Stress, Risques Psychosociaux et RSE
20 mars 2010Concept inventĂ© pour la premiĂšre fois par le mĂ©decin endocrinologue autrichien Hans Selye (1907-1982), lequel le qualifie de « rĂ©ponse non spĂ©cifique de lâorganisme face Ă une demande », le stress est devenu lâun des termes les plus populaires et les plus employĂ©s de la vie quotidienne. Triste renommĂ©e.
Chacun en convient, les consĂ©quences du stress au travail ne pĂšsent pas seulement sur les personnes, en lâoccurrence les salariĂ©s dâune entreprise, mais sur toute lâorganisation.
Si la souffrance et le prĂ©judice pour la santĂ© des personnes sont largement reconnus, force est de constater que les rĂ©percussions organisationnelles et Ă©conomiques pour lâentreprise dâune part, et le coĂ»t pour la communautĂ© et la sociĂ©tĂ© dans leur ensemble dâautre part, le sont beaucoup moins.
Le stress est Ă lâorigine de ce que lâon nomme le « syndrome gĂ©nĂ©ral dâadaptation », soit les rĂ©actions successives et croissantes de lâorganisme face Ă une situation stressante : Alarme, RĂ©sistance, Epuisement.
Dâimportantes recherches ont prolongĂ©, enrichi et complĂ©tĂ© les travaux du mĂ©decin prĂ©curseur autrichien; elles ont notamment dĂ©montrĂ© que la rĂ©ponse au stress nâĂ©tait pas seulement dĂ©terminĂ©e par nos rĂ©actions physiologiques ; on sait dĂ©sormais, que toute situation stressante Ă laquelle un individu est confrontĂ©, ainsi que les rĂ©actions biologiques que celle-ci a gĂ©nĂ©rĂ©es, sont imprimĂ©s dans sa mĂ©moire pour le restant de sa vie.
Il est de bon ton de dire quâil faut savoir distinguer le « bon » du « mauvais » stress. Or, outre que cette subtilitĂ© rhĂ©torique laisse parfois la porte ouverte Ă bien des manipulations, et certaines pratiques managĂ©riales douteuses, pour ne pas dire violentes, elle ne possĂšde aucun fondement scientifique.
Il est utile et important, en revanche, dâĂ©tablir une distinction entre deux notions : le stress aigu et le stress chronique. Parce que ces deux Ă©tats ont des effets diffĂ©rents sur la santĂ©.
LâĂ©tat de stress chronique qui nous occupe plus particuliĂšrement ici, dans le cadre des Risques Psychosociaux en entreprise, est liĂ© Ă une situation qui sâinstalle dans la durĂ©e, lorsquâune personne est soumise de maniĂšre continue et permanente Ă un travail qui excĂšde largement ses capacitĂ©s.
Le stress est aujourdâhui considĂ©rĂ© comme l’un des risques majeurs auquel les entreprises doivent faire face. Le Site de lâINRS (Institut Nationale de Recherche et de SĂ©curitĂ© sur la PrĂ©vention des Accidents du Travail et des Maladies Professionnelles), prĂ©cise quâun salariĂ© europĂ©en sur cinq dĂ©clare souffrir de troubles de santĂ© liĂ©s au stress au travail.
Selon lâINRS, « les moyens de prĂ©venir le stress au travail existent. La dĂ©marche de prĂ©vention collective est Ă privilĂ©gier car elle est plus efficace dans le temps. Elle consiste Ă rĂ©duire les sources de stress dans l’entreprise en agissant directement sur l’organisation, les conditions de travail, les relations sociales de travail et/ou le poste de travail. »
Mais qui veut bien entendre ce message dâalerte ? La question peut ĂȘtre posĂ©e autrement : Pourquoi ne peut-on pas, ou ne veut-on pas lâentendre ?
Dâaucuns blĂąment la surcharge de travail, la financiarisation de l’Ă©conomie, la gestion court-termiste de certains dirigeants, ou la culture du reporting permanent. Voire.
Les cas et les situations de stress sont trop souvent niĂ©s et, dans le cas contraire, attribuĂ©s Ă la fragilitĂ© ou Ă lâinadaptation au poste de certains salariĂ©s.
S’assurer de la santĂ© et du bien-ĂȘtre de ses salariĂ©s constitue pourtant une obligation rĂ©glementaire pour les dirigeants.
La loi (article L. 4121-1 du Code du travail) dĂ©finit une obligation gĂ©nĂ©rale de sĂ©curitĂ© qui incombe au chef d’Ă©tablissement. Celui-ci doit Ă©valuer les risques, y compris psychosociaux, et prendre les mesures nĂ©cessaires pour assurer et protĂ©ger la santĂ© physique et mentale ainsi que la sĂ©curitĂ© de ses salariĂ©s.
Le dirigeant a mĂȘme, selon la Loi, une obligation de rĂ©sultat ; et les pathologies engendrĂ©es par le stress chronique - physiques, intellectuelles, Ă©motionnelles, et comportementales â sont fort connues et documentĂ©es.
Si un dirigeant venait Ă reconnaĂźtre que lâĂ©tat de stress chronique de ses salariĂ©s nâest pas que la consĂ©quence dâune situation personnelle ou familiale, oĂč le rĂ©vĂ©lateur dâune fragilitĂ© intrinsĂšque des individus concernĂ©s, ne serait-il pas du mĂȘme coup amenĂ© Ă reconnaĂźtre quâil est une Ă©vidente manifestation de dysfonctionnements internes, au sein de sa propre entreprise ?
Et, dans ce cas, le dirigeant ne prendrait-il pas le risque de sâexposer Ă des poursuites au Conseil des Prudâhommes ?
Comment la démarche RSE pourrait-elle permettre de contourner cet obstacle et de proposer une nouvelle approche du Stress et des Risques psychosociaux ?
Par exemple, répondent certains, en intégrant la performance sociale dans la part variable des dirigeants.
Ce serait une pratique dĂ©jĂ mise en Ćuvre dans de nombreuses entreprises, selon des experts et observateurs, notamment chez Schneider Electric et Danone. A les Ă©couter, elle tendrait Ă se propager comme un feu de brousse.
Le croirait-on ? On prĂ©tend que le PDG de France Telecom aurait proposĂ© que la part variable des Cadres Dirigeants du groupe soit, pour prĂšs d’un tiers, dĂšs 2010, indexĂ©e sur la performance sociale de l’entreprise âŠ