Lutte contre le Changement Climatique : la Coalition des entreprises et États

La lutte contre le changement climatique agit comme un puissant catalyseur. On a longtemps désespéré de voir converger les objectifs du développement durable et ceux de la RSE. Tant les intérêts des États, des ONG et des agences internationales d’une part, des entreprises d’autre part, paraissaient aux antipodes.

Les premiers brandissant la menace de la régulation, les seconds s’y opposant au motif de leur engagement volontaire, c’est-à-dire de l’autorégulation.

Or, il semble qu’on assiste à l’émergence d’une coalition internationale en faveur de la lutte contre le changement climatique. Développement durable et RSE s’unissent pour définir une stratégie commune autour d’un seul et même objectif : priorité au climat.

Durant trois décennies, depuis la publication en octobre 1987 du rapport Brundtland, jusqu’à l’accord de la COP21 en 2015 à Paris où 195 États se sont accordés sur un objectif de limitation du réchauffement mondial entre 1,5° C et 2°C d’ici 2100, la lutte contre le changement climatique a connu de nombreux obstacles.

Stratégie d’adaptation et d’atténuation

Le rapport Brundtland avait marqué les esprits, il avait réussi à populariser le concept de développement durable en décrivant les liens qui existent entre les questions environnementales et les enjeux sociaux, économiques et culturels.

Fondé en 1988, le Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) s’est donné pour mission d’évaluer les fondements scientifiques du changement climatique lié à l’activité de l’homme, afin d’en comprendre les risques et d’envisager des stratégies d’adaptation et d’atténuation.

 

 

 

Fort d’une équipe constituée de 2500 scientifiques, le GIEC avait établi en 2007 la responsabilité des activités humaines dans le changement climatique.

Le sommet de Rio en 1992, le protocole de Kyoto en 1997, le sommet du millénaire en 2000, l’entrée en vigueur du rapport de Kyoto en 2005, ou l’adoption en 2011 par l’Union Européenne d’une feuille de route visant à réduire de 80% à 95% les émissions de gaz à émissions de serre d’ici 2050, sont quelques-uns des marqueurs historiques de l’odyssée du développement durable.

Menaces et Opportunités

Parallèlement, alors que le concept de RSE apparu dans les années 1950 autour de l’action philanthropique avait essaimé, de nouvelles démarches méthodologiques et théories ont vu le jour, parmi lesquelles les notions de responsabilité sociale et sociétale dans les années 1970 ; l’éthique des affaires et la théorie des parties prenantes dans les années 1980 ; l’entreprise citoyenne, et la gouvernance dans les années 2000.

L’urgence de mener la lutte contre le changement climatique et de mettre un terme à  l’insoutenabilité de notre modèle économique s’impose de plus en plus.

En 2015 l’humanité avait entamé le 13 août une deuxième planète. Il nous aura alors fallu que 225 jours pour épuiser toutes les ressources que la terre peut fournir en une année. En 2016,  « overshoot day » (le jour du dépassement) a eu lieu le 8 août  selon le Global Footprint Network. Selon toute vraisemblance, en 2017 ce sera le 2 août.

Les entreprises se mobilisent, elles prennent la mesure des risques mais également des opportunités que représente le changement climatique, lequel tend à intégrer leur business modèle.

Le climat, risque mondial n°1

Aux USA 902 entreprises ont, conjointement avec 125 villes, 9 états et 183 universités, réunis sous l’initiative « We Are Still In » (« Nous sommes toujours dans l’Accord de Paris »), envoyé le 5 juin 2017 un message au monde, s’engageant à ce que les promesses de réduction des émissions de leur pays soient respectées.

En France, 72% des 40 grandes sociétés étudiées par le cabinet EY identifient le risque climatique au sein du chapitre dédié de leur document de référence.

Le rapport du Forum Économique Mondial de 2016 sur les risques dans le monde a classé le changement climatique à la première place.

En quelques décennies, le changement climatique est passé d’une question scientifique à environnementale, puis sociale et sociétale. Last but not least, le risque climatique s’est hissé au Top 10 mondial des risques financiers.

 

Jonction du développement durable avec la RSE

L’Association française des entreprises privées (AFEP) a remis un rapport dévoilant 100 engagements d’une trentaine d’entreprises en matière d’économie circulaire; issues de 18 secteurs d’activité différents, ces entreprises ont été accompagnées par l’Ademe et WWF France dans la définition de leurs engagements.

Le groupe d’experts européen sur la finance durable lancé par la Commission européenne travaille activement sur une première série de recommandations qui seront présentées dans un rapport intermédiaire mi-juillet 2017.

Pour les entreprises, les conséquences sont importantes voire inattendues. Engagées dans la transition énergétique, elles poussent les États à agir alors même que ces derniers sont tentés de mettre en place des dispositifs de régulation plus contraignants. D’aucuns affirment que tout cela n’est que mise en scène et poudre aux yeux.

Interactions dynamiques

C’est feindre d’ignorer, que c’est parce que les entreprises prennent des initiatives et mettent en place des actions, que les États s’autorisent à les inciter à s’engager toujours davantage en faveur du développement durable et de la RSE.

La jonction du développement durable avec la RSE est opérée. Union sacrée face au danger, et intérêts réciproques bien compris, vont de pair.

il aura fallu patienter près de trois décennies, avant que ne s’estompe la défiance entre États et entreprises, et pour voir s’instaurer le dialogue puis la négociation. La culture du consensus semble prévaloir.

Auparavant, les partenariats entre entreprises et ONG, entreprises et territoires, ou entreprises et agences internationales (Global Compact) avaient montré la voie. L’heure de la coopération entre entreprises et États a sonné.

La convergence des objectifs du développement durable et de la RSE, des États et  des entreprises, perceptible depuis quelque temps déjà  (« Le changement climatique, accélérateur de RSE ») autour des risques liés au changement climatique, tend à se muer en une coalition internationale.

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