La Fonction Développement Durable, les Jeunes, et les DRH

Si l’on en juge par les résultats de l’Étude intitulée « 2ème Baromètre de la Fonction Développement Durable dans les Entreprises du SBF 120 », réalisée par Adecco et l’IAE Gustave Eiffel, publiée en février 2010, il semble bien que les jeunes et les DRH ont quelque souci à se faire.

Précisons, entre parenthèses, que le terme SBF (Société des Bourses Françaises) 120, est un indice boursier sur la Place de Paris.

Les premiers, parce que selon cette étude, les postes de développement durable dans les grandes entreprises restent majoritairement pourvus par le biais de la mobilité interne; les deuxièmes, parce que la fonction développement durable et, surtout, les thématiques RSE qui leur sont rattachées leur échappent inexorablement.

Les jeunes tout d’abord. L’on constate que les jeunes diplômés sont de plus en plus nombreux à s’enthousiasmer pour le Développement Durable et la RSE, à s’y investir, et à mener avec détermination une recherche d’emploi auprès des  Directions des entreprises.

Or, 44/% des Directeurs Développement Durable sont en en poste depuis la création de la fonction, et, parmi eux, plus de 50% ont une ancienneté supérieure à 10 ans ; leur moyenne d’âge est de 46 ans.

Les résultats de cette Étude sont d’autant plus désolants que, paradoxalement, chaque année de nouvelles vagues de jeunes diplômés des Universités et des Grandes Écoles ayant suivi une formation dédiée au Développement Durable, se présentent sur le marché de l’emploi.

Maigre consolation, l’Étude réalisée par Boston Consulting Group, commanditée par le Ministère de Développement Durable, publiée en juin 2009, nous apprend que les Filières Vertes pourraient constituer, en France, un vivier de 600 000 Emplois à créer d’ici 2020.

Ces Emplois Verts concerneraient les domaines du recyclage, de l’agriculture et des activités de service.

Cette Étude prospective du Boston Consulting Group suppose, il est vrai, afin d’atteindre cet objectif, la réalisation des programmes du Grenelle devant permettre une réduction de 25% des émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2020, laquelle, nous dit-on, serait susceptible de générer 450 milliards d’euros d’activité sur douze ans.

Remarquons, toutefois, que ces chiffres sont revus à la baisse par certains analystes qui les jugent trop optimistes.

Les DRH ensuite. Là, les chiffres sont encore plus alarmants, puisque l’on apprend que la fonction Développement Durable ne serait plus rattachée à la Direction des Ressources Humaines, qu’à 2%, alors qu’elle était à 21% selon le 1er Baromètre.

Et il semble bien, en effet, que les Directions des Ressources Humaines se fassent, lentement mais sûrement, déposséder des problématiques du Développement Durable et de la Responsabilité Sociale des Entreprises, au profit de celles des Directions Financière et de la Communication.

En réalité, l’on constate que les Directions Développement Durable sont de plus en plus rattachées aux Directions de la Communication, dans la mesure notamment où le Rapport Responsabilité Sociale et Environnementale constitue un enjeu considérable en termes d’image.

A preuve, selon la récente Étude de l’Agence de Notation Sociale Vigeo, consacrée à l’analyse du Reporting de plus de 700 entreprises européennes sur l’exercice de leur responsabilité sociale, « lorsqu’elles communiquent sur leurs pratiques de responsabilité sociale, les entreprises cotées s’adressent en priorité à leurs actionnaires et aux marchés financiers. »

Soit dit en passant, cette situation nous vaut de constater quelques perles rares, s’agissant de l’information qui est savamment distillée par les Directions de la Communication, lorsqu’on analyse les Rapports Développement Durable de l’année 2008.

Telle, par exemple, la 2ème position occupée par France Telecom  pour « la qualité de son Reporting Social et Environnemental » - vous avez bien entendu ! - selon le classement établi par le Centre d’Information sur les Entreprises (CFIE-Conseil). Sans commentaire.

Quoiqu’il en soit, dommage pour les DRH, serions-nous tentés de dire, car leur mise à l’écart, en partie due à leur déficit d’investissement dans les champs du Développement Durable en général, et de la RSE en particulier, pourrait leur coûter fort cher. Le risque pour eux serait de se voir progressivement marginaliser.

Les DRH semblent laisser passer la chance historique qui leur est offerte, au vu des enjeux du Développement Durable et de la RSE, au plan local, régional, national, et international, d’être associés aux décisions stratégiques des entreprises.

Les jeunes diplômés ont des ressources, des idées, et de l’énergie à revendre. On peut leur faire confiance. Leur avenir ne paraît pas trop sombre, dans la mesure ou de nouvelles opportunités se pointent à l’horizon, notamment dans les métiers de Consultant Chargé de mission par exemple.

On est moins optimiste s’agissant des DRH.

Se pourrait-il, en définitive, que les DRH soient les grands perdants de ce « Business Game » DD et RSE, grandeur nature, qui se joue sous nos yeux ?


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