Le handicap objectif-clef du développement durable

On n’a pas l’habitude de voir la problématique du handicap associée au développement durable, bien qu’elle soit de plus en plus intégrée à la démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Il est vrai que les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) 2000-2015 avaient oublié de prendre en compte la situation des personnes handicapées.

Les objectifs de développement durable 2015-2030 ayant réparé cette injustice, handicap, développement durable et développement humain sont désormais étroitement liés. La problématique du handicap est notamment prise en compte dans quatre domaines, l’éducation, la lutte contre les inégalités, l’accès au travail et l’aménagement urbain.

Sur les 169 cibles des 17 objectifs de développement durable (ODD), on n’en compte pas moins de sept qui font explicitement référence aux personnes handicapées, et de six autres qui sont dédiées aux personnes en situation de vulnérabilité et concernent aussi les personnes handicapées.

Inclusion

La prise de conscience de la nécessité d’un développement durable intégrant les personnes handicapées est grande au sein de la communauté internationale. La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) entrée en vigueur en mai 2008 milite en faveur de l’inclusion des personnes handicapées, soit l’accès plein et entier à une vie sociale et citoyenne.

Les ODD relatives au handicap portent sur des domaines majeurs tels que éducation, emploi décent, protection sociale, résilience aux catastrophes, transport ou non-discrimination.

Le Programme pour les Villes des Nations Unies s’engage à promouvoir les mesures qui facilitent l’accès des personnes en situation de handicap aux espaces publics, technologies, systèmes et services dans les zones urbaines et rurales. Il fixe un cadre innovant en matière de développement urbain durable : « Le Nouveau Programme pour les Villes appelle les autorités municipales à prendre en compte les besoins des femmes, des personnes en situation de handicap, des communautés marginalisées, des personnes âgées, des peuples autochtones, entre autres.»

Le handicap ne peut plus constituer un motif ou un critère justifiant le manque d’accès aux programmes de développement ou le non-respect des droits des personnes.

D’autant que les personnes handicapées sont particulièrement exposées aux impacts des dérèglements climatiques, tels que les flux migratoires, les catastrophes naturelles et l’insécurité alimentaire.

handicapUn milliard d’individus, soit 15 % de la population mondiale, souffre d’un handicap.

Sachant que pour 110 à 190 millions d’entre eux, il s’agit d’un handicap grave.

C’est dire que l’adoption par l’ONU des 17 objectifs du développement durable représente un tournant décisif pour les personnes handicapées à travers le monde.

 

Gouvernance mondiale

On se dirige vers une intégration des personnes handicapées dans les objectifs de développement durable et le processus de gouvernance mondiale.

Handicap International avait en son temps salué ce tournant historique, dans la mesure où les 17 objectifs du développement durable offrent un instrument international pour lutter contre les inégalités et les discriminations qui touchent les personnes handicapées.

La précarité est soit un facteur de handicap, soit un facteur aggravant. Les exclus du marché du travail sont majoritairement ceux qui ont des problèmes de santé mentale ou des déficiences intellectuelles. Cela est vrai en France et dans les pays développés, mais plus encore dans les pays en développement.

La responsabilité des firmes multinationales, en particulier, est engagée car la prévalence du handicap est plus importante dans les pays en développement, il affecte en priorité les populations vulnérables. La situation socio-économique et culturelle des personnes handicapées dans ces régions étant marquée par des inégalités : niveau d’instruction moindre, accès à la santé médiocre, taux de chômage et de pauvreté élevés.

Selon le rapport mondial sur le handicap publié par l’OMS en 2011, la pauvreté accroît le risque de handicap à cause de la malnutrition, de l’accès insuffisant à l’éducation et aux services de santé, des conditions de travail, de l’environnement dégradé et pollué, du manque d’accès à l’eau propre et à des services d’assainissement.

 

Parallèlement, les études montrent que le handicap aggrave les risques de pauvreté en réduisant les possibilités d’accès à l’éducation, à l’emploi et à un salaire équitable.

Devoir de vigilance

Bien que les entreprises françaises pour la plupart, dont les firmes multinationales, qui ont une obligation d’emploi et de maintien dans l’emploi des personnes handicapées, aient mis en place des politiques efficaces, et, pour certaines ambitieuses, en intégrant le handicap au management et à la RSE, il serait plus que souhaitable qu’elles redoublent d’efforts quant à leur politique handicap et développement durable dans les pays en développement.

Sachant par ailleurs, qu’en France, la loi sur le devoir de vigilance a pour objectif de remettre le respect des droits humains au cœur des activités des entreprises qui emploient au moins 5 000 salariés en France, et de celles de plus de 10 000 salariés ayant leur siège social ailleurs dans le monde.

2 Commentaires sur Le handicap objectif-clef du développement durable

  1. MANTE
    1 janvier 2018 at 15 h 02 min (11 mois Il y a)

    Bonjour, ce sont des recommandations très prescriptives que l’on retrouve à longueur de conventions, déclarations , résolutions et autres textes internationaux de l’ONU, l’UNESCO, l’UNICEF…. Elles ont le mérite d’exister, mais même leurs ratifications peinent à être traduites en lois, et appliquées (voir loi de 2005 en France et ses reculs en matière d’accessibilité …). Les ressentis et vécus des personnes handicapées attendent d’abord de la reconnaissance en tant que personne à part entière au niveau de toutes les institutions, une prise ce conscience des décideurs et des politiques. L’altérité n’est pas spontanée. Ca évolue certes mais trop lentement.

    Répondre
  2. Constant Calvo
    4 janvier 2018 at 13 h 47 min (11 mois Il y a)

    Ne soyons pas pessimistes. La convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées a tout de même été ratifiée par 173 pays.

    Répondre

Laisser un commentaire