L’entreprise comme « Bien Commun », nouveau sésame de la RSE

Le débat sur la finalité de l’entreprise agite le monde économique, les attentes à son égard n’ont jamais été aussi grandes. Il y a une injonction nouvelle à ce que les entreprises publiques et privées se mettent au service du « bien commun ».

Le bien commun qui désigne l’idée d’un bien patrimonial partagé par les membres d’une communauté, au sens spirituel et moral du terme aussi bien qu’au sens matériel et pratique, serait-il le nouveau credo, à moins qu’il ne fût le nouvel eldorado de l’entreprise ?

Le bien commun est ce qui est profitable à long terme à l’ensemble des membres de la société, et ce qui soutient leur coexistence.

C’est l’ensemble des biens marchands, et non-marchands tels que les institutions, les biens culturels, et les services publics, qui participent au bien collectif, autrement dit au bien vivre ensemble.

L’entreprise comme bien commun est devenu un leitmotiv, et le terme trône en majesté, il enflamme l’imagination, et circule en boucle dans le discours managérial, les médias, la blogosphère, sur les réseaux sociaux et internet.

Voici un florilège de l’injonction relative à l’entreprise comme bien commun glané sur les différents canaux de communication : « Le but ultime de l’entreprise n’est pas le profit, mais de contribuer au bien commun ; l’entreprise ne doit pas seulement produire des résultats financiers, mais apporter une contribution positive à la société ; il faut sortir de la tyrannie du court terme ; il faut moins se préoccuper des actionnaires et plus des parties prenantes ; l’entreprise n’est pas seule face à ses actionnaires, elle est intégrée à un écosystème complexe, dans lequel on trouve ses parties prenantes, soit ses clients, ses salariés, ses fournisseurs, ses créanciers, son territoire, le gouvernement et la société civile ; arrêter de chercher le profit à tout prix et œuvrer davantage en faveur du bien commun. »

Changement d’époque

Effets de mode, signe de l’évolution des mentalités, ou ultime tentative des milieux d’affaires pour faire face aux risques de régulation, toujours est-il que l’entreprise comme bien commun suscite l’espoir que l’idée de capitalisme éthique se mue en réalité. Le bien commun est en passe de devenir le nouveau sésame de la RSE. Au point de l’éclipser?

Il y a au moins trois raisons pour lesquelles l’entreprise peut être considérée comme un bien commun.

Bien communParce qu’on passe de longues années sur son lieu de travail et que l’entreprise occupe une place essentielle, centrale, dans la vie en société; qu’en son sein se tissent souvent des liens affinitaires, d’amitié et de solidarité, qu’on se livre à des activités et adhère à des valeurs communes, qu’on partage les mêmes conditions de travail voire la même vision du travail; et parce que l’entreprise est inscrite dans un territoire, implantée au sein de communautés, intimement liée à des systèmes humains, économiques, sociaux et environnementaux, connectée à des écosystèmes qui lui permettent de prospérer.

Au-delà des effets de mode, de la gestion des risques ou de réputation, on entend dire que l’inquiétude de nombreux dirigeants, de responsables politiques et économiques, et d’ONG, les pousse à promouvoir la notion de bien commun. L’entreprise cherche à se régénérer et à retrouver la confiance des citoyens, des salariés, et de la société dans son ensemble.

Assisterait-on comme n’hésitent pas à l’affirmer certains à un changement d’époque dans un monde fracturé propice à la RSE ?

Bien commun, question philosophique

Il est vrai que la RSE est pour beaucoup une notion floue, d’autant que les définitions se comptent par dizaines, et que la multiplication des normes, démarches, outils, certifications, labels, palmarès et autres trophées peut désorienter, semer le doute ou la confusion.

S’il semble que le concept de bien commun possède l’avantage d’être facilement appréhendé par le plus grand nombre, en vérité il est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue.

Bien communLa question est philosophique, il s’agit de savoir si l’économie est la base de la société, et si l’utilité est la raison d’être des relations humaines. Les êtres humains sont-ils fait pour la société, ou la société est-elle faite pour les êtres humains?

Si on considère que servir le bien commun est contreproductif, il en résulte que chaque être humain est libre, et en droit de poursuivre son propre bien sans que l’État n’ait à intervenir. Si au contraire, on considère que la société ne remplit pas seulement une fonction utilitaire, cela revient à dire qu’elle est constitutive de l’être humain.

« Pour les théoriciens du bien commun, la société est faite pour l’homme et non l’inverse, mais elle lui permet de se développer, de se réaliser, au-delà de ce qu’il pourrait faire de lui-même ou à lui seul. Pour l’individu, participer à la société ne revient pas à renoncer à son « bien » personnel mais au contraire à l’accomplir plus pleinement. Chercher le bien de la communauté revient à chercher le bien de l’individu puisque la société n’a pas d’existence indépendamment de celle de ses membres, et vice-versa. Dit encore autrement, le bien de la société (le bien commun) a la primauté sur les intérêts individuels, non parce qu’il les limiterait mais parce qu’il constitue une condition de leur réalisation. Chacun tend à rechercher son « bien », mais il ne peut l’atteindre véritablement en dehors de la société ; chercher le bien commun est pour chacun une façon de s’assurer de son bien personnel. » (Desreumaux Alain, Bréchet Jean-Pierre, « L’entreprise comme bien commun », RIMHE : Revue Interdisciplinaire Management, Homme & Entreprise, 2013/3 (n°7)

La notion de bien commun irrigue tout, depuis l’entreprise, jusqu’à la politique et l’économie, en passant par la science, les défis écologiques, la transition énergétique, le droit, la justice, ou la finance à travers les plateformes de financement participatif.

 

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