La circulaire, la diversité et l’économie

L’émotion qui déborde les clivages politiques traditionnels, jusqu’au Medef, suscitée par la circulaire visant à limiter les possibilités de recrutement en France d’étudiants étrangers diplômés, ne cesse de gagner en ampleur. L’appel du Collectif du 31 mai intitulé « L’université est universelle : la matière grise est de toutes les couleurs ! » a réuni à ce jour  près de 30 000 signatures.

Malgré l’annonce de la publication d’une nouvelle circulaire, cette émotion et l’opposition née de celle-ci ne semblent pas se démentir. Afin « de dissiper tout malentendu » le gouvernement vient d’exprimer, dans un communiqué publié le 4 janvier 2012, son intention « d’adresser aux préfets une circulaire complémentaire, donnant les orientations applicables à la situation spécifique des diplômés étrangers hautement qualifiés de niveau au moins égal au master 2, qui souhaitent acquérir en France une première expérience professionnelle, conformément à la loi en vigueur. »

Un malentendu, s’agit-il vraiment que de cela ? Comme le précise le Collectif du 31 mai, « la circulaire rappelle explicitement que le nombre d’étrangers entrant en France pour motif professionnel (…) doit diminuer ». Pour cela, il ne doit plus être accordé « aucune facilité particulière dans l’examen de la procédure de délivrance d’une autorisation de travail » aux étudiants étrangers.

Il est donc plus difficile pour les étrangers ayant étudié en France d’obtenir après leurs études une autorisation de travail. Il sera aussi plus difficile de venir étudier en France, et déjà des doctorants se voient refuser le renouvellement de leurs titres de séjour. Le message de la circulaire est clair : « étranger, ne viens pas étudier chez nous, et n’espère pas trouver un emploi au terme de tes études. »

Communiqué contre communiqué. Le collectif du 31 mai a répondu le 4 janvier au gouvernement : « rien n’indique à ce stade que la situation va réellement s’améliorer pour les diplômés étrangers. D’abord, parce qu’il minimise la gravité de la situation en parlant de « malentendus », ce qui est offensant pour ces diplômés qui sont aujourd’hui confrontés à des ordres de quitter le territoire – un « malentendu » ? Ensuite parce qu’il continue à mettre en avant des critères subjectifs qui livrent les diplômés étrangers à l’arbitraire des services administratifs. »

Loin d’être un malentendu, en effet, il est fort à craindre que cette circulaire s’inscrive dans une stratégie et qu’elle soit le dernier avatar d’une série de décisions politiques mûrement réfléchies visant à légitimer et pérenniser des pratiques discriminatoires. Le Collectif du 31 mai ne s’y trompe pas qui affirme que, quelle que soit la nouvelle circulaire, il observera « très concrètement si la situation des diplômés étrangers devient enfin digne de notre pays ».

Le Collectif renforce et durcit par ailleurs son action. Il a organisé le 10 janvier 2012 l’organisation d’une séance publique au cours de laquelle il a fait intervenir une dizaine de duos parrain/filleul.

Chaque filleul a exposé son parcours et les difficultés auxquelles il est confronté, et le parrain a évoqué les raisons de son soutien. Parmi les parrains présents,  remarquons Albert Fert (prix Nobel de physique), Vincent Berger (président de l’université Paris 7), Patrice Brun (président de l’université Bordeaux 3), Caroline Fourest (éditorialiste), Caroline Huppert (réalisatrice), Tonie Marshall (réalisatrice).

Le gouvernement serait bien avisé de reconsidérer sa position. La France n’est pas seulement sous la menace de perdre sa notation triple A. Elle risque désormais davantage. Avec la circulaire du 31 mai 2011, c’est son image qui est dans la balance. Elle pourrait, non seulement, perdre une part importante de son prestige international, mais aussi, et surtout, les retombées économiques générées par celui-ci, en France et à l’étranger.

On s’appelle ça le Capital Marque, et cela vaut pour un pays autant que pour une entreprise.

Ce texte a été publié le 06/01/2012 sur Le Cercle les Échos

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