Les Fondements Éthiques et Philosophiques de la RSE

La recherche philosophique sur l’éthique et la RSE est méconnue des dirigeants d’entreprise, comme de la plupart des acteurs, experts, et grande majorité des citoyens. Les rôles et fonctions de la philosophie et de l’entreprise semblent aux antipodes les uns des autres.

Philosophie et entreprise ne font pas bon ménage. Sans doute, les philosophes n’appréhendent-ils pas facilement les enjeux et objets propres à l’entreprise, et ont tendance à les considérer avec condescendance ; sans doute, également, les dirigeants d’entreprise ne cherchent-ils pas à saisir en quoi la réflexion philosophique, qu’ils jugent trop abstraite et déconnectée de la réalité, pourrait les aider dans leurs prises de décisions et gestion des risques.

Les temps ont changé. L’éthique qui a depuis ses origines été au cœur de la réflexion philosophique tend à devenir indissociable des obligations de l’entreprise.

Point de vue philosophique vs point de vue de l’entreprise

Du point de vue philosophique, l’éthique relève d’un comportement, d’une manière d’agir, et d’une réflexion, afin d’être en mesure de faire la distinction entre de ce qui est bien et ce qui est mauvais de faire.

socrateRappelons que l’éthique constituait dans l’antiquité grecque le couronnement de tout système philosophique.

Du point de vue de l’entreprise, l’éthique est aujourd’hui caractérisée par le concept de responsabilité. Or, bien avant l’entreprise, la philosophie s’est emparée du concept de responsabilité.

Partant du constat que la promesse de la technique moderne s’est inversée en une menace de catastrophe – « la science confère à l’homme des forces jamais encore connues, l’économie pousse toujours en avant dans une impulsion effrénée » – et que les morales traditionnelles sont devenues caduques et inopérantes, le philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) propose dans son ouvrage (« Principe de Responsabilité » 1979) une reformulation de l’éthique autour de l’idée de responsabilité.

Transformation radicale

hans-jonas2La capacité destructive de l’Homme nécessite une transformation radicale de l’éthique vers une éthique moins anthropocentrique qui lui permettrait de retrouver ses racines biologiques et naturelles. Le concept de responsabilité de Hans Jonas s’exprime sous forme d’un impératif catégorique :« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » et « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie. »

Un autre philosophe, français et contemporain celui-là (François Vallaeys «Pour une vraie responsabilité sociale », Presse Universitaire de France, 2013) fait écho aux propos de Hans Jonas:

« Les responsabilités morales et juridiques singularisent toujours, alors que la responsabilité sociale est associative par essence elle est entre nous plutôt qu’en nous. Dès que l’on reconsidère philosophiquement son statut, on peut en faire la source éthique et politique d’innovations et d’apprentissages interorganisationnels pour des projets de territoire ambitieux, en transition vers une autre économie soutenable, non délocalisable et corégulée. Mais il faut pour cela que le management fasse sa révolution copernicienne, dépasse la gestion égocentrée et devienne vraiment responsable de ce qu’il impacte et de ce dont il doit lui aussi prendre soin : le monde. »

Cadre managérial

La philosophie n’a pas pour mission d’apporter des réponses mais de poser des questions, fussent-elles dérangeantes comme le faisait Socrate en son temps (Maryvonne David-Jougneau « Socrate dissident : Aux sources d’une éthique pour l’individu-citoyen » Actes Sud, 2010).

La philosophie appelle l’entreprise à repenser la responsabilité sociale et environnementale, laquelle ne saurait être appréhendée dans le strict cadre managérial.

Bien au-delà de l’engagement volontaire et du dialogue avec les parties prenantes, l’entreprise devrait élargir son champ d’application, afin de se situer par rapport à l’agir collectif et non par rapport à la seule logique du profit et des marchés.

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