Toute crise, systémique en particulier, agit comme un révélateur de nos forces et faiblesses, et un accélérateur du changement, tant pour les personnes que pour les entreprises, les organisations, les institutions, les sociétés dans leur ensemble.

Il existe un sentiment largement partagé, qu’en raison de la crise du coronavirus le monde a brusquement changé, du jour au lendemain, sans crier gare, qu’il est sens dessus dessous, et qu’on se trouve confronté à une réalité incertaine, inconnue, menaçante, pour laquelle nous n’avons pas connu de précédent.

Mais à y regarder de plus près, ce sentiment apparent d’une rupture inédite, soudaine, violente, n’est qu’une erreur d’interprétation ou une illusion d’optique.

En vérité, le monde n’a cessé de traverser de nombreux changements sous nos propres yeux, sans que nous en prenions conscience, rapides, successifs, plus ou moins profonds, auxquels nous nous sommes habitués et avons appris à nous adapter bon gré mal gré.

Accélération

Accélération sociale, accélération de nos rythmes de vie, accélération technologique se sont succédées à un rythme infernal depuis de longues décennies.

Selon le philosophe Hartmut Rosa « Accélération. Une critique sociale du temps », La Découverte, 2010, les innovations techniques ont favorisé l’émergence de nouvelles possibilités afin d’augmenter nos rythmes de vie.

Et dans la mesure où les accélérations conjuguées des innovations techniques, du changement social, et du rythme de vie s’auto-alimentent, on constate que l’accélération de ce dernier devient à son tour le moteur des innovations techniques.

Nous n’avons pas de feuille de route, ni de boussole, pour explorer ce monde qui se présente à nous. Nous devons tenter de le décrypter, et d’y reconstruire notre espace, notre habitat, notre environnement, sur des bases et critères nouveaux.

Le coup d’accélérateur du changement auquel nous assistons aujourd’hui, n’est que l’une des répliques, sans doute la plus visible, palpable, déterminante, que nous ayons connue.

Bouleversement

Nous n’avons pas vu, pas su voir, ou pas voulu voir, que les vagues successives et transformationnelles du changement, étaient précurseurs d’un bouleversement général et total des fondements de notre système social, culturel, politique, économique.

Rien ne nous avait préparés à affronter une situation dans laquelle les activités économiques, les libertés individuelles, l’éducation et la culture, la cellule familiale, la vie publique, les institutions, les moyens de transport, sont mis en suspens sur toute l’étendue de notre planète.

Les activités humaines ont eu depuis des siècles pour conséquences la fragilisation, la détérioration, et enfin la destruction de l’équilibre des écosystèmes et de leur interdépendance, auxquels nous sommes reliés, dont nous sommes l’un des maillons, et avec lesquels nous interagissons.

Ce coup d’accélérateur du changement personne ne l’avait prévu, ou ne l’avait imaginé, d’autant que nous sommes restés sourds aux cris d’alarme des philosophes, des chercheurs en sciences sociales, des scientifiques, ou des ONG environnementales.

La crise sanitaire, sociale, systémique et écologique du coronavirus a pris tout le monde de cours, y compris – ironie du sort – les prophètes, les tenants de la collapsologie, ou du survivalisme.

Croissance exponentielle

Ce coup d’accélérateur du changement était pourtant bien là, il nous pendait pour ainsi dire au nez.

Inégalités sociales, dérèglements climatiques, pollutions, effondrement de la biodiversité, déforestation, acidification des océans, appauvrissement des populations, urbanisation galopante, course aux armements, destruction de l’habitat de nombreuses espèces, porosité de la barrière des espèces et émergence d’épidémies et de pandémies.

Pensions-nous vraiment que la course folle à l’accroissement des biens et des richesses, à la compétitivité, à la surconsommation, à l’exploitation des ressources naturelles, n’aurait jamais de fin ?

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » (Jean-Pierre Dupuy, philosophe, entretien Le Monde daté du 03 juillet 2020)

Voici venu le temps de réévaluer nos modes de production, de travail, notre style de vie, notre échelle de valeurs et notre cadre de références, les rapports que nous entretenons les uns avec les autres, ainsi que ceux avec la nature, le monde sauvage et animal.

Le World Economic Forum a publié une étude prospective des conséquences de la pandémie du Covid-19, portant sur trente et un risques mondiaux, répartis en cinq catégories : risques économiques, sociétaux, géopolitiques, environnementaux, technologiques.

Accélérateur du changement

Récession endémique, chômage massif, seconde pandémie, affaiblissement économique des pays les plus développés, secteurs d’activité à faible capacité de résilience ne pouvant pas rebondir, augmentation des faillites d’entreprises, limitation des voyages et des échanges commerciaux, économies émergentes en difficulté, appauvrissement des chaines d’approvisionnement, tensions géopolitiques, arrivent en tête des risques.

Voici venu le temps de mener une longue et profonde réflexion critique, sur la manière dont nous envisageons d’affronter les risques inhérents à notre modèle civilisationnel, et à notre appartenance au monde du vivant.

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