Archive pour janvier 2010

La Communication RSE sur la Sellette

Jeudi 21 janvier 2010

On le constate tous les jours, la communication demeure un exercice plus difficile qu’il n’y paraît à première vue, d’autant que les entreprises sont aujourd’hui surexposées.

L’action conjuguée des technologies de l’information et de la communication, d’une part, et de la mondialisation d’autre part, fragilise la légitimité de leur discours.

La communication sur le développement Durable et la RSE, en particulier, est soumise à la critique impitoyable de la blogosphère, des medias, des ONG, et des organisations syndicales.

L’éthique, considérée comme l’une des thématiques de la démarche de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), est un thème récurrent dans la volée de bois vert contre certaines entreprises, suspectées de maquiller et de masquer la réalité de leurs pratiques, quand elles ne sont pas carrément accusées de tricher.

Dans un article daté du 7 janvier 2010, intitulé « Entreprises, la foire aux vanités », paru dans le Nouvel Observateur, Jacqueline de Linares affirme que « la frénésie des grosses boîtes à vanter leurs bonnes actions finit par se retourner contre elles ».

Jacqueline de Linares écrit par exemple :

« Ce n’est pas une blague. France TĂ©lĂ©com a reçu en 2009 un prix rĂ©compensant les entreprises « qui proposent Ă  leurs salariĂ©s les meilleures pratiques RH, leur permettant de s’Ă©panouir personnellement et professionnellement au travail ». Elle faisait partie des 20 laurĂ©ats 2009 du palmarès Top Employeurs France dĂ©cernĂ© par un cabinet nĂ©erlandais, l’Institut CRF A la rubrique « conditions de travail », l’entreprise, plutĂ´t citĂ©e ces temps-ci pour les suicides de ses salariĂ©s, a mĂŞme obtenu cinq Ă©toiles ! C’est ce que rapportait le mensuel «Liaisons sociales» en dĂ©cembre dernier relatant la frĂ©nĂ©sie d’autoglorification des entreprises en matière sociale. »

Stéphane Richard, le numéro deux de France Télécom, et ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, désigné Manager 2008 par la Station de Radio BFM, affirme vouloir «  reconstruire un pacte social »

Tandis que sur le Site National de la CFE-CGC UNSA France Telecom on dĂ©nonce « le grand guignol des prix et labels » dĂ©cernĂ©s Ă  France TĂ©lĂ©com, après la remise d’un « TrophĂ©e de l’engagement durable » , créé par le club Oras (Observatoire rĂ©munĂ©rations et avantages sociaux), composĂ© de 140 DRH et managers, qui rĂ©compense un projet en matière de rĂ©munĂ©ration ou d’avantage sociaux. »

Jacqueline de Linares  rappelle que les Amis de la Terre ont créé en 2008  le prix Pinocchio  afin « d’illustrer et dĂ©noncer les impacts nĂ©gatifs de certaines entreprises françaises, en totale contradiction avec le concept de dĂ©veloppement durable qu’elles utilisent abondamment ».

«  Le pire, rajoute-t-elle, c’est que certaines mènent rĂ©ellement des activitĂ©s de responsabilitĂ© sociale. Mais comment savoir qui dit vrai quand tout le monde se vante ?

Nous voilà bien au cœur du débat. Il existe à n’en pas douter un faisceau de suspicions s’agissant de la communication RSE, donnant lieu à des actions et réactions de mieux en mieux structurées et de plus en plus organisées et concertées, et dont les entreprises auraient tort de sous-estimer la capacité de nuisance.

Le n° 41 Alternatives Économiques de novembre 2009, numĂ©ro spĂ©cial « La ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises Françaises », remarquable par l’état des lieux objectif qu’il propose, ainsi que par son regard distanciĂ© et critique, aborde dans le chapitre intitulĂ© fort Ă©loquemment « Les Rapports DĂ©veloppement Durable ou l’Art de Communiquer » l’épineuse question de la communication RSE, dans lequel on peut notamment lire :

« Nombreux sont les responsables développement durable qui sont rattachés aux directions de la communication. Les entreprises cherchent évidemment à se présenter sous leur meilleur jour. »

Martial Cozette (Directeur de CFIE-Conseil) dit regretter « l’autosatisfaction » qui caractĂ©rise, selon lui, la communication DĂ©veloppement Durable et RSE :

« Il y a une vraie constance Ă  fournir des Ă©lĂ©ments sortis de leur contexte (…). Par exemple, si l’activitĂ© a fortement diminuĂ©, cela peut expliquer la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, mais cela n’est pas prĂ©cisĂ© … Le minimum serait de fournir des informations Ă  pĂ©rimètre constant (comme cela est le cas dans les rapports financiers) ».

Communication contre Communication, Communiqué contre Communiqué, Rapport contre Rapport.

Il n’est pas sûr, à ce petit jeu, que les entreprises françaises sortent à tous les coups gagnant.