Archive pour décembre 2009

Copenhague et la Norme RSE ISO 26000 : Entre Espoir et Déception

Samedi 26 décembre 2009

La publication de la premiĂšre norme ISO 26000 sur la ResponsabilitĂ© Sociale est prĂ©vue pour septembre 2010. Va-t-elle subir le mĂȘme sort que l’accord sur le climat et les gaz Ă  effet de serre rĂ©cemment, et hĂątivement, bouclĂ© – vous avez dit bĂąclĂ© ? -  Ă  Copenhague ?

A entendre certains observateurs, toutefois, la confĂ©rence de Copenhague ne fut, en dĂ©finitive, ni une rĂ©ussite ni un Ă©chec. Cette prestigieuse et largement mĂ©diatisĂ©e rĂ©union des dirigeants de la planĂšte n’aura pourtant accouchĂ© que d’un timide plan d’action,  peu contraignant, visant Ă  rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre.

Bien que, selon le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Ban Ki-Moon, l’accord obtenu au forceps dans la soirĂ©e du 19 novembre 2009, «marque une avancĂ©e importante dans les nĂ©gociations et constitue le premier accord rĂ©ellement mondial qui peut permettre de limiter et rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, soutenir les mesures d’adaptation en ce qui concerne les plus vulnĂ©rables et favoriser la crĂ©ation d’une nouvelle Ăšre de croissance durable en terme d’environnement », force est de constater qu’il est dĂ©jĂ  contestĂ© de toutes parts.

On est en droit de se demander si, Ă  l’instar de la confĂ©rence de Copenhague sur le climat qui avait suscitĂ© des attentes considĂ©rables, la norme  RSE 26000 ne va pas pareillement gĂ©nĂ©rer des commentaires critiques.

On se souvient peut-ĂȘtre, qu’en janvier 2005 l’Organisme de Normalisation International  (ISO) s’Ă©tait engagĂ© dans l’atteinte d’un « consensus international » - cela ne vous rappelle–t-il rien ? - sur la dĂ©finition du concept de responsabilitĂ© sociĂ©tale dans ses dimensions sociale, Ă©conomique et environnementale.

Quatre ans plus tard, Ă  l’issue de moult dĂ©bats et de plusieurs rĂ©unions internationales, on Ă©tait prĂȘt Ă  bondir de joie Ă  l’annonce que la norme ISO 26000 Ă©tait enfin, et heureusement, en voie de finalisation.

Mais, premiĂšre dĂ©ception, on append que contrairement Ă  la norme ISO 9001 portant sur la qualitĂ©, et la norme ISO 14001 portant sur l’environnement, la tant attendue norme ISO 26000 patiemment concoctĂ©e par plus de 500 experts reprĂ©sentant 90 pays et une quarantaine d’organisations internationales, parmi lesquelles l’Organisation internationale du travail (OIT), le Pacte Mondial, l’Organisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE), ou le Global Reporting Initiative (GRI), ne pourra pas faire l’objet d’une labellisation et d’une certification.

Car, au grand dam de ceux qui espĂ©raient beaucoup - trop peut-ĂȘtre comme Ă  Copenhague -,  il s’agit pour cette norme RSE 26000 de ne dĂ©finir rien d’autre, et rien de plus, que des lignes directrices sur la responsabilitĂ© sociĂ©tale et non pas un systĂšme de management.

DeuxiĂšme dĂ©ception, bien plus grande encore, de l’avis de nombreux analystes et experts, la norme 26000 dont le texte est en cours de rĂ©daction finale,  reprĂ©sente un « compromis » dit-on - tiens, tiens, ça nous rappelle dĂ©cidĂ©ment quelque chose 
 - entre les diffĂ©rentes perceptions et conceptions Ă©thiques et morales des acteurs en prĂ©sence.

Il semble que les spĂ©cificitĂ©s culturelles des diffĂ©rents pays et rĂ©gions du monde rendent impossible, malgrĂ© des dĂ©bats parfois houleux, l’Ă©laboration d’une norme RSE internationale.

LĂ  encore, comme Ă  Copenhague, et comme pour les Droits de L’Homme bafouĂ©s au quotidien par de nombreux pays, l’élaboration de valeurs universelles se heurte Ă  des difficultĂ©s insurmontables.

D’aucuns ne manqueront pas de regretter, par exemple, que la norme 26000 « n’est pas destinĂ©e Ă  servir de base Ă  une action en justice, une plainte ou tout autre revendication dans des procĂ©dures nationales ou internationales ou autre. Elle n’est pas destinĂ©e Ă  ĂȘtre citĂ©e comme une preuve d’une rĂšgle internationale coutumiĂšre ».

Texte peu contraignant en vue, par consĂ©quent, comme Ă  Copenhague encore, et qui risque de laisser beaucoup d’entre nous sur leur faim.

Il y des jours comme ça, oĂč l’on se dit, qu’à Copenhague comme ailleurs, il n’y aurait rien de tel qu’un bon sĂ©minaire de mĂ©diation interculturelle - dĂ©marche interdisciplinaire Ă  la confluence des thĂ©ories de la communication, de la psychologie, de la pĂ©dagogie, de l’anthropologie, de la linguistique, et de la culture – afin de dĂ©cadenasser les cƓurs et les esprits, et de dĂ©gager de nouveaux horizons insoupçonnĂ©s Ă  la table de nĂ©gociation.

Attendons septembre 2010 pour la publication de la norme ISO 26000,  afin de juger vraiment, en toute connaissance de cause ; et attendons Mexico cette mĂȘme annĂ©e 2010, oĂč se dĂ©roulera le prochain sommet sur le climat et les gaz Ă  effet de serre.

D’ici lĂ , on vous souhaite une Bonne AnnĂ©e placĂ©e, nous l’espĂ©rons, sous le double signe du DĂ©veloppement Humain Durable et de la ResponsabilitĂ© Sociale.

La Mondialisation de la RSE … en Chine!

Samedi 12 décembre 2009

Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine (CCIFC) a consacrĂ© un grand dossier  sur la responsabilitĂ© sociale des entreprises en Chine : «Connexions n°51, juillet septembre 2009, La responsabilitĂ© sociale des entreprises en Chine».

L’étude fort exhaustive disponible sur le Site www.connexions.ccifc.org dĂ©taille l’engagement de la Chine dans la dĂ©marche RSE, alors que l’Empire du Milieu est mis sur la sellette, par les ONG,  pour ses mauvaises pratiques en matiĂšre d’éthique des affaires.

Elle est articulĂ©e avec un brin de complaisance et, Ă©galement, comme on peut s’y attendre, un soupçon d’habilitĂ© diplomatique, autour d’enquĂȘtes, d’interviews et de reportages.

Le dossier du magazine Connexions sur la RSE en Chine est composé de deux parties :

La premiĂšre explique comment la RSE est vĂ©cue et pratiquĂ©e en Chine, l’évolution de l’éthique des affaires, les bonnes pratiques de grandes compagnies comme Stategrid ou China Mobile, et propose un Ă©tat des lieux en Afrique oĂč, dans les mines, certaines pratiques chinoises sont trĂšs controversĂ©es ;

La deuxiÚme, est consacrée à des exemples de stratégie RSE par des entreprises multinationales françaises ou européennes.

Les entreprises françaises implantĂ©es en Chine, Accor (« Faire preuve d’Ethique ») -  Total (« Etre Ă  l’écoute ») - l’OrĂ©al (« Encourager les Jeunes ») - PSA (« Enrichir son Image »), entre autres, y tĂ©moignent.

Extraits :

« La responsabilitĂ© sociale d’entreprise (RSE) — qiyeshihuizeren äŒäžšç€ŸäŒšèŽŁä»» en chinois, corporate social responsibility en anglais, — n’est pas un concept nouveau. »

« En Chine, sous les Ming, les marchands lettrés du Huizhou débattaient déjà de leur rÎle et de leur éthique des affaires. »

« De plus en plus de Chinois rĂ©clament des amĂ©liorations qualitatives de leurs conditions de vie et le gouvernement est conscient que des entreprises peu respectueuses de la loi peuvent perturber l’ordre social. »

« Mais la tĂąche qui pĂšse sur les entreprises est lourde et celles-ci sont mal prĂ©parĂ©es. Une enquĂȘte menĂ©e en 2006 montre que, pour la plupart des entreprises chinoises, RSE voulait encore dire activitĂ©s philanthropiques. »

« Elles voyaient la RSE comme une charge, mĂȘme si un nombre croissant de compagnies se disaient prĂȘtes Ă  coopĂ©rer avec des ONG pour rĂ©gler certains problĂšmes, et si un nombre croissant d’entre elles rĂ©digeaient des rapports sociaux. »

« Mais, ces toutes derniĂšres annĂ©es, monte trĂšs rapidement une prise de conscience, notamment sous la pression internationale, des dĂ©gĂąts collectifs occasionnĂ©s par de mauvaises conduites individuelles. D’autre part, le besoin de retenir la main-d’Ɠuvre, notamment la plus qualifiĂ©e, encourage un meilleur traitement de son personnel. Enfin, la nĂ©cessitĂ© de monter sur la chaĂźne des valeurs et l’ampleur des dĂ©gĂąts environnementaux obligent le pays Ă  opĂ©rer ce tournant volontariste pour lequel il a besoin — et il le demande — de la collaboration des entreprises Ă©trangĂšres implantĂ©es en Chine. »

Or, une campagne de l’ONG Peuples Solidaires vient de rĂ©vĂ©ler Ă  travers des enquĂȘtes et des analyses, chiffres Ă  l’appui, les dessous de l’industrie du jouet. La bien nommĂ©e campagne intitulĂ©e « C’est pas du jeu ! » vise Ă  aborder avec force et renouveau la douloureuse question des conditions de travail dans les usines de jouets chinoises.

Comme chacun le sait, l’industrie du jouet est aujourd’hui fortement mondialisĂ©e. Elle repose, en outre, sur des chaĂźnes de production complexes reliant de nombreux pays.

S’agissant des conditions de travail dans les usines de jouets en Chine, Peuples Solidaires Ă©crit :

« 4 jouets sur 5, que reçoit n’importe quel enfant aujourd’hui, sont produits dans le Sud de la Chine dans l’une des 8 000 usines de jouets de la province de Guangdong, dans le Delta de la riviĂšre des Perles. 3 Ă  5 millions d’ouvriers chinois y sont employĂ©s. La plupart sont des femmes ĂągĂ©es de 15 Ă  30 ans, qui viennent des rĂ©gions pauvres et rurales de l’intĂ©rieur des terres. Du fait des salaires extrĂȘmement faibles, elles n’ont pas d’autre choix que d’accepter les dortoirs et la nourriture proposĂ©s par les usines, moyennant une bonne partie de leur maigre salaire. La qualitĂ© de la nourriture et du logement y est si misĂ©rable que l’on peut parler de conditions inhumaines. En Chine, un seul syndicat officiel (celui du parti) est autorisĂ©. »

On peut également lire ceci :

« TrĂšs souvent, quelques annĂ©es suffisent pour dĂ©truire le rĂȘve des ouvriers d’une vie meilleure. Ils rentrent dans leurs villages, dĂ©senchantĂ©s et Ă©puisĂ©s, voire handicapĂ©s physiquement. La rĂ©alitĂ© des usines chinoises est difficile Ă  supporter : Longues heures de travail (jusqu’à 400 heures par mois) ; semaines de 7 jours, surtout pendant la pĂ©riode de NoĂ«l » ;

« Salaires infĂ©rieurs au minimum lĂ©gal, dont le niveau ne permet pas lui-mĂȘme d’assurer un revenu de subsistance - Salaires retenus pendant une pĂ©riode allant jusqu’à 45 jours (ainsi les ouvriers ne peuvent pas dĂ©missionner facilement) ;Mesures de sĂ©curitĂ© et de santĂ© inadĂ©quates ; Absence de contrat de travail ; Absence d’avantages sociaux tels que congĂ©s maternitĂ©, assurance santĂ© ou retraite ; Amendes illĂ©gales et disproportionnĂ©es (pour des « infractions » telles que retard, ne pas ĂȘtre en possession de sa carte d’identification, ou pour avoir parlĂ©, etc.) et feuilles de paye peu claires ; Absence de protection contre les licenciement (abusifs) ; Conditions d’hĂ©bergement insalubres et malnutrition (
) ».

On n’a pas manquĂ© de remarquer, que le dossier du magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine consacrĂ© Ă  la RSE en Chine n’aborde pas franchement, c’est le moins que l’on puisse dire, l’embarrassante question pour les autoritĂ©s chinoises des conditions de travail dans les usines de jouet.

On se demande bien pourquoi. Bizarre, bizarre 


A moins qu’on se soit gardĂ© de ne blesser, d’aucune maniĂšre, la susceptibilitĂ© de nos amis europĂ©ens et amĂ©ricains, puisque l’industrie du Jouet est dominĂ©e par eux.

Ni Mattel, Hasbro, Toys “R” us, Nitendo, Lego, Playmobil, ou Ravensburger, en effet, ne sont français. Soit dit en passant, l’honneur est sauf.

On peut pourtant, quoique de façon elliptique, y lire ceci :

« Le dĂ©fi de la RSE, notamment en ce qui concerne les entreprises sous-traitantes, vient souvent de ce que les coĂ»ts de la RSE sont perçus immĂ©diatement alors que les bĂ©nĂ©fices potentiels n’apparaissent — Ă©ventuellement — qu’Ă  long terme, les entreprises manquant encore de systĂšmes pour suivre les coĂ»ts et les bĂ©nĂ©fices d’investissements socialement responsables. »

Ah, bon !

Ce n’est certes pas du chinois (encore que …), mais voilĂ  tout de mĂȘme qui explique bien des choses.

Ne vous a-t-on pas dit, plus haut,  qu’en Chine, sous la dynastie Ming (qui rĂ©gna de 1368 Ă  1644), les marchands lettrĂ©s du Huizhou dĂ©battaient dĂ©jĂ  de leur rĂŽle et de leur Ă©thique des affaires ?

On vous souhaite à tous un Joyeux Noël !