Les français aiment à parler l’anglais corporate, vous savez ce sont ces mots, termes, ou anglicismes empruntés à la langue de Shakespeare qui envahissent notre quotidien, à la radio, sur les plateaux de télévision, dans les arts populaires, sur les réseaux sociaux, dans les média et les entreprises.

En politique, en économie, dans les sciences, sur internet, dans les métiers de l’informatique, du numérique, de l’intelligence artificielle, des arts populaires, ou des jeux vidéo, la langue anglaise règne en majesté.

Or, les français entretiennent une relation ambivalente avec la langue anglaise, et ce pour de nombreuses raisons. La moins importante n’est pas qu’elle fait au plan international de l’ombre à la langue française.

Dans leur ensemble, ils considérèrent que la langue anglaise est dominatrice, pire impérialiste. Il est vrai que, bien qu’elle ne compte que 375 millions de locuteurs natifs, elle est parlée par plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde.

S’ils font mine d’ignorer ou de détester la langue anglaise, les français caressent le rêve de voir la langue française occuper cette place privilégiée; ils l’envient, la jalousent, la plagient, la détournent, lui tordent le cou, voire la caricaturent. Ce faisant, ils se l’approprient, ou croient se l’approprier. C’est l’anglais corporate.

Un must

L’anglais corporate s’affiche partout, il envahit les panneaux publicitaires, les transports en commun, les écoles et universités, les réunions d’entreprise.

L’anglais corporate est une mode, un code, un sésame, une façon de se comporter, de se faire reconnaître et accepter par ses pairs, de s’affirmer, de se distinguer, c’est une posture. Un must.

L’anglais corporate crée surtout l’illusion qu’on maîtrise la langue de Shakespeare.

Anglais corporate

On prétend communiquer alors, qu’au mieux, on parle une langue non identifiée, au pire on parle pour ne rien dire. Mais c’est fun!

Le plus intéressant est de constater, que les professionnels qui parlent l’anglais corporate ne construisent pas de phrases – sujet, verbe, complément. Ils en sont généralement incapables, se contentant d’aligner les mots, les signes, et les signifiants les uns derrière les autres. La syntaxe et la grammaire anglaise connais pas, ou si peu.

Les gens qui parlent l’anglais corporate sont persuadés que leurs collègues ou leurs supérieurs hiérarchiques, leurs clients ou prestataires, ont une excellente maîtrise de la langue anglaise. Wrong!

L’anglais corporate est un jeu de miroir, un jeu de dupes, un poker menteur. Chacun pense que l’autre parle couramment l’anglais. Wrong again!

Entretien de recrutement

Je vais vous raconter une anecdote. J’ai eu un jour l’occasion d’échanger avec un cadre terrorisé à l’idée d’avoir un entretien de recrutement en anglais avec une entreprise américaine, dont le siège européen est basé à Londres.

Il appréhendait la situation parce qu’il considérait – à tort selon moi -que son niveau d’anglais était trop faible.

J’ai tenté de le rassurer en lui faisant comprendre que, bien plus souvent qu’on ne l’imagine, le niveau d’anglais des recruteurs français, qu’ils soient professionnels ou non, est moyen sinon médiocre.

« Ne soyez pas impressionné par les recruteurs, à moins qu’ils ne soient anglophones ils doivent avoir un vocabulaire limité, ils maîtrisent plus l’anglais corporate qu’autre chose. Je parie que votre niveau d’anglais est meilleur que le leur ».

« J’ai peur d’être déstabilisé ou de me faire piéger ».

« Dans ce cas, il n’y a qu’une chose à faire, c’est à vous de déstabiliser ou de piéger (outsmart) votre interlocuteur ».

Il était interloqué. « Ah bon ! mais comment ? »

Expression idiomatique

Je lui ai donné alors, plutôt sur le ton de la plaisanterie, le conseil suivant :

« Utilisez sans modération des termes, expressions ou dictons que le recruteur ne connaît pas. Si on vous pose la question : « Est-ce que vous connaissez Londres  » ? Répondez par une expression idiomatique, par exemple : « I know London like the back of my hand» ( Je connais l’anglais comme ma poche). Il y a toutes les chances que le recruteur n’y comprendra rien, mais il ne vous le fera pas savoir ».

« A la question : « Est-ce que vous pensez être en mesure de vous établir définitivement à Londres, si vos missions l’exigent », dites : « This is a different kettle of fish » (C’est une autre paire de manches). »

« A la troisième question : « Est-ce que vous vous sentez capable de commencer votre journée de travail à 8h00 le matin », énoncez sobrement un dicton : « Early bird catches the worm » (l’avenir appartient à ceux qui se lèvent de bonne heure). ET ainsi de suite.

« Après quelques échanges de ce genre, je peux vous assurer que le recruteur va être déstabilisé. Il va paniquer, puis abandonner l’anglais, et continuer l’entretien en français, comme si de rien n’était. »

« Bien, je vois que votre niveau d’anglais est très bon … »

Que pensez-vous qu’il arriva ? A ma grande surprise, il m’a dit avoir appliqué à la lettre mon conseil.

Il a préparé son entretien de recrutement, mémorisé un vingtaine d’expressions idiomatiques et une dizaine de dictons, qu’il a su judicieusement placer dans la conversation et qui ont semble-t-il produit l’effet escompté. Il a été recruté. He did it! He got the job !

Mais l’histoire ne dit pas s’il s’est expatrié en Angleterre.

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