Ethique d’entreprise et éthique personnelle sont l’avers et l’envers d’une même même médaille. A ceux qui prétendent que la RSE ne serait qu’un effet de mode, une stratégie marketing, une parade visant à se prémunir contre les risques liés à la régulation, il n’est pas inutile de rappeler que l’éthique qui en est la valeur principale et la clef de voûte trouve ses origines jusque dans l’antiquité.

On ne peut que constater depuis, l’étonnante vitalité et continuité historique de la réflexion sur l’éthique, notamment dans la pensée occidentale.

Le but de l’éthique, selon les philosophes grecs, est le bonheur. Toute activité humaine, nous dit Aristote, vise quelque chose de bon, c’est-à-dire le bien, sachant que ce qui est ultimement visé, le bien placé au sommet, est le bonheur.

Du point de vue philosophique, l’éthique relève d’un comportement, d’une manière d’agir, et d’une réflexion, afin d’être en mesure de faire la distinction entre de ce qui est bien et ce qui est mauvais de faire, et qui suppose de se doter d’une règle de vie. L’éthique constituait dans l’antiquité grecque le couronnement de tout système philosophique.

Epicurisme

L’épicurisme par exemple, contrairement à l’idée qui semble prévaloir dans l’imagination populaire, ne consiste pas à la recherche du plaisir, fût-il raffiné; c’est une démarche éthique visant à la satisfaction des désirs naturels, et à fuir les satisfactions extrêmes telles que la richesse, les possessions, le pouvoir, ou la quête de l’immortalité.

Ethique personnelle

Épicure disait que la recherche des plaisirs extrêmes conduisait les individus à des passions ruineuses et au malheur; et Socrate se disait scandalisé par l’immoralisme et le goût immodéré du luxe des citoyens de la cité d’Athènes.

Il n’est pas inutile de préciser que, du point de vue de la philosophie, la recherche de ce qui est bien et mauvais de faire n’a rien à voir avec l’idée du bien et du mal. L’éthique est une démarche personnelle exigeante qui s’applique au réel, c’est un travail intérieur, en soi et sur soi.

Celui qui entreprend une démarche éthique personnelle de type philosophique est un individu modéré, qui ne se livre à aucune violence verbale ou physique, qui ne condamne pas, ne juge pas, et ne prétend pas détenir la vérité; bien que la recherche de la vérité soit indissociable de la démarche éthique.

Lumières

Rien n’est plus étranger à la démarche éthique personnelle que le dogme, le prosélytisme, ou le fanatisme. La démarche éthique privilégie le dialogue, l’écoute, la confrontation des idées, et l’expérience de la vie.

Plus près de nous, au XVIIIème siècle, les philosophes des Lumières avaient pour ambition de fonder une éthique humaniste, résolument laïque par sa pratique mais aussi par sa spiritualité, dans laquelle la politique serait le prolongement de la morale. (« L’Éthique des Lumières, Les Fondements de la morale dans la philosophie française du XVIIIe siècle » Jacques Domenech, éd. Vrin, 2008).

On se rapproche des interrogations, doutes, et préoccupations de nos sociétés contemporaines. Si l’on rapporte les préceptes philosophiques, d’une part aux enjeux du développement durable et de la RSE, d’autre part aux défis posés par la globalisation ainsi qu’à la crise systémique à laquelle nous sommes confrontés, on comprend que l’exigence éthique de nos sociétés contemporaines si elle veut se donner les chances de réussir, ne doit pas seulement concerner l’entreprise, l’institution publique, ou l’État, mais tous les individus.

rse

L’éthique sociale, sociétale, et environnementale, comme l’éthique philosophique, renvoie en définitive à la responsabilité de chacun.

Culture psychique vs culture physique

Vingt-cinq siècles après les anciens grecs, des penseurs de toutes cultures et régions du monde, issus de toutes les disciplines à travers le monde, des autorités religieuses de toutes confessions, mais aussi des institutions et agences internationales telles que l’ONU, l’Organisation Mondiale pour la Santé, l’Organisation Internationale du Travail, Handicap International, Amnesty International, ou la Norme RSE ISO 26000 s’agissant des entreprises privées, poursuivent inlassablement le travail de réflexion afin d’élaborer une conception de l’éthique à l’échelle de l’humanité.

C’est le sens qu’il faut donner à tant d’avancées s’inscrivant dans le champ des droits humains, ainsi qu’aux succès de l’année 2015, dont ceux des 17 Objectifs du Développement Durable, et du Pacte mondial de la COP 21.

Selon Edgar Morin le problème principal pour chaque individu est celui de sa propre barbarie intérieure. « Travailler à bien penser » serait devenu un enjeu vital pour résister à la cruauté du monde et à la barbarie humaine. « Nous sommes encore à la préhistoire de l’esprit humain ».

Le philosophe français nous invite à nous donner les moyens de mener un travail sur nous-mêmes grâce à « l’auto éthique (…) véritable culture psychique, plus difficile mais plus nécessaire que la culture physique. »

La convergence de l’éthique personnelle de chaque salarié et celle du dirigeant est l’une des clefs de l’ancrage de la RSE dans la culture organisationnelle.

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