COP 21, CO2, CAC 40, et Développement Humain

La COP 21 s’impose d’ores et déjà comme un évènement d’une envergure et d’un retentissement rarement atteints, assurément le succès est au rendez-vous de ce sommet de la « dernière chance ».

Sur le Site du gouvernement, on s’enorgueillit de penser que « la COP 21 constitue la plus importante conférence diplomatique internationale que la France n’ait jamais organisée ».

On retient son souffle lorsqu’on prend connaissance des cinq enjeux majeurs qui font l’objet des négociations afin de parvenir à un accord : contributions et objectifs de chaque pays pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ; donner un prix au carbone afin d’inciter à investir dans des énergies plus propres, à travers une taxe ou un système de marché ; aide aux pays en développement afin de leur permettre de lutter contre le dérèglement climatique tout en favorisant un développement durable ; principe de responsabilité, c’est-à-dire nécessité de prendre en compte la responsabilité historique des pays développés dans le réchauffement et la capacité d’action des autres États en fonction de leur mode de développement ; accord contraignant ou pas qui demeure la grande inconnue de ce sommet.

Chiffres, courbes, infographies, statistiques, estimations, prévisions, et tribunes climatiques ont envahi l’espace médiatique depuis plusieurs mois, ils s’égrènent de manière continue et instantanée, font le buzz sur internet et les réseaux sociaux, crépitent sur des millions d’écrans à travers le monde, ils donnent littéralement le tournis. Le suspense est à son comble. Accord ou pas accord ? Contraignant ou pas contraignant ?

On parle en termes de centaines de milliers et de milliards de tonnes de carbone, de limiter la hausse de température à 2°C par rapport à la révolution industrielle du 19e siècle, de parvenir à une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre en 2050, puis ne plus en émettre à partir de 2100 ; de l’urgence de lever 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour financer la transition énergétique des pays en développement.

Sachant que le secteur énergétique est le premier émetteur de gaz à effet de serre avec plus de 60% des émissions, lesquelles devraient augmenter de 78% de 2005 à 2050 si rien n’était fait pour inverser la tendance ; et que le transport devrait quant à lui doubler ses émissions d’ici 2035, dans la mesure où la vente de voitures automobile ne cesse de croître en particulier dans les pays en développement.

slider_3[1]Il est temps d’agir nous répète-t-on à longueur de journée, parce que le changement climatique a de nombreuses et dramatiques conséquences sur la santé, les cultures, les forêts, la qualité de l’air, les écosystèmes, la biodiversité ; parce qu’il va augmenter les périodes de forte chaleur et les événements extrêmes  – fortes pluies, inondations, sècheresses -, qu’il va réduire nos réserves d’eau douce, le débit des cours d’eau, diminuer l’accès à l’eau potable, déplacer des populations entières.

Chacun de nos moindres gestes, comportements d’achat, modes de consommation, et mobilité, est évalué à l’aune de la quantité de CO2 émise ; chacun est invité à devenir un citoyen responsable en mesurant son empreinte écologique, soit la pression qu’il exerce annuellement sur la nature. Chaque foyer, chaque hameau, village, ville, ou échoppe, chaque pays ou région du monde, chaque entreprise ou organisation, chaque activité économique est invité à faire de même. La soutenabilité de notre planète et maison commune sera globale ou ne sera pas.

Mais le choc de la COP 21 accompagné du show médiatique des chefs d’états et gouvernements, des négociateurs, ONG, sponsors du CAC40, et autres parties civiles et prenantes, ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, à savoir que le véritable enjeu est le développement humain durable.

Le développement humain durable est indissociable de l’épanouissement durable à travers les cinq piliers que sont l’éradication de la pauvreté humaine, la création d’emplois et de moyens d’existence durables, l’autonomisation de la femme, la préservation de l’environnement et la bonne gouvernance.

Or, il ne saurait y avoir de développement humain durable, si l’un ou l’autre de ces cinq piliers était manquant. Bien que tous ces piliers soient reconnus comme interdépendants, le caractère transversal de la gouvernance semble le plus patent. On peut même dire qu’elle est un déterminant majeur de tous les autres . (Honlonkou Albert, «Corruption, inflation, croissance et développement humain durable. Y a-t-il un lien ?», Mondes en développement 3/2003 (no 123). On ne saurait mieux dire.

17 objectifs du Développement DurableOn aime à espérer que les négociateurs de la COP 21 oublieront leurs querelles, dissensions, et intérêts égoïstes de leurs nations respectives, afin de sceller un accord viable pour tous.

Faisons le vœu qu’ils soient les dignes héritiers et représentants de ces mêmes États membres de l’ONU qui ont adopté le 25 septembre 2015 un nouveau programme de développement audacieux, en l’occurrence les 17 objectifs de développement durable (ODD) 2015-2030.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici leur déclaration finale : « Nous embarquons ensemble sur la voie du développement durable, pour nous consacrer collectivement à la poursuite du développement mondial et d’une coopération mutuellement bénéfique, susceptible d’apporter d’énormes gains à tous les pays et toutes les régions du monde ».

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