La Fonction RH en Quête d’Éthique

La fonction RH est sans doute celle qui vit le moins bien la double injonction à laquelle est soumise l’entreprise, à savoir maximisation des profits d’une part, engagement et comportement éthique d’autre part.

Autrement appelée injonction paradoxale ou double contrainte, la double injonction désigne deux obligations qui s’interdisent mutuellement. Elle est d’autant plus pénible pour la fonction RH qu’elle l’empêche de sortir de cette situation et de réaliser pleinement ses missions et objectifs, centrés sur la valorisation du capital humain.

C’est dans tous les cas de cette façon qu’on peut interpréter les différentes enquêtes menées auprès de la fonction RH, en particulier la Radioscopie des DRH de la Cegos publiée en septembre 2016 ; où l’on apprend, entre autres, que 46 % d’entre eux affirment agir contre leur éthique et 62% rencontrer des difficultés pour valoriser l’apport de la fonction RH aux objectifs stratégiques de l’entreprise.

Remettre l’humain au cœur de l’entreprise

« Il faut remettre l’Homme au cœur des entreprises » est la formule consacrée qui revient souvent comme un leitmotiv dans la communication d’entreprise et le discours des médias spécialisés, comme des consultants experts, s’adressant à la fonction RH.

Vaste programme, plus facile à dire qu’à faire, la question étant de savoir si l’on mesure la difficulté de la tâche et la complexité de sa mise en œuvre.

Les chercheurs en innovation nous enseignent que la mise en place d’une démarche de management de l’innovation comprend au moins deux phases, la première consistant dans l’amélioration continue des process ; la seconde, la plus décisive et celle qui détermine le futur, appelée innovation de rupture.

Bien que l’on entende dire que la conjoncture pourrait conduire les dirigeants à réfléchir sur leur comportement éthique et la RSE se voir offrir une chance historique, l’actualité comme la morosité de l’état d’esprit de la fonction RH semblent têtus et vouloir démontrer le contraire.

image_expertise_conduite_projet[1]Lorsqu’on est confronté à un problème, on est généralement tenté d’appliquer l’approche linéaire consistant à considérer qu’il y a une cause bien précise nécessitant une réponse immédiate.

Or, il y a une autre approche appelée systémique, consistant à analyser le contexte du problème donné afin d’identifier et de décrire les différents éléments qui le composent, ainsi que leurs relations et interactions.

Approche systémique

« Remettre l’Homme au cœur des entreprises » ne signifierait rien moins, par conséquent, si l’on veut bien appliquer la grille de lecture systémique, que de considérer que les éléments qui composent « l’entreprise système » sont des hommes et des femmes. L’aurait-on oublié?

Or, le débat récurrent qu’il nous est trop souvent donné d’entendre est loin d’être à la hauteur des enjeux. Il se résume dans l’opposition entre profit et RSE.  Autrement dit : les entreprises peuvent-elles sacrifier le droit de faire du profit afin d’être plus responsables ? Et peuvent-elles le faire en s’inscrivant dans la durée et dans un contexte concurrentiel mondialisé ?

Le développement des fonds ISR tend à démontrer que la frontière entre profit et RSE s’estompe ; par ailleurs, la mondialisation tant décriée, ici et là, pourrait en définitive s’avérer pénalisante pour les entreprises qui ne sont pas suffisamment engagées dans le champ de la RSE.

Si la tendance ne faiblit pas et si des forces contraires ne réussissent pas à enrayer le mouvement, on pourrait assister à un renversement de perspective susceptible de bouleverser les rapports entre économie et entreprise, entre économie et société. La fonction RH n’a peut-être pas dit son dernier mot.

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