Economie Sociale et Solidaire vs RSE

« Emplois verts », mythe ou réalité ? Alors qu’en France la crise de l’emploi ne cesse d’augmenter, touchant notamment les jeunes, les seniors, et les chômeurs de longue durée, peut-on sérieusement croire que la « croissance verte » est susceptible de créer 600 000 emplois d’ici 2020 ?

Force est de constater, qu’ils sont nombreux,  parmi les analystes, ceux qui semblent en douter. Le Monde datĂ© du 25.05.10 Ă©crit que « dans une Ă©tude prĂ©sentĂ©e le 4 mai, Comment dynamiser la croissance verte, le cabinet de conseil Roland Berger en Ă©value les freins : absence de rĂ©elle filière, manque de coordination entre les activitĂ©s, rĂ©glementation “complexe et peu prĂ©visible”, surcoĂ»t des solutions vertes... ».

Le rapport intérimaire de la Stratégie pour une croissance verte, intitulé « Concrétiser notre engagement en faveur d’un avenir durable », élaboré au niveau ministériel par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques), énonce des «constatations préliminaires concernant un certain nombre de problèmes importants auxquels sont confrontés les décideurs désireux de promouvoir une croissance verte.»

Dans son avant-propos, le rapport de l’OCDE déclare : «La plus grave crise économique qu’il nous ait jamais été donné de connaître est en train de s’estomper, mais un retour à la normale n’est pas à l’ordre du jour. Partout dans le monde, les gouvernements sont confrontés à un triple défi des plus délicats, à savoir des niveaux de chômage record, des déficits budgétaires non viables et une croissance atone, et ce dans un contexte où les préoccupations environnementales et climatiques revêtent une importance grandissante dans la politique économique.»

Comment favoriser la création de richesses et d’emplois, ainsi que le développement des entreprises, est également la question posée par le rapport du député Francis Vercamer «L’Economie Sociale et Solidaire, entreprendre autrement pour la croissance et l’emploi» rendu public le 28 Avril 2010.

Faisant le triple constat selon lequel l’Economie Sociale et Solidaire (l’ESS) reprĂ©sente un secteur d’une grande diversitĂ©, mais aussi d’une rĂ©elle unitĂ© qui se considère insuffisamment reconnu ; que l’ESS aspire Ă  ce que ses spĂ©cificitĂ©s et ses prĂ©occupations soient mieux prises en compte par les pouvoirs publics ; qu’elle possède des atouts et des potentialitĂ©s insuffisamment pris en compte, et qu’elle appelle Ă  des approches renouvelĂ©es, ce rapport propose des orientations visant Ă  mettre en place des actions avec la volontĂ© de voir l’Economie Sociale et Solidaire,  «contribuer pleinement Ă  la croissance de notre pays et Ă  la crĂ©ation d’emplois.»

L’ESS semble donc avoir le vent en poupe; et devenir un Entrepreneur Social une solution alternative en ces temps de crise, afin d’une part d’être acteur de l’économie et, d’autre part, de remettre en question le système capitaliste.

Tant et si bien, que de très nombreuses écoles de commerce proposent désormais des formations d’Entreprenariat Social.

Se pourrait-il qu’en matière de création d’emplois le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire damne le pion à « l’or vert » promis par le gouvernement et le ministère du développement durable ?

Bien qu’il s’avère que l’ESS ne s’est pas autant développée en France que chez certains de nos amis européens, ne compte–t-elle pas aujourd’hui en France 200 000 entreprises et 2 millions de salariés ?

Selon certains experts, on estime Ă  500 000 le nombre de crĂ©ation d’emplois dans le secteur de l’ESS d’ici 2020. Selon l’Insee, en 2008, l’ESS reprĂ©sentait  près de 10 % du PIB.

Pour ne prendre qu’un seul exemple du dynamisme et de la crĂ©ativitĂ© de l’ESS, selon une Ă©tude portant sur le premier trimestre 2009 par l’association Recherches et solidaritĂ©s, en partenariat avec l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale, l’emploi dans les associations qui reprĂ©sente comme on le sait une grande partie des salariĂ©s de l’ESS, a progressĂ© de 2,8%. A la mĂŞme pĂ©riode, l’emploi dans le secteur privĂ©, quant Ă  lui, a chutĂ© de 1,6%.

Quelles sont-elles donc ces entreprises de l’ESS ? Ce sont des coopĂ©ratives, des mutuelles, des associations et des fondations. La banque, l’assurance, la santĂ©, l’agriculture, et la distribution sont les secteurs les mieux reprĂ©sentĂ©s. Selon l’Insee, l’ESS reprĂ©sente 64% des emplois dans le champ du social, 21,4% dans celui de la culture et l’audiovisuel, 24,7% dans le sport et les loisirs. En revanche, on observe aucune activitĂ© dans le secteur industriel.

Mais il s’agit maintenant de favoriser l’émergence de nouvelles entreprises et de nouvelles activités, ainsi que des nouveaux projets susceptibles de s’intégrer à l’économie nationale ou locale ; et il s’agit également d’améliorer l’environnement dans lequel les entreprises de l’ESS devront évoluer.

D’autant que les acteurs de l’ESS, secteur mal identifiĂ©, Ă  cheval entre l’économique et le social, ne disposent pas d’un interlocuteur officiel auprès du gouvernement.

Quoiqu’il en soit, preuve s’il en est de l’engouement pour l’ESS, et de sa vitalitĂ©, notons qu’a lieu du 4 au 6 Juin 2010 la 3ème Ă©dition du « Salon des SolidaritĂ©s : le rendez-vous des acteurs de la solidaritĂ© internationale » Ă  Paris-Porte de Versailles.

Selon une Ă©tude de Kelly Services parue en novembre 2009, 50 % des Français se dĂ©clareraient prĂŞts Ă  accepter un salaire infĂ©rieur pour travailler dans une «entreprise Ă©thique», et 78 % souhaiteraient exercer un emploi intĂ©grant une dimension morale, un souci de l’environnement et une politique socialement responsable.

Les métiers et les emplois de l’ESS ont un avenir. Qu’on se le dise. Vous en voulez une preuve supplémentaire ? La voici :

On prĂ©tend que la RSE est jalouse de ses succès et de son attractivitĂ© auprès des jeunes notamment. On dit que les acteurs de la RSE lorgnent du cĂ´tĂ© de l’ESS, ses rĂ©ussites et ses mĂ©thodes, et qu’ils cherchent Ă  s’en inspirer, voire Ă  l’imiter.

Certains s’en inquiètent mĂŞme. Ils affirment que la RSE n’est qu’un piège, un habit de façade, de la poudre aux yeux, et que l’auto-rĂ©gulation des entreprises n’est qu’un leurre;

Ils affirment Ă©galement que l’ESS est un modèle qui repose, quant Ă  lui, non pas sur la recherche du profit quel qu’en soit le prix, en termes humains, mais au contraire sur le lien social, des valeurs, des comportements et des pratiques qui s’inscrivent dans une longue histoire et tradition, tant au niveau national que local.

Va t-on assister Ă  une concurrence, voire une rivalitĂ©, l’ESS vs RSE?

5 commentaires pour “Economie Sociale et Solidaire vs RSE”

  1. c.oyarbide dit :

    Il me semble que la concurrence entre les deux modèles serait une excellente chose : elle Ă©viterait que l’un s’Ă©rige en modĂ©le totalitariste de vertu absolutiste (l’ESS) et que l’autre la snobe au nom de sa supĂ©rioritĂ© Ă©conomique (la RSE).
    A l’Ă©chelle des enjeux de la planète, on ne peut que souhaiter une Ă©mulation…

  2. Guillaume Chocteau (Ressources Solidaires) dit :

    Merci de l’article. Il prĂ©sente bien les parties, mais Ă  mon avis, ne pose pas la bonne question. Je ne vois pas en quoi RSE et ESS serait en opposition dans le schĂ©ma de modèle alternatif. Si l’on dĂ©ploie l’idĂ©e de RSE comme un modèle basĂ© sur des entreprises plus soucieuses des environnements sociaux, Ă©conomiques et environnementaux, l’ESS y trouvera naturellement sa place, aux cĂ´tĂ©s. Mais l’ESS est un secteur Ă©conomique avant tout, basĂ© sur une histoire, des valeurs et des acteurs identifiĂ©s et identifiables. Par une autre façon d’entreprendre, l’ESS interroge sur la rĂ©partition des pouvoirs et des dividendes. Ce que ne pose pas complètement la RSE, sauf erreur de ma part.
    Néanmoins, votre article est tout à fait intéressant et passera en revue de presse sur notre site.
    Merci.

  3. C. Bodet dit :

    Je suis d’accord avec G. Chocteau : il n’y a pas de raison d’opposer RSE et ESS : les acteurs de l’ESS s’intĂ©ressent depuis longtemps Ă  la RSE, la crĂ©ation du Bilan SociĂ©tal dans les annĂ©es 90 par le CJDES en est la preuve… (cf. http://www.cjdes.org/docs/Guide_BSA_CJDES.pdf )

  4. ccalvo dit :

    Mon billet fait rĂ©fĂ©rence Ă  certaines interrogations, en Ă©cho notamment Ă  un article signĂ© Jean-Marie Coen, chargĂ© de projets, et intitulĂ© ” RSE : Les nouveaux habits du capitalisme “.

    Précisons que ce débat se passe en Belgique.

    Quoiqu’il en soit, Jean-Marie Coen Ă©crit notamment ceci : ” (…) Puisque la RSE s’intĂ©resse si fort Ă  elle (l’Ă©conomie sociale), il est utile Ă  l’Ă©conomie sociale de s’intĂ©resser Ă  la RSE. (…) Et surtout , y a-t-il vraiment quelque chose de commun entre les pratiques de RSE et l’Ă©conomie sociale ? Dans cette analyse, nous dĂ©crirons pourquoi la RSE et l’Ă©conomie sociale nous semblent relever d’approches fort diffĂ©rentes et très peu comparables (…).

    Plus loin, il Ă©crit : ” (…) Nous terminerons en examinant quel positionnement l’Ă©conomie sociale pourrait prendre face Ă  cette lame de fond idĂ©ologique, qui peut s’apparenter parfois Ă  une opĂ©ration de propagande (…).

  5. lien article JM Coen dit :

    http://www.saw-b.be/EP/2010/A1005_RSE.pdf

Laisser un commentaire