Dans l’imaginaire collectif les dirigeants d’entreprise sont généralement perçus comme étant insensibles au changement climatique, voire coupables d’inaction. Or, une étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), vient tordre le cou à cette image.

Le slogan «les dirigeants d’entreprise pour le climat», peut-il rimer avec celui de «la jeunesse pour le climat»? Dirigeants d’entreprise et jeunesse sont-ils sur la même longueur d’onde?

Selon les résultats de cette enquête, les dirigeants d’entreprise affirment à 69 % être très ou assez favorables à l’augmentation de la taxe carbone, 79 % acceptent qu’on impose davantage les véhicules les plus émetteurs de GES, et 66 % qu’on taxe plus le transport aérien pour favoriser le train.

Ils sont 80% à accepter de renforcer la réglementation sur les émissions de gaz à effet de serre, 85 % à encourager la généralisation des obligations de rapports environnementaux des entreprises, et 90 % à ce que l’on étende l’affichage environnemental des biens de consommation.

De manière plus surprenante encore, 84% des dirigeants d’entreprise se disent très ou plutôt favorables aux mesures de régulation sur les entreprises.

Adaptation

Il n’en demeure pas moins, qu’au-delà des déclarations d’intention, mettre en place une stratégie de lutte contre le changement climatique structurée ne s’improvise pas.

Avoir une sensibilité écologique est une chose, avoir un comportement écologique en est une autre. Cela vaut autant pour les dirigeants que pour les jeunes, lesquels étaient entre 30.000 à 40.000 à défiler vendredi 15 mars 2019 à Paris, et près de 150 000 partout en France pour la grève mondiale pour le climat lancée par la jeune Suédoise Greta Thunberg.

Pour les dirigeants, il s’agit dans un premier temps de s’interroger sur les raisons de s’engager dans un processus d’adaptation au changement climatique, puis à réaliser une évaluation de la vulnérabilité de l’entreprise à des événements climatiques variés, récurrents, inattendus et inconnus.

L’identification des vulnérabilités de l’entreprise passe par une analyse de chaque site et de chaque fournisseur clé. Pour faire face aux conséquences et risques du changement climatique et mettre en œuvre une stratégie efficace, l’entreprise fait appel à l’intelligence collective afin d’impliquer le management, de motiver, sensibiliser, former, mobiliser les énergies, idées, initiatives, bonnes volontés, et les talents.

dirigeants d'entreprise

Le changement climatique génère des contraintes nouvelles, mais aussi de nouvelles opportunités, il impacte la chaîne de valeur depuis les fournisseurs jusqu’aux clients.

La démarche d’adaptation au changement climatique permet de renforcer la stratégie de différenciation concurrentielle, de management de l’innovation, d’ouverture à de nouveaux marchés.

Convergence

L’hypothèse d’une convergence d’action entre dirigeants d’entreprise et jeunesse en faveur du climat, face à l’indécision et la prévalence des égoïsmes et des idéologies identitaires de la plupart des pays du monde, est attestée par des événements ayant eu lieu en 2018.

C’est ainsi que les dirigeants de 50 grandes entreprises mondiales, qui représentent aujourd’hui un chiffre d’affaires total de plus de 1,5 billion de dollars, ont adressé le 29 novembre 2018, en amont de la COP 24 qui s’est tenue du 2 au 14 décembre, à Katowice, en Pologne, une lettre ouverte demandant une plus grande collaboration des gouvernements du monde entier afin d’accélérer la lutte contre le changements climatique.

Et que durant cette COP24, 43 entreprises dont Adidas, Burberry, Esprit, Guess, Gap, Hugo Boss, H & M, Levi Strauss & Co., Puma, Kering (Gucci, Saint Laurent), Stella McCartney, Inditex (Zara et Bershka) ont signé la « charte de l’industrie de la mode pour l’action climatique » sous les auspices du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Manifeste

Pour l’entreprise, la convergence avec la jeunesse est loin d’être un vain mot, une posture, ou un effet de mode, elle est stratégique et s’intègre à la gestion des risques, d’autant que les étudiants se disent déterminés à sélectionner leurs employeurs en fonction de leur politique climatique.

Dans le Manifeste pour un réveil écologique, publié en octobre 2018, plus de 30 000 étudiants de Polytechnique, HEC, ENS ou AgroParisTech ont appelé à questionner notre société, notre mode de vie, les responsables politiques, et le business model des entreprises.

« Face à l’ampleur du défi, nous avons conscience que les engagements individuels, bien que louables, ne suffiront pas. En effet, à quoi cela rime-t-il de se déplacer à vélo, quand on travaille par ailleurs pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou de l’épuisement des ressources ? Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes. »

Les étudiants ne veulent pas se contenter de travailler pour une marque prestigieuse, ou de bénéficier d’une rémunération avantageuse, ils revendiquent le droit d’œuvrer pour leur avenir et la planète, et de vivre dans une économie soutenable. Ils se mobilisent pour le climat et mettent la pression sur les entreprises, les États et les gouvernements.

Toujours en 2018, on se souvient qu’un collectif d’étudiants de Sciences Po a demandé la fin du partenariat entre Total et l’école, une initiative s’inscrivant dans le mouvement mondial « Zéro Fossile » (fossil free) né sur le campus américain du Swarthmore College dans la banlieue de Philadelphie en 2010.

dirigeants d'entreprise

Si les dirigeants d’entreprise et la jeunesse sont susceptibles de trouver un terrain d’entente pour ce qui relève des actions à mener pour lutter contre les dérèglements climatiques, il n’est pas sûr qu’il en soit de même en ce qui concerne les valeurs partagées.

Afin que les uns et les autres soient sur la même longueur d’onde, encore faut-il que les entreprises situent leurs actions sur le long terme, alors que celles-ci s’inscrivent trop souvent sur le court terme. Il y a urgence, et la jeunesse n’appelle pas à l’avènement d’un monde restauré, mais d’un monde nouveau.

Quoique fragile et inattendue, la coalition des entreprises et de la jeunesse représente une force motrice, à laquelle les ONG environnementales et la communauté scientifique peuvent s’agréger, pour faire pression sur les États et les gouvernements du monde.

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