Archive pour novembre 2009

La RSE et l’ISR Ă  l’École de la DiversitĂ©

Dimanche 29 novembre 2009

Au fur et à mesure qu’elle s’installe partout, en majesté, dans les débats, quoique plus lentement dans les pratiques, la RSE ne cesse de se développer et de s’enrichir  de nouveaux concepts, démarches, et thématiques. C’est ainsi que la Diversité vient de faire une entrée triomphale sur la scène de la RSE.

L’annonce de la création du Label Diversum par l’agence de notation du même nom, filiale de Diversum, Association française indépendante, fondée en 2006, en vue de contribuer à la prise en compte des langues et des cultures dans les politiques de développement durable, fera sans nul doute date.

Selon l’agence de notation Diversum, il s’agit de garantir Ă  un Ă©pargnant qu’une partie de son portefeuille va servir au financement d’entreprises et de collectivitĂ©s favorisant la diversitĂ© des cultures, par le biais d’actions telles, par exemple, que la formation du personnel ou le mĂ©cĂ©nat.

PrĂ©cisons, que pour ĂŞtre Ă©ligible Ă  l’obtention de ce Label, les fonds doivent investir au moins 25 % de l’actif net dans des titres d’Ă©metteurs ayant un impact favorable sur l’environnement culturel.

Sept critères d’évaluation ont ainsi été définis par Diversum, concernant la communication, la publicité, les ressources humaines ou la gouvernance.

Lors de la remise des Labels, le 12 novembre 2009, au Palais du Luxembourg, Ă  Paris, on a pu entendre ces mots : « La culture prise dans sa diversitĂ©, c’est-Ă -dire l’environnement culturel de l’homme, est reconnue depuis 2005 par les Nations Unies comme un pilier du dĂ©veloppement durable, au mĂŞme titre que les questions Ă©cologiques, sociales et de gouvernance ».

Voici donc, qu’avec les trois piliers inébranlables que représentent l’Environnement, la Responsabilité Sociale, et la Gouvernance,  s’impose maintenant la prise en compte de la diversité culturelle dans les problématiques du développement durable.

Mieux encore, car  selon MĂ©dia Terre qui a saluĂ© l’évĂ©nement : «  La dimension culturelle s’affirmant Ă  la fois comme un pilier autonome et comme un sujet transversal, aucun des trois autres piliers ne pouvant s’affranchir de la composante culturelle, il devenait urgent que la communautĂ© financière intègre ce nouvel enjeu en utilisant les leviers de l’investissement responsable ».

A l’instar de l’empreinte carbone, « l’empreinte culturelle » comme la nomme joliment l’Association, pourrait rapidement devenir quasi incontournable.

On revient de loin, car la prise en compte de la diversité culturelle est un combat de longue date.

Rappelons notamment ici La DĂ©claration de Fribourg sur les Droits Culturels, « ces parents pauvres des Droits de L’Homme »,  de l’institut interdisciplinaire d’éthique et des Droits de L’Homme de Fribourg, en Allemagne, autrement nommĂ© le «Groupe de Fribourg» qui, associant entre autres les contributions de philosophes et de juristes, a lancĂ© voilĂ  plus de 20 ans, Ă  travers une sĂ©rie de colloques, une rĂ©flexion puissante, gĂ©nĂ©reuse, et originale sur la nature des Droits de L’Homme, la relation Ă  l’Autre, ainsi que la place de la personne dans la communautĂ©.

Rappelons Ă©galement la DĂ©claration universelle de l’Unesco sur la DiversitĂ© Culturelle, adoptĂ©e par la 31e Session de la ConfĂ©rence GĂ©nĂ©rale de l’Unesco, le 2 novembre 2002, Ă  Paris. Cette dĂ©claration Ă©tant un instrument normatif reconnaissant, pour la première fois, la diversitĂ© culturelle comme « hĂ©ritage commun de l’humanitĂ© » et considĂ©rant sa « sauvegarde » comme Ă©tant un «impĂ©ratif concret et Ă©thique» insĂ©parable du respect de la dignitĂ© humaine.

Rappelons, enfin, qu’à l’initiative de la France et des pays francophones, on commence à réfléchir à l’évaluation des pratiques des entreprises relatives au respect de la diversité culturelle et linguistique. La France et les pays francophones militent pour que ce critère soit intégré à leur politique RSE.

Les entreprises du CAC 40 pratiquent généralement deux langues, le français et l’anglais ; 11,6% d’entre elles en pratiquent trois ou quatre.

Six entreprises du CAC 40 évoluent dans ce qu’il est convenu d’appeler un « environnement multiculturel » ; cela signifie notamment que ces entreprises publient des contenus stratégiques en plusieurs langues.

Mais c’est une entreprise suisse, en l’occurrence Swatch Group, qui s’est vue décerner  en 2008 le Cybertrophée de Linguo-responsable pour son site entièrement accessible en quatre langues.

Alors que l’on constate que de nombreuses entreprises, confrontées à la diversité culturelle, choisissent la solution de facilité consistant à privilégier la langue anglaise comme étant le plus petit dénominateur commun, au risque de générer un sentiment de discrimination, voire une réelle perte de créativité en termes concurrentiels.

Notons, entre parenthèses, pour faire écho à un débat franco-français d’aujourd’hui, qu’en préambule de la Déclaration Universelle sur la Diversité Culturelle de l’Unesco, on peut notamment lire ceci:

« Constatant que la culture se trouve au coeur des débats contemporains sur l’identité, la cohésion sociale et le développement d’une économie fondée sur le savoir » …

ETAT DES LIEUX DE LA RSE EN FRANCE

Jeudi 12 novembre 2009

Dans un rapport, intitulé « La responsabilité sociale des entreprises : l’engagement de la France », publié le 24 avril 2009 par le Ministère des Affaires Étrangères, alors que notre pays présidait l’Union Européenne, on pouvait, en préambule, lire ceci :

« La responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) est devenue un thème essentiel dans les réflexions sur la régulation de la mondialisation et a donné lieu à de multiples initiatives récentes. La crise économique actuelle renforce d’autant plus ce débat.   L’engagement de la France dans la RSE se caractérise à la fois par sa pleine participation à de nombreuses négociations internationales, par une intervention de l’Etat au plan législatif et en tant qu’initiateur d’une dynamique pluri-acteurs, ainsi que par le foisonnement des initiatives prises par les acteurs économiques et sociaux. »

Et dans le premier chapitre intitulé « Qu’est-ce que la RSE pour la France? », on pouvait également lire ceci :

« État membre de nombreuses organisations internationales, la France a participé à l’élaboration de définitions dans lesquelles elle se reconnaît. C’est aussi pour elle un concept stratégique. »

Plus loin, voilà ce qui est écrit :

« La France ne joue pas seulement un rôle actif au plan diplomatique. Des initiatives nationales multiples ont affirmé une identité particulière dessinant une capacité conceptuelle reconnue. Elle s’est affirmée innovatrice au plan législatif avec notamment la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE, 2001). Elle l’est aussi dans la promotion de l’investissement responsable selon des dispositifs variés, et l’amélioration de la transparence grâce à une politique de labels. Enfin, les initiatives des acteurs privés manifestent l’engagement de la société française dans la RSE. »

Voilà pour les déclarations d’intentions de la France. Bonne note est prise.

Mais qu’en est-il vraiment de la RSE dans les entreprises françaises? Qu’en est-il  de leur engagement, c’est-Ă -dire de leurs actions sur le terrain ?

Comment rendre compte de la réalité complexe de la RSE dans les entreprises françaises ? Comment faire la part des choses entre déclarations et pratiques ? Comment se retrouver dans le dédale des principes, référentiels ou normes, lois, recommandations, émanant de différentes institutions publiques ou privées, quelles soient françaises ou internationales ?

C’est à ces questions, et à bien d’autres, que tente de répondre l’excellent Hors Série n°41, Novembre 2009, publié par Alternatives Économiques, intitulé « La Responsabilité Sociale des Entreprises Françaises ».

D’entrée de jeu, à la lecture de l’éditorial qui titre « le chemin est encore long … », on comprend que l’affaire est sérieuse, sinon grave, et que l’analyse et l’investigation de ce Hors Série – à lire absolument - se veulent sans concessions.

Qu’il s’agisse des rapports sociaux et environnementaux des entreprises du CAC 40  - ah, les fameux rapports développement durable ! - considérés par ces dernières d’abord et avant tout comme des outils de communication, et dans lesquels elles veillent coquettement à présenter leur meilleur profil, quitte à faire quelques judicieuses impasses et distorsions sur certaines formes de leurs activités ;

Qu’il s’agisse aussi des paradis fiscaux : « les entreprises françaises du CAC 40, quelles soient bancaires ou industrielles, sont très présentes dans les territoires offshore, principalement au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Suisse. » ;

Qu’il s’agisse encore des dérives et autres dérapages de la publicité dite « écologique » visant à induire en erreur le consommateur ;

Ou de la fiscalitĂ© : « seules quatre entreprises du CAC 40 ont payĂ© un impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s qui corresponde aux taux officiel en France », avec la palme d’or dĂ©cernĂ©e Ă  l’unanimitĂ© du jury Ă  Unibail-Rodamco, la sociĂ©tĂ© immobilière, « qui a rĂ©ussi l’exploit de ne consacrer que 1% des bĂ©nĂ©fices cumulĂ©s sur 2006-2008 Ă  l’impĂ´t »!

Rien, absolument rien, ne nous est épargné des vices et turpitudes de la RSE.

Heureusement, les ONG veillent au grain, les consommateurs se mobilisent, ainsi que les investisseurs ; les salariés prennent lentement conscience que la RSE peut également être leur outil ; les jeunes développent un esprit de plus en plus critique ; les organisations syndicales réalisent que la RSE est un moyen unique leur permettant d’enrichir le dialogue social.

Les entreprises vont-elles sont la pression conjuguée des uns et des autres, devenir vraiment, enfin, responsables ?

Avec en filigrane, la question lancinante de savoir s’il faut continuer Ă  laisser les entreprises s’engager volontairement dans la dĂ©marche RSE, ou s’il faut les y contraindre et lĂ©gifĂ©rer.

DÉVELOPPEMENT DURABLE vs RSE

Mardi 3 novembre 2009

Selon un fort intéressant et instructif article signé Jean-Marc Le Gall, professeur associé au Celsa et conseil en stratégies sociales, publié par le quotidien La Tribune le 02/11/09, dans le Rapport Responsabilité Sociale publié en juin 2009 par le Groupe France Télécom-Orange, on pouvait notamment lire ceci :

“Le groupe s’engage Ă  agir en permanence comme un employeur responsable”.

Et le professeur Jean-Marc Le Gall de faire le commentaire suivant : « (…) confronté à la dramatique actualité sociale de cette entreprise, il est difficile de prendre cet engagement au sérieux. »

Ce n’est pas la première fois - et cela n’est, hĂ©las, pas non plus la dernière fois - que l’on observe un dĂ©calage entre les discours et les pratiques des entreprises.

Le Rapport Développement Durable est devenu, chacun peut le constater, quasi incontournable. Il est un levier stratégique de communication.

Plus qu’un effet de mode, ou qu’une danseuse, il paraît selon les analystes que les problématiques liées au développement Durable et la RSE sont régulièrement débattues au sein des Comités de Direction.

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Selon la récente étude publiée par l’Observatoire de la communication et du marketing responsables, et réalisée auprès de 129 entreprises parmi lesquelles 27% sont cotées, par Limelight consulting, 90% des entreprises affirment avoir une stratégie de développement durable contre 76% en 2008.

VoilĂ  qui est fort bien.

Pourtant, l’engagement Développement Durable ne saurait se limiter  aux seuls critères environnementaux.

Il se doit pour être complet, entendons satisfaisant, d’intégrer également, outre les critères sociétaux et financiers (investissement responsable), les critères liés à la responsabilité sociale des entreprises (RSE).

Or, selon l’étude de Limelight Consulting, si 77% des entreprises consultées déclarent s’être engagées sur les aspects environnementaux, elles sont par contre moins de 40%  à l’avoir fait sur les aspects sociaux.

Notons, entre parenthèses, que le Grenelle 2 prévoit l’obligation  pour les entreprises de plus de 500 salariés de publier un bilan social et environnemental.

Dans son article, Jean-Marc Le Gall rappelle, à bon escient, que le PDG de Danone, Frank Riboud, a décidé quant à lui que le bonus des dirigeants de son entreprise devait porter à part égale sur la Responsabilité Sociale et sur les résultats économiques. Fifty-fifty.

Qui dit mieux ?