Éthique des Dirigeants : Le Spectre du Dégagisme

L’éthique des dirigeants d’entreprise est sur la sellette car l’heure est, dit-on, à la moralisation de la vie politique et de la vie économique.

L’économie et sa financiarisation galopante sont partout, et l’entreprise occupe une place centrale dans notre vie. Les dirigeants d’entreprise en particulier ceux des grands groupes et multinationales détiennent un pouvoir régalien. On comprend que, face à eux, de nombreux États et leurs gouvernements, affaiblis par les dettes et minés par le chômage pour certains, se sentent désarmés.

La France vient de traverser une séquence de « dégagisme », néologisme utilisé en politique pour demander l’éviction des personnes détenant le pouvoir. On a assisté à un bouleversement sans précédent, un tsunami par lequel des dizaines d’hommes et de femmes politiques chevronnés ont été déboulonnés ou ringardisés.

Le renouveau de la représentation politique française issue des élections législatives de juin 2017, étonne par sa soudaineté et sa magnitude. Il a pris de court le personnel politique lui-même, les journalistes, les politologues, les think tanks, les spécialistes de l’analyse prédictive, ou les sociologues, qui n’ont pas su prévoir, ni même penser ou imaginer l’inconcevable, qu’un tel événement pût se produire.

Lame de fond

En vérité, la demande forte et quasi unanime du renouvellement des élites politiques était prégnante depuis longtemps, elle a fini par briser le plafond de verre.

La lame de fond qui a mis à un terme à la carrière de dizaines de personnalités politiques éminentes pour certaines, au plan régional, national, voire international, pourrait-elle s’étendre aux dirigeants d’entreprise ?

Le dégagisme en politique qui vient d’avoir lieu nous apprend-t-il quelque chose ? Quels enseignements les dirigeants d’entreprise peuvent-ils en retirer ?

Manquement à l’éthique

Car le sujet n’est plus tabou ni un secret pour personne, l’éthique des dirigeants, plus précisément leur manquement à l’éthique, fait de plus en plus débat.

Éthique des dirigeants

Selon l’étude « Are CEOs Less Ethical Than in the Past? » (« L’éthique des dirigeants est-elle moindre aujourd’hui que dans le passé ? » ) publiée en mai 2017 et réalisée par PwC dans les 2.500 plus grandes entreprises cotées en bourse à travers le monde, le nombre de dirigeants démis de leurs fonctions suite à leur manquement à l’éthique est en hausse depuis 2012.

 

Le nombre de dirigeants d’entreprise démis de leurs fonctions pour manquement à l’éthique aurait augmenté de 36% depuis 2007.

La méfiance de l’opinion publique, le renforcement de la réglementation, l’augmentation des risques éthiques sur les marchés, l’accélération de l’information et de la communication numérique, ainsi que l’exigence de transparence des Comex, des actionnaires institutionnels, des États et des médias sont les raisons invoquées.

Réputation

Dans sa récente étude consacrée à la RSE Reputation Institute souligne le poids croissant des critères d’éthique, de transparence et d’environnement dans la réputation des sociétés françaises.

A l’instar de ce qui s’est récemment passé, on ne peut affirmer avec certitude qu’un dégagisme susceptible de frapper les milieux d’affaires pour manquement à l’éthique soit exclu. Les dirigeants d’entreprise seraient bien avisés de prendre la menace au sérieux. Ne vient-on pas d’assister, incrédule, à l’inconcevable dégagisme en politique  ?

Laisser un commentaire