Les injonctions de changement comportemental des citoyens et consommateurs en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique sont nombreuses, qu’elles viennent des agences et organisations internationales, des ONG, des médias ou des scientifiques. Bien qu’elles ne soient ni vaines ni inutiles, elles peinent à induire des résultats tangibles.

L’un des enseignements qu’on peut tirer des mouvements de grève pour le climat, et de désobéissance civile auxquels on assiste, est que le changement de comportement pour mener une lutte efficace contre le réchauffement climatique, n’est pas seulement indispensable mais possible.

Il existe plusieurs théories qui expliquent le processus de changement de comportement, parmi lesquelles : la théorie de l’action raisonnée ; la théorie du comportement planifié ; la théorie du changement par phases; le modèle en spirale des stades du changement de comportement.

Injonctions comportementales

La difficulté du changement de comportement réside dans le passage à l’acte. Les chercheurs considèrent que, dans le changement de comportement, l’amorce est l’étape la plus importante, et que les obstacles sont l’inertie et l’indifférence dues aux habitudes contractées au cours de la vie.

Réchauffement climatique

Le changement de comportement n’est pas un phénomène qui suit une progression linéaire. C’est un processus complexe semé d’embûches, une rupture avec la trajectoire d’une personne ou organisation.

Tenter de changer les idées d’une personne n’est pas la condition nécessaire et suffisante pour susciter un comportement nouveau; il est plus efficace d’agir directement sur le changement de comportement afin de changer ses idées, que l’inverse.

Trois raisons principales poussent une personne à adopter un nouveau comportement: économique, matérielle, éthique ou morale. Le passage de la parole aux actes est un pas de géant.

Comportement collectif

Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, le changement de comportement n’est pas une affaire individuelle mais collective.

« La réalité reste que les comportements individuels doivent évoluer. Le mythe c’est que le changement de comportement est une affaire strictement individuelle. Ce résultat, constitutif de la sociologie et de la psychosociologie, est aussi largement démontré par l’économie. » nous dit Albane Gaspard Sociologue, à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie).

Elle ajoute : « La réalité, c’est bien que les comportements individuels sont aussi collectifs et institutionnalisés. Le mythe, c’est qu’on pourrait agir sur le « tout » à partir d’une seule de ses parties grâce à un outil miracle, pertinent en toute circonstance. Dans un monde complexe fait de régularités, de systèmes imbriqués et de dépendances au sentier, il est plus efficace d’agir à plusieurs échelles à la fois. »

Menace

C’est la raison pour laquelle, les entreprises seraient bien avisées de prendre au sérieux ces mouvements de grève, de protestation, de rébellion, en particulier de désobéissance civile.

Ces mouvements représentent une menace pour leur image et leur réputation, et, à terme, pour leurs résultats financiers, d’autant que tout laisse à penser qu’ils s’inscrivent dans la durée, et se conjuguent à d’autres formes d’action telles que le boycott.

Ils marquent un tournant dans la prise de conscience, mais aussi et surtout dans le changement de comportement des jeunes générations qui tendent à se radicaliser, et ce à travers de nombreuses régions du monde.

En Grande-Bretagne, les activistes d’Extinction Rebellion – mouvement mondial de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique, lancé en octobre 2018 -, se sont installés sur des sites emblématiques de Londres.

Aux États-Unis, de jeunes militants écologistes ont fait irruption dans l’arène politique, avec la ferme intention de faire de l’environnement un sujet majeur lors de la primaire démocrate et de la présidentielle de 2020

En France, des militants écologiques ont assiégé les bâtiments d’entreprises internationales. Vendredi 19 avril, trois grandes ONG – Greenpeace, Les Amis de la Terre et ANV-COP21, soutenues par une dizaine d’autres, ont mené une action de masse pour « bloquer la République des pollueurs« .

Thoreau et La Boétie

En France toujours, le mouvement Extension Rebellion déclare : « Une culture humaine régénératrice est une culture ouverte, bienveillante et résiliente. Elle se soucie de la planète et du vivant, sans eux l’humanité-même est en péril. Une culture régénératrice s’affine d’année en année, en prenant de petites mesures pour se soutenir et s’améliorer, à tous les niveaux : chez les individus, comme dans les communautés, en privilégiant toujours la santé de notre sol, notre eau et notre air. Plus qu’un réseau de « militants », nous cherchons à trouver des façons de faire et d’être qui accompagneront un changement positif. »

C’est à l’écrivain américain Henry David Thoreau (1817-1862) que l’on attribue la paternité de l’expression désobéissance civile (civil disobedience), soit le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique.

Avec le « Discours de la servitude volontaire » de l’écrivain humaniste et poète français Étienne de La Boétie, publié au XVIe siècle, La « Désobéissance Civile » est un ouvrage fondateur.

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