Faire un état des lieux de l’implémentation de la RSE dans les entreprises demeure un défi, sinon un exercice périlleux, voire impossible, tant les résultats de la plupart des études en France ou à travers le monde dont nous disposons semblent imprécis, ambigus, et contradictoires.

D’autant qu’on est parfois en droit de questionner, ici la rigueur méthodologique de certaines d’entre elles, là leur manque d’objectivité ou leur évidente complaisance.

Il n’existe pas à ce jour, à proprement parler, d’état des lieux exhaustif c’est à dire précis et documenté de l’implémentation de la RSE dans les entreprises.

On peut en revanche compter sur des travaux de recherche sociologiques qui tentent tant bien que mal de jouer le jeu de la transparence, compte tenu de la complexité et du périmètre de la mission d’une part, de la difficulté à recueillir auprès des entreprises répondantes des informations fiables d’autre part.

ll y a mille et une manières de cerner puis de formuler l’engagement vrai ou supposé des entreprises, le degré de crédit qu’il faut accorder à leur communication, aux objectifs déclarés, aux actions mises en place, aux résultats obtenus, et écarts constatés.

On sait par ailleurs que la place qu’occupe la direction de la RSE au sein de l’organisation, son rattachement aux organes du pouvoir, l’autorité et la légitimité dont elle bénéficie, ou le leadership dont elle fait preuve, varient considérablement d’une structure à une autre.

Implémentation de la RSE

La pertinence de la direction de la RSE est souvent une affaire de personne certes liée à l’expertise, le parcours professionnel et les compétences transversales, mais également à la qualité du réseau interne et externe, et la relation de confiance et de proximité entretenue avec le dirigeant.

Comment traduire ces données immatérielles en chiffres et pourcentage ? Autant d’éléments subjectifs déterminants qui échappent à l’enquêteur. C’est la raison pour laquelle on enregistre étude après étude une forte hétérogénéité dans le rattachement de la direction RSE.

Nombre de rapports notent de manière anecdotique que « le rattachement de la RSE se disperse dans l’entreprise », preuve s’il en est que son ancrage dans la culture organisationnelle fait gravement défaut.


Imagine-t-on qu’une étude portant sur la gestion des risques et la politique de réduction des coûts vienne à conclure que la direction financière est dispersée dans l’entreprise?

Et que dirait-on, d’une étude sur le management des compétences et du capital humain, qui mettrait en évidence que la direction des ressources humaines était dispersée dans l’entreprise ? L’implémentation de la RSE serait-elle soluble dans l’entreprise ?

Déclarer comme le répète à l’envi la plupart des entreprises que la RSE est inscrite dans sa stratégie ou – mieux encore – dans son ADN, est un leurre; d’autant que – c’est un secret de polichinelle – les concepts, enjeux et principes du développement durable et de la RSE sont peu ou prou appréhendés par la plupart des dirigeants.

Difficile dans ces conditions de prendre pour argent comptant les résultats des études portant sur l’état des lieux de la RSE. Celle publiée par l’Afnor en novembre 2019 n’échappe pas à ce constat.

A moins de traquer l’information dans ses moindres recoins, de lire entre les lignes, de relever les omissions volontaires, d’analyser non pas ce que les entreprises disent mais ce qu’elles dissimulent, de chercher le message derrière le message, de débusquer les enjeux cachés, de décoder la communication bien huilée et la stratégie d’affichage. « Il faut traquer l’inattendu pour trouver la vérité. » (Héraclite).

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