La Responsabilité Sociétale (RSE) casse-tête du Dirigeant

Les dirigeants sont souvent critiqués pour le déficit d’engagement de leurs entreprises mais aussi de leurs implications personnelles en regard des enjeux de la RSE, voire de leur méconnaissance de la question.

De nombreuses études montrent que s’ils considèrent que la RSE est importante sinon stratégique pour la réussite et la pérennité de leurs entreprises, pour autant lorsqu’on les interroge ils confessent qu’ils ne savent pas comment faire pour l’ancrer au sein de leur organisation. On fera remarquer, à leur décharge, que la RSE nécessite qu’on l’inscrive dans une démarche de changement culturel et organisationnel d’une envergure inédite jusqu’alors.

Pour la plupart d’entre elles les entreprises sont rompues à la conduite du changement, mais celle-ci s’inscrit généralement comme dans le cas d’une migration logicielle ou d’une politique sécurité dans le périmètre intérieur de l’entreprise, alors que la conduite de changement liée à la mise en place d’une démarche RSE a une portée bien plus grande, elle est systémique, sociétale, et dépasse le cadre de l’organisation.

Lorsque l’entreprise constate que les leviers du changement qu’elle maîtrise n’opèrent pas, elle doit admettre que ceux-ci se situent ailleurs, dans la chaîne d’approvisionnement ou les parties prenantes stratégiques. Autrement dit, les entreprises qui s’engagent dans la RSE doivent accepter l’idée que la démarche collaborative avec des acteurs extérieurs, à savoir d’autres organisations et institutions, est indispensable à sa réussite car elle nécessite la prise en compte de business modèles et d’approches innovants.

Les dirigeants doivent aussi faire face à la pression et attentes des gouvernements, des institutions européennes et mondiales – le spectre d’une régulation plus contraignante semble se rapprocher -, et de la société dans son ensemble. En France, de récentes études montrent que c’est sur les questions sociales que les attentes des citoyens sont les plus importantes.

Sans compter qu’ils doivent compter sur des actionnaires exigeants autant que vigilants, lesquels sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter des dérives de l’engagement RSE de la direction s’agissant notamment des risques financiers que représente le changement climatique, comme on a pu récemment le voir à propos de Shell et de BP ou du fonds norvégien qui a pris la décision de se désengager de 22 entreprises dans les secteurs du charbon, des sables bitumineux et du ciment.

Pour couronner le tout, last but not least, les dirigeants ne peuvent plus ignorer les débats de plus en plus prégnants sur le comportement éthique de l’entreprise.

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Si l’on a pu longtemps considérer que l’entreprise était une affaire de société, la question  qui est posée aujourd’hui est de savoir si la société n’est pas aussi une affaire d’entreprise.

Le concept de soutenabilité, plus précisément d’insoutenabilité – notre empreinte écologique globale dépasse les capacités et les ressources de la planète terre – met l’accent sur la nécessaire contribution de l’entreprise au bien commun. Elle suppose que les objectifs sociaux et environnementaux soient intégrés au cœur de métier de l’entreprise au même titre que les objectifs économiques.

Selon Philippe de Woot Docteur en Droit et en Sciences Économiques et Harvard Faculty Associate, (« La responsabilité sociale de l’entreprise – Faut-il enchainer Prométhée ? » éd Economica, 2004) les entreprises animent un modèle de développement qui devient insoutenable. Pour corriger celui-ci, elles devraient opérer un changement radical de leur culture et stratégie ; cela n’étant possible que si cette transformation est soutenue et accélérée, à l’échelle globale, par des politiques publiques permettant l’émergence d’un modèle de développement durable.

L’accélération scientifique et la globalisation économique créent des menaces pour l’humanité que l’éthique traditionnelle n’est plus capable de traiter. Philippe de Woot distingue trois formes d’éthique : l’éthique de conviction qui relève du domaine de la conscience ; l’éthique de responsabilité qui met en valeur l’engagement de nos actes ; l’éthique d’avenir qui inclue les précédentes ainsi qu’une exigence d’inquiétude pour tout ce qui engage l’avenir. Il affirme que l’impératif moral est la base même du comportement éthique.

L’impératif moral doit s’imposer à nous par lui-même et non pour des raisons instrumentales d’utilité ou de performance. La vie des dirigeants n’est pas de tout repos. Ils n’ont pas fini d’entendre parler de la responsabilité sociétale des entreprises.

2 Commentaires sur La Responsabilité Sociétale (RSE) casse-tête du Dirigeant

  1. FIMAT
    2 mars 2015 at 14 h 40 min (3 années Il y a)

    Animer votre démarche RSE… Et si la Solidarité pouvait vous donner des idées ==> ÇA ME REGARDE propose d’innover dans la manière de générer de la cohésion dans l’entreprise en créant un lien avec le monde associatif. Un moyen pragmatique de concrétiser les engagements RSE et la politique RH de l’entreprise : Séminaire d’entreprise ou journée de RTT SOLIDAIRE. ÇA ME REGARDE vous accompagne pour faire vivre à vos collaborateurs du Sens, de l’utilité dans un contexte « hors cadre »…

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  2. TISSIER
    2 mars 2015 at 15 h 06 min (3 années Il y a)

    Je pense que le management de demain sera durable ou pas!!! au sens de la RSE.

    Je suis d’accord c’est un véritable changement qui s’opère aujourd’hui avec la RSE et avec cette phrase « L’impératif moral doit s’imposer à nous par lui-même »
    Thierry TISSIER

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