Il se peut que le réchauffement climatique, les menaces imminentes qu’il fait peser sur la vie humaine et celle des autres espèces, sur la biodiversité, les écosystèmes, et l’environnement, représente pour la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), une aubaine, le coup de pouce, mieux encore l’électrochoc qu’on attendait depuis longtemps.

L’effroi, cette frayeur qui glace et épouvante, dans la perspective des dangers consécutifs au réchauffement climatique, semble gagner la population mondiale dans toute sa diversité, les gouvernements comme la société civile, les laïques comme les religieux, les classes dirigeantes, les élites, comme le grand public.

C’est en tout cas l’impression qu’on éprouve face à l’accélération des évènements, la mobilisation internationale, l’information qui circule en continu dans les médias, le web, et les réseaux sociaux, les données des scientifiques relayées et expliquées en temps réel auprès du plus grand nombre aux quatre coins de la planète.

On a rarement assisté à un tel phénomène dans le cours de l’Histoire humaine, une telle fièvre et un tel sentiment d’urgence mêlés se propageant à une si grande vitesse et envahissant une large partie de l’espace public et privé. L’état d’alerte est proclamé.

En marge de la préparation de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21) qui doit se dérouler du 30 novembre au 11 décembre 2015, dont l’ambition est d’aboutir à un accord international sur le climat applicable à tous les pays, afin de maintenir le réchauffement en deçà de 2 °C, la fièvre et le sentiment d’urgence sont palpables. Les communications sur leurs contributions des États parties prenantes, c’est-à-dire les efforts qu’ils comptent engager pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) sont analysées sans concession, commentées, débattues, diffusées, et partagées.

Le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en 2014, prévoyant une hausse des températures de 0,3 à 4,8% d’ici 2100 a largement contribué à provoquer cet électrochoc. On avait bien besoin de cela afin que les objectifs du développement durable soient pris au compte.

Le modèle économique qui prévaut a cessé d’être un dogme ou une croyance. La notion de  développement humain tend à imposer ses propres lois et critères; l’économie n’est plus l’alpha et l’oméga de l’activité humaine; et pas plus que l’environnement, le développement humain n’est au service de l’économie. La pyramide vacille, elle tend à s’inverser.

On entend dire de partout que nos modèles et nos chaînes de valeurs économiques et techno-industriels ont fait la preuve de leur incapacité, au vu des enjeux, à s’auto-réguler et se réformer de l’intérieur en profondeur ; et que dans l’état actuel des choses, notre maîtrise scientifique s’avère inopérante pour concevoir, mettre en œuvre, et organiser une parade à la hauteur des dangers, sans risques collatéraux majeurs.

Les climato-sceptiques n’ont peut-être pas perdu la partie, mais ils sont partout affaiblis. Leurs manœuvres dilatoires et de désinformation nullement dénuées d’arrière-pensées court-termistes se retournent les unes après les autres contre eux. Des décennies d’informations, de recherches, de débats, d’enquêtes, de rapports scientifiques, de mises en garde, et d’alertes n’auront pas été vaines ni inutiles. Les consciences s’éveillent.

Goal-8L’urgence climatique est en train d’opérer un changement profond dans la vie des entreprises. Alors que beaucoup doutent de leur engagement volontaire et sincère, et désespèrent de voir un jour la RSE s’inscrire au cœur de la stratégie, et la stratégie s’enraciner dans les principes de la RSE, des actions, initiatives, et évènements convergent et se multiplient. On assiste à un tournant historique dans la conduite des affaires.

Le changement climatique tire les entreprises vers le haut, il devient le maître du jeu, le point focal des décisions stratégiques. La RSE a cessé d’être une option. L’heure n’est plus aux hésitations ou atermoiements. La question n’est plus seulement de savoir si elle est une contrainte ou une opportunité, d’évaluer le retour d’investissement, de mesurer les avantages concurrentiels, ou de l’utilisation qu’on peut en faire afin de valoriser l’image et la marque employeur.

De plus en plus de fonds d’investissement se désinvestissent des énergies fossiles. Les agences de notations dont la responsabilité a été reconnue dans la crise financière de 2008 sont appelées à la vigilance, parce que ne prenant suffisamment en compte les risques liés au réchauffement climatique.

Aux Pays-Bas, près de 900 citoyens ont gagné – chose inouïe – une action en justice contre leur propre gouvernement, pour l’obliger à réduire ses émissions de gaz à effet de serre dans l’espoir de contrer le réchauffement climatique.

Les réfugiés climatiques se comptent par dizaines de millions dans le monde. Les effets sur la santé et le bien-être de la pollution de l’air font frémir. Le coût de la pollution en termes de vies et de maladies pour l’année 2010, pour les seuls pays de l’OCDE, est évalué 1,7 trillions de dollars.

Selon le rapport du 23 juin 2015 de la Commission sur la santé et le changement climatique de l’hebdomadaire médical britannique de réputation mondiale Lancet, « agir contre le changement climatique est à la fois une urgence et l’opportunité d’accomplir les plus grands progrès pour la santé publique au cours du 21e siècle. »

Le réchauffement climatique accomplit un renversement de valeurs, il ramène les entreprises à l’essentiel, la question centrale de la RSE qu’on a longtemps cherché à fuir, ou tenté d’occulter ou d’ignorer : la soutenabilité de leur business modèle.

2 Comments on Le Changement Climatique, une aubaine pour la RSE

  1. Monsieur
    J’ai beaucoup apprécié l’article de Constant CALVO. Je relève un passage clé qui résume bien l’ensemble :
    « L’urgence climatique est en train d’opérer un changement profond dans la vie des entreprises. Alors que beaucoup doutent de leur engagement volontaire et sincère, et désespèrent de voir un jour la RSE s’inscrire au cœur de la stratégie, et la stratégie s’enraciner dans les principes de la RSE, des actions, initiatives, et événements convergent et se multiplient. On assiste à un tournant historique dans la conduite des affaires. »

    Je viens de travailler pendant de nombreux mois pour comprendre les évolutions des stratégies de certaines entreprises en fonction des enjeux du climat et du développement durable. Nous avons fait de nombreux interviews de responsables d’entreprises des secteurs du bâtiment, des transports et de la chimie: Lafarge, Saint-Gobain, Sncf, Alstom, Airbus, Renault, Michelin, PFAFilière automobile et mobilités-, Arkema, Solvay et Air Liquide.
    Faits et analyses convergent : rôle déterminant des règlementations, transformations de l’économie, évolutions des sujets de recherche et des façons d’innover. Tout bouge, mais trop lentement.

    Je souhaiterais échanger sur ce sujet et réfléchir à comment étendre la réflexion à des entreprises plus petites.
    Déjà, pour commencer, je vous signale le livre qui a résulté de cette étude : « La poutre et la paille écologiques : l’industrie à la rescousse du climat » par Christine Bénard et Dominique Levesque aux éditions du CERF,
    http://www.amazon.fr/poutre-paille-%C3%A9cologiques-Christine-Benard/dp/2204105945/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1446488782&sr=1-1&keywords=la+poutre+et+la+paille+%C3%A9cologiques

    http://recherche.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=La+poutre+et+la+paille+%C3%A9cologiques&sft=1&sa=0

    Ce peut être une base de réflexion car on y fait non seulement parler les entreprises mais des analystes, experts de différents domaines.

    A suivre…

    • Merci de ce commentaire, je constate en effet comme vous qu’il existe une forte tendance à montrer du doigt et culpabiliser les entreprises quoiqu’elles fassent, quoiqu’elles disent, et à vouloir les mettre toutes dans la même catégorie des menteurs et pollueurs. Heureusement les choses ne sont pas aussi simples. D’autant que les citoyens du monde que nous sommes tous, avons une grande part de responsabilité. Nos comportements d’achat, de consommation, et de gaspillage, ne sont pas assez pris en compte dans le diagnostic que nous portons sur la crise écologique mondiale que nous vivons et dans les scénarios de sortie de crise que nous cherchons à envisager. Tous responsables. Je serais heureux de poursuivre avec vous cette réflexion.

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