Archive pour avril 2010

Greenwashing et RSE

Dimanche 25 avril 2010

Les agences de communication n’ont pas leur pareil quand il s’agit de capter l’air du temps, d’être en phase avec son époque, de s’adapter aux mutations économiques, sociétales, technologiques, voire les anticiper, et d’accompagner les évolutions des mentalités.

Tout leur savoir-faire réside en cela qu’elles manipulent avec un art consommé nos valeurs, symboles et représentations collectives. D’où leur pouvoir de séduction, clef de leur succès.

On ne sera  surpris, par conséquent, d’apprendre qu’elles ont su, mieux que quiconque, appréhender le formidable potentiel et la manne du Développement Durable,  en termes d’investissements publicitaires, et d’investir ce créneau stratégique  hautement profitable. Le Greenwashing était né.

Le terme Greenwashing est apparu pour la première fois au début des années 1990. Il  qualifie la politique de communication des entreprises en faveur du Développement Durable, laquelle, selon les groupes de pression environnementaux, ne s’accompagne pas de véritables actions.  On oppose, généralement, au concept de Greenwashing, celui de publicité éthique.

En  France, le nombre de communications publicitaires liées à l’Environnement aurait plus que quintuplé entre 2006 et 2009. L’ARPP (Organisme de régulation professionnelle de la publicité en France), très critiqué par les ONG, qui s’engage à « mener toute action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine, dans l’intérêt des consommateurs, du public et des professionnels de la publicité », a été dans l’obligation sous la pression de ces dernières d’édicter de nouvelles règles déontologiques.

Selon l’ARPP «  les publicités incitant à un comportement non éco-responsable ou dénigrant des pratiques environnementales, ainsi que les visuels induisant en erreur le consommateur » ne sont pas « conformes ».  3% des messages publicitaires auraient ainsi reçu un avis défavorable en 2009.

Pour autant, les ONG sont nombreuses qui remettent en question la légitimité de l’ARPP, laquelle, ne l’oublions pas, est  un organisme privé rassemblant les professionnels du secteur. Quelle est sa réelle marge de manœuvre ? Jusqu’où peut-elle exercer son autorité ? Peut-on être juge et partie ? Le conflit d’intérêt est patent.

Mais le business du Greenwashing, comme les dérives et les catastrophes environnementales, ne sont pas des phénomènes spécifiquement français.

C’est de ce constat  qu’est née le 22 mars 2006 « l’Alliance pour la Planète », dans laquelle est regroupée la plupart des ONG environnementales, mais également juridiques, sociales, humanitaires, scientifiques, les associations de consommateurs, d’agriculteurs, les syndicats, soit 82 membres au total.  Notons que sont exclus les organismes d’Etat, les entreprises et les partis politiques.

Le Manifeste de Alliance pour la Planète affirme, en préambule, comme un cri d’alerte:

« Nous ne pouvons plus nous voiler la face, le diagnostic de la communauté scientifique est clair : la situation environnementale de la Terre est désastreuse, et les dégâts causés à la planète touchent en premier lieu les plus démunis. Il est urgent de mettre en oeuvre au plus vite des mesures lucides et courageuses afin d’assurer la survie de notre planète et de ses espèces, y compris celle de notre propre espèce. »

C’est dans ce contexte de mondialisation qu’il convient, selon nous, de replacer les conclusions de la récente étude « Les Français et la communication responsable » publiée par le cabinet de conseil en marketing durable Ethicity et TNS Media Intelligence.

Une bonne partie des consommateurs serait, nous dit-on, lassé des arguments publicitaires liés au Développement Durable. Plus d’un français sur deux considèrerait que la communication publicitaire sur la consommation durable est envahissante. 43% d’entre eux déclarent qu’ils ne la supportent plus. La confiance dans les entreprises qui usent et abusent du Greenwashing semble s’éroder, et les consommateurs portent un regard de plus en plus sceptique sur les certifications sociales et environnementales des produits qu’ils achètent.

Or, apprend-t-on, on n’en est déjà plus là. Les temps changent si vite ! Se pourrait-il que le Greenwashing appartienne au passé ?

Tout laisse à penser que le recours argumentaire massif au Développement Durable aux seules fins de valoriser son image arrive à son terme.  Les entreprises n’ont-elles pas  intégré les enjeux environnementaux comme une nécessité tant stratégique qu’opérationnelle, au point qu’ils ne constituent plus, en termes de concurrence, des facteurs de différentiation ?

D’autres batailles se préparent et d’autres stratégies se mettent en place dans les conseils d’administration et les ateliers de créativité des agences de communication. Les stratégies certes, mais aussi les contre-stratégies.

Une étude UJJEF Communication et Entreprise - Inférences Conseil apporte un éclairage nouveau dans la mesure où elle s’est focalisée sur la sémantique utilisée dans les rapports annuels publiés en 2009. Des sémiologues ont analysé 25 chapitres « développement durable »  de rapports annuels généraux, et 23 rapports spécifiquement dédiés au Développement Durable ; Ils ont également analysé le contenu des rubriques « développement durable » de 33 sites Internet.

Il ressort notamment de cette étude, que lorsque les entreprises parlent de Développement Durable, c’est au travers d’un « discours minimal, épuré de toute aspérité, de toute tension contradictoire susceptible de faire débat ». Il semble que le message publicitaire prenne une tour « politique ». C’est désormais par la promotion du débat public que les entreprises ont l’intention de crédibiliser leur démarche Développement Durable. On parle de Greenspeaking …

Quant aux agences de communication, vont-elles exploiter les immenses gisements offerts par les avancées de la neuropsychologie, discipline scientifique et clinique qui étudie les fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales ?

Du côté des contre-stratégies, il ne faudra pas manquer de suivre attentivement les avancées de l’éco-psychologie, née aux Etats-Unis de la réflexion de chercheurs venus de diverses disciplines, entre autres biologie, écologie, psychologie, psychanalyse.

« L’Ă©co-psychologie a dĂ©veloppĂ© des outils permettant de rĂ©flĂ©chir Ă  la façon dont on peut responsabiliser les individus Ă  la crise environnementale, sans les culpabiliser ou les infantiliser », explique Jean-Pierre Le Danff, Ă©co-psychologue, et ChargĂ© de Mission Ă  la Fondation Nicolas Hulot, dans une interview Ă  l’Express dans son Ă©dition du 12 Avril 2010.

Gageons que les agences de communication s’intĂ©ressent dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©co-psychologie.

Gestion des Talents et RSE

Samedi 3 avril 2010

L’adéquation entre les compétences actuelles et celles de demain est une nécessité hautement stratégique pour l’entreprise, d’autant plus si cette dernière souhaite s’engager dans une démarche RSE.

Évaluer l’ensemble des compĂ©tences indispensables pour assurer sa prospĂ©ritĂ© et sa pĂ©rennitĂ©, ainsi que les compĂ©tences issues de la nouvelle Ă©conomie centrĂ©e sur la durabilitĂ©, c’est-Ă -dire une Ă©conomie de plus en plus mondialisĂ©e, et confrontĂ©e d’une part  Ă  des pĂ©nuries de ressources et d’Ă©nergie, et, d’autre part, Ă  des contraintes de normes et de sĂ©curitĂ© au plan social, sociĂ©tal et environnemental, ainsi qu’aux attentes des Parties Prenantes, c’est tout le dĂ©fi ce ce qu’il est convenu d’appeler la Gestion des Talents.

Selon les conclusions d’une Ă©tude internationale rĂ©alisĂ©e, fin 2009, par The Economist Intelligence Unit (EIU), pour le compte du Cabinet StepStone Solutions, portant sur 400 dirigeants de grands Groupes, la reprise Ă©conomique qui en dĂ©pit des Cassandre et des sceptiques semble pointer Ă  l’horizon, risque de se heurter Ă  une pĂ©nurie de talents.

Et selon Matthew Parker, Directeur Général de StepStone Solutions: « Les entreprises se trouvent à un carrefour en matière de Gestion des Talents. C’est aujourd’hui qu’elles doivent choisir de mettre en place les actions qui s’imposent pour créer, maintenir et développer leurs viviers de talents à l’échelle internationale. Si elles choisissent de ne rien faire, il est certain que cela entraînera une fuite progressive de leurs ressources clés et une baisse inévitable de leur performance ».

Une autre étude, réalisée en Europe par SD Worx,  en 2009, montre que près de 75% des entreprises françaises interrogées affirment avoir formalisé une « Stratégie de gestion des talents » ou « prévoient » de le faire dans les deux années à venir. 52% des DRH français jugent, par ailleurs, la Gestion des Talents « essentielle » pour la réussite de l’entreprise.

Le Boston Consulting Group et la Fédération mondiale des Associations de Direction du Personnel (WFPMA) avaient pour leur part, publié les résultats d’une étude menée entre janvier et novembre 2007, auprès de 4 700 cadres dirigeants dans 83 pays.

Selon celle-ci, dans neuf pays, la capacité des entreprises à recruter des hauts potentiels - managers, spécialistes ou techniciens – est considérée comme une priorité. Il s’avére que les DRH américains et chinois sont les plus impliqués dans la Gestion des Talents.

Autre fait marquant de cette étude, dans 10 pays l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est considéré comme l’un des principaux défis en matière RH, voire une nécessité incontournable pour les entreprises souhaitant fidéliser les talents, en l’occurrence celles et ceux affirmant que le salaire n’est pas leur seule motivation ou leur motivation principale.

L’étude publiĂ©e mi-avril 2009 par Krauthammer est, en revanche, la seule Ă  notre connaissance, Ă  s’inscrire en faux avec  cette tendance gĂ©nĂ©rale, puisque leurs auteurs ont affirmĂ© : « Nous avons observĂ© que la RSE jouait un rĂ´le mineur dans le recrutement et la fidĂ©lisation ».

Ceci précisé, on aurait tort, selon nous, de penser que la Gestion des Talents ne concerne que les jeunes diplômés  et les Hauts potentiels. En réalité, elle concerne l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise.

On profitera de l’occasion pour affirmer que nous ne saurions souscrire Ă  l’idĂ©e d’une « Guerre » des talents. Nous prĂ©fĂ©rerions  plutĂ´t parler de « Gestion Dynamique des Talents », un intitulĂ© qui nous semble de surcroĂ®t possĂ©der l’avantage d’être plus en cohĂ©rence avec les valeurs vĂ©hiculĂ©es par les concepts et dĂ©marches de la ResponsabilitĂ© Sociale des Entreprises.

Soit le double constat suivant : Les salariés préfèrent travailler dans des organisations dont les valeurs correspondent aux leurs, ou qui leur semblent proches, d’une part ;

L’intĂ©gration de la RSE Ă  l’image de marque permet d’amĂ©liorer le recrutement et la fidĂ©lisation des collaborateurs, mais Ă©galement le maintien dans l’emploi, notamment dans les marchĂ©s oĂą la main-d’oeuvre et les compĂ©tences se font rares, d’autre part.

On ne sera pas Ă©tonnĂ©, par consĂ©quent, d’observer que les entreprises qui dominent le marchĂ© en matière de RSE ont dĂ©veloppĂ© une forte image de marque d’employeur, et ont intĂ©grĂ© leurs concepts et dĂ©marches RSE Ă  leurs offres de recrutement, de fidĂ©lisation, ou de maintien dans l’emploi, en termes de valeur ajoutĂ©e.

En mettant en avant leur dĂ©marche de responsabilitĂ© Sociale dans leur image de marque de recrutement, ainsi que dans leur communication, et en faisant la promotion des avantages Ă  tirer lorsqu’on intègre et travaille au sein d’une culture fondĂ©e sur le comportement Ă©thique et les valeurs partagĂ©es, ces entreprises font le pari de l’attractivitĂ© de leur offre.

Les projets de bénévolat ou de mécénat de compétences, par exemple, peuvent exercer sur les salariés une forte attractivité.

Ces entreprises affichent un engagement RSE, entretiennent une culture RSE, intègrent pleinement la RSE Ă  l’ensemble de leurs activitĂ©s, rĂ©compensent les dĂ©cisions prises dans le champ de la RSE, et valorisent les initiatives relatives Ă  la RSE.

C’est dire aussi que le recrutement et la fidélisation des nouveaux arrivants ne sont que les premières étapes d’un dispositif de Gestion des Talents centré sur la RSE.

Les salariĂ©s Ă©tant parmi les personnes clĂ©s de l’Ă©laboration d’une stratĂ©gie RSE, il s’agit d’instaurer avec eux un dialogue, de les consulter, de les faire participer Ă  la recherche et au dĂ©veloppement de nouveaux projets ou de nouvelles approches.

Certaines entreprises n’hĂ©sitent pas Ă  consulter leurs salariĂ©s afin de les impliquer dans l’Ă©laboration et la mise en Ĺ“uvre de leur engagement communautaire ou de leur projet de bienfaisance ou de philanthropie.

D’autant que, du point de vue de la Conduite du Changement gĂ©nĂ©rĂ© par l’Ă©mergence de la RSE, il existerait trois catĂ©gories de salariĂ©s : ceux qui ont les valeurs et le comportement Ă©thique ; ceux qui ont les valeurs, mais n’ont pas le comportement; et enfin, ceux qui n’ont ni les valeurs ni le comportement.

Mais ça c’est une autre histoire.