Les enjeux RSE des « aidants » pour l’entreprise

Les aidants familiaux ou les aidants de fait, sont des personnes qui viennent en aide à titre non professionnel, pour une partie ou totalement, à une personne dépendante de leur entourage, pour les activités de la vie quotidienne. Cette aide régulière peut être prodiguée de façon permanente ou non et prendre plusieurs formes.

« Le moment le plus critique c’est le matin, quand mon mari, est en situation d’angoisse terrible…. Si je pars comme ça brutalement, en tournant le dos, je sais que la journée de travail va être difficile pour moi. J’en ai parlé à mon travail, qu’à une personne avec cette peur pour avoir vécu des situations liées à la santé, car ça a posé chaque fois de problèmes par rapport au travail. (…)

Je repars au travail avec l’envie de travailler, la nécessité d’avoir un salaire, mais aussi en mettant des limites pour prendre soin de moi (…) je mets d’une certaine manière, un plan de carrière, si j’en avais eu un, entre parenthèses. Aménager des heures en fonction de mes besoins, proposer des jours qui puissent être proposés par d’autres collaborateurs, moi, on ne m’a jamais proposé ça. Il y a un an, on m’aurait proposé deux semaines de plus, mais ça aurait changé ma vie. » (Témoignage de Catherine Lainé, conjointe de Bruno atteint de la maladie Alzheimer)

11 millions d’aidants

Catherine fait partie des 11 millions  d’aidants que compte la France (chiffre en forte augmentation par rapport au chiffre de référence en la matière soit celui de 8,3 millions d’aidants déterminés par l’enquête Handicap-Santé  [enquête DREES /INSEE] en 2008.

Sur ces 11 millions d’aidants 53 % sont actifs dont 42 % de salariés et cumulent donc leur vie professionnelle, leur vie personnelle et leur rôle d’aidant.

À partir du 1er janvier 2017, Catherine aurait pu prendre ces «2 semaines de plus qui auraient changé sa vie».

Diversité et HandicapCeci grâce au « congé proche aidant », une des mesures phares et attendues de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement, dite loi ASV  [loi n° 2015-1775 du 28 décembre 2015] est effective depuis le 1er janvier 2017. Le congé de proche aidant remplace et transforme l’actuel congé de soutien familial.

 

Les proches aidants pourront bénéficier d’un congé de 3 mois fractionnable, renouvelable [maximum 1 an] ou pouvant être transformé en temps partiel [selon CCN, convention entreprise…] pour s’occuper de leur proche en perte d’autonomie, qu’il s’agisse d’un enfant handicapé, d’un parent âgé ou d’un conjoint malade.

Ce congé même non rémunéré, est une véritable avancée sur le sujet et permet à des personnes comme Catherine, de ne pas être contrainte de démissionner ou de réduire ses horaires de travail, comme 36 % des aidants salariés sont obligés de le faire .

Au-delà, des enjeux réglementaires qui impliquent des droits pour les salariés, et donc des obligations pour toute organisation, privée ou publique, cette dernière a-t-elle le choix entre faire l’autruche ou s’approprier le sujet ?

Des enjeux RSE forts pour l’entreprise

En effet, derrière cet enjeu grandissant [le vieillissement de la population et l’allongement de la durée de travail laissent entendre que plus de 20 % des actifs joueront un rôle d’aidant dans les années a` venir, contre 15 % en 2016], se cachent de nombreux enjeux pour les entreprises :

  • I love RSEGestion des risques et donc de performance : la situation de salariés aidants représente une fragilité supplémentaire, susceptible d’impacter la performance du salarié, et constituerait à ce titre le neuvième facteur de risques psychosociaux.
  • Financiers directs et indirects : un coût lié à l’absentéisme [un salarié aidant prend 16 jours de plus d’arrêts qu’un salarié non aidant] de présentéisme et donc de coût de la mutuelle. Des coûts indirects à travers la politique de vigilance sociale.

Enquête après enquête, on estime qu’entre 15 et 20 % des salariés d’une entreprise sont concernés par cette situation. Une cartographie de santé sociale de l’entreprise permettra d’identifier l’ampleur du phénomène.

Sur le sujet, les pratiques en entreprises se positionnent de la méconnaissance au « Care Management ». Ces entreprises « best in class » en la matière à l’instar, de Danone, Casino, la SNCF, Teva, l’Afnor, Crédit Agricole…. se positionnent de façon proactive soit via la contribution des salariés sur la base de volontariat [ex don de jours loi Mathys] soit une vraie politique accompagnement des salariés aidants grâce à des outils digitaux et terrain, un mix indispensable.

 

 

Juliette DUPILLE GUILLEMIN
Consultante RSE – Enjeux sociétaux – Achats responsables

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