitulé « Lever les barrières : Mobilité et développement humains » est intéressante à plus d’un titre, dans la mesure notamment où elle vient bousculer nos représentations sur les migrations internationales.

Alors que la crise économique cristallise, plus que de coutume, les peurs ancestrales et les comportements xénophobes, elle vient nous rappeler que la mobilité est un moteur du développement humain.

Selon le rapport, le dĂ©veloppement humain dans son ensemble aurait beaucoup Ă  gagner si les pays dĂ©veloppĂ©s, pour ne mentionner qu’eux, prenaient la dĂ©cision de lever les obstacles aux dĂ©placements migratoires et de mettre en place un service d’accueil et d’intĂ©gration des migrants digne de ce nom.

«  Compte tenu de ses effets positifs potentiels sur le bien-être humain, faciliter la mobilité nationale et internationale devrait logiquement être au cœur des réflexions des responsables politiques et des chercheurs en développement. »

Le Rapport Mondial sur le Développement humain 2009 exprime son regret de constater que les études universitaires qui portent sur l’impact des flux migratoires sont quantités négligeables en comparaison de celles qui sont consacrées au commerce international.

Plus de 5 millions de personnes franchissent, chaque année, les frontières internationales pour aller vivre dans un pays développé.

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La démarche même de ce Rapport 2009 est innovante, car axée sur le concept de développement humain considéré du point de vue de la liberté des personnes à vivre leur vie comme elles l’entendent.

Ce concept est directement inspirĂ© des travaux de l’économiste indien Amartya Sen, Prix Nobel en 2008, rĂ©compensĂ© pour ses recherches sur les famines contemporaines, les inĂ©galitĂ©s ou la possibilitĂ© des choix sociaux, et qui a inventĂ© en 1990 avec l’écrivain et le penseur Pakistanais Mahbub Ul Haq, dĂ©cĂ©dĂ© en 1998, « l’Indice de DĂ©veloppement Humain » (IDH) qui intègre, en plus du niveau de revenu par habitant, les questions de santĂ© et d’Ă©ducation.

Professeur à Harvard School, Amartya Sen avait notamment déclaré dans une interview accordée le 08.06.09 au Journal Le Monde :

« Penser au bonheur des gens, mais aussi à leur liberté, à leur capacité à vivre comme des êtres doués de raison, capables de prendre des décisions, cela revient à se demander comment la société doit être organisée. »

Grand ami de l’UNICEF, homme de convictions, Mahbub Ul Haq avait quant Ă  lui combattu, sans relâche, ce qu’il considĂ©rait comme l’aberration de nombreux  pays qui gaspillent leur revenu national pour se munir d’armements, alors que leurs ressources pourraient et devraient ĂŞtre employĂ©es Ă  allĂ©ger les souffrances et les privations responsables, selon lui, des conflits et de la dĂ©sintĂ©gration sociale.

Ce concept de développement  humain  qui traverse de bout en bout la réflexion de ce Rapport 2009, est axé sur les capacités des personnes et leur liberté, ainsi que sur les opportunités qu’offre la mobilité internationale tant aux migrants qu’aux pays qui les accueillent. Il permet, en outre, de porter un regard nouveau sur des questions majeures, telles que l’égalité des sexes, la sécurité, ou les changements climatiques.

On se doit de tordre le cou aux idĂ©es reçues, aux contre-vĂ©ritĂ©s, c’est-Ă -dire en dĂ©finitive aux prĂ©jugĂ©s, tendant Ă  faire croire, par exemple, que les migrants occupent des emplois vacants, qu’ils se  substituent ainsi Ă  la main-d’œuvre locale, ou qu’ils exercent sur les salaires une tendance Ă  la baisse ; ou encore qu’ils coĂ»tent cher Ă  l’économie des pays d’accueil.

De nombreuses études ont déjà démontré lé contraire. Or, le Rapport 2009 apporte sur ces questionnements – ces inquiétudes – un éclairage différent.

Le Rapport 2009 montre que, dans les pays d’origine, les migrants impactent favorablement sur l’augmentation des revenus, la stimulation de la consommation, l’amélioration de la santé et de la qualité de l’éducation ; et que, dans les pays de destination, ils stimulent l’économie.

La preuve est faite – une fois de plus – que la diversité culturelle et linguistique est corollaire de richesse et de performance.

Et il faut lire le Rapport Mondial sur le Développement humain 2009 pour mesurer toute l’étendue et le caractère innovant de ses analyses.

LA DIVERSITÉ EN RÉPUBLIQUE

Jeudi 8 octobre 2009

On a appris que quatre membres du Gouvernement français ont fait mercredi 7 octobre le déplacement à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), afin d’inaugurer la « première classe préparatoire intégrée ».

Eric Woerth (Budget, des comptes publics, de la Fonction publique et de la réforme de l’État), Fadela Amara (Politique de la Ville), et Martin Hirsch (Solidarités Actives), sont donc venus « encourager », nous dit-on,  les 15 étudiants de cette première promotion.

Le Commissaire à la Diversité et à l’égalité des chances, Yazid Sabeg, était bien sûr de la partie.

On imagine d’ici la gêne, pour ne pas dire la pression, que ces jeunes et heureux élus et pionniers de la diversité à la française ont dû ressentir, devant l’honneur qui leur était fait.

L’Agence de presse AFP prĂ©cise, pour sa part, dans son communiquĂ© que « aucun n’a souhaitĂ© prĂ©cisĂ© quel Ă©tait son milieu social, la profession de ses parents, ou mĂŞme Ă©voquer cette “diversitĂ©” tant vantĂ©e par le gouvernement. »

Sur le portail du Ministère des comptes publics, de la Fonction publique et de la réforme de l’État, on peut lire que « les élèves ont été sélectionnés par un jury sur 150 candidatures sur la base de critères sociaux, de leur niveau d’études, de leur personnalité et de leur motivation. Après une première sélection sur dossier, les candidats ont été choisis à l’issue d’un entretien d’admission. »

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Sur le dossier de presse, on apprend que la liste des admis « comprend 11 femmes et 4 hommes dont 1 hongrois et 10 personnes qui sont d’origine étrangère. »

« Deux ultra-marins font partie des admis (Guadeloupe et Réunion) et 5 personnes sont en scolarité à l’IEP de Paris mais 2 seulement y ont réalisé l’intégralité de leur parcours, les 3 autres suivent une cinquième année de master (d’administration publique ou de relations internationales). »

On sait que la création de clases préparatoires intégrées (CPI) dans les principales écoles de la Fonction publique est une volonté du président de la République, afin de favoriser une plus grande diversité dans la Fonction publique.

On se souvient peut-être, que  Nicolas Sarkozy avait exprimé cette volonté – cette promesse - dans le discours qu’il avait tenu à l’École polytechnique le 17 décembre 2008, ainsi que dans sa déclaration au Parlement réuni en Congrès à Versailles le 22 juin 2009.

Promesse tenue !

La crĂ©ation de classes prĂ©paratoires intĂ©grĂ©es concerne, outre l’ENA, les Instituts rĂ©gionaux d’administration (IRA), c’est-Ă -dire les Ă©coles de la Justice, de la Police, de Bercy (Douanes, ImpĂ´ts, TrĂ©sor, Concurrence, et RĂ©pression des fraudes), ainsi que les Ă©coles de formation des Inspecteurs du Travail ou des directeurs d’hĂ´pitaux.

Après la Charte de la Diversité, puis le Label Diversité visant à lutter contre les discriminations dans les entreprises, dont le décret a été publié le 17 décembre 2008, cette nouvelle initiative en faveur de la diversité est à saluer comme il se doit.

Cette nouvelle avancée de la diversité en France est, à nos yeux, capitale.