La grève pour le climat, entamée chaque semaine par des millions de jeunes à travers le monde, n’est pas près de s’atténuer ou de s’arrêter. Loin de là. Elle semble avoir atteint un point de non-retour. Déclenchée au nom de l’urgence climatique, la contestation interpelle les citoyens, les états, les organisations.

La grève pour le climat bénéficie de la sympathie et du soutien d’un nombre croissant d’adultes, de responsables politiques internationaux, régionaux et locaux, de scientifiques, d’agences et d’institutions internationales, elle fait l’objet de l’attention des médias conventionnels et numériques, des humoristes et autres cartoonistes.

L’urgence climatique pour laquelle la jeunesse se mobilise, étonne par son ampleur, son dynamisme, sa radicalité, son caractère innovant, sa couverture universelle.

Mais alors que certaines organisations ont pris la mesure de l’importance historique de ce mouvement, et de l’impact négatif qu’il pourrait avoir sur leurs activités, d’autres incrédules ne veulent pas croire que la grève pour le climat puise s’inscrire dans la durée ; d’autant que, pour la plupart, elles peinent à appréhender la nature même du phénomène.

Urgence organisationnelle

En marge des manifestations en faveur du climat des 20 et 21 septembre, et de manière inattendue, des entreprises avaient annoncé leur intention de rejoindre le mouvement pour le climat, preuve s’il en est que la gravité et le caractère irréversible d’une situation inédite jusqu’alors, ne leur avaient guère échappé.

L’urgence organisationnelle semble faire écho à l’urgence climatique, afin de répondre aux attentes de la jeunesse. Le business as usual est-il encore possible, se demande-t-on ? Rien n’est moins sûr.

 » Dans le monde entier, des jeunes de l’école se sont mis en grève pour attirer l’attention sur la crise climatique. Nous répondons à leur appel parce que notre rôle, en tant qu’employés d’une des plus grandes entreprises du monde, signifie que nous devons faire pression pour un plan climatique qui nous permette de réduire les émissions à zéro d’ici 2030 « . (Bobby Gordon, directeur financier chez Amazon à Seattle.)

On assiste à un branle-bas de combat dans les entreprises, pour ne pas prendre le train en marche, et être pro-actifs.

Grève pour le climat

Certaines directions ont décidé de permettre à leurs employés de participer à la marche pour le climat, considérant qu’un événement international de cette envergure présentait des risques, et ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences sur la conduite des affaires, la crédibilité et légitimité de leur business modèle, leur réputation.

Intégrer les risques climatiques à la stratégie

Le mouvement de la jeunesse pour le climat tire les entreprises vers le haut. On a vu des salariés faire pression sur leurs directions afin qu’elles leur permettent de soutenir les marcheurs et grévistes pour le climat.

D’autres exiger qu’elles prennent des engagements forts, affichent des ambitions élevées, élaborent des plans détaillés, des objectifs précis, et des stratégies congruentes en matière de politique climatique.

Ailleurs, du jamais vu, des entreprises américaines, britanniques, canadiennes ou australiennes, prendre la décision de fermer leurs portes, elles ont pour nom Patagonia, Lush, Ben & Jerry’s, Burton, Levi’s, Seventh Generation, ou WordPress.

Des associations et des citoyens à travers le monde poursuivent états et entreprises pour leurs implications dans la crise climatique. Certaines organisations sont acculées par leurs investisseurs et consommateurs, qu’ils jugent responsables du dérèglement climatique.

Les organisations privées sont confrontées à la nécessité d’inventer un business modèle centré sur le développement durable et la RSE, en intégrant les risques climatiques dans leurs activités et métiers stratégiques.

Catalyseur

Bien organisée, structurée autour d’une constellation de plateformes ou d’associations à travers le monde, la jeunesse pour le climat n’est pas un mouvement centré sur la contestation, ce à quoi on voudrait parfois le réduire, c’est un mouvement qui est force de propositions afin d’inverser la courbe du réchauffement climatique.

A l’image de l’association 350.org fondée en 2007 aux États-Unis par un groupe d’étudiants américains avec l’appui du journaliste, auteur et militant écologiste Bill McKibben, auteur de l’un des premiers ouvrages sur le réchauffement climatique destiné au grand public, dans le but de créer un mouvement d’action mondiale pour le climat.

Le nom de l’association provient du seuil de 350 parties par million (ppm) de CO2 dans l’atmosphère, défini notamment par le climatologue américain James Hansen, comme taux maximum à ne pas dépasser pour éviter un réchauffement climatique trop important, ce taux ayant dépassé les 400 ppm en 2014.

De Jakarta à New York, de Karachi à Amman, de Berlin à Kampala, d’Istanbul à Québec et de Guadalajara à Asunción, la grève pour le climat de la jeunesse mondiale agit comme un formidable catalyseur.

Elle s’avère le plus efficace allié des scientifiques du GIEC, dont les alertes ont trop souvent été minorées ou ignorées par les leaders économiques et politiques, ce qui a permis à la rhétorique des climato-sceptiques de bénéficier d’une médiatisation considérable.

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