Archive pour mai 2010

Economie Sociale et Solidaire vs RSE

Samedi 29 mai 2010

« Emplois verts », mythe ou réalité ? Alors qu’en France la crise de l’emploi ne cesse d’augmenter, touchant notamment les jeunes, les seniors, et les chômeurs de longue durée, peut-on sérieusement croire que la « croissance verte » est susceptible de créer 600 000 emplois d’ici 2020 ?

Force est de constater, qu’ils sont nombreux,  parmi les analystes, ceux qui semblent en douter. Le Monde datĂ© du 25.05.10 Ă©crit que « dans une Ă©tude prĂ©sentĂ©e le 4 mai, Comment dynamiser la croissance verte, le cabinet de conseil Roland Berger en Ă©value les freins : absence de rĂ©elle filière, manque de coordination entre les activitĂ©s, rĂ©glementation “complexe et peu prĂ©visible”, surcoĂ»t des solutions vertes... ».

Le rapport intérimaire de la Stratégie pour une croissance verte, intitulé « Concrétiser notre engagement en faveur d’un avenir durable », élaboré au niveau ministériel par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques), énonce des «constatations préliminaires concernant un certain nombre de problèmes importants auxquels sont confrontés les décideurs désireux de promouvoir une croissance verte.»

Dans son avant-propos, le rapport de l’OCDE déclare : «La plus grave crise économique qu’il nous ait jamais été donné de connaître est en train de s’estomper, mais un retour à la normale n’est pas à l’ordre du jour. Partout dans le monde, les gouvernements sont confrontés à un triple défi des plus délicats, à savoir des niveaux de chômage record, des déficits budgétaires non viables et une croissance atone, et ce dans un contexte où les préoccupations environnementales et climatiques revêtent une importance grandissante dans la politique économique.»

Comment favoriser la création de richesses et d’emplois, ainsi que le développement des entreprises, est également la question posée par le rapport du député Francis Vercamer «L’Economie Sociale et Solidaire, entreprendre autrement pour la croissance et l’emploi» rendu public le 28 Avril 2010.

Faisant le triple constat selon lequel l’Economie Sociale et Solidaire (l’ESS) reprĂ©sente un secteur d’une grande diversitĂ©, mais aussi d’une rĂ©elle unitĂ© qui se considère insuffisamment reconnu ; que l’ESS aspire Ă  ce que ses spĂ©cificitĂ©s et ses prĂ©occupations soient mieux prises en compte par les pouvoirs publics ; qu’elle possède des atouts et des potentialitĂ©s insuffisamment pris en compte, et qu’elle appelle Ă  des approches renouvelĂ©es, ce rapport propose des orientations visant Ă  mettre en place des actions avec la volontĂ© de voir l’Economie Sociale et Solidaire,  «contribuer pleinement Ă  la croissance de notre pays et Ă  la crĂ©ation d’emplois.»

L’ESS semble donc avoir le vent en poupe; et devenir un Entrepreneur Social une solution alternative en ces temps de crise, afin d’une part d’être acteur de l’économie et, d’autre part, de remettre en question le système capitaliste.

Tant et si bien, que de très nombreuses écoles de commerce proposent désormais des formations d’Entreprenariat Social.

Se pourrait-il qu’en matière de création d’emplois le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire damne le pion à « l’or vert » promis par le gouvernement et le ministère du développement durable ?

Bien qu’il s’avère que l’ESS ne s’est pas autant développée en France que chez certains de nos amis européens, ne compte–t-elle pas aujourd’hui en France 200 000 entreprises et 2 millions de salariés ?

Selon certains experts, on estime Ă  500 000 le nombre de crĂ©ation d’emplois dans le secteur de l’ESS d’ici 2020. Selon l’Insee, en 2008, l’ESS reprĂ©sentait  près de 10 % du PIB.

Pour ne prendre qu’un seul exemple du dynamisme et de la crĂ©ativitĂ© de l’ESS, selon une Ă©tude portant sur le premier trimestre 2009 par l’association Recherches et solidaritĂ©s, en partenariat avec l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale, l’emploi dans les associations qui reprĂ©sente comme on le sait une grande partie des salariĂ©s de l’ESS, a progressĂ© de 2,8%. A la mĂŞme pĂ©riode, l’emploi dans le secteur privĂ©, quant Ă  lui, a chutĂ© de 1,6%.

Quelles sont-elles donc ces entreprises de l’ESS ? Ce sont des coopĂ©ratives, des mutuelles, des associations et des fondations. La banque, l’assurance, la santĂ©, l’agriculture, et la distribution sont les secteurs les mieux reprĂ©sentĂ©s. Selon l’Insee, l’ESS reprĂ©sente 64% des emplois dans le champ du social, 21,4% dans celui de la culture et l’audiovisuel, 24,7% dans le sport et les loisirs. En revanche, on observe aucune activitĂ© dans le secteur industriel.

Mais il s’agit maintenant de favoriser l’émergence de nouvelles entreprises et de nouvelles activités, ainsi que des nouveaux projets susceptibles de s’intégrer à l’économie nationale ou locale ; et il s’agit également d’améliorer l’environnement dans lequel les entreprises de l’ESS devront évoluer.

D’autant que les acteurs de l’ESS, secteur mal identifiĂ©, Ă  cheval entre l’économique et le social, ne disposent pas d’un interlocuteur officiel auprès du gouvernement.

Quoiqu’il en soit, preuve s’il en est de l’engouement pour l’ESS, et de sa vitalitĂ©, notons qu’a lieu du 4 au 6 Juin 2010 la 3ème Ă©dition du « Salon des SolidaritĂ©s : le rendez-vous des acteurs de la solidaritĂ© internationale » Ă  Paris-Porte de Versailles.

Selon une Ă©tude de Kelly Services parue en novembre 2009, 50 % des Français se dĂ©clareraient prĂŞts Ă  accepter un salaire infĂ©rieur pour travailler dans une «entreprise Ă©thique», et 78 % souhaiteraient exercer un emploi intĂ©grant une dimension morale, un souci de l’environnement et une politique socialement responsable.

Les métiers et les emplois de l’ESS ont un avenir. Qu’on se le dise. Vous en voulez une preuve supplémentaire ? La voici :

On prĂ©tend que la RSE est jalouse de ses succès et de son attractivitĂ© auprès des jeunes notamment. On dit que les acteurs de la RSE lorgnent du cĂ´tĂ© de l’ESS, ses rĂ©ussites et ses mĂ©thodes, et qu’ils cherchent Ă  s’en inspirer, voire Ă  l’imiter.

Certains s’en inquiètent mĂŞme. Ils affirment que la RSE n’est qu’un piège, un habit de façade, de la poudre aux yeux, et que l’auto-rĂ©gulation des entreprises n’est qu’un leurre;

Ils affirment Ă©galement que l’ESS est un modèle qui repose, quant Ă  lui, non pas sur la recherche du profit quel qu’en soit le prix, en termes humains, mais au contraire sur le lien social, des valeurs, des comportements et des pratiques qui s’inscrivent dans une longue histoire et tradition, tant au niveau national que local.

Va t-on assister Ă  une concurrence, voire une rivalitĂ©, l’ESS vs RSE?

L’Industrie du Luxe et la RSE

Samedi 8 mai 2010

Luxe et RSE, deux termes apparemment incompatibles tant, dans l’imaginaire populaire, le Luxe renvoie immanquablement aux images de l’argent et du superflu, des inégalités sociales et de la pauvreté. Sans compter celle de la dégradation de l’environnement; on songe, par exemple, aux effets dévastateurs sur les sols, les cours d’eau et les écosystèmes de l’extraction de l’or dans les mines à ciel ouvert de Guyane.

La rĂ©alitĂ© semble pourtant plus complexe, sinon plus nuancĂ©e. Alors que se dĂ©roule Ă  Paris, du 7 au 10 mai 2010, le 2ème Salon Annuel du Luxe Durable (sustainable luxury Fair), Ă©vĂ©nement Ă  la fois commercial et artistique comme il se doit, soutenu par le Ministère de la Culture et l’Organisation Mondiale de DĂ©fense de l’Environnement WWF, il n’est pas inutile de faire sur ce sujet le point sur l’engagement et les enjeux de l’Industrie du Luxe et, chemin faisant, tordre le coup Ă  certaines idĂ©es reçues.

Dans une interview publiée par le quotidien La Tribune du 6 mai, Jean-Noël Kapferer, Professeur à HEC Paris et titulaire de la Chaire Pernod-Ricard sur les marques de Prestige, affirme que le Luxe et le Développement Durable sont très proches.

Il déclare notamment : « Par essence, rappelons-le, le luxe est plus conforme à l’idéal du développement durable que les produits de grande consommation. On se trompe donc de cible en visant le luxe. Certes le luxe c’est l’inutile, mais c’est un inutile comme l’art, qui élève l’homme car il est rare. Le drame du développement durable trouve sa source ailleurs : dans l’impulsion frénétique d’achats inutiles, dans la société de consommation des biens bon marché, destinés à être jetés après usage . Le luxe est aux antipodes de cela. »

On se souvient peut-être que, vers la fin de l’année 2007, WWF avait dans une étude intitulée « Deeper Luxury », parue en Grande- Bretagne, pointé du doigt le Secteur du Luxe accusé de figurer parmi les moins responsables. L’ONG cherchait surtout à prouver aux Maisons du Luxe qu’elles avaient tout intérêt à adopter et à s’engager dans des stratégies socialement responsables, car la prise de conscience des consommateurs, fussent-ils riches et même très riches, ainsi que leurs comportements d’achat, avaient beaucoup évolué.

On pouvait notamment lire ceci : « L’Ă©lite utilise le luxe comme symbole de sa rĂ©ussite; or la dĂ©finition mĂŞme de la rĂ©ussite a changĂ©. Les clients privilĂ©giĂ©s exigent que les marques reflètent leurs aspirations Ă  un monde meilleur, en particulier en ce qui concerne les questions environnementales».

Dans un article publié le 07/05/2010 sur Novethic, Véronique Smée écrit :
«  Or l’étude, qui notait les plus grandes marques sous cet angle, rĂ©vĂ©lait de grandes faiblesses : Sur les dix grands noms passĂ©s au crible par le WWF, pas un ne dĂ©passait la note de C+ (soit 6/12). Trois des quatre groupes français Ă©valuĂ©s (L’OrĂ©al, Hermès et LVMH) obtenaient la meilleure note, tandis que les groupes italiens Bulgari et Tods Ă©taient lanternes rouges du classement. Tiffany & Co, Swatch et PPR obtiennent un D, signe extĂ©rieur d’une responsabilitĂ© sociale et environnementale dĂ©gradĂ©e. Au final, les entreprises se limitaient encore, selon les analyses et les observations de WWF, Ă  des opĂ©rations de philanthropie et de mĂ©cĂ©nat « paillettes ». »

Ajoutons, toujours selon cette étude WWF, que Tiffany & Co, Swatch et PPR ont obtenu un D, signe extérieur d’une responsabilité sociale et environnementale dégradée.

Alors, qu’en est-il aujourd’hui de la responsabilitĂ© des Maisons de Luxe? A-t-on notĂ© des progrès notables ? Car, de l’emballage Ă  la boutique en passant par les transports, le CO2 Ă©mis lors de la fabrication des produits ou de leur transport, les  locaux, ainsi que la sous-traitance s’agissant notamment du secteur de la joaillerie, les Maisons de Luxe ont du pain sur la planche.

Il semble par conséquent difficile de prendre la mesure des avancées, d’autant que les leurs activités  sont multiples, parmi lesquelles : cosmétiques, textiles, accessoires, parfums, joaillerie, hôtellerie, ou champagne.

Il est clair, en tout Ă©tat de cause, que les Maisons de Luxe ne peuvent plus faire l’impasse sur les impacts Ă©thiques, sociaux, et environnementaux de leurs activitĂ©s. Comme le fait remarquer, avec justesse, VĂ©ronique SmĂ©e, « les remises en question touchent toute la chaĂ®ne »;

Si l’Industrie du Luxe ne semble pas subir de plein fouet la crise économique et financière de nature mondiale et systémique, qui sévit depuis 2008, et qui n’en finit pas de connaître moult soubresauts et contrecoups, comme on peut de nouveau le constater avec les situations de la Grèce en perdition et de la monnaie européenne sévèrement attaquée,  elle doit en revanche faire face à d’autres menaces : contrefaçons, mouvements anti-consommation, défis de l’expansion sur les marchés émergents, démocratisation de la clientèle; d’autant que les risques du secteur en termes d’image sont considérables.

N’entendons-nous pas dire, de plus en plus, que les clients, y compris les plus fortunés, sont exigeants en matière d’enjeux éthiques et environnementaux, et qu’ils les considèrent comme des valeurs à propos desquelles aucun compromis n’est acceptable ? Selon le Luxury Institute’s Wealth, situé à New York, 57 % des riches américains seraient prêts à payer plus cher des produits d’une marque, si celle-ci engageait sa responsabilité sociale et environnementale.

Quant Ă  WWF, qu’on se rassure. On pourrait lĂ©gitimement s’inquiĂ©ter de la voir s’acoquiner avec l’Industrie du Luxe, et se demander qu’est-ce qu’une ONG environnementale aussi respectĂ©e et respectueuse pourrait bien gagner Ă  ĂŞtre lĂ , prĂ©sente Ă  ce 2ème Salon, au point de devenir partenaire – vous avez dit complice ? - de sa stratĂ©gie marketing et communication.

La raison est des plus complexes, mais également des plus simples. WWF ambitionne de faire en sorte que l’Industrie du Luxe devienne l’un de ses alliés les plus précieux afin de promouvoir et diffuser les concepts et principes du développement durable.

Les Achats dans l’Industrie du Luxe représentent, rappelons-le, plus de 110 milliards d’euros environ.

Lorsqu’on connaît le degré d’exigence des Maisons de Luxe en matière de savoir-faire et de recherche d’excellence, et qu’on mesure l’immense prestige dont leurs marques jouissent auprès des pays émergents, en particulier, il est tentant de croire que leur engagement dans les champs du Développement Durable et de la Responsabilité Sociale vont exercer une influence, tant sur les consommateurs et les autres secteurs, que sur les marchés financiers.

Le rĂŞve, comme le luxe, n’a pas de prix …

Samedi 8 mai 2010