« Les « voyants » des facteurs de risque liés à l’insécurité de la situation de travail sont au « rouge » : peur de perdre son emploi, incertitude sur l’avenir de son métier, contrat de travail précaire, possibilité de baisse de niveau de salaire, conséquences liées à la possibilité de restructuration. »

Coach et psychologue du travail, Florence Piquet a mené des études et travaux de recherche, notamment dans les champs de la santé et de la précarité, de la psychotraumatologie, ou de l’addictologie.

Quelles sont les situations difficiles, conflictuelles, voire douloureuses, que les professionnels d’entreprise ont pu rencontrer durant la période de confinement ?


La situation est différente selon le statut des professionnels : pour ceux qui ont poursuivi leur activité professionnelle : in situ ou en télétravail ; pour ceux qui se sont portés volontaires afin d’exercer une activité autre pendant la durée du confinement.

Pour les professionnels dont le chômage partiel risque de se transformer en licenciement à la fin du confinement ; pour ceux dont le CDD devant se transformer en CDI s’interrogent sur leur devenir ; pour les intérimaires dont la situation est précaire…

Pour donner une unité à des situations aussi diverses, je me réfère au cadre des « risques psychosociaux », car, d’une façon ou d’une autre, ils retentiront sur l’entreprise.

De manière générale, les « voyants » des facteurs de risque liés à l’insécurité de la situation de travail sont au « rouge » : peur de perdre son emploi, incertitude sur l’avenir de son métier, contrat de travail précaire, possibilité de baisse de niveau de salaire, conséquences liées à la possibilité de restructuration.

Concernant les facteurs de risque liés à l’intensité et au temps de travail, des études montrent que le télétravail a modifié profondément les conditions de travail, tant sur ses modalités que sur le plan du temps et de l’espace.

Pour beaucoup de professionnels, ces facteurs de risque se sont transformés en « risques psychosociaux » : surcharge de travail, longues journées de travail, mélange vie privée/vie professionnelle rendant les horaires de travail atypiques et imprévisibles (travail de nuit pour s’occuper des enfants (école, repas de midi)…

A cela s’ajoute la perception d’un manque d’autonomie qui se traduit finalement par un rythme de travail imposé. Associées à l’intensité du travail, les marges de manœuvres pour le faire deviennent faibles. Si bien que certains professionnels déplorent de ne pouvoir développer des compétences.

A ces risques, s’ajoutent les conflits de valeurs : le sentiment de ne pas pouvoir faire un travail de qualité.

Facteurs de risque

Par exemple, pour les professionnels en télétravail, manque d’équipements informatiques ; d’où des pertes de temps liées à une connexion internet insuffisante, à l’utilisation de logiciels inadaptés…

Sans oublier les conséquences en termes de frustration : ces conditions conduisent à « ne pas être fier de son travail » : les interruptions, liées aux nécessités familiales et aux contraintes domestiques, aux aléas du travail, aux télé ou visioconférences, aux discussions téléphoniques avec les collègues, la hiérarchie, les équipes, les clients… peuvent être incompatibles avec le « rendu » du travail : les objectifs risquent d’en devenir irréalistes et flous.

Dans ces conditions, les rapports sociaux au travail peuvent se dégrader : certains professionnels sont confrontés à des exigences émotionnelles.

Par exemple, taire ses émotions à sa famille, à ses proches pour préserver un équilibre fragile du fait de la promiscuité ; les cacher à ses pairs, à ses équipes, à ses collègues, pour éviter de donner une image « dégradée » de soi. Les professionnels inexpérimentés au télétravail et/ou vivant dans un espace incompatible avec une activité professionnelle exprimeront-ils leurs difficultés ?

Pour certains, le risque de crises en cascades peut faire douter des perspectives de carrière. Dans un contexte aussi incertain, cette inquiétude peut se transformer en peur.

Toutes ces tensions risquent d’affecter les rapports sociaux au travail dégradé. Cela peut se traduire par des relations conflictuelles avec les collègues, avec la hiérarchie, ou tendues avec les pairs.

En outre, certaines conditions « de vie/de travail » difficiles dans un espace devenu « privé/public » peuvent se traduire par de la violence tournée contre soi, et/ou dirigée vers l’autre, altérant ainsi les relations.

Propos recueillis le 10 mai 2020 par le Cabinet Adhere-RH

Florence Piquet collabore avec le Cabinet Adhere-RH depuis plusieurs années, sur des problématiques diverses telles que le coaching de cadres et dirigeants, la résilience, les risques psychosociaux, les stratégies de management, ou les techniques de négociation.

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