Le rôle capital des jeunes dans les objectifs de développement durable

Dans la mesure où les objectifs de développement durable sont une problématique mondiale, ils ne pourront être atteints à moins que tous les États, les agences internationales, les organisations, les entreprises, et tous les citoyens n’y apportent leur contribution.

Mais dans la mesure où les objectifs de développement durable sont aussi une problématique intergénérationnelle, ils ne pourront non plus être atteints sans la mobilisation et l’implication des jeunes.

D’autant que le monde compte aujourd’hui le plus grand nombre de jeunes de son histoire, un quart de la population mondiale est âgée de moins de 24 ans, 90 % des jeunes de 10 à 24 ans, soit 1,8 milliard d’individus, vivent dans les pays en développement.

Selon une étude de PricewaterhouseCoopers’ (PwC) CEO’s report, près de la moitié des salariés des entreprises sera, d’ici 2020, constituée de jeunes issus des millennials (génération Y).

Eco-centrés

On tend généralement à considérer que les jeunes sont plus sensibilisés que leurs aînés à la question des enjeux, principes, valeurs et objectifs du développement durable.

Pour Jean-Paul Bozonnet, les jeunes sont pessimistes s’agissant de la responsabilité du genre humain dans l’avenir de notre planète, – ils sont 96 % à penser que les activités humaines ont des conséquences désastreuses, et 91 % que l’on se dirige vers une catastrophe écologique majeure. Si leur sentiment ne diffère pas de celui observé auprès du reste de la population, il semble toutefois que les jeunes se caractérisent par un comportement plus éco-centré que leurs aînés, autrement dit ils sont plus préoccupés par l’écologie et la protection de la nature. (Bozonnet J.-P., 2012, « L’écologisme chez les jeunes : une résistible ascension ? », in Galland O., Roudet B., Une jeunesse différente ? Les valeurs des jeunes Français depuis 30 ans, La Documentation française)

Les jeunes ne partagent pas l’idée, selon laquelle la mission ou le destin de l’humanité est de dominer la nature; ni le postulat, tendant à affirmer que le génie humain trouvera les innovations scientifiques et technologiques susceptibles de préserver la vie sur terre et sauver la planète, si l’on poursuit ad vitam æternam le même modèle économique.

Connaissances lacunaires

Or, avoir une sensibilité écologique est une chose, avoir une conscience écologique en est une autre. Contrairement à la conscience écologique, la sensibilité écologique n’est pas suivie d’un engagement, de l’adhésion ou implication au sein d’associations de défense de l’environnement.

Le vote des jeunes en faveur des questions relevant des objectifs de développement durable se situe au même niveau que la moyenne de la population.

Et ce d’autant que leurs réflexions varient selon le facteur géographique et le niveau scolaire, d’où la nécessité d’intégrer les objectifs de développement durable au sein de programmes scolaires et universitaires, ou de projets éducatifs comme le pratiquent certaines associations.

 Dans une enquête intitulée « Green at Fifteen » (Vert à 15 ans) datée de 2009, extraite des données PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), l’OCDE a mis en évidence les lacunes des adolescents de quinze ans en matière de connaissances environnementales.

Rappelons que PISA est un ensemble d’enquêtes menées tous les trois ans, dans les 34 pays de l’OCDE, visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres, et à établir un classement.

Selon cette enquête, seulement 20 % des adolescents de 15 ans seraient capables de répondre à des questions poussées sur l’environnement, ils sont 25% au Canada, en Finlande, au Japon et en Corée du sud. Les adolescents français se classent 32e, derrière la plupart des pays développés, les Turcs et les Mexicains figurent en queue du classement.

Comportement individuel

Si dans leur ensemble, les jeunes sont animés par une motivation élevée relativement aux objectifs de développement durable, il n’en est pas de même pour les questions politiques, ils privilégient l’engagement ou le comportement individuel au détriment du collectif.

Selon Jean-Paul Bozonnet, l’inquiétude des jeunes quant aux enjeux des objectifs de développement durable, et à l’avenir tant de l’humanité que de la planète, ne se traduit pas par un vrai engagement. Sur la base de trois critères, l’engagement associatif, la souscription financière à des campagnes, et le vote, il apparaît que les jeunes (18-29 ans) adhèrent (3%) ou sont bénévoles (1 %) dans des associations de défense de l’environnement au même niveau que la moyenne des Français.

Laissés-pour-compte

D’où le vif intérêt qu’on devrait porter à la consultation publique de l’OCDE ouverte entre le 18 mai et 18 juillet 2018, dont les résultats seront communiqués en novembre 2018, sur la place des jeunes au sein de nos sociétés, afin d’établir un inventaire (stocktaking) de leurs besoins.

C’est la première fois qu’on assiste à une initiative d’envergure de ce genre, en vue d’engager la gouvernance des pays membres de l’OCDE à définir et mettre en place des politiques publiques en faveur de la jeunesse.

objectifs de développement durableLes jeunes sont, pour une large part, les laissés-pour-compte de la croissance économique. Ni les politiques publiques, ni les dirigeants des pays membres de l’OCDE ou les institutions internationales ne semblent sérieusement prendre en compte leurs préoccupations et leurs attentes.

Trop de jeunes vivent, en outre, dans un état de vulnérabilité en regard des défis et risques que représentent les dérèglements climatiques, les inégalités sociales dont le chômage endémique, et le taux inquiétant d’endettement des États.

L’indice de confiance des jeunes envers leurs gouvernements, dans lequel la France occupe une place peu enviable (27%), est éloquent à ce sujet.

Il est urgent de restaurer la confiance des jeunes, de les responsabiliser (empowerment), et de mener des politiques d’inclusion ambitieuses à leur égard, et illusoire de croire que les objectifs de développement durable pourraient être atteints sans leur participation active.

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