Responsabilité Sociétale vs Responsabilité Globale

Ce n’est guère offenser les dirigeants d’entreprises que d’affirmer qu’ils n’ont pas, jusqu’ici, pris au sérieux les menaces que les activités humaines font peser sur la planète, ni les alertes des scientifiques, experts climatiques et environnementaux.

Leur engagement en faveur de la responsabilité sociétale n’est pas à la hauteur des défis des dix sept objectifs du développement durable.

Ayons l’honnêteté d’avouer à leur décharge qu’ils ne sont pas les seuls dans ce cas. A quelques exceptions près, déni, fuite, indifférence, cynisme, aveu de faiblesse, impuissance, insouciance, désinvolture, peu importe comment on voudra la nommer, cette attitude fut quasi générale.

Tant il semble aller de soi qu’il incombe aux entreprises et leurs dirigeants plus qu’à tout autre acteur ou agent économique une responsabilité sociétale particulière.

Quelques groupes minoritaires isolés, acteurs professionnels et ONG, une petite armée de militants écologistes, n’ont pourtant eu de cesse d’informer, de tirer la sonnette d’alarme, de faire de la pédagogie, dans un silence assourdissant. Ces pionniers du développement durable et lanceurs d’alerte ont prêché dans le désert.

Objectifs du Développement Durable

Montrés du doigt, érigés en boucs émissaires, diabolisés, les dirigeants d’entreprise sont sommés de changer leurs pratiques, d’inventer un business modèle durable et de faire preuve d’un comportement éthique.

Pourquoi les entreprises et leurs dirigeants devraient-ils supporter le poids de la responsabilité sociétale ? Pourquoi seraient-ils seuls comptables de l’atteinte ou non des objectifs du développement durable ?

Les objectifs du développement durable sont l’affaire de tous, et la liste des acteurs et agents susceptibles de devoir rendre compte de leurs actions face au tribunal de l’histoire est longue. Elle n’épargne personne.

Qu’il s’agisse de la surpopulation gravement mis en cause dans les dégradations environnementales, l’extension des surfaces de production agricole, la déforestation, la destruction de l’habitat des écosystèmes, la dégradation des sols, la pollution des rivières.

Ou des impacts écologiques de la guerre, car les interactions entre guerre et environnement constituent un opérateur majeur de transformation de la biosphère et des liens entre nature et société.

118 conflits armés dans le monde

Les guerres suscitent des destructions environnementales à grande échelle. « Les guerres et leur préparation transforment les environnements en profondeur, effets directs des combats, extraction effrénée des ressources, territoires en état d’exception environnemental, zones d’essais d’armement, usines et bases militaires échappant aux régulations communes, no man’s land sous contrôle militaire constituant de facto des zones de préservation. » (« Guerre et environnement au XXe siècle » Séminaire EHESS, janvier 2013)

Selon la Croix Rouge Internationale il y a eu, entre 1990 et 2000, 118 conflits armés dans le monde, la plupart ignorés des médias occidentaux.

« Les bilans humains, toujours tragiques, des guerres obscures ou médiatiques qui secouent le monde figureront donc en permanence en filigrane de ce voyage au cœur des écosystèmes et des paysages bouleversés par les multiples formes d’affrontements armés que l’espèce humaine améliore chaque année. » (« Guerre et environnement Panorama des paysages bouleversés. »  Claude-Marie Vadrot, éd. Delachaux et Niestlé, 2005, complété en 2012)

Guerre et environnement

Sans oublier les 65 millions de mines anti-personnel qui menacent la vie des populations et la vie sauvage dans 56 pays.

Il serait vain de chercher à dédouaner l’entreprise de sa responsabilité sociétale. 95,5 milliards d’euros, c’est le montant des sanctions prononcées au niveau mondial contre des entreprises n’ayant pas respecté au moins un facteur de responsabilité sociétale en 2012 et 2013 – dont 89 condamnations en France – selon une étude menée par l’agence de notation Vigeo auprès de quelque 2500 entreprises, et publiée le 19 juin 2015 ( « Responsabilité Sociale des Entreprises : le coût des sanctions »).

Mais il serait tout aussi vain de nier que cette responsabilité nous incombe à tous. « Si vous voulez changer le monde, commencez par vous changer vous-même » a dit le philosophe.

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