Le capitalisme responsable dont on nous annonce à intervalle régulier l’émergence, aurait pour vocation de régénérer le monde des affaires en lui redonnant du sens.

Son objectif serait de contribuer à l’édification d’un nouveau modèle économique qui prendrait en considération les enjeux sociaux et environnementaux, autant que financiers, d’autant que la raison d’être et l’entreprise à mission feraient leur chemin dans l’esprit des actionnaires.

On entend souvent dire que la crise sanitaire, sociale et économique agit comme un révélateur de la démarche éthique des entreprises. L’actualité récente illustre la pertinence de cette affirmation, mais aussi la fragilité sinon l’impossibilité du grand écart entre maximisation du profit et responsabilité sociétale. Le capitalisme responsable est mis à mal.

Force est d’admettre que le cas récent de Danone, entre autres exemples, montre les limites autant que les contradictions du capitalisme responsable.

Gouvernance

Ce qui pose avec acuité les questions de la gouvernance, et de la bonne gouvernance. La gouvernance désigne un processus qui permet à l’entreprise de gérer efficacement ses affaires tout en respectant certaines recommandations et démarches éthiques.

Le capitalisme responsable

Pour l’OCDE, la bonne gouvernance est un système qui « aide à renforcer la démocratie et les Droits de l’Homme, à promouvoir la prospérité et la cohésion sociale, à réduire la pauvreté, à soutenir la protection de l’environnement et l’utilisation des ressources naturelles et à renforcer la confiance publique dans l’action et l’administration de l’État. »

Selon les promoteurs du capitalisme responsable, il aurait pour finalité de repenser et de refonder l’entreprise à partir de sa fonction sociale et de la valeur qu’elle apporte à l’ensemble de ses parties prenantes ; de conjuguer efficacité économique et durabilité, et de répondre aux défis du réchauffement climatique et de la cohésion sociale ; et, last but not least, d’aligner les intérêts des actionnaires avec la raison d’être de l’entreprise.

Bonnes intentions

Le rapport « Le capitalisme responsable : une chance pour l’Europe » publié en 2020 par le Comité Médicis et l’Institut Montaigne appelle l’Europe à devenir le continent du capitalisme responsable.

Il définit des priorités claires : libérer des financements de long terme pour les entreprises responsables, reprendre la main sur l’information comptable, financière et extra-financière, et créer un cadre juridique commun.

La mondialisation ne va pas s’interrompre, mais elle devra être gouvernée de manière à ce que, grâce aux échanges qu’elle permet, l’indépendance et la cohésion des nations européennes soient assurées. Ce sera une des responsabilités des entreprises. La question du capitalisme responsable doit ainsi être au cœur d’une refondation de l’Union européenne. Le temps qui s’ouvre sera celui d’un New Deal entre chaque nation européenne et ses entreprises, avec, en son centre, l’idée de responsabilité ”, peut-on notamment lire.

Le cas Danone risque-t-il de faire tache d’huile ? Les bonnes intentions suffisent-elles pour ancrer les valeurs de la raison d’être ou le statut d’entreprise à mission ? Les entreprises vont-elles être amenées, crise économique oblige, à faire l’impasse sur leurs objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux, afin de maximiser les bénéfices et dividendes ?

Moraliser le capitalisme

Selon Anne Salmon (« Moraliser le capitalisme ») les offres éthiques des entreprises apparaissent comme des instruments d’une adhésion à l’ordre économique, destinés à se libérer des ordres tutélaires (spiritualité, morale) tout en assurant un contrôle sur les conduites individuelles pour les conformer aux exigences du système.

La sociologue interroge la singularité du phénomène du capitalisme responsable. Une éthique purement instrumentale n’est-elle pas la cause d’une érosion des valeurs ? Et si le capitalisme responsable était en lui-même l’une des sources d’une démoralisation de la société ?

En dépit de l’engagement éthique des entreprises – chartes, codes, labels – la métamorphose du capitalisme financier en capitalisme responsable tarde à voir le jour.

Il est grand temps de remettre l’humain et l’individu au centre de l’économie, et de préférer « le BIN (bonheur individuel net) au PIB (produit intérieur brut) », comme le suggère le Prix Nobel d’Économie Joseph Stiglitz.

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