La Diversité Enfant Pauvre de la RSE
On a trop tendance à oublier que la Diversité est l’une des composantes de la mise en place d’une démarche RSE, dans sa thématique Citoyenne, dont l’approche centrée autour du concept de Communauté accorde une importance capitale à la non discrimination.
Tant la communication des directions financières, relayée par les médias, qui porte en priorité son attention sur les questions environnementales, est propice aux effets d’annonces, aux prises de position emblématiques, et se prête à la séduction des messages publicitaires.
La Charte des Droits Fondamentaux de l’Union europĂ©enne stipule Ă l’article 21 : « Est interdite, toute discrimination fondĂ©e notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance Ă une minoritĂ© nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. »
En France, la Charte de la Diversité, lancée en octobre 2004, qui vise à inciter les entreprises à garantir la promotion et le respect de la Diversité dans leurs effectifs, compte plus de 2750 signataires. Le Label Diversité lancé en décembre 2008, en revanche, instauré à l’initiative de l’ANDRH et de l’Afnor, afin de concrétiser les démarches des entreprises qui se sont engagées dans la Charte de la Diversité, marque le pas. On ne compterait à ce jour que 90 entreprises Labellisées.
Non pas que les candidatures n’aient pas été nombreuses, bien au contraire ; mais la plupart d’entre-elles a été recalée. Beaucoup d’entreprises, parmi les plus prestigieuses, ont eu la naïveté de penser que l’obtention du Label Diversité ne serait qu’une simple formalité. Bien mal leur en a pris.
Le Label Diversité est en effet extrêmement contraignant, il exige des actions concrètes, ainsi que des objectifs précis et mesurables. Il s’agit bien, en l’occurrence, de la définition et de la mise en œuvre d’une Politique Diversité, pour laquelle la nomination d’une personne « chargé de la Diversité » n’ayant en vérité aucune compétence sur le sujet, ni aucune délégation d’autorité, ne saurait suffire.
Rappelons que le cahier des charges sur lequel les entreprises candidates sont auditées afin d’obtenir le Label Diversité, repose sur cinq critères : Dresser un état des lieux de la diversité ; Engager concrètement un dialogue social sur ce sujet ; Communiquer en interne, former et sensibiliser tous les salariés ; Prendre en compte la diversité dans tous les processus RH – du recrutement à la gestion des carrières – et l’évaluer.
Dans un billet publié le 30.03.10 par Novethic, Rodolphe Héderlé écrivait : (…) « beaucoup d’entreprises, notamment parmi les grandes, n’ont pas mis en place les processus de gestion des ressources humaines nécessaires pour garantir l’égalité des chances. La formalisation, et donc la traçabilité de ces processus, n’est pas suffisante. Dans les grandes entreprises, elle peut poser des problèmes informatiques et d’organisation pour récupérer et consolider toutes les données nécessaires au suivi des processus. Autre difficulté, la méconnaissance du cadre juridique. Certaines entreprises ont ainsi présenté des fichiers sur les origines ethno-raciales de leurs salariés à l’Afnor, une pratique proscrite par la loi. Malgré le débat médiatique sur la question, « cette interdiction n’est pas toujours connue », confirme Thierry Geoffroy. »
De fait, le Conseil de l’Europe s’est rĂ©cemment inquiĂ©tĂ©, dans un rapport publiĂ© le 15.06.10, de la persistance des discriminations raciales en France. Bien qu’il salue le travail de la Halde et celui effectuĂ© par la CitĂ© Nationale de l’Histoire de l’Immigration, le Conseil de l’Europe constate que les discriminations Ă l’embauche demeurent « insuffisamment dissuasives ». VoilĂ qui est joliment dit. Dans notre belle langue française, dans la catĂ©gorie « figures de style », on appelle cela un euphĂ©misme.
Sur le front de l’EgalitĂ© hommes femmes, dans le champ spĂ©cifique de l’éducation, la situation ne semble pas avancer pas non plus, et ce dans tous les pays europĂ©ens. La Commission europĂ©enne a prĂ©sentĂ© le 07.06.10 une Ă©tude sur la manière dont les pays europĂ©ens abordent les inĂ©galitĂ©s entre les hommes et les femmes dans l’Ă©ducation. D’oĂą il ressort que « des diffĂ©rences liĂ©es au sexe persistent tant dans le choix des Ă©tudes que dans le niveau d’instruction atteint ».
Selon la Commission europĂ©enne, l’obstacle majeur de ces diffĂ©rences est liĂ© Ă la persistance des rĂ´les et stĂ©rĂ©otypes fĂ©minins et masculins. « Hormis quelques exceptions, tous les pays d’Europe appliquent ou prĂ©voient d’appliquer une politique Ă©galitaire entre les hommes et les femmes dans le domaine de l’Ă©ducation. L’objectif premier est de battre en brèche les stĂ©rĂ©otypes et le partage traditionnel des rĂ´les masculins et fĂ©minins, mais il s’agit aussi de renforcer la reprĂ©sentation des femmes dans les instances de dĂ©cision, de contrecarrer les schĂ©mas classiques concernant le niveau d’instruction atteint par les garçons et les filles, ou encore de lutter contre le harcèlement liĂ© au sexe en milieu scolaire » peut-on ainsi lire sur le Site FenĂŞtre sur l’Europe.
La Commission fait le constat selon lequel les États prennent peu d’initiatives pour informer les parents sur les questions d’Ă©galitĂ© entre les sexes et les associer plus Ă©troitement Ă la promotion de l’Ă©galitĂ© hommes femmes dans l’Ă©ducation. On touche sans doute lĂ au cĹ“ur de la problĂ©matique de la promotion de la DiversitĂ©. Qu’il s’agisse de l’égalitĂ© hommes femmes, des personnes en situation de handicap, des seniors, des minoritĂ©s ethniques et culturelles, ou de toute autre forme de discrimination, il semble bien dĂ©cidemment que l’éducation soit l’action prioritaire Ă mener afin de lutter efficacement contre l’exclusion sociale et pour l’égalitĂ© des chances.
En France, si l’on en juge par la publication, en 2008, des résultats de l’étude intitulée « Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires », réalisée pour le compte de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE), par l’Université Paul Verlaine de METZ, sous la direction de Pascal Tisserant et Anne-Lorraine Wagner, force est de constater que la partie n’est pas gagnée. Autre euphémisme.
Commentant les résultats édifiants de cette étude, Louis Schweitzer le président de la Halde, n’avait-il pas alors déclaré : « Les programmes ne mettent pas la Lutte contre les Discriminations au centre de l’éducation » ? - précisant que les manuels scolaires n’étaient ni racistes, ni sexistes, mais « qu’ils reflétaient la société d’hier plutôt que la société d’aujourd’hui ou celle de demain. »
On aimerait croire que les nouvelles Ă©ditions des manuels scolaires ont pris en compte ces remarques, suggestions, et critiques. Est-ce trop demander Ă l’Éducation Nationale que de faire un effort afin d’ĂŞtre en phase avec la sociĂ©tĂ© de son temps ?
juillet 5th, 2010 Ă 15:47
Je vous invite Ă regarder une excellente Ă©mission sur l’Ă©galitĂ© des chances cause nationale ou incantation opportuniste ? Emission au cours de laquelle HervĂ© Morin, prĂ©sident du Nouveau Centre a dĂ©clarĂ© : “La diversitĂ© souffre des blocages de la sociĂ©tĂ© française” HervĂ© Morin y dĂ©fend aussi l’idĂ©e du CV anonyme comme l’un des moyens pour faciliter l’Ă©galitĂ© des chances. Il envisage Ă©galement les quotats qui sont appliquĂ©s dans les entrepises amĂ©ricaines, tout en reconnaissant que cela serait difficilement applicable chez nous. Enfin, il Ă©voque la facilitation des mĂ©thodes d’embauche ou encore les problèmes d’orientation…
http://hrchannel.com/event/557/recrutement-et-diversite/egalite-des-chances-cause-nationale-ou-incantation-opportuniste