La longue marche de l’Egalité Femmes/Hommes
La récente étude coordonnée par l’Observatoire sur la responsabilité sociétale en entreprise (ORSE), intitulée « Les pères dans la publicité : Une analyse des stéréotypes à l’œuvre », réalisée par le sociologie Eric Massé, qui porte sur la « mise en scène » de l’univers des hommes et du culte des valeurs masculines, met en évidence la triste réalité des représentations discriminatoires dont sont victimes les femmes.
Pour Eric Massé, il ne fait pas de doute que la publicité reflète « un monde post-féministe». « C’est l’anti-féminisme qui a gagné », déclare-t-il. Il apparaît, selon cette étude, que les messages publicitaires véhiculent majoritairement les préjugés et stéréotypes classiques, soit d’un côté la femme au foyer, et, de l’autre, l’homme au travail déconnecté des affaires familiales.
Le constat du sociologue rejoint en cela d’autres du même genre, notamment celui de Brigitte Gresy Membre de l’Inspection Générale des Affaires Sociales, auteure en Juillet 2009 d’un « Rapport préparatoire à la concertation avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes » ; le rapport relève les stéréotypes associant la légitimité de l’homme à la sphère publique, et celle de la femme à la sphère privée ; et Brigitte Gresy d’affirmer que c’est surtout aux politiques publiques de jouer un rôle. Selon elle, le rééquilibrage des sphères ne saurait advenir « tant que les questions de modes de garde des enfants, de partage du congé parental ou de temps partiel imposé n’auront pas été prises à bras-le-corps par les élu(e) s. »
Les préjugés et stéréotypes sont enracinés dans notre vécu et notre émotionnel. Les chercheurs en sciences humaines et sociales le savent fort bien, qui nous font observer que les préjugés et stéréotypes structurent nos représentations collectives et l’imaginaire populaire. Les préjugés et stéréotypes sont une catégorisation pouvant donner lieu à des discriminations, lesquelles à leur tour génèrent des inégalités.
Les études montrent que les préjugés et stéréotypes sont, en vérité, des croyances apprises très tôt, dès la tendre enfance. Dès lors, on ne peut que s’inquiéter, en prenant connaissance des conclusions de l’étude que La HALDE a fait réaliser, de juin 2007 à mars 2008, sur la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires. Car, qu’y apprend-t-on, s’agissant des représentations hommes/femmes ?
Entre autres, que l’image des hommes et des femmes est traitée différemment ; que les hommes sont plus représentés que les femmes; que, concernant les illustrations du milieu professionnel, 1046 présentent des hommes et 341 des femmes. Plus d’un homme sur quatre est présenté en position supérieure (un patron/une secrétaire) ou occupant la figure la plus prestigieuse d’un secteur d’activité (un chirurgien/une gynécologue) ; et également, que les femmes sont peu représentées dans le monde économique et politique. Elles apparaissent essentiellement comme « icône » ou «emblème » - Marianne, déesses grecques ou romaines - ou comme « fille de » ou « femme de » - Joséphine de Beauharnais - ou «mère de » - par exemple Létizia, mère de Napoléon - ou bien encore entourées d’enfants, en représentation de la famille bourgeoise ou en séductrices.
Mais le pire n’est pas là . Le pire, selon nous, le voici : plus de la moitié des enseignants interrogés, toujours selon cette étude, estime que les manuels scolaires n’offrent pas une position réellement dévalorisante aux femmes, même s’ils s’accordent à reconnaître la récurrence de quelques stéréotypes telle que les femmes de ménage, les femmes actives aux petits métiers dévalorisés, les femmes fragiles ou soumises, et autres femmes « gentilles », ou « idiotes » ou « objet du désir masculin ».
Or, la réalité des discriminations des femmes dépasse la fiction, ce n’est pas que de la pub ou du cinéma. Selon l’Observatoire des Inégalités, le temps des loisirs est réparti de façon inégalitaire entre le père et la mère ; après une naissance 6 mois après une naissance, 29 % des femmes n’ont plus du tout d’activité associative contre 17 % des hommes. En moyenne, les femmes consacrent près de 3h30 par jour aux tâches domestiques contre 2 heures pour les hommes. Si le taux de chômage des femmes est équivalent à celui des hommes, par contre leurs conditions d’emploi sont loin d’être identiques ; 5,5 % des actifs sont en temps partiel et souhaiteraient travailler plus, essentiellement des femmes. Le plafond de verre reste une réalité en France : seules 17 % des entreprises françaises sont dirigées par une femme, avec des disparités en fonction du secteur d’activité ou de la taille de l’entreprise ;
Le taux de pauvreté féminin était de 7,4 % en 2007, tous âges confondus, contre 6,9 % pour les hommes. Cet écart est encore plus marqué chez les plus jeunes et les plus âgés. Les femmes gagnent 27 % de moins que les hommes. L’écart est de 19 % pour des temps complets et 10 % à poste et expérience équivalents ;
Dans le secteur de l’éducation, un quart des diplômés des écoles d’ingénieurs sont des femmes. En revanche, elles représentent 70% des étudiants en lettres et sciences humaines. En politique, dix ans après la Loi sur la Parité, on ne compte que 18,5% de femmes à l’Assemblée et 21,8 % au Sénat. Dans les Arts et Lettres, sur 630 prix littéraires décernés depuis le début du 20ème siècle, 15 % ont été attribués à des écrivains femmes.
Dans ce même registre, l’étude de l’Insee 2008 intitulée « Femmes et hommes - Regards sur la parité » dont l’objectif est de faire le point sur la situation des hommes et des femmes dans la société française en matière de démographie, famille, santé, éducation, activité, revenus, loisirs, met en évidence la « persistance d’inégalités ».
Mais n’allez pas croire pour autant qu’il faille désespérer de tout. Bien au contraire. L’Histoire est faite de luttes sans fin pour l’obtention des Droits Humains, et l’Egalité des Genres n’échappe pas à la règle. Il suffit pour s’en convaincre de visiter le Site de l’Unesco et d’apprendre, entre autres, que la Division pour l’Egalité des Genres assure la mise en Å“uvre du « Plan d’Action Priorité Egalité des Genres », l’une des deux priorités mondiales de l’Organisation pour 2008-2013.
Ou de lire l’ouvrage de Sylvie Schweitzer « Femmes de pouvoir, Une histoire de l’égalité professionnelle en Europe (XIXème-XXIème siècles) », éd. Payot, dans lequel on apprend que les avancées des droits des femmes sont liées aux mutations économiques et sociales, et que les luttes des femmes ont été, plus souvent qu’on ne l’imagine, soutenues par des hommes «féministes ».
Ce qui laisserait à penser que l’Egalité des Genres ne se fera pas contre les hommes, mais avec eux. C’est une bonne nouvelle.