Il en est de la crise climatique, comme de la RSE, du développement durable, ou de n’importe quel autre phénomène transformationnel ou innovation sociétale. Dès lors que l’on cherche à susciter de nouveaux comportements, on est confronté à des obstacles nombreux et des résistances fortes.

Or, ce n’est pas tant le changement qu’il faudrait promouvoir que la culture du changement, d’autant que celle-ci a besoin de leadership, c’est-à-dire de personnalités déterminées susceptibles de l’incarner.

Et qui mieux que les nouvelles générations peuvent incarner les nouvelles idées, les nouveaux modes de comportement et de communication ?

L’anthropologue américaine Margaret Mead (1901-1978) a mis en exergue les déterminants sociaux d’un fossé générationnel, soit une culture postfigurative où les enfants sont avant tout instruits par leurs parents, et une culture cofigurative où adultes et enfants apprennent de leurs pairs.

Elle insistait sur la nécessité de rétablir le dialogue entre les générations passées et présentes.

Elle considérait que la seconde partie du XXe siècle se caractérisait par le passage à une culture préfigurative, dans laquelle les parents ont tout à apprendre de leurs enfants.

Fossé générationnel

Les travaux de recherche de Margaret Mead sur les ruptures et continuités générationnelles, l’ont amenée à théoriser l’existence d’un fossé générationnel, à l’échelle mondiale, entre ceux qui vivent dans le passé et s’opposent aux changements, et les jeunes générations qui se projettent dans l’avenir et veulent au contraire les accélérer.

Selon Valérie Masson-Delmotte, climatologue au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et membre du GIEC, « Il y a cette capacité qu’ont les adultes à avoir des actions qui ne sont pas cohérentes avec leurs valeurs. Ce qui me frappe, c’est que ce n’est pas le cas chez les plus jeunes qui eux essaient d’aligner leurs valeurs avec leurs choix et leurs actions. »

Dans un entretien au quotidien Le Monde, la sociologue Cécile Van de Velde déclare, quant à elle, « (ces jeunes) ressentent fortement la finitude du monde. Ils ont grandi dans une forme d’incertitude radicale. J’ai pu voir monter et se diffuser, au fil de mes recherches sur la colère sociale, ce sentiment d’urgence vis-à-vis des questions écologiques. »

crise climatique

De fait, les actions de grève pour le climat, de boycott d’entreprises internationales, et de désobéissance civile des élèves, étudiants et jeunes, ainsi que les mouvements qui les réunissent et les fédèrent – parmi lesquels YouthForClimate, ExtensionRebellion -, ne sont pas compris par la grande partie de la population adulte, qui les accueille pour la plupart avec indifférence, doute, colère ou indignation.

On assiste en particulier à un déferlement d’attaques personnelles, de sarcasmes, de remarques méprisantes, voire d’injures, à l’encontre de la jeune suédoise Greta Thunberg, bien que cette dernière ait eu l’insigne honneur de recevoir d’Amnesty International le prix d’« ambassadrice de conscience » pour l’initiative FridaysForFuture, marches organisées dans le monde entier pour alerter sur l’urgence de lutter contre la crise climatique.

Le secrétaire général de l’ONG ayant déclaré dans un communiqué : « Chaque jeune personne participant à “Fridays for future” incarne ce que signifie agir sur notre conscience. Ils nous rappellent que nous sommes plus puissants que nous le pensons et que nous avons tous un rôle à jouer dans la protection des droits de l’homme contre la catastrophe climatique ».

Influence minoritaire

Mais qu’on ne s’y méprenne pas, malgré l’indéniable succès de la mobilisation à travers de nombreuses régions du monde, et de sa médiatisation, le sentiment d’urgence et de crise climatique ne représente – au sein même de la jeunesse- , qu’un courant minoritaire.

Or, Margaret Mead nous prévient : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peut changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé ». C’est l’un de ses aphorismes les plus pertinents passés à la postérité.

Le concept d’influence minoritaire nous permet de comprendre comment un individu ou une minorité peut exercer une influence sur un groupe ou sur une majorité, alors qu’ils ne jouissent pas d’une autorité suffisante et ne bénéficient pas à priori de la confiance des autres.

Cette influence entraîne la modification des comportements, attitudes, croyances, opinions ou sentiments d’un individu ou d’un groupe à la suite du contact avec un autre individu ou groupe.

L’influence minoritaire s’effectue à travers un processus de changement social particulier, l’innovation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *