L’Esprit de la RSE vs la Lettre de la RSE

C’est l’esprit de la RSE, et non la lettre, qui doit guider l’entreprise et le dirigeant, s’agissant de son implémentation dans la culture organisationnelle. L’esprit de la RSE ce sont ses principes, valeurs et objectifs, l’idée générale qui a présidé à l’élaboration du ou des textes fondateurs.

Il convient de distinguer la lettre de la RSE de l’esprit de la RSE, de la même façon qu’on distingue la lettre de la loi de l’esprit de la loi.

L’esprit de la loi est l’interprétation et l’application de la loi, elle vise à déterminer dans une situation et des circonstances données ce que le législateur a voulu. La jurisprudence accorde une large part à l’esprit de la loi.

Tandis que la lettre de la loi, c’est le texte pur et simple. On suit « à la lettre » ce que le législateur a indiqué, c’est le sens littéral ou apparent du texte.

Car il en est du droit comme de la RSE, l’un et l’autre sont des systèmes normatifs qui visent à règlementer et canaliser les comportements humains. Mais ni l’un ni l’autre ne saurait se réduire pas à n’être que des normes impératives.

Si l’on se contente de faire une lecture passive du droit, on passe à côté de l’essentiel. Le droit vise à organiser la vie en société, à rendre possible le vivre ensemble, à répondre aux besoins de santé, de sécurité, et de stabilité de ses membres. L’esprit de la RSE n’est en définitive rien d’autre que cela.

Pur formalisme

« Le contraire de la responsabilité, c’est la négligence. La Responsabilité Sociale nous invite à refuser trois négligences risquées : la négligence des effets collatéraux de nos actions; la négligence du global dans nos actions locales; la négligence des autres humains et non-humains dans nos actions. Tel est «l’esprit de la Responsabilité Sociale ». »

l'esprit de la RSE

L’esprit de la RSE

Lorsque les labels, outils, certifications ou autres démarches de la RSE, c’est à dire la lettre, prennent l’ascendant, on tend à s’éloigner et se déconnecter de l´esprit de la RSE, avec le risque de voir cette dernière se perpétuer dans un pur formalisme et perdre sa finalité, voire son âme.

Les dirigeants pour la plupart sont partagés sinon déchirés : entre doute et certitude, scepticisme et optimisme, discours volontariste et implication réelle, nécessité de communiquer positivement sur les enjeux de la RSE et résistances culturelles à sa mise en œuvre, objectifs à court terme et long terme, exigences des actionnaires et celles de la société civile, intime sentiment que l’adhésion des salariés est l’une des conditions essentielles de la réussite de la démarche et incapacité à instaurer un dialogue participatif avec ces derniers.

Entre doute et certitude

Beaucoup de dirigeants, notamment de PME, semblent déconcertés voire découragés par les lourdeurs administratives de la mise en place d’une démarche RSE. Auxquelles s’ajoutent la prévalence du jargon technique, l’offre pléthorique, l’environnement concurrentiel du marché de la RSE, l’atomisation des approches.

l'esprit de la RSE

Parties prenantes

Certains en arrivent à l’idée que la conformité des procédures et processus de l’entreprise aux codes et principes ne sont, somme toute, que des normes impalpables déconnectées des réalités tant économiques que sociales et sociétales sur lesquelles elles prétendent par ailleurs agir ; qu’elles n’ont de valeur opératoire que si les femmes et les hommes – soit le capital humain – qui représentent le tissu vivant de l’entreprise se les approprient.

Lorsqu’on demande aux dirigeants de préciser quels sont les bénéfices qu’ils attendent de la RSE, ils évoquent la réponse aux attentes des parties prenantes externes afin d’assoir leur légitimité et de maintenir le dialogue avec la société civile; l’attractivité auprès des talents et des jeunes diplômés; la mise en conformité aux normes légales régionales et internationales; l’avantage compétitif dans les réponses aux appels d’offre incluant des critères RSE; l’optimisation de la gestion des risques; la valorisation de la chaîne de valeur ou la réputation de l’entreprise.

Développement soutenable

Le plus souvent – alors même que certains dirigeants ont des valeurs et convictions fortes, relativement à la notion de responsabilité sociétale – on a affaire à des discours prudents, convenus, policés, sorte de rituels qui se conforment aux canons de la communication corporate, dénués de substance et d’authenticité. Sans nul doute, parce que l’esprit de la RSE leur fait défaut.

Selon la théorie élaborée par Leon Festinger, professeur en psychologie sociale à l’Université Stanford (Palo Alto), lorsque les circonstances amènent un individu à agir en désaccord avec ses valeurs et convictions, il éprouve un état de tension appelé dissonance cognitive. La théorie de la dissonance cognitive repose sur l’hypothèse que l’individu cherche une cohérence entre ses attentes et sa vie effective.

« L’inconvénient de la contrainte légale ou RSE réside dans le fait qu’elle oblige le plus souvent à « dire » et non à « faire », de sorte que son impact réel sur l’évolution des consciences et des pratiques est limité. L’incidence réelle du volet impératif peut toujours être discutée. Mais cet inconvénient est moins lié à la contrainte juridique qu’à l’emprise de l’instrumentalisme. En donnant une définition large du droit dont la RSE serait le prolongement, les managers peuvent trouver dans la RSE des repères pour l’action et une force politique donnant une réelle légitimité à leurs pratiques. Ainsi, de façon très concrète, la RSE pourrait être un moteur pour une interprétation proactive et non minimaliste des règles juridiques (…). Le management ne verrait plus le droit et la RSE comme des pouvoirs contraignants auxquels il faudrait échapper, ni même comme des instruments qu’il faudrait utiliser en fonction des intérêts propres. » (Frémeaux, Sandrine, et Christine Noël-Lemaître. « Une analyse philosophique du management de la RSE : de la difficile conciliation entre l’ordre économique, l’ordre juridique et l’ordre moral », Management & Avenir, vol. 73, no. 7, 2014, pp. 107-122.)

L’esprit de la RSE est la prise de conscience par le dirigeant du caractère de devoir universel de la RSE, et de son statut d’éthique universelle, afin de se responsabiliser pour tous les impacts des activités de l’entreprise, de promouvoir un développement soutenable dans le respect des normes internationales de bonne conduite, de réduire l’empreinte écologique de l’humanité, ceci en coordination et coresponsabilité avec toutes les parties prenantes.

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