Femmes, Genre, et Développement Durable

Internet, les réseaux sociaux et le tout numérique, les concepts et démarches du développement durable, le processus de globalisation, les avancées technologiques et scientifiques, ont changé notre relation au travail, nos modes de vie, de communication et de consommation, notre perception du monde, notre rapport à l’espace temps, et éveillé notre conscience écologique.

Ont-ils pour autant fait évoluer nos mentalités ? C’est la question qu’on est en droit de se poser lorsqu’on aborde certains phénomènes sociaux ou sociétaux, comme par exemple celui de l’égalité professionnelle. Alors qu’on approche de la Journée Mondiale de la femme laquelle aura lieu le 8 mars, et que cette célébration ne manquera pas de donner – une fois de plus – aux railleurs et sceptiques l’occasion de faire entendre leur voix, il n’est pas inutile de rappeler que la situation des femmes dans le monde est loin d’être enviable.

Pendant des siècles, on a pensé que les caractéristiques et qualités respectives de la femme et de l’homme étaient naturelles, c’est-à-dire déterminées par les différences biologiques. « L’étude des genres » a depuis longtemps remisé ce concept au placard, et démontré qu’en réalité ces caractéristiques et qualités sont le fruit d’une construction mentale et de l’imaginaire social,  sinon un discours ou récit mythologique visant à légitimer la domination masculine.

« Le genre est la construction socioculturelle des rôles féminins et masculins et des relations entre les femmes et les hommes. Les rôles féminins et masculins se rapportent aux activités attribuées aux femmes et hommes dans la société et à la position que femmes et hommes y occupent respectivement. Ces rôles découlent des forces telles que la culture, la tradition, la politique et les besoins,  ils permettent de déterminer l’accès aux opportunités et aux ressources et imposent des attentes et des limites aussi bien aux femmes qu’aux hommes. » (Programme des Nations Unies pour le Développement -PNUD )

Afin de mieux appréhender les enjeux de l’égalité professionnelle, il semblerait plus pertinent d’utiliser le vocable et concept « d’égalité des genres » afin de changer les représentations, lever les préjugés, combattre les stéréotypes, et lutter contre les discriminations.

Car, si l’égalité professionnelle concerne la situation de l’emploi des femmes laquelle se caractérise par des inégalités entre femmes et hommes, à savoir taux de chômage des femmes plus élevé, écarts de rémunération, accès plus difficile aux postes de décision, concentration dans un nombre restreint de professions, prise en charge de la vie familiale reposant essentiellement sur les femmes, l’égalité des genres couvre un champ de recherche et de combat plus large, elle offre d’immenses opportunités d’action, non seulement au plan professionnel et personnel, mais politique. L’égalité des genres n’est-elle pas inscrite dans les Droits de l’Homme ?

Selon l’Unesco,  la mondialisation a eu des effets contrastés sur les droits des femmes. « D’une part, elle a conduit à l’accroissement des violations de ces droits dans les domaines économique, politique et culturel, en grande partie à cause du déclin de l’État providence, de la féminisation de la pauvreté, de l’expansion des fondamentalismes religieux et de l’apparition de nouvelles formes de militarismes et de conflits. De nombreuses organisations féminines internationales ont pu noter, par exemple, que les nouveaux accords commerciaux contreviennent à l’esprit et souvent à la lettre des conventions internationales sur les droits de l’homme, le droit du travail et les droits des femmes. »

« D’autre part, la mondialisation a donné par certains aspects des occasions plus nombreuses aux femmes d’œuvrer solidairement à l’échelon national, régional et international afin de faire valoir leurs droits. Elles demandent une plus grande reconnaissance des droits civils, politiques et sociaux attachés à leur citoyenneté et, mettant en œuvre une solidarité transnationale, afin de promouvoir les droits fondamentaux de la femme dans le monde, elles s’efforcent de « réinventer la mondialisation ». »

La Banque Mondiale fait aussi un bilan contrasté. Au cours des dernières décennies, le niveau d’éducation et de santé des filles et des femmes a considérablement progressé. « Aujourd’hui, la parité entre garçons et filles dans le primaire est une réalité dans les deux tiers des pays du monde. En outre, le nombre des filles dans l’enseignement secondaire est nettement supérieur à celui des garçons dans plus d’un tiers des pays« .

Mais dans de nombreuses régions du monde, « trop de femmes meurent encore en couches et le nombre des filles qui ne voient pas le jour est alarmant. Les femmes n’ont toujours pas la possibilité de s’exprimer et de peser sur les décisions qui influent sur leur vie quotidienne, leur famille et leur environnement. »

De plus, leurs perspectives économiques restent très limitées. « Ces inégalités sont évidemment injustes, mais elles ont aussi des répercussions négatives sur le plan économique ; le manque d’investissement en faveur des femmes freine la réduction de la pauvreté et entrave le développement économique et social. »

« L’égalité hommes-femmes » fait remarquer la Banque Mondiale,  est un facteur de compétitivité et d’équité à long terme encore plus fondamental à l’heure de la mondialisation. Aucun pays ne peut se permettre de se laisser distancer faute d’accorder aux hommes et aux femmes une participation égale à la vie économique et sociale.

Pour l’OCDE, l’égalité des genres est un « Droit de l’Homme essentiel » importante pour la croissance économique. Les travaux de recherche montrent les multiples liens existants entre le renforcement des capacités des femmes et le développement durable.

Et l’organisation de Coopération et de Développement Économiques de préciser que,« parmi les 70 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école dans le monde, 70 % sont des filles ;  sur les plus de 790 millions d’adultes incapables de lire et d’écrire, 64 % sont des femmes ; et  une femme sur trois est victime de violence dans le monde. Les femmes effectuent 66 % du travail et mais gagnent moins de 5 % du revenu. »

Or, l’atteinte des objectifs du développement durable nécessite, outre une approche interdisciplinaire, que les attentes, qualités et compétences des femmes soient clairement pris en compte, intégrées et encouragées.

La réussite du développement durable étant subordonnée à trois impératifs et principes fondamentaux : Universalité des Droits, respect de la Diversité, pleine Participation de tous les citoyens. Toute autre tentative serait vouée à l’échec.

Laisser un commentaire