Quid des enjeux éthiques et sociaux de la RSE?

Dans la démarche volontaire des entreprises, la dysharmonie des trois piliers de la RSE est patente, force est de constater que la dimension humaine est souvent négligée. De nombreuses études montrent que les enjeux éthiques et sociaux de la RSE ne sont pas suffisamment pris en compte.

La perspective humaine de la RSE est reléguée au second plan, l’entreprise constitue pourtant un puissant catalyseur de l’intégration sociale.

Les rôles et le périmètre de responsabilité de l’entreprise en matière d’enjeux éthiques et sociaux de la RSE sont considérables : créer des emplois et contribuer à la prospérité de la société ; organiser la vie au travail, et veiller à ce que les conditions de travail soient acceptables, et la rémunération équitable ; former, qualifier, insérer, et développer l’employabilité des salariés ; transmettre, et faciliter l’intégration des jeunes ; s’engager, et participer à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

D’autant que les tensions entre les enjeux éthiques et sociaux de la RSE et la logique financière semblent s’accentuer, au point que de nombreux spécialistes des sciences sociales posent la question de savoir si un management à dimension humaine est encore possible. D’aucuns n’hésitent pas à tirer la sonnette d’alarme.

Impasse managériale

A contrario des sondages, enquêtes, chroniques, et autres billets qui célèbrent à longueur d’année les bienfaits du bien-être voire du bonheur au travail, de la bienveillance, du management agile, de l’entreprise libérée ou de l’halocratie (système d’organisation de la gouvernance fondé sur la mise en œuvre formalisée de l’intelligence collective), on entend un autre son de cloche de la part des experts en risques psychosociaux et des sociologues.

Ils jugent que le management tel qu’il est pratiqué dans de nombreuses entreprises et organisations s’avère un échec, et génère cynisme, désenchantement et désengagement.

enjeux éthiques et sociaux de la RSESelon François Dupuy (« la faillite de la pensée managériale »), la multiplication des chefs de projet dans les grandes entreprises, ainsi que les systèmes de contrôle et de reporting, conduisent à une impasse.

S’agissant du discours sur les valeurs associées aux enjeux éthiques et sociaux de la RSE, lesquelles sont le résultat d’une action et non pas quelque chose qu’on impose, François Dupuy remarque que la valeur la plus souvent mentionnée dans les entreprises est l’innovation.

« Or, que voit-on ? Une multiplication des systèmes de contrôle, un enfermement de l’action dans ces systèmes. Comment voulez-vous que les personnes innovent ? Le résultat de cette contradiction est de créer du cynisme. Les salariés feignent d’approuver mais ils continuent comme avant. »

Pour Marie-Anne Dujarier (« le management désincarné »), « Dans les grandes organisations, qu’elles soient privées ou publiques, nous entendons en effet avec une régularité frappante cette double critique de l’encadrement du travail : il faudrait faire toujours plus avec moins, d’une part, et le faire avec des contraintes managériales vécues comme absurdes et contre-productives, d’autre part. Or ces organisations ont toutes recours aux mêmes méthodes de management. De l’industrie automobile aux tribunaux de Paris, en passant par la banque ou les supermarchés, on retrouve des dispositifs managériaux communs tels que le lean management, l’évaluation quantitative du travail, des progiciels de gestion intégrés (ERP)… Ce sont des dispositifs, des choses (et non des êtres) qui encadrent le travail. »

Climat social interne

Alors que selon le dixième baromètre du groupe de conseil Ayming, l’absentéisme représente en moyenne 17,2 jours par an et par salarié du privé, et que pour la troisième année consécutive le chiffre progresse, le taux d’absence des salariés du privé s’est élevé en moyenne à 4,72 %, soit une hausse de 4,59 % de plus que l’année précédente, il n’est pas inutile de s’interroger – une fois de plus – sur l’impact des conditions et de l’organisation du travail sur la santé.

Ce taux de 17,2 jours est d’autant plus préoccupant qu’on observe un écart genré non négligeable, dans la mesure où l’absentéisme atteint 5,3 % chez les femmes mais 3,54 % chez les hommes. Quant aux raisons de cet écart, elles seraient d’ordre social et sociétal.

Au plan social, les métiers occupés par les femmes sont générateurs de problèmes de santé plus conséquents.

Au plan sociétal, les femmes gèrent plus de charges domestiques que les hommes, et sont plus qu’eux en situation monoparentale. Les femmes sont davantage exposées aux risques, et leur état de santé est plus fragilisé.

Pression managériale

Dans un article intitulé « On se méprend sur les arrêts de travail », publié dans le Monde daté du 15 septembre, Francis Marion, médecin généraliste à Lyon écrit que « l’arrêt de travail signe très habituellement un soin médicalisé en réponse à un déficit de soins professionnels et sociaux. Il vise alors à pallier une carence d’anticipation et un défaut de prise en compte de la santé au travail ».

« Tout le monde sait que la fréquence des arrêts de travail dans une entreprise est un marqueur du climat social interne », remarque Francis Marion. Selon ce professionnel de la santé, l’organisation du travail et la pression managériale sont directement interpellées par l’augmentation des arrêts de travail.

Ce n’est pas l’enquête menée par OpinionWay pour CCI France/La Tribune/Europe 1 menée en juillet auprès de 613 chefs d’entreprise sur leur démarche RSE qui est de nature à nous rassurer et nous donner un peu de baume au cœur. Car, elle met en évidence, qu’en regard du pilier environnemental, les enjeux éthiques et sociaux de la RSE sont à la peine et la traîne.

Rémunération des dirigeants

enjeux éthiques et sociaux de la RSE69% des chefs d’entreprise interrogés déclarent avoir engagé des actions environnementales, parmi lesquelles l’utilisation de gobelet en carton ou l’usage de papier recyclé, tandis que les initiatives relevant des enjeux éthiques et sociaux de la RSE peinent à émerger.

Ils ne sont plus que 25% à proposer aux salariés un environnement de travail épanouissant, 15% à se mobiliser sur les sujets sociétaux tels que le harcèlement sexuel au travail ou la laïcité, et 8% à avoir une politique RH favorisant la diversité et le recrutement de personnes éloignées de l’emploi.

On a appris, en juin 2018, que l’Association française des entreprises privées (Afep) et le Medef ont recommandé d’intégrer plusieurs critères de RSE, mis en avant dans la loi PACTE, dans la détermination de la rémunération variable des dirigeants.

On ne fera pas la fine bouche, bien que cela ne soit qu’une amorce, le faible espoir de voir les enjeux éthiques et sociaux de la RSE véritablement pris en compte dans la stratégie des entreprises.

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