De la Responsabilité Sociale à l’Éthique de Responsabilité

On n’est pas toujours au fait, quoiqu’on pense, des fondamentaux de la responsabilité sociale, ni de l’étendue, la diversité et la richesse des travaux de recherche sur le sujet.

Pour la plupart d’entre nous, les références que nous avons en la matière sont principalement liées à la déclaration de Brundtland rédigée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU, la norme ISO 26000, ou le Global Compact.

Sans oublier Howard R. Bowen dont « Social Responsibilities of the Businessman », 1953, est reconnu par beaucoup comme l’ouvrage fondateur du concept de RSE, ou l’économiste américain John Morice Clark, lequel a proposé dès 1916 dans son article « The Changing Basis of Economic Responsibility » un contrôle social des affaires, c’est à dire l’élargissement des responsabilités de l’entreprise au volet social.

Ce faisant, on tend à oublier que les économistes et les hommes d’affaires ne sont pas les seuls théoriciens de la responsabilité sociale. Loin s’en faut. Elle fait depuis de nombreuses années l’objet de travaux de recherche en sciences sociales et philosophie.

Développement Humain

Peu connus du grand public comme des professionnels d’entreprise, ces travaux ont renouvelé en profondeur la notion de responsabilité sociale.

A rebours des économistes, les philosophes en particulier placent le développement humain non pas à la périphérie mais en son centre. Ils posent la question du devenir humain, c’est-à-dire des risques qui mettent en danger la survie de l’humanité.

Relayés par les ONG, soutenus par une grande partie de la communauté scientifique, leurs travaux ont eu une résonance considérable et conduit à l’adoption des 17 objectifs et 169 cibles du développement durable.

Il n’y a pas de développement autre que le développement humain, nous disent en substance les philosophes ;  et il n’y a pas de devenir humain autre que collectif.

Ce n’est pas tant la durabilité des activités économiques que les philosophes questionnent que celle de l’activité humaine. Celle de la place et du rôle de l’espèce humaine dans la Nature, et de la sur-domination des savoirs et pouvoirs techniques et technologiques.

Ces penseurs nous mettent en garde contre la toute-puissance de nos moyens de destruction. Cette responsabilité n’est pas seulement sociale, elle relève non pas du droit légal mais du droit moral.

La philosophie dans l’entreprise

Alors que les théories de la responsabilité sociale élaborées par les hommes d’affaires et les économistes concernent le management, c’est à dire la coordination de personnes à des fins productives, activité rationnelle fondée sur des calculs d’optimisation des profits, les philosophes proposent une approche radicale et universelle de l’éthique et de la responsabilité qui va bien au-delà du périmètre des entreprises.

La responsabilité dont il est question ici n’est pas conçue dans ses termes juridiques comme cela est le cas pour la responsabilité sociale. Il s’agit d’une éthique de la responsabilité qui repose sur la prise en compte du devenir humain.

Ce principe de responsabilité initialisé par le philosophe allemand Hans Jonas a inspiré la pensée écologique quant à la question du devoir moral de l’humanité en regard de la Nature et au questionnement de la suprématie de la pensée technicienne. Selon Jonas, la responsabilité à l’égard de l’humanité est un principe et non pas une vertu.

Gouvernance sectorielle

Puisque les entreprises font, semble-t-il, de plus en plus appel aux enseignants philosophes afin de permettre au management stratégique et opérationnel de prendre du recul et de la hauteur par rapport à leurs activités quotidiennes, disserter sur la liberté ou le bonheur au travail, réactiver leurs capacités à penser de manière autonome, dynamiser leur créativité ou se ressourcer, ne serait-il pas pertinent de les amener à réfléchir sur les conséquences de leurs actes et sur l’éthique de la responsabilité ?

Parmi les nombreux questionnements sur lesquels les managers seraient susceptibles de plancher, il y aurait celui de savoir si la responsabilité sociale doit être une démarche individuelle, propre à chaque entreprise, ou collective et partagée avec d’autres entreprises.

 

responsabilité sociale et éthique de la responsabilité « Si l’on conçoit la RSE comme l’une des dimensions stratégiques de l’organisation, afin de créer de la valeur et d’innover sur un marché concurrentiel en minimisant les risques éthiques et de réputation, c’est-à-dire si l’on instrumentalise la Responsabilité Sociale, alors il semble logique de la considérer au singulier comme un domaine de gestion de l’organisation, autonome et libre de ses décisions et actions (…).

Mais si l’on conçoit la Responsabilité Sociale depuis les intérêts universels de la société mondiale, comme ce qui permet de les incarner dans des comportements organisationnels spécifiques, alors la Responsabilité Sociale n’est plus à assumer en solitaire, puisqu’elle est nécessairement collective. » ( François VALLAEYS « Pour une vraie responsabilité sociale »)

 

Tant il est vrai que les enjeux, valeurs et objectifs de la responsabilité sociale nécessitent des solutions collectives de la part des entreprises qui relèvent de la gouvernance sectorielle et des méta-organisations.

1 Commentaire sur De la Responsabilité Sociale à l’Éthique de Responsabilité

  1. Hubert Sallé
    25 octobre 2017 at 9 h 17 min (1 année Il y a)

    Bonjour,
    « si l’on instrumentalise la Responsabilité Sociale, alors il semble logique de la considérer au singulier comme un domaine de gestion de l’organisation, autonome et libre de ses décisions et actions » : n’est-ce pas paradoxal de convoquer les termes de « Responsabilité » d’une part et « singulier, autonome » d’autre part ?
    Être responsable n’est-ce pas devoir répondre de ces actes devant les autres, les parties prenantes, donc le collectif mondial ? Je questionne l’apport de François VALLAEYS par rapport à celui d’Hans Jonas.
    Cordialement

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